« Je mourrai pas gibier » de Guillaume Guéraud

Après l’excellent « Plus de morts que de vivants« , j’ai eu envie de renouer immédiatement avec l’univers noir de Guillaume Guéraud. Sur les bons conseils de Moka qui est une véritable fan, j’ai donc emprunté à la bibliothèque ce tout petit roman.

518ocpb18ml-_sx349_bo1204203200_Dans le patelin de Mortagne, deux camps sont depuis la nuit des temps les pires ennemis : ceux travaillant à la vigne, et ceux de la scierie dirigée par M. Lestrac. C’est simple, les travailleurs de chaque partie ne savent tout simplement pas se blairer! Une rivalité qui a toujours existé. Un seul point commun les lie : ils sont tous des chasseurs de coeur. D’où l’adage qui dirige chaque habitant de Mortagne « Je suis né chasseur! Je ne mourrai pas gibier« . La haine et le rapport de force font la loi et tant pis pour les plus faibles. Terence, surnommé le « pleu-pleu », n’entre pas dans cette grande famille, et vit en retrait de tout ce qui se passe au village. Il n’est pas « né gibier ».

Généralement, si les hommes d’une famille travaillent à la scierie, les enfants suivent le même chemin. C’est le cas chez Martial, dont le père et le frère suivent cette lignée. Mais pas lui! Rien que pour éviter son frère, avec qui il ne partage pas beaucoup d’affection, il a voulu devenir ébéniste. Mais après les premières moqueries, il s’est finalement lancé dans la mécanique, en suivant les cours dans l’école internat la plus éloignée de son village. Il ne retourne dans sa famille que le week-end, ce qui est plus que suffisant pour lui. Plus il est à l’écart de ces rapports humains durs et méchants, mieux il se porte. Quand il y pense, ce sont des sentiments proches du mépris et du dégoût qui se forment. C’est pour cela qu’il se sent bien plus proche d’une personne comme Terence.

Un week-end, un événement important s’annonce dans la famille de Martial : le mariage de son frère.

En seulement 76 pages, Guillaume Guéraud plante un décor, une atmosphère sombre, mystérieuse. Une tension palpable dès les premières lignes, une domination masculine légitimée par une dualité qui a toujours existé.  Le seul « vilain canard » qui n’entre pas de le moule est Martial. Et même si on ne sait pas grand chose de ce jeune homme, on l’apprécie juste pour la force qu’il témoigne de vouloir rester différent et de ne pas faire comme tout le monde. Mais au milieu d’une telle haine, de cette violence du quotidien, une personne comme Martial ne peut pas rester de marbre éternellement. A un moment, il faut agir, renverser cette situation. Les durs qui font la loi, il en a marre. Et alors, tout bascule.

Guillaume Guéraud présente à merveille le côté sombre de l’humain, mais aussi cette toute petite fragilité qui à un moment donné, donne le déclic pour tout renverser. L’univers de cet auteur est noir, glauque, mais il a le don de ne jamais tomber dans le « too much ». Tout paraît en équilibre.

C’est parce qu’il est court que ce roman est si percutant! Les pages se tournent à une vitesse folle et possèdent une force sous-estimée. Une tension se crée très habilement. C’est fort. Les scènes décrites dans les moindres détails sont extraordinaires et vous soulèvent l’estomac. Mais tout est si juste. Avec une pointe d’ironie, comme je l’aime. Noire, bien sûr!

Guillaume Guéraud, « Je ne mourrai pas gibier », Editions du Rouergue, DoAdo noir, 2006, 76 pages.

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14 réflexions au sujet de « « Je mourrai pas gibier » de Guillaume Guéraud »

  1. Valérie

    Je ne l’ai pas lu mais j’ai lu l’excellente adaptation BD. J’ai assisté à un échange entre une mère d’élève et l’auteur (qui reste très zen): elle s’insurgeait contre le choix de l’enseignante d’avoir fait étudier ce roman à son fils.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      J’ai vu quelques images de la BD, elle a l’air tout aussi excellente! On arrive à bien comprendre l’humour de l’auteur, donc j’imagine bien que dans la vie, il doit aussi relativiser par rapport à ses choix de romans. C’est vrai que c’est violent, mais comme je l’ai lu ailleurs (peut-être un interview de l’auteur justement), il n’y en a pas plus que dans les jeux vidéo.

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Tu ne crois pas si bien dire, j’en ai encore loué à la bibliothèque! Tu as fait de moi une accro 😀 Et j’ai la chance d’avoir une bibliothèque avec beaucoup de ses titres!!

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  2. Ping : Tout petit bilan 2016 et projets | Des bulles d'air…

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