« L’Ecole des saveurs » d’Erica Bauermeister

Ce livre est un régal. L’un de ces livres qui traversent notre chemin tout à fait par hasard, qui nous tombent même dessus sans qu’on n’y ait pensé et qui vous font tellement de bien. A l’issue d’une telle lecture, on remercie presque le destin d’avoir eu l’occasion de le connaître tellement il vous a fait du bien! Non, non, je n’exagère pas! « L’École des saveurs » m’a fait passer un moment tellement dépaysant, rempli d’émotion, de beaux sentiments comme on en manque parfois (un peu, beaucoup…). Ce roman a éveillé mes sens évidement, avec un titre pareil : la vue, le goût, le toucher. Mais aussi et surtout toute une série de sentiments tellement humains, l’entraide, l’amour, l’espoir, la curiosité. Il rend non seulement hommage à la cuisine et à l’immense joie de la partager avec les autres, mais c’est aussi et surtout une fabuleuse ode aux rencontres humaines.

9782253134572Tout commence avec la petite Lilian qui cherche désespérément un moyen d’aider sa maman à surmonter le départ de son papa et qui s’est enfermée dans les livres pour survoler sa propre existence. C’est alors que Lilian fait ses premiers pas, seule, avec la cuisine. En touchant, maniant, cherchant, mélangeant, essayant, tout ce qui lui passe par les doigts, elle se découvre non seulement une passion, mais aussi la possible solution pour retrouver sa maman qui vit en autarcie parmi ses personnages fictifs et auteurs chétifs. Pour Lilian, proposer une assiette revient à aider la personne qui s’apprête à la déguster, à lui ouvrir les yeux. « A douze ans, Lilian avait acquis la conviction qu’un vrai cuisinier, un cuisinier qui sait lire avec les cœurs et les épices, pouvait prévoir les réactions avant la première bouchée et influencer le déroulement d’un repas ou d’une soirée« . Elle se lance alors un pari avec son amie Elizabeth, mais surtout avec elle-même: si elle arrive à sauver sa maman grâce à la cuisine, elle en fera toute sa vie.

C’est une Lilian trentenaire que l’on retrouve après ce prologue, qui a ouvert son restaurant, et qui s’apprête à organiser son premier cours de cuisine. Chaque chapitre va nous présenter tour à tour les étudiants de cette Ecole des saveurs. Un groupe fort bien sympathique, qui s’apprivoise, s’observe, s’entraide, et parmi lequel des liens vont se créer tout au long de cette année de cours. On vogue parmi les vies de ces gens ordinaires, qui s’échappent quelque instant de leur existence grâce à la cuisine et à la sympathie de Lilian. Le récit est évidement ponctué de recettes savoureuses, d’explications précises et intéressantes sur la façon de préparer par exemple des pâtes fraiches, un dîner de Thanksgiving peu classique, ou la « décapitation » d’un homard frais.

« Le chocolat pénétra dans la bouche de Helen et elle retrouva le goût comme dans son souvenir – comme s’il s’agissait d’une part d’elle-même plus profonde, plus riche, tout ce qu’elle avait de mystérieux, d’ardent, de triste et de passionné y étant étrangement réuni, échoué sur le rivage de son imagination« .

En plus de proposer des descriptions si réelles de la façon de profiter d’une saveur, Erica Bauermeister le fait avec une grande poésie, sans chichi. Ce qui rend son écriture plus proche de son lecteur, plus réelle. Je ne sais pas vous, mais sur moi, elle a eu  comme effet de me sentir proche des personnages, comme si je vivais en même temps qu’eux les cours de cuisine.

Ce roman est une hymne à la gourmandise, au partage, à la joie de passer du temps dans une cuisine qui n’est plus vue comme une simple pièce de travail. Celle de Lilian en tout cas devient le théâtre de rencontres improbables, anodines, qui font tellement de bien. Ce genre de rencontres qui se mettent en travers de notre chemin et qui nous permettent de voir, l’espace d’une soirée ou plus, la vie autrement. Une belle bouffée d’oxygène que j’ai, vous l’aurez compris, a-do-ré.

Auriez-vous d’autres titres de romans « culinaires » à me conseiller??

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19 réflexions au sujet de « « L’Ecole des saveurs » d’Erica Bauermeister »

  1. Bianca

    J’attendais ta chronique avec impatience et elle m’a mise l’eau à la bouche, il faut que je me l’achète absolument et l’été me paraît être une excellente période pour le lire !

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  2. Ines

    Idem que Bianca tu me mets l’eau à la bouche avec ce livre…tu attises ma curiosité et je ne l’imaginais pas aussi « profond », bref, je le note immédiatement dans ma liste des livres à lire! Merci pour ta critique et bon dimanche! PS : donnes moi de tes nouvelles! Bises

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  3. Célestine Causette

    Aah, ce livre, j’en entends tellement parler, mais je ne l’ai toujours pas lu! Je me rattraperai cet été!
    En lectures gourmandes, je te conseille aussi le savoureux « La cucina », de Lily Prior. Et « Mangez-moi’, d’Agnès Desarthe. « Etoiles », de Simonetta Greggio, aussi.
    🙂
    Célestine

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  4. lucie

    ah oui quel bonheur ce roman, je l’ai offert à ma « prof » de cuisine Lorette. Je l’aime et le souvenir qu’il m’a laissé est encore fort.
    http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2011/02/20/20187017.html
    Mangez moi que te recommande Célestine est très bon aussi,
    Cuisine et correspondance, une amitié en 82 recettes aussi.
    http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2012/04/18/24017633.html
    Bazar Magyar est une pépite que tu aimeras :http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2009/11/05/15677926.html
    et Julie et Julia évidemment
    http://facetiesdelucie.canalblog.com/archives/2010/01/17/16421652.html

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