« Jacob, Jacob » de Valérie Zenatti

110881_couverture_Hres_0A Constantinople, Jacob, 19 ans, est la tête posée d’une tribu nombreuse et modeste, aux relations complexes. Le père et le frère aîné démontrent au quotidien leur domination masculine, que ce soit sur les neveux ou les femmes de la maison (maman et belle-soeur) qui se tuent à la tâche. Tout le monde l’aime, Jacob. Il représente la sagesse, le calme, mais aussi la curiosité et l’avenir. Doué et déterminé, il s’investit dans ses études et compte bien poursuivre un chemin différent de celui qu’on lui a tout tracé. Avant cela, il part suivre son service militaire, laissant une maman meurtrie. L’ange gardien du foyer laisse un grand vide derrière lui. Et voilà  qu’après quelques semaines seulement, il est envoyé en France avec d’autres comparses pour combattre les allemands. La peur au ventre, il prend la flotte avec néanmoins la ferme intention de sauver une patrie qui le fait rêver et à laquelle il s’identifie profondément.

Jacob ne sait pas s’il a peur, on a fait de lui un soldat, le mot contient une autre façon de bouger, s’habiller, manger et dormir, utiliser son corps et ses forces et bientôt, il voudra dire tuer ou être tué. » (p.64)

Je ne suis habituellement pas attirée par les romans historiques, encore moins traitant de la guerre. Mais s’il est signé Valérie Zenatti, ça change tout. Je l’avais en effet beaucoup aimée avec Les âmes soeurs.

C’est avec force et détermination qu’elle nous embarque à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et aux prémisses de la Guerre d’Algérie, aux côtés de ce jeune Jacob. Dès les premières lignes, on sait que ce récit sera passionnant et qu’il sera très difficile de le lâcher. J’ai été littéralement hypnotisée par la fougue, la vivacité et le courage de ce jeune homme qui avance sans relâche dans le seul objectif de sauver un peuple de l’emprise nazie. Un peuple qui ne les a pas toujours soutenus, eux, les algériens. Il y voit donc la possibilité de changer le cours de l’Histoire, de son histoire. Une seconde chance, en somme, pour accéder à un avenir meilleur et sortir de l’engrenage familial. Et puis, qu’est-ce qu’il est attendrissant, empathique et généreux! Un personnage hautement charismatique que Valérie Zenatti a réussi à rendre si réel. Et pour cause, elle nous apprend sur le plateau de La Grande Librairie il y a plusieurs mois, que ce Jacob a réellement existé. Il s’agissait d’un frère à son grand-père parti effectivement combattre l’ennemi en France, et pour lequel elle a développé un intérêt tout particulier. Lors de cette émission, elle a fait un énorme cadeau aux téléspectateurs en abordant cette vie au destin trop court, et ce qui l’a poussée à parler de ces événements historique, de la Guerre d’Algérie en particulier.

Dans le roman, les mots jaillissent, sautent à la figure du lecteur, avec nervosité. La romancière l’a confirmé, elle ne pouvait gérer son écriture, tellement les faits devaient sortir rapidement d’elle-même. Malgré tout, le lecteur est confronté à plusieurs émotions : il traverse la fureur des événements de l’époque, passe ensuite à la douce naïveté de Jacob, pour repartir dans la désolation la plus paralysante de sa maman qui cherche partout après son cadet. De fait, en parallèle, la mère de Jacob, restée en Algérie, pleure le « cygne de la maison ». Elle y puise néanmoins toute la force nécessaire pour partir à sa recherche (puisqu’elle ne sait pas que son petit dernier est parti au combat). La pression est palpable à tout moment, aucun temps mort n’est permis

Réellement passionnant!

J’en fais d’ailleurs une pépite pour le non-challenge 2014-2015 de Galéa!

nouveau logo 2014-2015

Valérie Zenatti, « Jacob, Jacob », Editions de L’Olivier, 2014, 166 pages.

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17 réflexions au sujet de « « Jacob, Jacob » de Valérie Zenatti »

    1. Laeti Auteur de l’article

      Je ne peux que te les recommander. Apparemment Julie Zenatti aime parler du sens des origines et de la culture dans la vie des gens. Et puis, c’est une belle écriture, perturbante dans ce roman-ci.

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  1. jostein59

    J’avais beaucoup aimé aussi pour la pureté de Jacob tombé dans cette guerre, pour les personnages secondaires ( la mère, la belle soeur et son fils) et bien évidemment pour le style.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      J’ai moi aussi succombé aux personnages secondaires, qui n’ont pas grande importance dans le tronc de cette histoire, mais qui malgré tout son ancrés dans le roman. Le style m’a déroutée je l’avoue, je n’aime pas trop les longues phrases. Mais tu lis ce roman tellement rapidement que l’adoption d’un tel style est pleinement justifié.

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  2. Mina

    Comme toi, j’ai tendance à fuir les romans sur la guerre, en particulier celle-là, mais ton enthousiasme est communicatif, tu donnes envie de découvrir ce roman-ci. Très bel article.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Merci Mina pour tes compliments à chaque billet 🙂 Comme quoi, nos idées ne sont pas figées et nous donnent encore droit à de très belles surprises. Insoupçonnables 🙂

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  3. Laure Micmelo

    Il m’avait vraiment énormément plu ce livre, et justement, j’ai récemment terminé les Ames soeurs, beaucoup aimé aussi d’ailleurs.

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  4. Philippe D

    J’ai lu un seul livre de cette auteur « Une bouteille dans la mer de Gaza » ou quelque chose comme ça. J’avais beaucoup aimé. Je n’ai plus rien lu d’elle depuis. Ce titre m’intéresse.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Ce titre me tente également. Elle aborde régulièrement dans ses romans la question de l’appartenance à une culture, à une patrie, qui me plaît.

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  5. sous les galets

    Tu sais à quel point Laeti ce billet m’enchante, même si je n’avais pas tellement de doute, je savais que tu allais l’aimer, puisque tu aimais déjà Zenatti. Il est très touchant ton billet, parce qu’on sent toute ton émotion, et comme tu le dis si bien, elle a fait un beau cadeau aux téléspectateurs de la Grande Librairie.
    Merci beaucoup de cette belle participation.

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