« Mon lapin » de Mathilde Alet

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Pour son premier roman, Mathilde Alet a choisi d’aborder l’éloignement au sein d’une famille, qui justement se réunit autour d’un malheur commun : le décès du patriarche. Gabrielle revient dans son village d’enfance pour l’enterrement de son papy Louis. Évidement, elle y reverra sa famille, ses parents, sa sœur Clara, sa tante et des membres plus éloignés. Les échanges sont froids, indifférents même. Le lecteur sera sans doute surpris de découvrir le peu, voire l’absence totale, de sentiments. D’ailleurs, Gabrielle appelle ses proches par leur prénom, chose qui m’a particulièrement marquée. Les temps s’entrecroisent : les étapes de cette triste journée s’alternent aux souvenirs de la jeune fille. On en découvre ainsi un peu plus sur son enfance, ces petits riens magiques et adorables qui enchantent les journée d’une jeune rêveuse, et sur les raisons d’une telle distance avec sa famille. C’est une façon de présenter l’histoire qui m’a particulièrement plu.

Même si perdre son grand-père est un événement qui remue pas mal de choses en elle, puisqu’il s’agit de la seule personne avec laquelle elle était liée, Gabrielle n’est pas bouleversée. Sa neutralité est d’ailleurs étonnante. En s’éloignant de ce lieu, elle s’est forgée semble-t-il une carapace. Elle est, en se sens, assez mystérieuse, comme perdue.

C’est pour tous ces éléments que j’ai trouvé ce court roman subtil et sensible. J’espérais cependant de l’auteure qu’elle décortique davantage ces rapports familiaux complexes. Les raisons d’une telle indifférence sont effleurées par bribes, sans jamais être réellement approfondies. Je l’avoue, j’en ai été frustrée. J’attendais une exploration plus importante, pour trouver mes propres clefs de compréhension à des situations vécues. Cela reste malgré tout un beau premier titre d’une auteure tout aussi sympathique, et à l’écriture moderne, que je serai tentée de relire une seconde fois assez rapidement pour être certaine de n’avoir rien manqué.

Je pense que nous nous sommes trompés de mots, nous avons trop parlé et nous ne nous sommes rien dit. Nous nous aimons mal. » (p.98)

Ce livre est un aller-retour rapide, le temps d’un enterrement, entre Paris et la ville en province que Gabrielle a choisie pour construire une nouvelle vie, toute seule. Le temps de se rappeler de Papy Louis, le temps où elle se faisait appeler « Mon lapin ».

Mathilde Alet, « Mon lapin », Editions Luce Wilquin, 2014, 121 pages.

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3 réflexions au sujet de « « Mon lapin » de Mathilde Alet »

  1. Tania

    Si avec sa famille, les échanges de l’héroïne sont assez froids, en effet, ce n’est pas le cas avec son grand-père, avec qui elle partageait une réelle connivence – le seul peut-être qui croyait en elle ? J’ai bien aimé aussi sa fascination pour le personnage mystérieux de la grand-mère.
    Mathilde Alet a choisi d’en dire peu, ce qui vaut sans doute mieux qu’en dire trop – un premier roman prometteur, à mon avis.

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      Prometteur, à coup sûr. Et une auteure très sympathique (rencontrée lors du salon du livre à Mons en novembre dernier). J’ai été attendrie par les souvenirs dans lesquels elle se replonge, des moments passés avec son papy. Mais j’ai moins adhéré à la rencontre « amoureuse ». Merci pour ton avis!

      Répondre
  2. Ping : « Petite fantôme  de Mathilde Alet | «Des bulles d'air…

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