« Pietra Viva » de Léonor de Récondo

photo1505, Michelangelo apprend le décès du jeune moine Andrea, qui le bouleverse au plus haut point. Il décide alors de quitter Rome, et de prendre un peu de distance par rapport à cette mauvaise nouvelle. Justement, le Pape Jules II vient de lui demander de confectionner son tombeau. Pour être certain de tomber sur la plus belle pierre, le sculpteur se rend donc à Carrare où il travaillera plusieurs mois durant avec les carriers, ce qui lui permettra de sélectionner le matériau parfait pour sa prochaine œuvre.

Léonor de Récondo propose avec une grande finesse et poésie un aperçu des journées et des réflexions de l’artiste, alors âgé d’une trentaine d’années, au lendemain du succès de  « David ».

Alors qu’à la base, les romans historiques ne sont pas tellement ma tasse de thé, « Pietra Viva » m’a bouleversée. Quelle beauté d’écriture! Quelle fine analyse de l’être humain et de ses « démons »! Car, même si ce roman aborde évidement l’art, le travail de création, la recherche d’idées, et que le décor de l’époque est bien planté, il propose surtout d’entrer dans l’esprit de Michelangelo et de comprendre ce qui le tourmente.

La beauté miraculeuse de la nature alentour lui signifie que tout est possible, qu’en créant, il devient maître de lui-même et de sa force. » p.78

Souvent en questionnement sur la vie et la mort, le sculpteur semble régulièrement touché par un état de mélancolie. La perte de personnes chères est le fil rouge du roman, insistant sur la tristesse qui l’abat. C’est d’ailleurs pour cela qu’il paraît à plusieurs reprises désagréable aux yeux des autres. Il préfère alors s’isoler dans sa chambre et vivre en toute quiétude ses rêves et ses visions.

A Carrare, il nouera néanmoins des affinités avec des personnes qui le guideront vers la sérénité tant espérée. J’ai particulièrement été touchée, émue, par ces liens d’amitié qui peuvent sauver une vie, un homme.

Introspective également, l’histoire aborde la difficulté pour l’artiste de se concentrer sur le moment présent, préférant se relater le passé ou se projeter dans l’avenir. Le présent semble l’effrayer. Sa seule échappatoire, qui vient à lui comme une force indomptable : créer, imaginer, inventer, sculpter, manier, modeler, la pierre pour en faire l’œuvre qui lui est apparue en tête, parfois la nuit même.

En refermant ce livre, il m’a fallu quelques secondes pour reprendre mon souffle. Ce n’est qu’après avoir pris quelques notes dans mon carnet de lectures que j’ai pu sortir de l’histoire. Un livre poignant, qui éveille nos sens. Une odeur, un toucher, une lumière, une émotion… difficile d’en ressortir indemne!

Un tout grand merci à Mina, autant touchée par ces mots, qui m’a offert cette découverte.

Léonor de Récondo, « Pietra Viva », Editions Sabine Wespieser, 2013, 228 pages.

 

melangedesgenres1Une nouvelle contribution pour le challenge de Miss Léo sur le « Mélange des genres« , catégorie « Roman historique« .

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30 réflexions au sujet de « « Pietra Viva » de Léonor de Récondo »

  1. Flo

    Je n’ai jamais perçu ce roman comme un « roman historique » parce que l’auteur ne s’attarde pas vraiment sur cet aspect une fois le contexte posé. Pour moi (j’ai adoré – je t’évites de rechercher mon avis d’époque 😉 ), ce fut l’écriture et l’aspect « psychologique » qui ont le plus comptés. La vie intérieure de Michelangelo, les liens qu’il va nouer en douceur et puis l’Art qui est partie intégrante de son être. J’avais tellement aimé que j’avais fait durer le plaisir en étalant ma lecture sur un mois et demi ! Et j’y pense encore à ce livre…

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      En effet, ce n’est pas le cadre historique qui prédomine on est d’accord 😉 Mais suffisamment pour l’inscrire à mon challenge ^^ J’ai lu et relu plusieurs passages aussi, pour le beauté. Je cours malgré tout rechercher ton billet, par curiosité!

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  2. anne7500

    Moi non plus je ne l’aurais pas classé dans les romans historiques mais je trouve ton billet très sensible, il rend bien les émotions de cette lecture, que je partage complètement. J’ai adoré aussi ce roman d’intimité, sur le deuil, la création, l’enfance…

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  3. Mina

    Comme je suis heureuse qu’il t’ait tant touchée toi aussi… Le contexte historique m’avait d’abord attirée, mais c’est bien sûr toutes ces émotions si justement exprimées, cette intimité qui m’a emportée à mon tour.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Retrouver cet homme qui se dévoile si peu à l’extérieur, alors que le lecteur voit en lui comme un jeu de transparence, m’a happée chaque jour de lecture. J’avais presque envie de faire durer le plaisir 🙂

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  4. sous les galets

    Tu sais que je l’ai terminé il y a plus d’un mois, je n’ai toujours pas rédigé mon billet, je ne sais pas pourquoi, je souscris à tout ce que tu écris, mais je suis restée un peu à distance, je ne sais pas si c’est du à l’emploi du présent, ou au marbre de Carrare, je suis encore circonspecte sur ce livre. Je dois encore réfléchir à ce que j’en pense vraiment.
    Je crois que ce que je retiens c’est l’amour filial mine de rien….
    Il est très beau ton billet

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Ce n’est pas étonnant finalement qu’il laisse dubitatif. Il y dégage une ambiance si…. particulière. Je surveille ton billet, et bon courage pour sa rédaction 🙂 Merci pour le compliment!

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Tu avais été plus emportée par « La lettre à Helga » n’est-ce pas? Entre les deux, et je les ai adorés chacun, mon coeur va tout de même vers « Pietra Viva »! Biz Phili et bon retour! 🙂

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Parfois, ça se joue à rien: mauvaise période, mauvaises conditions de lecture… et puis c’est très possible de ne pas prendre à la sauce non plus! Les goûts et les couleurs… Merci de ton passage ici

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  5. Ping : Ce que j’ai aimé en 2014 | Mes bulles d'air...

    1. Laeti Auteur de l’article

      J’ai été imprégnée des émotions contradictoires qui traversent le personnage principal, et bercée par la superbe écriture de Léonor de Récondo surtout!

      Répondre
  6. Ping : Ceux que j’ai oubliés! | Des bulles d'air…

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