« Il pleuvait des oiseaux » de Jocelyne Saucier

Dans les années 90, une photographe se lance dans le projet d’aller à la rencontre des survivants des terribles feux qui se sont abattus sur Matheson en 1916. Un survivant en particulier la trouble, un jeune homme qui revient régulièrement dans les propos recueillis. Ted Boychuck est le point de départ de cette histoire. Il la conduira en pleine forêt canadienne où sont abrités depuis quelques années des octogénaires qui y ont trouvé repli, pour un retour à la vie sauvage, calme et sans contraintes. Ted Boychuck y a vécu jusqu’il y a quelques jours, la mort vient de l’emporter. Ses compagnons, Charlie et Tom, partagent alors avec leur invitée des moments de la vie de leur copain, mais aussi des anecdotes personnelles, et leurs motivations à fuir la civilisation pour ce petit coin de plénitude, leur ermitage. Deux autres personnes entrent en jeu, Steve et Bruno, venant compléter ce récit qui invite le lecteur dans les profondes verdures de l’Ontario et les secrets des Grands Feux.

FullSizeRender(4)

J’ai beaucoup aimé le mystère développé par Jocelyne Saucier pour introduire son histoire et ses personnages par chapitre, chacun précédé de l’intervention d’un narrateur extérieur qui parcourt les faits.

L’histoire est celle de trois vieillards qui ont choisi de disparaître en forêt. Trois épris de liberté.

– La liberté, c’est de choisir sa vie.

– Et sa mort. (p.11)

Les éléments sur la vie de Boychuck  se dévoilent au compte-goutte, ainsi que les différentes personnalités. Et quelles personnalités! Après avoir fait connaissance avec les deux vieillards qui ne troqueraient la tranquillité de leurs cabanes pour rien au monde, l’arrivée de deux femmes viendra tout chambouler : la photographe venant enquêter sur les Grands Feux et une toute petite dame si timide et fragile, rebaptisée Marie-Desneiges.

Hormis ce suspense latent qui induit une envie pressante de découvrir la vérité, ce sont les personnages, fragiles et attachants qui m’ont le plus marquée. Ces âmes brutes en apparence tiennent leur méfiance à l’encontre d’autrui d’un passé triste et sombre. Mais sous cette carapace pourtant solide se cache un être qui souhaite juste terminer sa vie en toute quiétude. Les liens qui s’unissent entre eux sont magiques. Ils leur permettront à tous de trouver un nouvel espoir, une lueur pour profiter encore des beaux jours qui leur reste.

Comme il était attendrissant d’assister au rapprochement timide entre deux êtres ébranlés par la vie passée, lorsque le bourru Charlie tombe sous le charme de la toute fragile Marie-Desneiges. Plus rien d’autre ne compte!

« Il pleuvait des oiseaux » a quelque chose de sauvage et de terriblement humain à la fois. L’environnement, le décor décrits par Jocelyne Saucier m’ont donné l’effet d’une bouffée d’oxygène.

C’est un roman qui fait voyager, qui donne envie à son lecteur de tout quitter pour un quotidien plus apaisant en pleine nature, et surtout qui trouve sa richesse auprès de personnages attendrissants. Où il est question de la mort, mais aussi d’espoir.

Jocelyne Saucier, « Il pleuvait des oiseaux », Editions XYZ, 2011 (Denoël, 2013 et Folio, 2014), 217 pages.

Publicités

12 réflexions au sujet de « « Il pleuvait des oiseaux » de Jocelyne Saucier »

    1. Laeti Auteur de l’article

      Eh bien ça me fait drôlement plaisir ton petit mot car on n’est jamais vraiment certain d’arriver à faire passer correctement l’idée d’un roman, surtout lorsqu’on l’a apprécié!

      Répondre
  1. Lili

    Mais je le vois fleurir sur tous les blogs ce titre en ce moment (dont chez Mior en dernière date^^) ! Quel succès pour un roman québécois, c’est super ! Et ton billet lui rend sacrément honneur, il est un plaisir à lire !

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      C’est vrai, on le voit partout! Je dirais que c’est LE roman québécois à lire en ce moment, et pour un premier aperçu de cette littérature, qu’il me tarde d’approfondir avec d’autres auteurs. Je poursuivrai avec Jocelyne Saucier, c’est certain.

      Répondre
  2. sous les galets

    un blogueur l’avait pépité l’année dernière et m’avait mis l’eau à la bouche, c’est une romancière qu’on voit de plus en plus sur les blogs, je note celui-là, c’est très beau comment tu en parles.

    Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s