« L’Antarctique » de Claire Keegan

Avec « L’Antarctique », l’irlandaise Claire Keegan signe un recueil de nouvelles fidèles à son style, sombres, sur un rythme plutôt lent.

En piochant quelques nouvelles (je n’ai pas pu aller jusqu’au bout, je vous donne les raisons plus loin), j’avais toujours cette impression brumeuse, froide… proche du paysage irlandais finalement.

9782264053343

Une famille prête à exploser, une autre qui tente de bâtir une nouvelle histoire à partir des dégâts causés par la folie d’une mère.

L’auteure jongle beaucoup avec le suggéré, l’attente, et laisse parfois un lecteur interrogatif à la fin d’une histoire. Alors qu’avec son roman « Les trois lumières », j’avais beaucoup apprécié ce décor, un peu moins les non-dits, la magie n’a pas pris cette fois-ci. Cela doit vraisemblablement être dû à la saison (lu en été), à mes envies du moment (besoin de dynamisme).

Malgré le fait que je n’ai pas réussi à m’imprégner totalement de l’atmosphère, j’aime la façon dont Claire Keegan met en scène l’humain et sa férocité, parfois dérangeante d’ailleurs. Ses histoires ont tendance à coller à la réalité, en mettant particulièrement l’accent sur les problèmes relationnels : au sein d’une famille, entre un homme et une femme, entre sœurs.

Ces nouvelles méritent sans aucun doute d’être lues et intégrées au plus profond de son être, voire presque vécues. Cependant, une pause entre chaque histoire permettrait sans doute de les apprécier davantage, en évitant ainsi le sentiment d’avoir une (trop) grande similarité entre chacune d’elles (ce que j’aurais dû sans doute faire).

Ce recueil commence pourtant avec une histoire plutôt prenante, un duo homme-femme très énigmatique et à la chute imprévisible : une épouse rêve, le temps d’une journée, à une vie à l’extérieur de sa famille, où elle serait livrée à elle-même et surtout où elle suivrait ses envies. C’était sans compter les rencontres qui peuvent laisser un goût amer.

Chaque fois que la femme heureuse en ménage partait, elle se demandait comment ce serait de coucher avec un autre homme. » p.9

Le ton est donné et l’enchaînement des événements est très réussi. Cette première histoire, qui doit son titre au  recueil, se lit comme une claque. Elle me restera longtemps en mémoire.

J’ai également été touchée par la seconde histoire, le portrait d’une famille en déséquilibre, où une nouvelle fois, l’auteure pointe du doigt la distance entre un père et une mère et la vision des enfants au milieu de tout ça.

J’ai malheureusement eu l’impression de faire du sur place avec les suivantes, et qui m’ont juste laissée avec une incompréhension et des interrogations.

Sans doute que cela vaudrait la peine de reprendre ce recueil, dans un autre état d’esprit. D’autres lecteurs-trices l’ont appréhendé différemment, et l’ont justement beaucoup apprécié : Maryline, Phili, Flo.

Claire Keegan, « L’Antarctique », Editions Sabine Wespieser, 2010, (en poche 10/18, 2011), 251 pages. Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin.

Participation au mois de la nouvelle de Flo.

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11 réflexions au sujet de « « L’Antarctique » de Claire Keegan »

  1. Philisine Cave

    Ah, on ne va pas être d’accord même si je peux comprendre cette froideur qui t’a retenue. Claire Keegan possède ce talent de décrire parfaitement l’univers dans lequel évoluent ses personnages et de montrer à quel point il dépeint sur leurs états d’âme. Perso : j’aime tout ! Sa capacité à narrer des anecdotes ordinaires, à en dégager des éléments qui feront rebondir l’intrigue… et l’écriture est à tomber (et là, je loue sa traductrice française Jacqueline Ondin qui fait un boulot extraordinaire à chaque fois)

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je crois vraiment que ce n’était pas le bon moment pour entamer ce recueil, d’où mon envie à présent de le relire. J’ai parcouru d’autres nouvelles sombres depuis et je n’ai pas été dérangée par l’ambiance. Je suis aussi intéressée par son autre recueil que j’ai aperçu à la bibliothèque. Et puis je sais à quel point tu apprécies cette auteure, je ne suis pas étonnée de ton commentaire 🙂 bisous

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  2. Mina

    Pour moi, les pauses entre les nouvelles étaient nécessaires, tant plusieurs étaient de vraies claques. J’aurais pu m’en douter après la première, mais j’étais à chaque fois subjuguée, voire sonnée, par cet art de la suggestion, cette concision qui en disait beaucoup avec force. Je comprends que le procédé puisse paraître répétitif, avec le recul, et qu’il faille peut-être un peu temps avant de se plonger dans cette noirceur inattendue. Ca m’intéresserait d’en reparler avec toi lorsque tu auras relu ce recueil ou lorsque nous aurons lu A travers les champs bleus, notre discussion m’a aussi donné une autre approche, un regard différent sur les nouvelles qui avaient moins attiré mon attention et que tu avais préférées.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je me rappelle, à ce moment-là, d’avoir été quelque peu lassée des histoires que je trouvais très ressemblantes. D’où vraiment l’importance d’espacer la lecture. J’ai beaucoup aimé ton billet sur ce recueil. Une LC pour A travers les champs bleus?? Bises 😉

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      1. Mina

        Si tu es patiente pour A travers les champs bleus, pourquoi pas. 😉 Je compte me l’acheter prochainement, mais attendre avant de le lire, j’ai besoin de reprendre mon souffle (et j’ai décrété que c’était une lecture d’automne).
        Bises.

  3. Flo

    Je ne reviendrais pas sur mon avis d’époque (j’avais d’ailleurs prévu de relire ce recueil à l’occasion car suite à sa parution en poche une amie me l’a offert) mais lire les nouvelles de façon espacée vaut pour la grande majorité des recueils (conseil de mon ex-libraire qui m’a appris à lire les nouvelles). Le simple fait d’enchaîner des histoires à la fois différentes et un peu semblables quand même créé de la confusion voire de la lassitude (au moins une exception : le recueil d’Agnès Desarthe paru cette année qui dynamite les règles et bouscule le lecteur). J’espère que tu lui donneras une seconde chance. Les nouvelles de « A travers les champs bleus » sont plutôt longues donc c’est encore une adaptation à faire (et on est moins tenté de les enchaîner il me semble). De toute façon, mon Keegan préféré reste son court roman (et contrairement à toi, les non-dits ont énormément contribué à mon adhésion 😉 )

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je n’ai lu que les 3 ou 4 premières nouvelles, je ne peux donc te donner une idée de l’ensemble (va voir Mina qui a publié un super billet là-dessus). Il est beaucoup question de personnages féminins, en questionnement, et de leur place au sein de la famille (du moins dans celles que j’ai lues ;)).

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