« Karen et moi » de Nathalie Skowronek

A la lumière d’une lampe de poche, je lisais La ferme africaine et elle c’était moi, et moi j’étais elle. Karen, my sister. Comme elle, je venais d’un monde qui m’étouffait, petite fille choyée de la bonne société, pélican noir au milieu de demoiselles bien peignées, comme elle j’étais la moins préparée à faire face à cette force que je sentais rugir et qui me poussait vers l’ailleurs, loin, très loin de ce pour quoi j’avais été programmée (enfance sans histoire, études honorables, beau mariage). J’étais une écorchée vive, un sac de larmes. » (p.10)

La narratrice de ce roman se sent différente, depuis son plus jeune âge. Elle n’est à sa place nul part, simule des conversations anodines, joue un rôle dans une vie qui l’enferme. Elle brûle de l’intérieur, et attend le déclic pour sortir de ce moule où elle n’en peut plus de faire semblant. Sa bouée de sauvetage se concrétise en la personne de Karen Blixen née Christenze, une grande dame de lettres danoise du début du xxème siècle. A ses côtés, elle trouve la force d’avancer parmi cette vaste comédie qu’est son quotidien, et en parallèle, lui inspire le projet d’écrire. Une sorte d’exutoire. Ce personnage féminin, dont on ne sait finalement que peu de choses, entame donc d’écrire la biographie de cet écrivain qui la fascine depuis leur première rencontre, alors qu’elle n’a que 11 ans, avec « La ferme africaine ».

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Nathalie Skowronek choisit la simplicité, le respect et la retenue pour aborder ce duo féminin qui ne s’est jamais rencontré, et qui partage bien plus de points communs que l’amour des livres. La narratrice avoue au lecteur ses pensées les plus enfouies sur le sens qu’elle veut donner à sa vie, et les rêves qui la font vibrer, parfois avec une rage réellement contagieuse. Se dessine alors en miroir une partie de la vie de Karen Blixen et les événements qui l’ont marquée : son étouffement au Rungstedlund, le mariage arrangé avec Bror, seule solution pour s’échapper, et son départ pour le Kenya où ils ouvrent une plantation de café – ses plus belles années – son coup de foudre pour Denys, et son retour dans la maison familiale après avoir tout perdu.

Au fil du récit, ces deux femmes qui ne supportent aucun code, tentent de trouver leur chemin, en n’écoutant qu’une seule voix, malgré la pression extérieure : celle de leur cœur. La narratrice s’enfouit dans l’histoire de son auteure adorée, s’adresse directement à elle, Karen de mes songes, double de moi-même, l’encourage dans ses choix cornéliens et avance avec elle dans les pénibles épreuves. Les images se superposent et finissent par s’imbriquer les unes dans les autres.

Pour son premier roman, la belge Nathalie Skowronek entend donner raison à l’amour des mots et aux rencontres littéraires dans la poursuite de ses rêves. Dans un style doux et très agréable, la lecture est fluide, aérienne. Parfois, les mots se font plus durs lorsque l’indifférence devient étouffante. Elle m’a donné envie de me plonger dans cette incroyable expérience au Kenya dont Karen Blixen est la plus fière, dans « La ferme africaine ». Et évidement de poursuivre avec son écriture qui m’a transportée. Un très bel hommage aux hommes et femmes de lettres qui ne cessent de nous guider.

Mon premier coup de cœur de ce Mois belge!

Nathalie Skowronek, « Karen et moi », Editions Arléa, 2011, 146 pages.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina.

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14 réflexions au sujet de « « Karen et moi » de Nathalie Skowronek »

  1. Mina

    Un beau coup de cœur, que tu sais transmettre une fois encore. Depuis la « rencontre » de l’auteure à Passa porta, j’ai envie de découvrir son écriture, et ce roman-ci me semble tout indiqué. Je reviendrai certainement en parler avec toi « prochainement ». 🙂

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    1. Laeti Auteur de l’article

      J’ai moi aussi envie de l’avoir près de moi (je l’ai emprunté à la bibliothèque mais je me l’offrirai peut-être). Ton billet m’avait donné très envie de le découvrir et comme tu le vois, nous partageons le même coup de coeur! Le prochain sera Max en apparence.

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  2. anne7500

    Chouette alors, il est dans ma « pile de la semaine » ! Je me réjouis et je te conseille de lire La ferme africaine, je l’ai lu après avoir vu (et revu et re-revu, je ne m’en lasse pas) le superbe film de Sidney Pollack, Out of Africa.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      En faisant des recherches, j’ai vu quelques images de Out of Africa! Meryl Streep est l’une de mes actrices préférées donc je succomberai d’office!! Mais j’aimerai lire avant le roman.

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