« Les blondes à forte poitrine » d’Isabelle Baldacchino

Je vous faisais part en novembre dernier du bonheur d’avoir goûté au premier recueil de nouvelles d’Isabelle Baldacchino, Le manège des amertumes, et de mon envie pressante de continuer dans cet univers particulier. Plusieurs mois plus tard, comme pressenti lors de la rédaction de ce billet, c’est surtout le ton qui me reste, le style amer et sombre, avec, ceci étant, une petite pointe d’émotion qui a su me toucher à pratiquement chaque nouvelle. C’est donc avec une grande impatience que j’ai attendu son nouveau recueil, tout juste reçu pour ce Mois belge, il y a 1 semaine. Ce deuxième titre devait avoir la pression car ce n’est pas une admiratrice, qu’il devait arriver à convaincre, mais bien deux! En effet, c’est une Mina tout aussi enthousiaste qui m’a accompagnée durant cette lecture.

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Isabelle Baldacchino l’a intitulé « Les blondes à forte poitrine », un titre interpellant, qui fait sourire, laissant déjà entrevoir un univers différent (plus humoristique?) que son prédécesseur. La comparaison entre les deux lectures, inévitable mais que j’aurais sans doute dû éviter, s’arrêtera vite car j’ai compris très tôt que l’auteure a décidé de jouer dans un autre registre.

Dès les premières nouvelles comme « Coprolalie« (un mot que je ne connaissais d’ailleurs pas!), et cela se répètera dans pas mal d’histoires comme « Petite conne » et « Indigne« , le ton est vif, cru, grossier même. L’auteure a continué d’employer une narration à la première personne pour la majorité de ses textes, comme dans son premier recueil,  appuyé donc par ce style direct. Bien entendu, cela va de pair avec les personnages imaginés : ils sont pour la plupart blessés, désemparés, ou au contraire, en colère. Ils crient leur solitude, l’indifférence ou l’injustice dont ils sont victimes.

J’aime les plates, les planches, les plus très fraîches. Les poilues, les tachées, les fanées. Je les prends par trois, une grosse, une maigre, une avariée.

J’aime les femmes laides. (J’aime – p.28)

Dans tous les cas, ils ont un message à faire passer. J’aime ces histoires qui sont loin d’être lisses. Mais je l’avoue, pour moi, c’était à l’excès. Un juste équilibre entre les deux m’aurait davantage sied. D’autres m’ont mise mal à l’aise de par le sujet ou l’ambiance abordés, comme Au suivant.

Néanmoins, certains textes ont réussi à me toucher. Ils ne sont pas particulièrement tendres pour autant, mais ils dévoilent de façon plus délicate la face cachée de ces personnes en détresse ou isolées. C’est le cas avec « Rauque mon chou« , où une dame passe systématiquement un soir par semaine accoudée à un bar à observer le monde qui l’entoure; la soeur aînée qui garde en elle beaucoup de rancoeur et qui risque de tout faire éclater lors d’une énième « Réunion de famille« , ou encore cette femme bien dans sa peau mais trop « Ronde » par rapport à ce que nous dicte la société.

Il y a eu de l’amusement aussi, de l’ironie. Dans « Courbe de Bézier« , la plus longue (12 pages), la vie d’un fonctionnaire maniaque se retrouve complètement retournée à cause… d’une chaise Ikéa, déposée chaque matin devant sa porte de maison. Le grain de sable qui chamboule l’engrenage d’une vie (trop) rangée.

Ce recueil, j’ai vite compris qu’Isabelle Baldacchino avait eu envie de le saupoudrer d’une part de sa vie. Les clins d’oeil sur la région du Borinage sont récurrents, bien connue pour ses anciennes mines de charbonnage (auxquelles elle rend hommage dans « Marcasse« , un texte sombre mais touchant sur le quotidien dangereux aux lendemains compromis d’un minier) ou sa population plus précarisée (« On the road again« ). Évidemment, elles ont eu un écho particulier en moi, qui partage les mêmes origines, et des sourires que me valait la dérision employée par l’auteure.

« Les blondes à forte poitrine » se détache clairement de son prédécesseur, notamment pour le ton plus cru et la brièveté des textes (les histoires me paraissant parfois survolées). Malgré mon sentiment mitigé, une affinité particulière me lie à l’univers d’Isabelle Baldacchino que je retrouve nul part ailleurs.

L’avis de mon amie Mina, également déstabilisée, mais avec qui j’ai adoré échanger en temps réel nos impressions!

Isabelle Baldacchino, « Les blondes à forte poitrine », Editions Quadrature, 2015, 115 pages.

Service presse reçu de l’éditeur.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina.

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5 réflexions au sujet de « « Les blondes à forte poitrine » d’Isabelle Baldacchino »

  1. Ping : Le Mois belge 2015 : le billet récapitulatif |

    1. Laeti Auteur de l’article

      Il ne s’agit pas du tout d’un reproche pour ma part. Naturellement, on ne peut éviter la comparaison avec le premier recueil, et j’aurais dû sans doute sortir de ça.

      Ceci étant, l’humour et la dérision qui sont plus présents dans ce recueil m’ont plu. Il y a donc du positif dans le changement 🙂

      Répondre
  2. Mina

    C’est amusant de voir que ne citons pas du tout les mêmes nouvelles, en tout cas dans celles qui nous ont davantage plu, alors que nous semblions relativement d’accord lors de nos échanges. Seule Marcasse se distingue vraiment pour toutes les deux : si j’y ai reconnu ta région, ce n’était pas le cas avec On the road again par contre ; le rapprochement de ce point de vue avec l’auteure joue sans doute plus pour toi que pour moi.
    Je me rappelle de Rauque mon chou, Réunion de famille et Ronde, mais je ne pense pas que ces nouvelles me resteront ; je préfère Isabelle Baldacchino avec une pointe de cruauté supplémentaire.
    En tout cas, c’était un plaisir de partager cette lecture avec toi, ça me console un peu de cette déception.

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      J’ai (re)découvert en réalité l’ensemble du recueil après l’avoir terminé, par rapport aux souvenirs que je gardais de certaines nouvelles (et aux oublis qui s’étaient déjà opérés pour d’autres).
      Celles que tu as préférées m’ont mise mal à l’aise, comme Au suivant, et Le bal des fantoches. On est d’accord sur celles qui malheureusement ne nous sont pas restées en mémoire.

      Répondre

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