« Blanès » d’Hedwige Jeanmart

Il s’agit d’un premier roman qui fut couronné d’un prix littéraire en Belgique en décembre dernier, le Prix Rossel. Pour cette histoire, Hedwige Jeanmart a superbement maîtrisé les longues descriptions qui font penser au lecteur qu’elles n’ont aucune utilité, et qui finalement, l’enfoncent dans une atmosphère vraiment à part.

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Connaissant le culte que voue son mari, Samuel, à l’écrivain chilien Roberto Bolaño, Eva lui propose de passer une journée à Blanès, situé à 1 heure de Barcelone où ils vivent. Cet auteur, tombé sous le charme de la petite station balnéaire, y a d’ailleurs passé la fin de sa vie. Il est y devenu un symbole, laissant derrière lui une empreinte indélébile, et surtout de nombreux admirateurs, baptisés depuis lors, les bolanistes. La journée se passe donc de façon tout à fait ordinaire, Eva et Samuel profitent des joyaux des lieux touristiques : balades, restaurants, glaces. Mais en rentrant chez eux ce soir-là, Samuel dépose ses clefs sur la table, dit quelque à Eva et… se volatilise. Plus aucune trace de son mari! Abasourdie, restée en dehors de toute réalité, Eva le déclare « mort ». Il s’agit évidement d’une figure de style, qu’elle aura bien du mal à accepter, mais voilà le déclenchement d’une descente aux enfers pour la narratrice. Elle décide alors de retourner à Blanès, persuadée d’y trouver un indice, soit dans la ville-même, soit autour du fantôme Bolaño.

Avec « Blanès », on entre tout simplement dans la tête d’Eva. Ce qu’elles pensent de la vie, de son entourage, des gens, d’un environnement, d’elle-même. Tout est passé au peigne fin, tout est partagé. Elle décrit tout ce qui l’entoure, les banalités les plus futiles, avec un regard complètement désintéressé car elle se trouve dans une tout autre dimension. Eva tente de faire le deuil de son mari et s’enfonce dans des recherches invraisemblables dans Blanès. Ses repères ont explosé et son quotidien est fait, au début du roman, d’une répétition de faits et gestes devenus exclusivement mécaniques : dormir, manger, marcher.

Ce que j’ai aimé dans ce roman est la confusion que sème dès le départ l’auteure, entre la réalité des faits (Samuel plaque tout) et la sur-interprétation d’Eva. Le lecteur ne peut être que troublé. Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès, en jouant trop sur le côté mystérieux. L’auteure l’évite justement puisqu’au fil des pages, la brume se lève au même rythme que l’esprit d’Eva se libère. C’est en partie grâce aux rencontres qu’elle fait à Blanès, de personnes qui continuent à paraître étranges aux yeux du lecteur, toujours sous le prisme de la narratrice. Il y a Yvonne, Inderpal, Jorge, Santi… Certains sont bolanistes, d’autres sont juste de passage, mais tous l’aideront d’une façon ou d’une autre, à chercher la clef de l’énigme qui la tourmente.

Dans « Blanès », tout est donc dans l’ambiance, l’interprétation qu’on donne aux choses qui nous entourent, même si on est hors réalité. J’ai mordu à cette ambiance, me sentant par moment clairement déstabilisée. Hedwige Jeanmart est une conteuse. Je suis restée accrochée à ses mots, malgré la lenteur du style. Et l’introspection qu’elle propose ici avec Eva est très réussi. Un titre dont on a peu entendu parler, et qui vaut le mérite d’être découvert.

Hedwige Jeanmart, « Blanès », Editions Gallimard, 2014, 266 pages.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina.

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7 réflexions au sujet de « « Blanès » d’Hedwige Jeanmart »

  1. Mina

    Cette ambiance que tu décris me fait penser à celle déployée dans Lady Hunt et me fait un peu reculer pour cette raison : est-ce que la comparaison te semble justifiée, au moins du point de vue de la construction du roman ? C’est vrai qu’on a peu entendu parler de ce roman (parce que le premier de l’auteure ?), pourtant publié chez un grand éditeur et original d’après ce que tu en dis.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      L’auteure puise ici dans le psychologique, contrairement à Lady Hunt qui est dans du fantasque. Quand je parle de confusion entre les faits réels et la fiction, c’est uniquement vu à travers les yeux de la narratrice. On a juste son interprétation, noyée par la montagne d’émotions, de sentiments et de peurs et d’interrogations qu’elle traverse. C’est pour cela que, personnellement, je ne comparerais pas ces deux romans.

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  3. anne7500

    Si un jour je le trouve à la bibliothèque, je l’emprunterai. Si la comparaison avec Lady Hunt suggérée par Mina s’avère juste, cela me dnne encore plus envie car j’avais beaucoup aimé ce roman !

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Comme j’ai répondu à Mina, je n’aurais pas comparé ces deux titres. Avec « Blanès », il faut se laisser aller dans les errances autant mentales que géographiques d’Eva. Les sentiments sont beaucoup plus présents que dans Lady Hunt : elle a perdu son mari, sans aucun signes avant-coureur ni d’explications, et surtout, personne n’a de ses nouvelles. Elle veut savoir ce qui lui est passé par la tête.

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