« Un roman anglais » de Stéphanie Hochet

Tentée par Maryline et ensuite par Mina, j’ai à mon tour pu découvrir la plume de Stéphanie Hochet avec ce titre « Un roman anglais », dévoré en un week-end! Et ça faisait bien longtemps que cela ne m’était plus arrivée!

Hochet_RomanAnglais

L’histoire se déroule en Angleterre, on est en 1917. La guerre bat son plein, et pour fuir les bombardements qui éclatent à Londres, la famille Whig s’installe dans le cottage familial en pleine campagne, dans le Sussex. Anna est traductrice mais depuis qu’elle a donné naissance à Jack il y a 2 ans, le temps lui manque pour se consacrer pleinement à son emploi. Elle décide alors de publier une annonce dans le journal pour trouver une nounou capable de s’occuper de son fils à la maison. Les candidatures sont peu nombreuses, vu le contexte, mais une retient son attention. Un courrier signé George, qu’Anna relie directement à George Eliot, lui inspirant confiance juste à cette lecture. La maîtresse de maison ne tarde pas à rencontrer la personne à qui elle confiera son enfant, qui s’avère être… un homme. Au bout de quelques jours, le lien entre Jack et George se noue très naturellement, pour le plus grand soulagement d’Anna qui se replonge donc avec plaisir dans ses traductions. Une venue qui, sans le vouloir, bouleversera l’apparente tranquillité de cette maison.

Ce n’est pas avec ses bras que George m’apaise, mais son écoute a cet effet prodigieux de désamorcer la bombe que je porte en moi. Combien de temps tout cela durera-t-il si le danger n’est évité qu’en sa présence? (p.96)

Stéphanie Hochet plante d’emblée un décor, un contexte, dans lesquels le lecteur n’aura aucun mal à se plonger. C’est l’ambiance surtout qui m’a happée. Elle effleure une tension au sein de cette maison, dès les premières pages. Une tension palpable d’abord auprès d’Anna, qu’on sent véritablement à fleur de peau. La maternité y est évidement pour quelque chose, mais très vite un autre élément secouera la jeune femme qui a beaucoup de mal à trouver sa place en tant que femme, épouse et mère. Edward, son mari, a une personnalité à l’image de son métier, horloger. Il fonctionne dans la vie de façon mécanique, où tout est réfléchi, pesé, ne laissant aucune place au changement, encore moins à la nouveauté. Ce n’est donc pas d’un bon œil qu’il voit entrer le jeune homme dans sa vie de famille. La jalousie naissante envers George rendra l’atmosphère de plus en plus pesante, alors que sa femme se découvre simultanément des pulsions très violentes et difficilement maîtrisables. L’issue proposée par Stéphanie Hochet est brutale et surprenante (sans en dire plus), mais ne pouvait finalement être autre. Avec cette famille au bord de l’implosion, il fallait un élément déclencheur pour briser la glace et offrir à tout prix une issue, quelle qu’elle soit.

L’écriture poétique qui colle bien avec la lenteur générale de l’histoire, ne laisse aucunement deviner la suite. Elle tranche par ailleurs avec l’étouffement ressenti sous le poids des non-dit, au sein de ce huis clos. Le dénouement et le rythme crescendo maîtrisé sont les principales forces de ce roman.

Une déception au niveau de ce que propose la 4ème de couverture, qui limite cette histoire à une pseudo-romance, et qui s’avère beaucoup plus psychologique et complexe que ça. Ne vous arrêtez donc pas à ça et courrez découvrir ce roman très réussi!

Stéphanie Hochet, « Un roman anglais », Editions Rivages, 2015, 170 pages.

Publicités

9 réflexions au sujet de « « Un roman anglais » de Stéphanie Hochet »

  1. Marilyne

    Une belle lecture qui prend, ça fait du bien 🙂
    Comme toi, sensible à l’atmosphère autant qu’à l’écriture, et comme toi, un peu prise au dépourvu l’épilogue avant de me dire qu’il ne pouvait en être autrement ( qu’un autre aurait été une déception )

    Répondre
  2. Mina

    Comme tu le sais, je suis très contente que le roman t’ait plu et fait passer un aussi bon moment. 🙂 La fin prend au dépourvu, mais comme tu le disais, il ne pouvait en être autrement, toute cette tension devait prendre fin d’une façon ou d’une autre, et cela ne pouvait se faire dans le calme et la sérénité (pour ne pas en dire plus non plus). J’ai aimé la construction de cette atmosphère, le regard porté sur les personnages à tour de rôle pour nuancer leur attitude.

    Répondre
  3. Ping : Ceux que j’ai oubliés! | Des bulles d'air…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s