« Maine » de J. Courtney Sullivan

Sa maison dans le Maine était la seule chose qui différenciait sa vie de celle des autres. » (p.25 – Alice)

Les Kelleher retrouvent chaque été avec grande impatience la maison familiale du Maine, une superbe propriété au bord de l’océan, un havre de paix idéal pour se ressourcer. Mais depuis quelques temps, les relations n’étant plus ce qu’elles étaient, les enfants ont imaginé un planning très stricte pour se partager la propriété, chacun à leur tour, afin qu’aucun n’empiète sur la tranquillité de l’autre. Entre Alice, la mère, Kathleen, la fille, Clare, la seconde, Patrick, le fils et Ann Marie, la belle-fille, l’orage est toujours prêt à éclater à tout moment.

Ce roman, c’est surtout le portrait de 4 femmes, présentées tour à tour au travers de nombreux retours dans le passé et de moments marquants de leur vie. On y découvre leurs joies, leurs regrets, ce qui fait leur fierté aujourd’hui, et ce qui restera pour toujours de profondes blessures.

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Il y a Alice, la doyenne de 84 ans, loin d’être tendre avec ses enfants, qui a souffert, pour cause, toute sa vie du rôle – forcé- de « mère de famille » alors que ce qui la faisait plutôt vibrer, c’était la possibilité de devenir une artiste libre. Malgré le respect qu’on lui doit et l’empathie suite à ses blessures passées, on ne peut aimer Alice dont les paroles sont des plus humiliantes. Kathleen, l’un de ses deux filles, la femme trompée, ancienne alcoolique, persévérante et déterminée, a refait sa vie avec un nouvel homme dans une ferme bio, très loin des siens. Maggy, la petite-fille (la fille de Kathleen), jeune trentenaire new-yorkaise attendrissante, est à l’aube d’un changement radical de vie : elle s’apprête à passer d’écrivain moderne, en plein dans une relation tumultueuse,  à un quotidien de mère célibataire. Les questions et les doutes l’assomment, sans compter sur le manque de soutien évident de la part de son entourage. Enfin, Ann Marie, la belle-soeur, est sans doute celle qui a, en apparence, l’existence la plus confortable et qui éblouit tout le monde de par sa réussite sociale. Une image beaucoup moins lisse qu’elle ne paraît, maquillée par les non-dits et un sourire éternellement forcé.

Les liens se tissent entre elles au fil des chapitres, que l’on découvre tendus. Deux hommes sont présents, en filigrane : Patrick, le frère de la tribu et le mari d’Ann Marie, ainsi que Daniel, le patriarche. Perçu comme la voix sage de la famille, le seul à vouloir maintenir une cohésion, c’est lui qui servait de trait d’union et de ciment. Son décès, survenu 10 ans plus tôt, a été l’événement qui a non seulement ébranlé chaque membre, mais qui a aussi sonné le début des hostilités et des séparations.

Dans cette fresque familiale, la tension est palpable et la confrontation est imminente. Plusieurs révélations survenant en dernière partie, lors d’une ultime rencontre dans la maison de vacances du Maine, seront le déclenchement d’autres vérités qui ne laisseront personne indemne.

J. Courtney Sullivan dépeint ici une famille typique américaine, mais encore fort ancrée dans ses origines irlandaise, où les clichés sont fidèles à l’image que l’on en a (en tout cas, de la mienne), sans être trop nombreux. L’auteure propose également une évolution intéressante de la société des années 50 à celle d’aujourd’hui, sur le rôle de la femme mais surtout sur la disparition des valeurs d’antan et un changement radical des habitudes de vie. C’est une esquisse moderne d’une famille dans laquelle on se reconnaît forcément.

Un roman d’une grande finesse, avec une galerie de personnalités tranchantes. Les pages se tournent rapidement grâce à l’écriture très agréable de J. Courtney Sullivan et à l’envie irrépressible de découvrir la faille! Un ton et une ambiance qui m’ont happée et déconnectée, et qui m’invitent à lire d’autres romans de cette auteure.

J. Courtney Sullivan, « Maine », traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Camille Lavacourt, Editions rue Fromentin, 2013 (Le Livre de Poche, 2014), 450 pages.

 

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12 réflexions au sujet de « « Maine » de J. Courtney Sullivan »

  1. Amosme

    J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai lu il y a tout juste un an. J’en garde un merveilleu souvenir. Par contre, j’ai lu ses autres livres qui m’ont laissé de marbre, alors j’aurais plutôt tendance à te conseiller de rester sur ta bonne impression 🙂

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