« Le canapé rouge » de Michèle Lesbre

C’est Anne (souvent tentatrice) qui m’a donné envie de lire ce court roman en évoquant notamment un charmant aller-retour d’un train voyageur, à un canapé rouge parisien.

photo(4)C’est dans le Transsibérien la conduisant à Irkoutsk, sur les bords du lac Baïkal, que débute l’histoire. La narratrice, une quarantenaire indépendante, célibataire et férue de voyages, a décidé un jour de retrouver un ancien compagnon prénommé Gyl. Tous deux revendicateurs et idéalistes, ils ont pris des chemins différents il y a bien longtemps déjà, à l’amiable, lorsque ce dernier a fait le choix de vivre autre chose, ailleurs.

Au gré des sublimes reliefs sibériens qui s’enchaînent à travers la vitre, son esprit voyage lui aussi. Anne, notre protagoniste, repense aux moments forts de sa vie, aux hommes qui ont croisé sa route, aux rencontres qui l’ont marquée. Un tel voyage en train n’est-il pas le bon moment pour faire le bilan et trouver un sens nouveau à son existence? Un visage lui revient plus particulièrement, celui de Clémence Barrot, une vieille dame avec qui elle partage des moments de lecture. Ne décollant jamais de son canapé rouge, dans le couloir de leur immeuble parisien, la vétérante à la force tranquille et sereine, ouvrira les yeux de sa cadette sur ce qui constitue l’essentiel dans une vie.

Je cherchais à comprendre en quoi ce voyage était différent, je convenais qu’il n’était plus porté par ce qui l’avait initié mais par autre chose, quelque chose qui m’obligerait à admettre qu’il s’agissait de moi seule. (p.89)

Comment rester insensible à une écriture si fine et poétique? En plus d’être douce, elle est maîtrisée et touche au coeur. Michèle Lesbre couche sur papier une personnalité forte d’une femme dont on découvre les faiblesses au fur et à mesure du bouquin. Elle paraît soudainement beaucoup plus « humaine » qu’au début du récit. Les rencontres façonnent les êtres, il en est incontestablement question dans ce roman. Car même si Gyl n’est ici qu’un fantôme, le seul souvenir d’un amour perdu, le lecteur perçoit toute l’importance de cette rencontre dans le parcours de l’héroïne. Et il y a surtout cette dame extraordinaire, Clémence Barrot, qui propage partout autour d’elle (et envers le lecteur!) la sagesse et la sérénité liées à son âge.

Il m’a manqué un petit quelque chose pour vraiment adorer ce roman. La finesse qu’il dégage m’a plu, mais j’ai la sensation d’être restée à distance de cette dame. Je retiens surtout les très beaux mots de l’auteure et l’ambiance apaisante ressentie, comme bercée moi-même par ce voyage en train.

Michèle Lesbre, « Le canapé rouge », Editions Sabine Wespieser, 2007 (Folio, 2009), 149 pages.

Publicités

2 réflexions au sujet de « « Le canapé rouge » de Michèle Lesbre »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s