« L’Amour sans le faire » de Serge Joncour

Le livre commence avec Franck, un quarantenaire vivant à Paris, qui un beau matin téléphone à ses parents qu’il n’a plus vu depuis 10 ans. Aussitôt passée la contrariété sur cet appel impromptu, l’étonnement, la surprise: une petite voix décroche, un enfant manifestement. Et Franck raccroche. Ses parents ont-ils déménagé, leur est-il arrivé quelque chose? Pas un mot depuis 10 longues années, depuis l’enterrement de son frère Alexandre, décédé accidentellement. C’est alors que l’homme décide de prendre le train dès le lendemain, directement les Bertranges, retrouver la ferme familiale. Il verra bien ce qui se présentera à lui une fois sur place…

 

Parallèlement au voyage de Franck, on rencontre Louise, un personnage silencieux, renfermé, peu sûr d’elle. Il s’agit de la veuve d’Alexandre. Elle aussi décide de se rendre aux Bertranges, retrouver ses anciens beaux-parents avec qui elle a toujours gardé un lien particulier. En effet, son enfant qu’elle a décidé de baptiser Alexandre, né d’une rencontre d’un soir, vit avec eux dans la ferme familiale. Elle ne se sent pas mère, elle ne se sent pas le courage de l’élever alors qu’elle n’a jamais réussi à surmonter la mort de son homme. Pour elle, le meilleur de ce qui pouvait lui arriver dans la vie est désormais du ressort du passé, « On ne refait pas sa vie, c’est juste l’ancienne sur laquelle on insiste » se dit-elle. Elle ne pourra plus jamais aimer, elle a aimé une fois, c’est Alexandre. Son existence se résume à survivre, à tirer son épingle du jeu avec un emploi plutôt instable.

Franck et Louise se retrouveront donc tous les deux au même moment dans ce village d’enfance, qui a été le lieu de tant de bonheur mais également le théâtre de la tragédie qui  toucha Alexandre, et qui a fait voler en éclat le semblant de lien qui les unissait tous.

Après un début de roman trop lent à mon goût, le moment où l’auteur pose le cadre, présente les personnages, j’y suis véritablement entrée dès la deuxième partie, lorsque tout le monde arrive aux Bertranges. Au fil des pages, Serge Joncour ose reparler des silences et des rancœurs qui touchent une famille disséminée. Dès sa rencontre avec ses parents, j’ai ressenti de la peur chez Franck, la peur de se voir rejeté par ses parents, la peur des cris aussi. Au lieu de cela, l’indifférence, la pire des réactions. Heureusement, le petit être qui se tient désormais au milieu du jeu arrive à détendre quelque peu l’atmosphère grâce à son enthousiasme et à sa naïveté enfantine.

A travers ce nouveau roman, je découvre également la plume de Serge Joncour, poétique, délicate. J’ai ressenti de la douceur et une grande modestie tout au long du livre. Malgré qu’il soit resté silencieux pendant tout ce temps, Franck ose retourner dans son ancienne maison, avec l’envie, non pas de recoller les morceaux avec ses parents puisque de toute façon leur relation n’a jamais été chaleureuse, mais au moins de savoir comment ils vont, les revoir tout simplement. Sans doute, la crainte de vivre avec des remords, ou bien l’envie de prendre un nouveau départ, de vivre autre chose en dehors de la ville qui l’étouffe de plus en plus. Louise est également un personnage énigmatique, plutôt instable. Elle dégage un sentiment de renouveau, d’espoir, celui de tourner la page et de retrouver le sourire un jour… Entre eux, ce n’est pas de l’amour qui nait, plutôt une relation de complicité silencieuse. Deux personnages qui sont à un moment de leur vie où il est bon de prendre une nouvelle direction, qui sont manifestement perdus dans leur quotidien respectif et qui cherche l’inspiration aux Bertranges. De l’amour serait trop malsain, Alexandre est encore beaucoup trop présent dans leur vie. De l’Amour sans le faire, cette phrase sur la couverture « Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être plus fort que s’aimer vraiment » résume assez bien leur rencontre. Au passage, une partie sur la capacité à profiter du moment présent, sans se soucier de ce que sera fait le lendemain, à Paris, touche au plus haut point. De très jolies descriptions sur les paysages, qui soudain m’apparaissaient devant les yeux, étaient particulièrement appréciables également.

Bref, je garderai sans doute un beau souvenir de ce roman, qui a eu du mal à démarrer en ce qui me concerne, mais qui m’a touché et m’a permis de passer un beau moment au coin du feu, blottie dans mon canapé.

Je l’ai reçu dans le cadre du match de la rentrée littéraire lancé par Price Minister, et je dois le noter sur 20 points. J’ai donc décidé de lui donner la note de 14/20.

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16 réflexions au sujet de « « L’Amour sans le faire » de Serge Joncour »

    1. Laetii

      Si tu le laisses quelques temps de côté, tu seras peut-être contente de le reprendre plus tard? Plus on traîne et moins on a envie de poursuivre la lecture j’ai l’impression 😉 Courage!!

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    1. Laetii

      J’ai cru que tu me grondais au début de ton commentaire 😀 L’intrigue est déjà révélée à moitié mots dans la quatrième de couverture… On sait vers quoi on va avec ce roman, il suffit de profiter des douces phrases et de l’ambiance en général avec les jolies descriptions notamment. Merci ma chère Minou 🙂

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  1. Ping : Matchs de la rentrée littéraire 2012 chez PriceMinister: les lauréats!!! | Laeti's Playground

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