« Trente-six chandelles » de Marie-Sabine Roger

« … y a-t-il un gène de la scoumoune? Un allèle de la mistoufle? Un chromosome du manque de pot? » (P.46)

Mortimer Decime, notre narrateur, est arrivé au jour J. Celui de sa… mort! En effet, une bien sombre malédiction touche sa famille depuis des lustres : tous les hommes ont tiré leur révérence le jour de leur 36ème anniversaire, dans des circonstances pour le moins inattendues et loufoques. Plus de surprise possible pour notre bonhomme, il a tout prévu, clôturé le bail de son appart, rendu sa démission, vendu ses meubles et l’ensemble de ses affaires personnelles. Aujourd’hui, il a donc 36 ans et il attend la mort dans son plus beau costume! Mais alors qu’il a toujours tout planifié dans sa vie, sachant forcément la date ultime, Mortimer est confronté à l’imprévisible : le voilà toujours en vie! Et ça, ce n’était pas du tout prévu au programme!

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C’est donc sur cette scène cocasse que s’ouvre le dernier roman de Marie-Sabine Roger, en plantant d’emblée un décor peu ordinaire. Je découvre par la même occasion son écriture qui, déjà, me fait mourir (on reste dans le thème) de rire. Comment rendre risible, une scène qui revêt à la base un caractère tragique? Bref, elle fait de moi une énième adepte de ses Trente-six chandelles, lauréat des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister 2014.

De bons sentiments sont semés au fil des pages,  sans jamais laisser tomber le lecteur dans l’ennui. C’est un roman coloré, qui égaye. Mortimer revient ainsi durant plusieurs courts chapitres sur la malédiction qui a frappé ses ancêtres. Marie-Sabine Roger réussit un tour de force : parler avec humour de la mort. Je vous défie de rester sérieux en apprenant par exemple que l’arrière grand-père finit en confettis, que le grand-père est foudroyé par la faute d’un âne ou encore que le père trouve la mort à cause d’un ballon. Le passé du jeune Mortimer et son parcours jusqu’à l’aube de ses 36 ans sont  retracés, pour en venir à l’élucidation finale: pourquoi a-t-il échappé à la poisse des Decime?

« Sa mort lui avait pourri la vie, en somme. » (P.35)

« Nous n’avons pas assisté à l’enterrement, ma tante considérant que ce genre d’amusements n’était pas de mon âge et que, de son côté, elle en avait trop vu. » (P.41)

La petite pincée de fantaisie est renforcée par une palette de personnages attachants, qui s’assument, et qui vont entourer Mortimer, comme le font les vrais amis. Orphelin d’une maman qui n’a pas voulu l’élever et qui s’en est allée, et d’un papa mort jeune, ce survivant s’est trouvé une famille d’adoption dans les bras de la « sexygénaire » Paquitta et de son rêveur de mari à la parole sage, Nassardine.

Le temps qui passe est le socle de ce roman qui nous interroge sur tout ce que l’on voudrait faire si l’on connaissait l’heure de notre mort. Il y en a qui graviraient l’Everest, d’autres qui refuseraient de vivre le grand amour parce qu’il ne durerait pas (charmante Jasmine créatrice de chapeaux entre deux toilettages pour chiens), ou encore vivraient simplement en attendant. Il y en a qui barrent les jours les séparant d’un événement extraordinaire. Mortimer barre (ou plutôt barrait) les jours avant sa mort. Tout le défi qui se présente à lui maintenant est de commencer une nouvelle vie, en s’octroyant tout ce dont il s’était interdit jusqu’alors, et de vivre pleinement toutes les joies de la vie.

Comme beaucoup me l’avait prédit, cette romancière manie l’art de parler de l’anodin avec beaucoup de saveur et de sensibilité. Elle imagine des personnages qui n’ont rien de particulier, décrit des scènes de la vie de tous les jours. Elle balade son lecteur à travers une histoire sans grande action ni suspens, qui lui donnera résolument le sourire et le laissera au final avec un sentiment de bien-être.

C’est une bouffée d’oxygène, l’un de ces livres qui font du bien et qui réchauffent le cœur, au gré de banalités touchantes, jouant avec les mots et expressions pour nous faire rire. Cela ne vole peut-être pas haut, mais arriver à garder l’attention du lecteur avec l’anodin, et lui laisser un sentiment de dépaysement au final, j’appelle ça de l’art, et je suis forcément conquise! Je la retrouverai avec plaisir avec son recueil de nouvelles « Les encombrants » ou encore « La tête en friche ».

Marie-Sabine Roger, « Trente-six chandelles », Editions La Brune au Rouergue, 2014, 278 pages.

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15 réflexions au sujet de « « Trente-six chandelles » de Marie-Sabine Roger »

  1. anne7500

    Je ne savais pas que tu allais découvrir Marie-Sabine Roger avec ce titre, je croyais que tu avais déjà lu d’autres livres. Il te reste donc de beaux moments à passer en sa compagnie !

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      Ah non, c’est ma toute première rencontre 😉 Mais d’office, j’ai trèèèss envie d’en lire d’autres!! Et comme, d’après ce que j’ai lu, il ne s’agit pas de son meilleur, je suis particulièrement impatiente 🙂

      Répondre
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