« Quatre murs » de Kéthévane Davrichewy

L’auteure française d’origine géorgienne nous livre un roman pudique sur la dégradation de la relation entre quatre frères et sœurs, avec des mots délicatement choisis.

La raison de cet éloignement? La mort du père qui pousse la mère à vendre la maison familiale, tellement chargée de souvenirs… C’est lors du dernier voyage et des « aurevoir » que les langues se délient pour toucher là où ça fait mal. Davrichewy a néanmoins pris soin que jamais une voix ne monte plus haut qu’une autre, l’ambiance reste clémente, mais tendue. Cette tension n’est pas oppressante pour autant et c’est ce qui rend ce roman si joli. On parle quand même d’une relation faite de chair et de sang, là où la complicité devrait être à son paroxysme. Et le lecteur assiste plutôt à l’indifférence la plus totale, comme si les souvenirs d’enfance ne faisaient plus le poids par rapport aux problèmes d’adultes, aux changements de vie et à l’éloignement.FullSizeRender(1)

Saul, Hélène, et les jumeaux Réna et Elias se replongent tour à tour dans les souvenirs de famille. Sorte de thérapie, ils évoquent aussi les tourments de leur vie personnelle, familiale et professionnelle. Avec au centre, une maman éplorée qui attend vainement que l’harmonie reprenne place au sein de la tribu. Le lecteur découvrira, tel un fil rouge aux 3 récits, de lourds secrets qui sont encore chuchotés, mais tellement prêts à exploser à tout moment.

Saul, le grand frère, à un tournant de sa vie, convoque alors ses frères et sœurs et la maman dans sa nouvelle maison grecque. L’ultime rencontre pour retrouver une once de sérénité et de l’équilibre dans chaque vie. Entendre le fameux « Il faut qu’on parle » et sentir s’approcher l’espoir et la délivrance.

Professionnelle dans l’art de parler des relations qui font mal, Kéthévane Davrichewy est encore une fois émouvante avec cette histoire fraternelle. Elle met le doigt sur une réalité, et tente de dénouer les regrets que gardent les membres en chacun d’eux, pour sauver ce qu’il reste à sauver. Encore une très belle réussite, ce texte délicat et intime.

A chacun de ses romans (La Mer noire et Les séparées), l’auteure m’a émue, parfois même retournée. Des émotions retrouvées dans cette dernière publication.

Il s’agit de ma seconde lecture estivale, avec laquelle je prenais un grand plaisir à renouer pour me plonger dans cet environnement intimiste et familial.

Kéthévane Davrichewy, Quatre murs, Editions Sabine Wespieser, 2014 (10/18, 2015), 142 pages.

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7 réflexions au sujet de « « Quatre murs » de Kéthévane Davrichewy »

  1. Philisine Cave

    J’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup cette auteure. J’ai lu cet été son premier roman hyper émouvant. Elle a quelque chose qui me touche, je n’arrive pas me l’expliquer. Parfois, c’est cliché mais je lui pardonne tout, y’a rien à faire.

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  2. anne7500

    Je me souviens ne pas avoir été complètement séduite par La Mer noire, j’ai résisté à l’émotion, si je me souviens bien… (Je sais, je suis un vilain petit canard, tant pis.)

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je te le conseille évidemment 😉 Elle traite de sujets différents, mais il reste toujours sa générosité, et surtout son analyse des rapports humains. Bonne lecture!

      Répondre
  3. Ping : Fourre-tout #9 (billet de rentrée ou septembre à contre-courant) | Des bulles d'air…

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