« Les passants de Lisbonne » de Philippe Besson

C’est un gros coup de cœur que j’éprouve pour Philippe Besson depuis ma lecture de « Vivre vite » l’an passé. Quand j’ai appris qu’il sortait un nouveau roman, tout juste un an après ce dernier titre, je n’ai pas hésité une seule seconde à me le procurer!

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Dans « Les passants de Lisbonne », Besson force le destin de deux personnes en provoquant leur rencontre, totalement inattendue, dans un hôtel de la capitale portugaise. Cela ne ressemble pas tout à fait à des vacances, ces deux personnes ont décidé de partir, de fuir leur quotidien en France. De tenter de se ressourcer ailleurs, loin de ce qui les rattache à la réalité. Dans cet hôtel, Mathieu décide d’aborder Hélène, qu’il a déjà croisé plusieurs fois. Quelque chose en elle l’interpelle, est-ce sa maigreur? son visage fermé? sa solitude? Très vite, ce qui les lie leur saute aux yeux : la disparition de l’être aimé. Elle, vient tout récemment de perdre son mari dans d’affreuses circonstances. Elle a même assisté à sa disparition face à son écran de télévision : Vincent compte parmi les nombreuses victimes du tremblement de terre qui a touché San Francisco quelques mois auparavant. Quant à Mathieu, un fait qui peut paraître bien banal face à cette tragédie, mais qui le ronge profondément. La rupture après 5 années de vie commune, sans l’avoir vu venir. Tous deux vont partager au fil des pages cette douleur commune, ils vont parler de leurs disparus. Ceux sans qui leur vie n’a plus la même saveur, sans qui ils se sentent désormais des échoués, des passants. A bien des égards, les points communs se dessinent. Tout d’abord, le poids de cette solitude, le sentiment de ne plus avoir personne dans sa vie, la perte de repères, de buts. Mais chacun réagit néanmoins à sa façon dans ce deuil qu’ils doivent traverser. Hélène, qui semble si digne depuis la catastrophe naturelle, est assommée au fur et à mesure que les nouvelles tombent. Le décès n’est pas prononcé, aucun corps ne lui est restitué, aucune preuve de cette insoutenable absence. Sans ça, le deuil ne peut se faire. Elle vit donc dans une bulle parallèle à la vie réelle, qu’elle apparente à un coma. Mathieu, par contre, a décidé de s’ouvrir au monde de la nuit et des rencontres éphémères, mais qui ne remplacent aucunement le bonheur perdu.

Il y a des degrés dans la souffrance, mais pas de concurrence entre les souffrance. (p.62)

Philippe Besson soulève des questions bien difficiles autour du sujet tabou qu’est la mort. Il l’évoque ici à travers un tremblement de terre et un tsunami, en abordant la victime individuelle, en évitant de l’englober dans les bilans très (trop) généraux transmis par la presse. Cette disparition, c’est arrivé à Hélène, elle qui était en France et son mari aux Etats-Unis, et il présente le chemin qu’elle devra parcourir pour se reconstruire.

Il évoque le deuil de façon si limpide. Et le compare à une rupture amoureuse. Le thème commun de cette rencontre est la disparition de l’être aimé, qu’importent les circonstances. La douleur est identique, ainsi que l’issue pour ceux qui restent. La relation qui lie ainsi Mathieu et Hélène ne repose que là-dessus, mais il y a des rencontres du hasard qui apportent bien plus que tout ce que l’on peut trouver auprès de son entourage. Ces deux personnes parleront, s’ouvriront, laisseront échapper ce qui leur font si mal. Pour avancer.

C’est un roman magnifique. Pouvoir aborder ce sujet, sans que cela ne soit déprimant, est un tour de force. Philippe Besson décrit l’intime de façon sublime, en toute simplicité, tout en donnant du sens à toutes ces interrogations qui peuvent détruire une victime. J’ai été totalement emportée par ce tête à tête improbable, délicat, qui ne tient qu’à un fil, celui de la sincérité et du laissez-aller.

Philippe Besson, « Les passants de Lisbonne », Editions Julliart, 2016, 192 pages.

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9 réflexions au sujet de « « Les passants de Lisbonne » de Philippe Besson »

    1. Laeti Auteur de l’article

      Arriverais-je à te faire découvrir cet auteur, comme tu m’as fait découvrir Jean-Philippe Blondel? 🙂 (d’ailleurs, il faut qu’on en parle!)! biz

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  1. lespagesversicolores

    J’avais découvert Philippe Besson avec son dramatique  » Une bonne raison de se tuer », j’avais adoré malgré son caractère déprimant. Là encore, ce ne doit pas être réjouissant mais le thème me plait et je suis assez sensible à son écriture.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Il captive, malgré le sujet triste comme tu le devines si justement! Il y dégage énormément de pudeur, de générosité, et de justesse sur le traitement du sujet. Et puis ce titre, c’est une merveilleuse preuve de solidarité! ça (re)donne foi au genre humain 🙂

      Répondre
      1. Laeti Auteur de l’article

        Je ne connais pas du tout ce titre… Tu aimes? Il en a tellement, je n’arrive pas à me décider avec lequel je vais continuer…

      2. lespagesversicolores

        Oui :-), c’est écrit sous forme de journal intime. Isabelle, la sœur, raconte ses journées, le retour d’Arthur après son amputation et toute sa souffrance. Ce qui est beau c’est que Besson reprend parfois de vraies paroles échangées entre les deux.

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