« Alice et l’homme-perle » de Valérie Cohen

42cef114-9960-11e3-a76e-44795e808b1f_original.jpg.h380Bienvenue à la résidence « Les Eaux Douces », seniorie située à deux pas de Paris. Mais méfiez-vous! Croire qu’il s’agit d’une traditionnelle maison de repos où l’ennui et le calme sont omniprésents, et la vie derrière soi, est une erreur.

Y se reposent, s’agitent, s’amusent, ou rêvent, une poignée de soixantenaires trop jeunes encore pour rester dans un canapé devant la télévision à longueur de journée. Mais plus assez pour continuer à vivre chez soi, isolé, surtout après être passé par le décès d’un mari ou d’une épouse. Ce home pour personnes aux revenus clairement plus élevés que la moyenne, semble donc être une solution transitoire idéale pour couler des jours heureux et remplis d’une foule d’activités. « Alice et l’homme-perle » nous invite à faire la connaissance de plusieurs personnages, chacun à la personnalité bien tranchée et terriblement touchants : Alice, discrète rêveuse, Juliette toujours enjouée et mamie-poule, Gisèle froide au premier abord, incarnant au mieux la noblesse. Ce trio est complété par d’autres figures sur lesquelles se focalise la narration tour à tour et tout au long du roman. Une fois ce tableau planté et les présentations faites, le lecteur entre de façon plus intime dans les pensées d’Alice et de ce qui la tourmente depuis quelques semaines. Malgré sa mémoire défaillante, des bribes de souvenirs passent entre les mailles pour lui sauter aux yeux au fil des journées: le songe porte le doux nom de Diego Silva. Cet homme avec qui elle a entretenu une liaison cachée de son mari pourtant si chéri. Un amour qui fut avorté, et depuis toutes ces années, enfui dans un coin de son esprit. C’est aujourd’hui que le regard profondément bleu de son amant lui revient. Pour apporter une lueur nouvelle à son amie, si attristée par le poids des regrets, des doutes et du manque, Juliette va manigancer avec l’aide de quelques complices un séjour à Séville où s’est posé Diego.

Nos muscles fondent, nos cheveux tombent et notre mémoire s’épuise. Mais crois-moi, notre coeur ne prend pas une ride. » p.53

Ce road-movie, tout à fait rafraîchissant, de sexagénaires à la recherche d’un amour perdu est déployé avec Valérie Cohen à travers une grande tendresse et une plume délicate. Chaque mot est pesé pour impliquer le lecteur dans le quotidien de ces résidents bourgeois, qu’il soit intime lors d’un tête à tête dans leur appartement quatre étoiles, ou de façon collective en le faisant participer aux différents loisirs et discussions amicales. C’est en offrant des portraits si différents, de personnes qui ont déjà un vécu et qui continuent à avancer dans la bonne humeur malgré toutes les interrogations sur un avenir incertain et une fin qui approche, que réside l’intérêt de se plonger dans cet agréable roman. L’histoire d’Alice et de son homme-perle n’est en rien survolée, elle constitue plutôt une trame de fond laissant la place à ces êtres ébranlés ou au contraire en pleine renaissance. Quelques anecdotes réjouissantes, de l’humour, des zones d’ombre, du partage, de l’entraide, et l’amour bien entendu saupoudrent le texte. Pour un bien joli roman. Et ces « sexa sexy » sûres d’elles, pour reprendre les termes de Mina, m’ont fait sourire à plusieurs reprises.

Décidément, je trouve ces derniers temps un grand plaisir à me plonger dans des histoires de seniors!

Valérie Cohen, « Alice et l’homme-perle », Editions Luce Wilquin, 2014, 190 pages.

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7 réflexions au sujet de « « Alice et l’homme-perle » de Valérie Cohen »

  1. Mina

    Tiens, je ne me rappelais pas avoir utilisé ces termes-là, mais ça leur correspond assez bien.

    J’étais certaine que tu apprécierais ce voyage en leur compagnie et suis ravie que ce soit le cas. Je trouve que Valérie Cohen a trouvé le ton juste pour cette histoire de seniors, sans tomber dans aucun écueil du genre et tout en jouant des clichés pour les déconstruire (Gisèle et Juliette m’ont beaucoup plu pour cette raison).

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    1. Laeti Auteur de l’article

      La définition est sortie dans les commentaires! J’aime cette idée de « seconde jeunesse » à l’aube des 60 ans. D’ailleurs, que je ne qualifie pas de seniors, sinon nos parents ne seraient pas très contents ^^

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  2. Lelivredapres Florence

    Belle critique, pour ce roman qui m’a également plu, surtout pour l’accent mis sur l’amitié féminine, les personnages attachants, qui portent chacun leurs faiblesses, et l’atmosphère douce, chaleureuse et finalement optimiste qui s’en dégage,

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