« Un membre permanent de la famille » de Russel Banks

C’est avec la sensation de quitter des personnes devenues familières, presque des proches, que je referme le recueil de nouvelles de Russel Banks. Les aventures de ces hommes et femmes qui, à travers les mots et l’ingéniosité de Russel Banks, prennent de sacrés virages, m’ont captivée. L’auteur américain joue avec son lecteur, en l’emmenant dans des situations parfois abracadabrantes, parfois malsaines. Un jeu auquel j’ai, avec joie, mordu à l’hameçon. C’est le cas par exemple de « Blue » où une femme, que j’ai trouvée attachante, se rend dans un garage de son quartier où elle compte bien s’offrir une voiture après avoir économisé durant des années. Le hasard, ou la malchance, fait qu’elle se retrouve coincée parmi les véhicules et c’est le début d’une longue et effrayante nuit… à la belle étoile donc.

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Dans ces histoires, il est surtout question des relations entre hommes et femmes, au sein d’une famille, ou d’un couple. Dans les toutes premières nouvelles, l’auteur revient plusieurs fois sur le thème de la séparation, du divorce en particulier, ou de la mort. Il est alors envisagé comme l’élément perturbateur venant casser une harmonie, ou au contraire, comme le coup de pouce vers un nouveau départ. Deux histoires de famille me reviennent particulièrement : « Un membre permanent de la famille », où il désigne la chienne de compagnie comme le ciment d’une famille en pleine division; et « Oiseaux de neige », ma préférée du recueil, mettant très adroitement en scène la perte de repères, et ensuite, l’évolution intérieure d’une dame dont le mari vient brusquement de décéder.

Qu’elles soient courtes ou plus longues, les nouvelles de Russel Banks marquent. Alors qu’elles ont paru chez certains lecteurs, inégales, j’ai pour ma part été très touchée par « Transplantation » par exemple, l’histoire la plus courte et ô combien happante. Celles où il a pris le temps de planter un décor, un passé, des personnages plus travaillés, sont tout aussi riches car il propose à chaque fois une « vraie » fin.

Sa force, c’est la concision, des personnages sympathiques dans leur mélancolie, et surtout, sa façon de maîtriser le déroulement des événements. Les effets de surprise sont souvent garantis. Le dernier élément à savourer sans retenue : une langue riche, sans fioritures, qui dénonce un modèle américain pseudo parfait, et teintée d’une pointe d’ironie que j’ai adorée.

Russel Banks, « Un membre permanent de la famille », traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Editions Actes Sud, 2015, 239 pages.

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11 réflexions au sujet de « « Un membre permanent de la famille » de Russel Banks »

    1. Laeti Auteur de l’article

      Merci Marie-Claude 🙂 Ce n’est pas celle que j’ai préféré mais j’avoue qu’elle est très réussie! J’ai préféré Transplantation par exemple! Un très beau recueil.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Quelques blogueuses que je suis particulièrement ont beaucoup aimé, et je n’avais encore jamais lu Russel Banks. Son écriture m’a plu, la façon dont il sème le doute et mène le suspens est très réussi dans ce recueil.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je me suis sentie proche des personnages, et ça, ça n’arrive pas très souvent. Pour le coup, bravo à M. Banks! Tu as lu certains de ses romans? Que préfères-tu?

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  1. Mina

    Comme Anne, ça fait longtemps que je n’ai pas lu de nouvelles, celles-ci sont tentantes… Tu comptes lire d’autres livres de l’auteur, nouvelles ou romans ?

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