« Sukkwan Island » de David Vann

C’est en revenant sur ses coups de cœur de 2015 que Moka m’a donné très envie de lire ce titre qui l’a complètement bouleversée. Comme j’avais envie, en plus, de découvrir les éditions Gallmeister, il n’en fallait pas plus pour me convaincre. Un roman justement trouvé à la bibliothèque!

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Une chose est certaine, cette histoire ne laisse pas indemne! C’est ce qui revenait le plus souvent dans les retours au sujet de « Sukkwan Island », le contrat a dès lors été rempli.

Jim Fenn propose à son fils de 13 ans, Roy, de passer un an sur une île au sud de l’Alaska. Perdu au milieu de rien, ce bout de terre représente l’endroit idéal pour Jim de se retrouver avec son garçon, qu’il connaît finalement bien mal. C’est aussi l’opportunité pour cet homme de couper radicalement avec sa vie qui ne le comble plus. On découvrira très vite que d’autres problèmes plus profonds et qui le minent au quotidien, ont été les déclencheurs de cette décision. Sur ce bout de terre, promesse d’un nouveau départ, Jim a tout vendu au profit d’une cabane, petite mais fonctionnelle. Le couple amerri en été, période la moins rude, pour se donner le temps de trouver ses marques. Il s’agit d’adopter un mode de vie aux antipodes de la leur, mais c’est bien là le but recherché par Jim. Roy est moins enthousiaste, mais il y voit une opportunité de se rapprocher de son père qu’il ne sent pas au top de sa forme. Les voilà seuls au monde, aucune possibilité de quitter Sukkwan Island, si ce n’est d’appeler un porte-avion via la radio, seul moyen de communication qui les relie au monde réel.

Ce « nature writing » est une immersion totale dans la nature sauvage, autant pour le lecteur que pour le couple. David Vann livre une description froide mais authentique d’un monde qui se laisse difficilement apprivoiser. La première partie de ce livre se charge de planter le décor et se focalise sur l’installation de Jim et Roy sur l’île. Je m’y suis plongée, méfiante, je l’avoue. Vann décrit l’organisation des ressources, la chasse, la pêche, les codes de survie, mais aussi les bruits de la forêt et une météo aléatoire. Le tout dans une atmosphère qu’on sent résolument tangible et dangereuse. Cela m’a semblé lent et plat. Mais je me suis vite rendu compte que le procédé était très judicieux, car il instaure petit à petit une tension, un poids. Divers événements vont noircir rapidement cette aventure. Cela commence par le massacre des provisions et du peu de matériel et confort que les habitants de la cabane possèdent, par un ours. Ou encore les problèmes personnels de Jim remontant à la surface en pleine nuit, à travers des pleurs désespérés, et qui inquiètent beaucoup Roy. Le suspens est omniprésent, sans pour autant laisser deviner un tel basculement.

Il cherchait une deuxième vie, un moyen de fuir son existence rangée mais ô combien tourmentée par ses problèmes avec les femmes notamment. Jim apprendra que la fuite n’est pas forcément la solution et que les démons nous rattrapent vite. Un retour à la vie sauvage en fait rêver plus d’un, mais à travers les mots de l’américain David Vann, elle prend un tournant tragique et profondément sombre. Dès le départ, on sent l’étouffement de ce huis-clos, renforcé par un manque total d’espace dans le texte. Un suspens palpable, mené avec talent et une économie de fioritures. C’est très bien mené, et le lecteur s’en retrouvera totalement bouleversé.

Un premier roman marquant et maîtrisé!

David Vann, « Sukkwan Island », Editions Gallmeister, 2010 (1ère édition : 2008, Folio 2012), 192 pages.

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13 réflexions au sujet de « « Sukkwan Island » de David Vann »

  1. Mokamilla

    Un roman qui m’a rarement autant retournée et bouleversée. De l’émotion douce à l’écœurement le plus complet. Je suis ravie que tu aies fini par le lire.
    Merci pour le petit clin d’œil.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      C’est tout à fait ça, des passages à lire très compliqués… Et une véritable sensation d’étouffement. En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti. Pour un premier roman, c’est drôlement bien mené! Merci pour la découverte 😉

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      1. Laeti Auteur de l’article

        A la bibliothèque, il y a bon nombre de ses titres, je n’aurais que l’embarras du choix. Mais selon Jostein, à lire plus bas, ils ne sont pas à la hauteur…. A voir, donc!

  2. Lili

    J’ai tenté l’auteur avec un autre titre et j’avais détesté, viscéralement, dès les premières lignes. Son style n’est pas du tout passé avec moi. Pourtant, à force de lire des chroniques sur ce titre, j’ai vraiment l’impression de passer à côté d’un truc. Peut-être faudra-t-il que j’essaye quand même Sukkwan Island ^^

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je vais rejoindre ce que tu dis… je n’ai pas été séduite par son style. C’est vraiment le cours des événements qui m’a happée. Je t’avoue aussi l’avoir laissé quelques temps, puis repris, justement avec l’envie de savoir ce qui se passe! Au final, je retiens le choc émotionnel et moins le style. A toi de voir 😉

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  3. anne7500

    Le fameux retournement de situation à la page 138, si je me souviens bien : inoubliable, évidemment. Quelle lecture coup de poing ! Ce roman est fortement inspiré par la propre expérience de l’auteur, terrible. J’ai « Désolations » dans ma PAL, pas encore pris le temps de m’y intéresser…

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Tu as retenu la page, carrément! Un coup de poing c’est vraiment ça! J’ai cru comprendre ce rapprochement, notamment avec le nom de son papa et les dates en première page. Très très sombre.

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  4. Delphine-Olympe

    J’en avais beaucoup entendu parler à l’époque. Mais je ne suis pas sûre d’avoir envie d’être bousculée ainsi, en tout cas pas sur ce genre de thématique. A tout prendre, je préfère l’être avec une thématique plus sociale, comme celle des Echoués, par exemple.
    J’avoue néanmoins que ma curiosité est titillée 😉

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Comme toi, j’adore être surprise et bousculée avec une lecture! Celui-ci est à part, il est tragique, comme tu l’as compris, et il y a une telle atmosphère pesante, étouffante. Je n’ai pu m’empêcher de penser au film « Into the wild », l’un de mes films préférés.

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  5. Christelle

    Je l’ai mais je n’ai pas encore osé le lire … Il me fait peur, et en ce moment, j’ai envie de lire des choses plus légères, mais son tour viendra (probablment avec « camille, mon envolée ») , pour mes 54 ans, qund je serai moins sensible (j’en ai 32…)

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