« Les fidélités » de Diane Brasseur

J’ai déjà lu d’autres romans sur les couples illégitimes, que j’ai beaucoup aimés: « L’attente » de Catherine Charrier et « Infid’elles » de Catherine van Zeeland. Si dans le premier, c’est le regard amoureux et émouvant de la maîtresse qui prend toute la place, le second offre une alternance chez les narrateurs, passant de l’homme, à la maîtresse et l’épouse. Avec « Les fidélités », Diane Brasseur se met dans la tête du mari qui trompe, au moment où il voit des sentiments apparaître, ainsi que les interrogations sur la suite de cette relation extra-conjugale.

IMG_1845A 54 ans, cela fait un an que cet homme partage une double vie avec une fille beaucoup plus jeune, de 23 ans sa cadette pour être exacte. Alix réunit la plupart des caractéristiques de la jeune femme moderne et bien dans sa peau, la fougue, la liberté, la curiosité, l’envie, un appétit sexuel sans pudeur et insatiable. Il a déjà trompé sa femme, nous avoue-t-il, mais cela restait des aventures sans lendemains. Alix prendra très vite une place importante dans sa vie. Est-ce la peur de vieillir qui le pousse dans les bras de cette jeune femme? Le besoin de (re)vivre des expériences sexuelles moins routinières? Nous sommes mis sur cette voie au début du roman, mais assez vite, on se rend compte qu’il y a autre chose.

Alix sera omniprésente dans ses pensées, elle est son soleil, son énergie, sa promesse de jours plus lumineux. Même si les mots ne sont que murmurés, certains laissent une trace indélébile. Et si un avenir était possible? Et si la perspective de fonder une nouvelle famille devenait tout d’un coup envisageable? Diane Brasseur laisse la porte ouverte à tous ces projets qui, à peine formulés, font déjà l’effet d’un énorme tourbillon dans leurs vies.

Tout cela est retranscrit tout en retenue et humilité, laissant entrevoir énormément de tendresse et de respect pour les deux femmes. Un parti pris plutôt attendrissant chez un homme (ou bien c’est mon côté naïf!).

Il ne veut blesser personne, et pour cela, il s’est plutôt bien protégé dès le début de la relation. Aucune promesse. Il aime sa femme, qu’il ne voit cependant que les week-ends, lorsqu’il rentre au domicile conjugal à Marseille. Le reste du temps il est à Paris où est situé son cabinet, avec Alix. Mais rien ne laisse présager un souhait de quitter ni sa femme, ni sa fille de 14 ans, ni son père, gravement malade, installé chez eux depuis peu.

J’ai immédiatement été déconcertée par la façon dont l’auteure a décidé de mener son récit. Des phrases courtes, des bribes de pensées, qui n’ont pas forcément de lien. Il passe ses journées à ressasser les souvenirs des 12 derniers mois, ceux de sa rencontre avec Alix, et la façon dont tout a commencé. Souvent, il divague, imagine la réaction de sa femme si elle apprenait tout. Et les conséquences chez l’une comme chez l’autre…

Cet homme est divisé, et ça le rend vulnérable aux yeux du lecteur, même féminin. Un enjeu gagné pour Diane Brasseur, car bien souvent, l’homme a le mauvais rôle dans pareil cas. Elle arrive à le rendre émouvant dans son questionnement et sa perte de repères.

Roman très sensuel également, avec des passages qui ne cachent plus grand chose de l’intimité du couple illégitime. Le sexe est omniprésent, mais pas que. Là où on ne verrait qu’une histoire de cul, on devine pas à pas un lien plus important qui va au-delà et qui mêle des sentiments forts. D’où l’ultime décision qui se fait de plus en plus pressante. Le lecteur ne peut que deviner cette urgence et craindre ses répercussions. Un suspens bien mené.

Une belle découverte que ce court roman qui se lit très rapidement. Un parti pris intéressant, un thème développé qui exclut les clichés et ne laisse aucune place au jugement. Diane Brasseur, une auteure que je suivrai, juste pour l’enivrement que m’ont procuré ses mots dans cette histoire moderne.

C’est Anne qui me l’a fait découvrir.

Diane Brasseur, « Les fidélités », Allary éditions, 2014, 174 pages.

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18 réflexions au sujet de « « Les fidélités » de Diane Brasseur »

    1. Laeti Auteur de l’article

      Je pense qu’il peut pas mal diviser, d’abord parce que c’est l’homme qui parle (on a nos préjugés 🙂 ) et pour le style très court, comme je l’explique. Pour moi, il n’atteint pas le superbe « L’attente » de Catherine Charrier mais je l’ai apprécié pour la sensualité très répandue tout au long de l’histoire. Il est sorti en poche, au cas où 😉

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  1. Philisine Cave

    Ce qui me plaît dans ce roman est son nombre de pages et le thème ne me rebute pas donc je ne lui ferme pas la porte : du tout même ! Bisous (et j’accepte le câlin) bisous

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  2. Brigitte_Adam

    Je me sens piégée avec cette auteure incestueuse : l’impression qu’elle écrit ses mésaventures au lieu de se payer un psy. Ca me dérange d’être la confidente d’une fille qui rate sa vie sentimentale avec autant d’application… Et sa relation avec son père aussi me dérange.
    Rencontrée brièvement : une dédicace, un mot sympathique et voilà, je reconnais qu’elle est gentille. Un doux regard de myope, un sourire trop large, un peu surexcitée, comme gênée d’écrire des pages aussi faibles, alors qu’elle sait qu’elle pourrait faire mieux.
    Je n’ai pas envie de continuer à la lire, j’ai trop peur que son prochain bouquin nous raconte comment elle loupé l’occasion de faire des enfants avant la ménopause. Ou bien la découverte du vrai chagrin, quand elle aura enterré son père. J’avoue que ça m’emm… de perdre du temps à lire des petits bouquins « pansements ». Les auteurs sont libres de soigner leurs plaies comme bon leur semble, mais moi je suis libre de ne pas aimer être « l’otage » de ces personnes inaptes au bonheur.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Bonjour Brigitte, personnellement, en me plongeant dans « Les fidélités », je n’ai pas eu l’impression qu’il s’agissait d’une histoire autobiographique. A ma décharge, je ne me suis pas renseignée sur le « pourquoi du comment ». Ceci étant, il est vrai que je ne suis pas spécialement attirée par son second roman, qui me semble très proche du premier. A nouveau, un triangle amoureux, j’ai peur de retrouver la même chose. En tout cas, « Les fidélités » m’a offert un agréable moment de lecture, en dehors de toute volonté de panser des maux personnels et profondément enfouis. Ils sont nombreux, les auteurs à réaliser ce type de travail sur eux-mêmes au travers de romans, mais ma foi, s’ils sont réussis… Chacun se tourne vers ce qu’il lui plaît 😉

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  3. patricia dite Patipatte

    Étrange coïncidence, j’ai lu ce court roman après une petite intervention chirurgicale, acheté dans la boutique de l’hôpital.
    Il m’a rappelé l’histoire un peu dingue qu’a vécu ma soeur …
    Elle soignait sa belle-mère mourante, pendant que son mari batifolait avec une jeune femme à Paris. Prise par son « devoir » familial, elle avait négligé son époux depuis quelques temps.
    Un coup de fil bienveillant l’avait informée qu’elle était cocue.
    Étrange, parce que justement, son mari travaillait dans le cinéma, comme l’auteure de ce roman. Étrange aussi, il a travaillé sur les mêmes films qu’elle !
    Ce qui avait choqué ma soeur, ce n’est pas que son mari ait pris une maîtresse, pour trouver un peu de changement dans sa vie.
    Ce qui l’avait choquée, ce n’était pas non plus que la maîtresse de mon beau-frère espérait un enfant ; ils étaient allés faire des analyses, pour cesser d’utiliser des préservatifs.
    Dans le roman, l’auteure raconte la même chose.
    Mais ce n’est pas cela, qui l’avait choquée.
    C’est que … mon beau-frère est stérile (ma soeur et lui ont adopté une fille au vietnam et un garçon au Sri Lanka) et qu’il n’a jamais révélé sa stérilité à cette jeune femme. Elle était prête à attendre qu’il divorce ou se sépare, elle espérait quelque chose qu’il ne lui donnerait jamais.
    Il s’était enfermé dans le mensonge de l’adultère avec ma soeur, et dans le mensonge de la stérilité avec sa maîtresse. Cette dernière devait croire que c’était ma soeur qui était stérile.
    Ce qui choquait ma soeur, c’était les confidences de son mari, après son repentir. Il avouait qu’il n’avait jamais rien promis, car il savait au fond de lui qu’il ne construirait jamais rien avec sa maîtresse ; il lui a tout raconté, y compris les détails inutiles.Comme pour montrer sa subite honnêteté.
    Il y a dans l’attitude de certains hommes adultères, une sorte de fourberie double qui les dépasse.
    Je suis convaincue, comme Brigitte, que ce roman est autobiographique, car il y a trop de points communs entre l’histoire de ma soeur et l’auteure, qui a travaillé avec lui.
    Je ne sais pas si elle est au courant pour ce roman ; je ne lui en ai jamais parlé. Mais je sais que si elle l’apprend, elle aura de la peine pour cette jeune femme qui couche sur le papier les cicatrices laissées par cet homme. En vaut-il la peine ?
    Ma frangine est assez philosophe et du genre à donner une 2e chance aux autres (moi, je te l’aurais jeté dehors vite-fait !).
    Patricia
    ps : un détail me revient : quand ils sont partis chercher leur fils au Sri Lanka, il avait dit à sa maîtresse qu’il partait faire un voyage en famille, un peu obligé. Il a avoué avoir pris des photo pour les lui monter, mais il prenait soin de ne jamais montrer celles de son fils adoptif ni de sa femme.
    Il savait qu’il ne quitterait jamais ma soeur. D’ailleurs il a tout fait pour se faire pardonner.
    Voilà, c’était un mot en passant, car j’aime bien ton blog où je trouve souvent des idées de lectures. Je ne me manifeste pas trop. Je n’ai pas internet sur mon lieu de travail 🙂
    Mais il fallait que ça sorte !

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Bonjour Patricia, en effet, tu es face à une drôle de coïncidence! Je suis un peu surprise des réactions que suscite mon article, sur le fond de ce roman. Je ne connais pas du tout l’auteure, et ne me suis pas renseignée sur son parcours ni sur son projet de roman. Je l’ai lu en toute naïveté. Je peux néanmoins comprendre les sentiments qu’il peut susciter, comme l’agacement, la surprise, la colère, liés d’une part à son intention de mettre sur papier une expérience vécue avec des détails, je l’avoue, très intimes, et surtout si des personnes s’y reconnaissent, d’autre part.

      Merci de ton passage, et je suis ravie que tu apprécies mon blog, même dans l’ombre!

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