« Room » d’Emma Donoghue

Comment aborder un fait aussi sordide que la séquestration d’une jeune fille dans une chambre de quelques mètres carrés, sans tomber dans le psycho-drame et avec pour narrateur un enfant de 5 ans? C’est le pari (gagné) dans lequel s’est lancée Emma Donoghue. Un pari osé également, de part sa ressemblance avec un fait divers semblable qui a secoué l’Autriche peu de temps auparavant.

Room, c’est l’histoire de Jack (jeune narrateur de 5 ans) et de sa maman, enlevée aux abords de son université alors qu’elle n’avait que 19 ans et toute sa jeunesse devant elle. Au lieu de la vivre pleinement, elle est tenue séquestrée durant 7 ans dans un abri de jardin, au domicile même de son ravisseur. La manipulation et les viols à répétition qu’elle subira, lui apporteront un petit garçon dénommé Jack. La narration commence le jour de ses 5 ans. A deux, ils vont se serrer les coudes, la maman de Jack essayant de lui inculquer une éducation ordinaire, faite de règles, de limites. Alors qu’il sait compter et lire mieux que n’importe quel enfant de son âge, Jack a par ailleurs quelques problèmes pour nommer les choses, et surtout, pense que le monde n’est limité qu’à celui dans lequel il vit : la Chambre, avec sa maman, Madame Télé, Monsieur Tapis, ses livres, ses quelques jouets. Dehors, le monde extérieur, ça n’existe que dans la télévision, c’est à ses yeux un monde imaginaire.

Je n’en dirai pas plus,mis à part que j’ai été fascinée et captivée par cette histoire entre un mère et son fils. On a affaire à une femme extrêmement forte et courageuse qui a d’abord dû survivre seule durant 2 ans, et ensuite élever seule un enfant né dans des conditions pour le moins malsaines. Cet enfant, elle l’aimera et le protègera quoi qu’il arrive.

Pari gagné également car, contrairement aux quelques avis lus, je n’ai pas été happée par le côté sombre et malsain de l’histoire. La trame de fond nous met évidement face à un fait des plus dramatiques. Mais à travers la voix de Jack, son vocabulaire boiteux, ses erreurs de français, sa grande naïveté face aux choses qui l’entourent, on se rend compte que ce gamin est en réalité heureux dans cette Chambre, car il n’a aucune idée de ce qu’est la vie d’un petit garçon de son âge. Le lecteur est ainsi témoin d’une disproportion entre les attentes, le ressenti, les sentiments de Jack qui, effrayé par ce qui est le « Dehors », entretient par ailleurs une relation fusionnelle seul avec sa maman,  et cette dernière qui n’attend qu’une chose, s’enfouir et retrouver le monde extérieur.

Ce que je retiens donc de ce roman sont les liens extrêmement forts entre une mère et son fils – entre amour fusionnel et besoin de vivre pour soi, de se libérer d’une emprise extérieure et intérieure. Room jette également le voile sur les dérives du monde dans lequel on vit, où les médias peuvent s’avérer être de véritables fléaux dans le travail de reconstruction dont ont besoin les victimes.

Je comprends que le choix d’un narrateur enfant peut rebuter certains lecteurs, ou encore le sujet dégoûtant du roman, mais cela passait, à mes yeux, en second plan. On est pris d’une grande tendresse pour les mots de Jack. Ces mots qui nous maintiennent en haleine, tout au long des quelques 400 pages du bouquin, sur ce quotidien sordide, et nous poussant qu’à leur souhaiter au final qu’une seule chose : que la roue tourne…

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13 réflexions au sujet de « « Room » d’Emma Donoghue »

  1. Minou

    Comme tu le sais, les narrateurs enfants n’ont pas ma préférence, loin de là (plus c’est réussi, moins j’adhère, donc c’est un peu problématique), donc je passe mon tour, mais tu donnes vraiment bien ton ressenti sur ce roman. J’avais aussi un peu peur du sujet, mais tu m’as rassuré de ce point de vue.

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    1. Laetii

      C’est assez déboussolant quand on est face à un narrateur enfant, il faut aimer les phrases décousues et boiteuses. Mais sur moi, ça a tendance à me charmer… Au delà de ça, l’histoire en elle-même est réellement captivante! Mais je sais bien que ce n’est pas toi qui succombera à ce roman 🙂

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    1. Laetii

      Pour ma part, je n’avais pas lu les avis avant de découvrir ce roman et ne connaissais pas grand chose de l’histoire. je me suis donc lancée « à l’aveugle » et j’ai été captivée! Je pense que tu peux laisser ta peur de côté, le côté malsain de l’affaire n’étant pas la trame principale (c’est en tout cas ce que j’ai ressenti, une sensibilité n’étant pas une autre). tu m’en diras des nouvelles 😉

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  2. Ines

    J’ai déjà lu pas mal d’articles sur ce livre…un 8 clos sur des sujets particulièrement difficiles, mais malgré tout, ça m’avait donné envie…et ton article ne fait que confirmer mon envie, même si je pense qu’il faut être bien armée et dans une bonne phase pour pouvoir le lire…

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