« Les arbres voyagent la nuit » d’Aude Le Corff

Quel dommage que les arbres ne voyagent pas, pense-t-elle. Ils peuvent être plusieurs fois centenaires, mais restent toute leur vie enracinés au même endroit. A quoi bon? (p.131)

FullSizeRenderAlors que les retours sur « L’importun » se sont multipliés sur les blogs il y a quelques mois, c’est avec le premier roman d’Aude Le Corff, « Les arbres voyagent la nuit » que j’ai eu envie de découvrir cette nouvelle plume féminine française.

On ouvre le livre avec la rencontre de Manon, fillette discrète et plutôt mature pour ses 8 ans, qui, une fois de retour de l’école, se pose au pied du bouleau dans la cour commune de l’immeuble à appartements où elle vit. Immédiatement, on sent que quelques chose la contrarie : sa maman est partie voilà 4 mois, en ne donnant aucune nouvelle. Face à cette disparition, et un papa désemparé, elle s’enferme dans un monde bien à elle, où elle parle aux fourmis, caresse les chats toujours dans le même sens, et surtout trouve un échappatoire dans les histoires qu’elle lit au pied de cet arbre. Et elle en inquiète plus d’un, la petite Manon : sa tante Sophie, tout d’abord, qui n’arrive plus à engager une conversation avec elle, et Anatole, un professeur de français à la retraite, tous deux habitant dans le même immeuble. C’est avec le livre « Le Petit Prince » qu’Anatole arrivera doucement à gagner sa confiance. Un jour, une lettre tombe avec quelques nouvelles d’Anaïs, la maman de Manon. Le coup d’envoi pour une longue route vers le Maroc, avec à son bord, Manon et son papa Pierre, Anatole et Sophie, est lancé.

Dès le début, et au fil des chapitres, 4 personnages attendrissants se dessinent. En voulant rassurer au mieux la petite fille, et en l’encadrant de la meilleure façon qui soit, les trois adultes laissent échapper quelques souvenirs, des moments heureux, nostalgiques. Ils repenseront à des images regrettables du passé, ou s’occuperont plutôt à combler les interrogations qui les tourmentent depuis trop longtemps.

Aude Le Corff possède une écriture qui m’a beaucoup touchée. Tout est doux dans ce roman : le style, les personnages, et même la façon de philosopher aux côtés du sage Anatole. Ce road-movie improvisé offre au lecteur des descriptions saisissantes sur les paysages rencontrés et de nombreux petits clins d’œil à une nature poétique. Le charme opère surtout dans les relations qui se nouent entre les 4 personnalités. Ainsi, l’amitié naissante entre Manon et Anatole m’a particulièrement émue. Ils vont chacun à tâtons, mais se rendront compte qu’ils se nourrissent chacun de la présence de l’autre. Une façon d’avancer main dans la main, dans l’entraide et le partage. Quoi qu’il se passe, ils en sortiront tous grandit. L’amour de la littérature y a une place prépondérante aussi, vue comme un échappatoire, une façon d’enjoliver, ou plutôt de réinterpréter les choses que l’on vit.

Voilà un roman typique pour s’évader, voyager à travers la France, l’Espagne, jusqu’aux portes du Maroc, et surtout sourire et voir le monde extérieur autrement, avec bien plus de poésie.

La répétition teinte de banalité n’importe quel chef-d’oeuvre de la nature : on admire, on contemple puis on intègre le paysage, avant de se fondre en lui. Les souvenirs remontent et s’évaporent. Notre corps devient nébuleux. On peut rencontrer aussi bien le vide que le tout. Ne plus penser à rien comme dresser le bilan d’une vie, en étant aspiré par quelque chose de plus global qui nous échappe. » (p.210)

Aude Le Corff, « Les arbres voyagent la nuit », Editions Stock, 2013 (Pocket, 2015), 293 pages.

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7 réflexions au sujet de « « Les arbres voyagent la nuit » d’Aude Le Corff »

  1. Mina

    J’aurais plutôt envie de me tourner vers ce roman-ci que vers La dictature des ronces, dans la catégorie qui fait du bien. J’ai l’impression d’imaginer l’atmosphère douce qui s’en dégage et qui me rappelle de belles lectures que nous avons partagées (en LC ou en différé).

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      En effet, ce voyage en voiture où l’auteure décrit les paysages, la nature, les sensations, les odeurs, c’est très apaisant. Il a aussi un côté « tout le monde est gentil » exaspérant qui serait pour moi un petit bémol, comme je t’avais expliqué, mais dans l’ensemble c’est une jolie histoire!

      Répondre
  2. Ping : Fourre-tout #9 (billet de rentrée ou septembre à contre-courant) | Des bulles d'air…

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