« Lady Hunt » d’Hélène Frappat

IMG_0257Envoûtant, énigmatique, original, parfois complexe mais assez captivant. Les qualificatifs qui me viennent pour « Lady Hunt » sont nombreux, c’est d’ailleurs sans doute en partie pour cela que les avis à son sujet sont si mitigés et différents. Certains lecteurs ont été franchement déçus, pour d’autres, la surprise est bien réelle.Ma lecture a été malheureusement hachée et je suis persuadée que j’aurais pu entrer davantage dans cet univers si particulier si elle avait été plus continue. Ceci dit, la découverte de cette auteure me réjouit. Tout d’abord pour sa très belle plume, douce et poétique. Ensuite, j’ai apprécié l’originalité de son histoire, même si elle m’a emmenée dans un univers dans lequel je n’ai pas habitude de m’aventurer en littérature. En effet, l’on peut s’attendre à un récit surnaturel, gothique lisait-on. Des liens avec Stephen King avaient même été avancés. Je l’ai trouvé beaucoup plus introspectif et psychologique que fantastique.

Laura Kern, jeune femme libre et solitaire, travaille dans une agence immobilière des beaux quartiers de Paris.  Le dénouement arrive assez vite dans la première partie du livre, avec la disparition étrange d’un petit garçon dans l’un des appartements qu’elle fait visiter, et les hallucinations qui la touchent. En plus de ces étrangetés, un rêve ne la quitte plus… Celui d’une maison vers laquelle Laura se sent intensément attirée.

« Depuis plusieurs mois, mes nuits sont troublées par l’irruption d’un rêve étrange. Une maison s’introduit dans mon sommeil, accapare mes rêves. » (p. 13).

« Bientôt les frontières auront disparu entre la maison et moi. Il n’y aura plus qu’une seule maison, une seule mer, un seul rêve, un seul monde. (…) Dans la chambre, l’odeur disparaît lentement. J’ai dans la bouche un goût salé de mer ou de larmes. » (p.112).

Mais c’est surtout sur ses souvenirs familiaux que se focalise le récit, sur la mort de son papa, victime de la maladie d’Huntington. C’est avec une grande sensibilité et  inquiétude que Laura se remémore la déchéance dont a été victime son père. Grande inquiétude car la maladie étant héréditaire, sa soeur ou elle-même en seraient à leur tour atteintes. Les nouvelles visions de Laura, son rêve si accaparant… seraient-ce les premiers signes de la maladie?

« On redoute toujours le moment où l’on ne pourra plus faire semblant, où l’on devra regarder en face ce qu’on savait déjà » (p.72).

« L’avenir m’est interdit; le passé est un paysage gelé dans le brouillard; le présent où je vis est déjà loin de moi. Est-ce cela « être malade du doute », comme l’écrit l’article sur Internet? » (p.133).

Le texte est rythmé par quelques vers de poésie d’enfance, de souvenirs mélancoliques, de comptines enfantines, de moments partagés avec son papa, qui sont, selon moi, prépondérants. Et en filigrane à cette épée de Damoclés nommée Huntington qui plane au-dessus de la tête de la jeune femme, les événements surnaturels qui lui arrivent, rendent ce texte plutôt captivant et curieux. Bien sûr, j’ai beaucoup apprécié les changements de paysages fort présents, passant de la Bretagne où elle a passé son enfance, à la France, en passant par Londres où vit sa sœur, et le Pays de Galle, terre natale de son père. Une ambiance différente à chaque page, une sensation brumeuse telle que la vit Laura, qui traverse l’imprimé, un attachement à son histoire et aux bouleversements qu’elle est en train de vivre.

« Derrière les murs bas en pierres entourant le cimetière, la lande jaune et violette descend jusqu’au sentier côtier de Pembrokeshire. Les racines noires des genêts et des bruyères s’accrochent aux pentes abruptes des falaises. » (p.244).

Au final, je partais sceptique avec cette lecture, et je la finis plutôt satisfaite, malgré une confusion réalité/rêve et quelques passages difficiles à m’imaginer pour mon esprit cartésien. J’ai en tout cas été embarquée. C’est pour toutes ces raisons que je donnerai la note intermédiaire de 13/20.

Galéa et Leiloona entre autres l’ont apprécié, mais à la lecture des commentaires, le débat est ouvert!

C’est dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par Price Minister que j’ai eu l’occasion de découvrir ce roman. Merci à eux pour cette opportunité!

Et elle s’inscrit également dans le challenge « Rentrée littéraire 2013 » de Herisson.

photo2/6

Publicités

9 réflexions au sujet de « « Lady Hunt » d’Hélène Frappat »

  1. Mina

    Les avis sont si contrastés que je ne sais que penser de ce roman. Anne m’a donné très envie de me perdre dans cet univers ce matin, mais ton avis me rappelle une dimension importante de ma personnalité : mon esprit terriblement cartésien, qui pourrait également freiner des quatre fers face à certaines scènes…

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      Cette confusion réalité/fantastique peut faire le charme de ce roman justement. Mais c’est vrai qu’il faut s’armer d’un peu plus d’imagination qu’à l’habitude. Par contre, je n’irai pas jusqu’à descendre ce roman. J’ai beaucoup apprécié cette atmosphère brumeuse, morose, teintée de très jolis voyages entre la France et la Grande Bretagne. Alors, convaincue?! Si tu veux je peux te le prêter 😉

      Répondre
      1. Mina

        J’hésite toujours ! Merci pour la proposition de prêt, je ne dis pas non, mais pas tout de suite : je me méfie de la poste en fin d’année et suis déjà submergée de prêts. Je t’en reparle dès que je réponds à ton dernier MP sur FB 😉

  2. sous les galets

    Je te sens mitigée quand même…c’est intéressant ce que tu dis, effectivement, je l’ai lu d’une traite, du coup une fois emportée dans l’histoire je m’y suis laissée partir…et finalement je ne cherchais plus tellement de cohérence, je trouvais que tout s’enchaînait très bien…je comprends qu’on puisse être déstabilisée. Enfin, tu sais que moi j’ai été emballée hein!!!

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      Ça faisait longtemps que j’ étais entrée dans un univers fantastique (j’étais une grande fan de Stephen King) j’ai donc eu un peu de mal à me représenter les épisodes plus surnaturels mais dans l’ensemble j’en garde un bon souvenir et surtout j’ai aimé me mettre dans la peau de Laura ( les avis à propos de cette héroïne sont assez critiques… Ce qui me surprend).

      Répondre
  3. fleurdementhe

    Du coup, je continue ma lecture de tes billets… et on est toujours assez différentes niveau lectures : j’ai détesté ce bouquin ! Une torture à lire je trouve, trop de fouilli (comme tu dis), je n’ai pas pu le terminer…

    Répondre
  4. Ping : Conseils de lecture (15) Réalisme magique – Lettres exprès

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s