« La mort de Mignonne et autres histoires » de Marie Hélène Poitras

« La mort de Mignonne et autres histoires » est un recueil particulier, un univers qui dérange, parfois, et qui marque, assurément.

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On entre dans ce monde, d’abord en poésie et en délicatesse avec la nouvelle-phare « La mort de Mignonne ». L’histoire d’un cheval qui déambule dans une ville, pour aller mourir seul, au milieu du monde humain. Impossible de passer à côté de la passion de Marie Hélène Poitras pour l’équitation, car c’est un sujet qui reviendra dans quelques autres histoires. Les personnages qu’elle met en scène dans le milieu équestre partagent un réel attachement pour leur animal, qui est souvent vu comme une bouée de sauvetage, l’élément qui leur permet d’avancer dans un monde d’adultes qui leur ressemble moins. Un amour pour les bêtes, où l’envie de les protéger surplomb leurs propres problèmes et difficultés. Cet attachement est émouvant, notamment dans « Nan sans Réal », où la jeune héroïne de cette nouvelle, déclare :

« M’offrir un cheval, c’était m’injecter une drogue dure dans le corps, me verser une cuillère d’héroïne dans le sang. […] Offrir un cheval à une adolescente, c’était ouvrir la porte à toutes sortes d’errances et ma mère voyait l’évidence : ce cheval était une bête splendide, magnétique. A partir de ce jour-là, je me détachai de ma mère et passai plus d’heures sur le dos de mon pur-sang que debout sur le sol à hauteur d’homme. » (p.172-173)

Par la suite, le style se corse, se durcit, évolue à la faveur de personnages plus ébranlés, qui se cherchent. Parmi ces histoires, le lecteur devient régulièrement témoin d’une naïveté perdue, d’une vérité qui éclate, et qui ne fait pas toujours que du bien. C’est le cas de « La beauté de Gemma », l’histoire d’une jeune fille qui fait une entrée subite dans le milieu du mannequinat, sans avoir été préparée à la méchanceté ni à la jalousie des autres.

« Comme une renarde à trois pattes », fait partie de mes préférées, où il est, une nouvelle fois, question de confidences et de lourds secrets. Un décor joliment planté, au fond des bois, où j’ai été imprégnée de l’ambiance et des odeurs liées à cette nature sauvage et fraîche.

Un intéressant clin d’œil à propos de la quête d’inspiration des écrivains et sur la frontière mince entre réalité et fiction, dans deux nouvelles qui se rejoignent « Lettre aux habitants de Rivière-bleu » et « La maison ».

On y retrouve une « langue » à part, des expressions typiques et bon nombre d’anglicismes qui m’ont fait voyager et m’ont beaucoup amusée : « Jean murmurait des choses très douces dans le cornet de l’oreille de Jeanne […] » (p.80) ; « Il était à peine 20h lorsque le premier invité, un nerd joufflu déjà soûl mort et portant une ceinture de Superman, était arrivé au party. » (p.56) ; « Tu avais acheté du mush au pusher de l’école […] » (p.57).

Même si j’ai un peu plus apprécié Marie Hélène Poitras dans sa fragilité, l’originalité de son écriture m’a déconcertée . Et en littérature, j’aime de temps en temps être bousculée!

Marie Hélène Poitras, « La mort de Mignonne et autres histoires », Editions Triptyque, (1ère édition : 2002), 2007, 187 pages.

Une nouvelle participation à « Québec en novembre » chez Karine et Yueyin

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