« Plein nord » de Willy Vlautin

Tomber, se relever, essayer de garder la tête haute, parfois sombrer, vivre… ou survivre? Voilà le quotidien d’Allison, la jeune fille de 22 ans qui est au centre de ce roman. Les trous noirs sont fréquents pour elle, ce moment où l’ensemble de son corps lâche et où ses yeux se voilent. Elle boit trop, elle le sait. Mais l’alcool lui permet d’accepter le caractère oppressant et dominateur de son petit ami, Jimmy. Et pourtant, elle pourrait avoir un peu plus confiance en elle, croire en un avenir meilleur. Mais elle n’y arrive pas. Elle se déteste, même. En proie également à de grosses crises de panique, Allison trouve le seul réconfort auprès de Paul Newman. Oui l’acteur américain! Elle s’imagine des discussions avec cet homme dont elle a vu chaque film, qui est le seul à pouvoir l’apaiser. Le trou se creuse encore un peu plus le jour où elle apprend qu’elle est enceinte. Mais c’est aussi ce qui va déclencher en elle la volonté de se sortir de cette vie à Las Vegas où une mort inéluctable l’attend.

Elle prend le bus, fait du stop, erre en pleine nuit pour trouver de l’aide et partir plus au nord, à Reno où elle ne connait rien ni personne. Là-bas, une nouvelle vie est possible, tout est à créer. Elle devient sa seule alliée. Arrivera-t-elle a se faire enfin confiance pour se (re)construire, ou succombera-t-elle définitivement à ses démons intérieurs?

Je me dis toujours que je vais me faire écraser par un bus, ou être assassinée. Que je vais attraper une maladie horrible ou bien finir mes jours en taule. Le plus dingue, c’est quand ces pensés me viennent, eh bien parfois, ça me rend heureuse. Je ne suis pas sûre qu’heureuse soit le mot juste. Soulagée, peut-être. (pp.188-189)

Deuxième tentative avec Willy Vlautin, dont j’avais laissé tomber « Motel life » (un peu à contrecœur malgré tout). La deuxième est la bonne! Quel roman! D’emblée, j’ai été hypnotisée par cette incroyable jeune fille qu’est Allison. Tant de fois j’ai eu envie de la secouer pour qu’elle se ressaisisse et fasse enfin ses propres choix!

Une première scène bluffante, entre elle et son petit ami dans les toilettes d’un casino (le top du romantisme!). Bien entendu il l’aime, il regrette ce comportement égoïste, violent et manipulateur, il veut quitter Vegas avec elle pour le grand nord. Personne n’y croit évidement! Sa seule chance de s’en sortir est de tout quitter, même sa maman et sa petite sœur Evelyn, qu’Allison aime beaucoup. J’ai eu énormément d’empathie pour cette fille, dont les crises de boisson et les moments les plus sombres me retournaient le cœur. Elle vaut bien mieux que ça! Car Allison est une bonne personne, généreuse, volontaire, courageuse, qui a des projets. Mais à Reno, tout semble possible. La toute petite étoile qui la suit, mettra sur sa voie quelques personnes qui sauront l’écouter et la guider.

La jeunesse mise en scène par Vlautin est malheureuse, perdue et écorchée par tous les sales coups que réserve parfois la vie. Mais persiste une petite lueur d’espoir qui ne tient à rien : une vision, une pensée, un sourire bienveillant, une petite annonce, un café. Chaque lecteur qui aura entre ses mains ce roman aura envie de saisir ce tout petit espoir pour Allison.

Voilà pourquoi j’ai adoré ce roman : pour tous ces sentiments contrastés, pour ces personnages secondaires incroyablement bienveillants, pour la langue simple et singulière à la fois de Willy Vlautin. Il arrive à créer une ambiance à part, mélancolique et saisissante, que j’ai beaucoup aimée. Le découpage de son roman en fonction des scènes ou plus souvent en fonction des lieux, joue aussi en sa faveur selon moi, car il met beaucoup plus de rythme dans la narration pourtant lente (contrairement à « Motel life », mais promis je le relirai!!).

Une nouvelle fan a vu le jour, mille mercis Marie-Claude!!!

Willy Vlautin, « Plein nord », traduit de l’anglais (États-Unis) par David Faukemberg, Éditions Albin Michel, collection Terre d’Amérique, 2010, 240 pages

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9 réflexions au sujet de « « Plein nord » de Willy Vlautin »

  1. Marie-Claude

    Tu me donnes envie de le lire drette-là. Je ne l’ai pas encore lu, celui-là. (ll me reste aussi à lire « Cheyenne en automne », et c’est tout. Voilà pourquoi je prends mon temps!)
    Il semble y avoir, dans ce roman, tout ce qui me plaît tant dans son univers.
    Yahoo! Vive la nouvelle fan! Tu fais ma journée!

    Répondre

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