« La cote 400 » de Sophie Divry

« La cote 400 » est un livre très court et réellement drôle. Il s’agit du monologue en apnée (absence de paragraphe et d’espace) d’une bibliothécaire quarantenaire, qui exerce selon elle un métier proche du taylorisme. Tout cela parce qu’elle a échoué à l’examen pour devenir prof! Depuis, elle offre tout son savoir, non sans une certaine motivation malgré tout, pour le rayon « géographie » de la bibliothèque municipale, alors qu’elle rêve de prendre les commandes de l' »histoire ».

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Savoir se repérer dans une bibliothèque, c’est dominer l’ensemble de la culture, donc le monde. » (p.15)

Un beau matin, elle découvre au sous-sol qui lui sert de lieu de travail un lecteur qui y est resté endormi toute la nuit. Seule, totalement invisible aux yeux des gens (c’est elle qui le dit!) et ne s’entourant que des livres, elle a enfin trouvé l’occasion de décharger sa frustration, et surtout de tout le « blabla » accumulé, sur ce compagnon de fortune.

Dans ce roman satirique, notre bibliothécaire ironise sur les bibliothèques, et sur le monde actuel en général. Elle dénonce notamment l’approche de la société face aux livres, les gens préférant se jeter sur le dernier opus de la rentrée littéraire plutôt que de se plonger dans un Maupassant (qu’elle adore) ou un Simone de Beauvoir. Notre héroïne ne se retient pas non plus de se moquer des classes de personnes fréquentant les bibliothèques et sur ce qu’ils y cherchent.

Elle est cinglante, un peu déjantée, légèrement médisante mais aussi attendrissante. Face à cet inconnu, elle se lâche sur son rapport aux hommes, sur ses collègues féminines, et sur Martin, le beau jeune homme qu’elle a repéré à plusieurs reprises à la bibliothèque.

Ce premier roman – mal mis en avant avec un titre si peu évocateur – de Sophie Divry fut pour moi une lecture très divertissante, zéro migraine ni prise de tête! Mettant le doigt sur ce que tout le monde pense tout bas… et sortant de la bouche d’une  femme ordinaire, limite monomaniaque. Tout comme Melvin Dewey, celui qui imagina le système de la classification décimale des bibliothèques, en somme.

Une chouette lecture!

D’autres savoureux extraits :

« Quand je lis, je ne suis plus seule, je discute avec le livre. Cela peut être très intime. (…) Quand je lis, je peux tout oublier, des fois je n’entends même plus le téléphone. » (p.20)

« On ne s’enferme pas dix heures par jour pour écrire si tout va bien dans sa vie. L’écriture n’arrive que si quelque chose ne va pas. Si tous les gens étaient heureux sur terre, ils n’écriraient pas autre chose que des recettes de cuisine et des cartes postales, et il n’y aurait ni livres, ni littérature, ni bibliothèques. » (p.61)

Sophie Divry, « La cote 400 », Editions Les Allusifs, 2010, 64 pages.

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16 réflexions au sujet de « « La cote 400 » de Sophie Divry »

  1. anne7500

    Tu me donnes toujours envie de lire les livres que tu chroniques ! J’en ai entendu parler, bien sûr (club de lecture organisé par des bibliothécaires…), je crois qu’il est souvent emprunté à la bibli.

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      C’est pas plutôt parce que tu te laisses facilement convaincre 🙂 connaissant un peu ton humour, je pense que celui-ci pourrait te plaire! j’espère ne pas me tromper ^^ Bises

      Répondre
  2. dasola

    Bonjour Laeti, je confirme, très bien (j’ai appris pas mal de chose sur les cotes justement) mais y en pas pour son argent. Je l’ai acheté par hasard en poche « 10/18 »: 6 euros 50 (pour 64 pages), c’est cher, mais l’écrivain n’est pas responsable. Bonne journée.

    Répondre
  3. sous les galets

    Je l’avais noté puis oublié, je vais me repencher sur la question, tu le vends super bien et je crois que c’est ce dont j’ai besoin en ce moment.

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