« J’aurais dû apporter des fleurs » d’Alma Brami

« J’aurais dû apporter des fleurs », tout est dans le titre. Un homme, cinquantenaire, « banal », qui s’excuse presque d’être là. Gérault vient de perdre son emploi, il était ouvrier dans une usine qui a donc fermé. Et il croise par hasard un ancien camarade de classe, Jean-Yves, cadre, belle situation, un appartement chic en ville, marié avec Greta, une dame « parfaite », toute proprette. Deux vies, deux milieux totalement différents. Mais face au licenciement de son ami, Jean-Yves, bon samaritain, souhaite prouver sa générosité débordante (c’est ironique, évidement) en trouvant un nouveau job à Gérault.

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Ce nouveau roman d’Alma Brami est très agréable à lire, et surtout, promet bon nombre de sourires. Gérault, c’est François Pignon. Un homme qui passe inaperçu partout où il va, c’est celui qui fait partie des meubles. C’est le « gentil », le béni oui-oui. Mais au fond de lui, Gérault n’en pense pas moins. Ça lui brûle les lèvres, de crier tout ce qu’il pense de ce couple bobo-bourgeois, du « p’tit » con » qui lui sert désormais de patron, de sa maman, « mémé », qui ne cesse de lui reprocher d’avoir gâché sa vie en arrivant au beau milieu de sa carrière d’actrice et qui a décidé de le lui faire payer à grands coups de larmes et de chantages. Alors il se moque de tout ceux là, leur trouve des surnoms ridicules, leur claque leurs cinq vérités. A l’intérieur. Il se construit une façade, une carapace, en somme. Pourquoi? Pour paraître « bien », juste comme il faut être en société, tel que les autres attendent?

STOP! Gérault veut vivre sa vie tranquille, comme il l’entend. Mais il n’ose jamais le dire, il acquiesce sans un mot. Une telle division intérieure est-elle viable?

Alma Brami met en lumière, à travers l’histoire de Gérault, la division actuelle de la société en cases sociales, dans lesquelles nous sommes tous enfermés. Elle le fait de façon ironique, tendre, mais tellement réaliste. Elle brasse les différentes catégories de personnes, les cadres, les ouvriers, les mères au foyer, les ambitieux, les rêveurs, les « sans intérêts » et fait virevolter tous les stéréotypes qui y sont liés. C’est un regard amusant sur ce qui nous entoure, et qui ouvre les esprits et les cœurs. Des Gérault, il en grouille les rues. Des Gérault qui veulent juste se faire entendre, se faire respecter, en faire à leur tête. Vivre leur vie, pépère, comme bon leur semble.

J’avais déjà lu « C’est pour ton bien » de cette auteure, un récit plus intime sur le destin d’une jeune fille-mère. Elle démontre toute l’étendue de son talent en misant sur des univers variés, mais revient toujours à l’essentiel : la réflexion intérieure de l’humain sur ce qu’il veut dans la vie, ce qui le rend heureux, et lui permet d’avancer.

Alma Brami, « J’aurais dû apporter des fleurs », Editions Mercure de France, 2014, 160 pages.

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8 réflexions au sujet de « « J’aurais dû apporter des fleurs » d’Alma Brami »

  1. Mina

    Le sujet, tel que tu le présentes, trouve des échos en moi, comme en chacun sans doute (c’est un peu inévitable en abordant l’identité), mais quant à le retrouver dans un roman… Je me sens moins attirée par ce roman-ci que je n’avais pu l’être par C’est pour ton bien.

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      En effet, je ne pense pas que ce roman puisse te plaire pour son côté « humoristique ». Mais si tu as envie de passer un bon moment avec un personnage tendre et ironique, n’hésite pas!

      Répondre

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