Archives pour la catégorie Littérature belge

« Petite fantôme » de Mathilde Alet

Quand on a une grande soeur, on passe les quinze premières années de sa vie à essayer de lui ressembler et les suivantes à essayer d’être différente. (p.102)

Pour cette quatrième édition du mois belge, je renoue avec Mathilde Alet et sa « Petite fantôme », dont j’avais apprécié le premier roman « Mon lapin« .

Gil et Jo sont deux sœurs qui ne sont pas spécialement proches. Deux mode de vie différents, deux personnalités qui s’harmonisent peu. Pourtant, elles tiennent à leur rendez-vous hebdomadaire : tous les mercredis après-midi elles se retrouvent au café Les trois compères, qu’elles ont rebaptisé Les deux commères, juste pour passer un moment à elles deux et discuter. Gil est assistante dans un bureau d’avocats et rêve de publier son premier roman intitulé « Troisièmes lundis ». Cela fait un moment maintenant qu’elle essuie bon nombre de lettres de refus. Il lui manque juste un petit quelque chose pour faire adorer ce roman, mais lequel? C’est là que Jo entre en piste et lui sort l’élément déclencheur qui va faire exploser son histoire. Lorsque Gil envoie cette nouvelle version de « Troisièmes lundis », bingo! Une éditrice accepte de le publier et il devient un best-seller! Comment les deux sœurs parviendront-elles à vivre ce succès qui leur revient finalement à toutes les deux? Voilà toute la question de ce roman!

Pas de grande surprise avec cette histoire qui malheureusement avait pour moi un aspect de « déjà-vu » puisqu’elle m’a fait très vite penser au titre de Katherine Pancol « Les yeux jaunes des crocodiles ». La trame est identique : alors que Gil est l’auteure de ce « Troisièmes lundis », c’est Jo qui fera la promo du bouquin. A ce détail près que Gil a voulu utiliser un pseudo pour son roman. Esther Egova. Qui est donc incarnée par sa grande sœur. Le succès est très rapide et Jo/Esther est prise dans ce tourbillon l’envoyant sur les plateaux télé, aux séances de dédicaces, à de nombreuses interviews. Le fil entre les deux sœurs se détend assez rapidement.

Le début du texte ne m’a pas beaucoup emballée. On assiste aux côté de Gil au début de la rupture avec sa sœur, qui lui pose deux lapins consécutifs à leur rendez-vous fétiche du mercredi. Gil est une fille renfermée et solitaire. Dotée d’un pouvoir d’observation particulièrement pointu, elle analyse beaucoup les personnes qui l’entourent, et même les relations avec ses proches. Elle contractualise dans sa tête chaque faits et gestes de ceux qui l’entourent, se sentant uniquement rassurée qu’à travers les habitudes et les règles. C’est une personnalité que j’ai eu du mal à saisir, surtout quand elle embellit la réalité en s’imaginant une version sublimée des personnes qui lui sont cher, comme son petit-ami Arnaud (devenu Arnaud chéri) et sa sœur Jo (dont le pendant plus complice est appelé Joséphine).

Il s’est cependant produit un revirement qui m’a happée, lorsque le sujet a commencé à être réellement développé, où les personnages ont pris place de façon plus concrète et surtout où j’ai mieux appréhendé la personnalité de Gil. C’est là que j’ai retrouvé la « patte » de Mathilde Alet. J’ai finalement trouvé cette relation triangulaire intéressante, entre l’Auteure/Gil, le Visage/Jo et Esther Egova. J’ai apprécié voir à quel point elle grignote petit à petit le peu de complicité qui restait entre les sœurs, larguant Gil au titre de « Petite fantôme ».

Par la présente convention, la petite fantôme s’engage à demeurer invisible. Seuls sont autorisés à apparaître ses mots, sans que ces derniers puissent lui être attribués. En toute circonstance, la petite fantôme se tait. (p.100)

Décortiquer les relations familiales qui sombrent est ce que réussit le mieux Mathilde Alet. Cela avait été le cas avec « Mon lapin ». Avec ces deux sœurs, qui sont unies contractuellement et dont les menus liens affectifs tiennent surtout de la nostalgie des souvenirs, elle arrive à présenter une relation qui tend à disparaître sur base de non-dits, sans jamais dramatiser. Et c’est justement ce point qui est appréciable. Elle ne tombe pas dans la tristesse, mais le fait plutôt naturellement, presque comme une fatalité. Ayant moi-même une sœur, ce récit m’a parlé.

La jeune auteure franco-belge offre de jolies phrases sur la relation fraternelle, les souvenirs, et les liens qui s’étiolent. Un sujet de fond finalement loin d’être anodin, sur la création littéraire, l’origine véritable d’un roman – est-ce celui qui écrit ou celui qui apporte les idées? Et une très belle balade dans les rues de Bruxelles avec des descriptions rendant hommage à l’ambiance bon-vivant et multiculturelle de notre capitale.

Finalement, je termine ce roman sur une note assez positive! C’est un second texte qui confirme une écriture singulière, un ton ni enjoué ni sombre, et une vision réaliste mais non-dramatique des relations familiales complexes.

Première contribution cette année au mois belge d’Anne et Mina!

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Mathilde Alet, « Petite fantôme », Éditions Luce Wilquin, 2016, 152 pages

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« Nuit » et « Mon monstre et moi » d’Emmanuelle Eeckhout

Je clôture le mois belge d’Anne et Mina avec deux albums jeunesse dégotés en dernière minute cette semaine à la bibliothèque. C’est la couverture de « Nuit » d’Emmanuelle Eeckhout qui a attrapé mon regard en premier. Généralement, ce qu’on croise dans les rayons pour les tout-petits est très coloré. Cette couverture sombre n’est donc pas passée inaperçu. J’ai ainsi fouillé dans le reste du bac dédié à cette auteure et illustratrice belge et trouvé de véritables bijoux!

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« Nuit » est composé de brefs paragraphes, une phrase par page pour être exacte, d’une poésie extraordinaire. Au fil des pages, E. Eeckhout passe en revue le monde qui doucement s’endort, et où les êtres nocturnes prennent le relais peu à peu. Le paysage s’assombrit, pour ne laisser entrevoir que de minimes tâches jaunes, que l’on devine à la lueur de cette si belle et ronde lune. Des mots à chuchoter, pour une douce invitation à aller au dodo!

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Dans un autre genre, on passe avec « Mon monstre et moi » à une histoire d’amitié… qui sort de l’ordinaire. Celle entre l’enfant-narrateur et son meilleur ami d’enfance. A nouveau, rien de superficiel à travers les pages, l’auteure et illustratrice se concentre sur l’épuré, le minimaliste. Une histoire faite de grands rêves d’enfant, mais aussi sur l’incompatibilité de cette relation.

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Il se dégage de ces deux albums une douce mélancolie, qui invite à l’apaisement et au repos. Grâce à ces titres, j’ai pu découvrir une double facette du travail d’Emmanuelle Eeckhout, de la poésie au niveau de la plume, et un style artistique épuré. Un nom que je suivrai, indéniablement!

Plus d’infos, allez voir son chouette site!

Emmanuelle Eeckhout, « Nuit », Editions Pastel, 2009 et « Mon monstre et moi », Editions Pastel, 2011

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina

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« De regrettables incidents » d’Armel Job

L’année passée, je faisais la promesse de découvrir la plume d’Armel Job, après une mise à l’honneur digne de ce nom lors du mois belge. Choses faite dans le courant de l ‘année avec « Les fausses innocences », mais qui m’avait moyennement convaincue. Pour cette troisième édition du mois belge, j’avais malgré tout l’envie de lui donner une seconde chance, avec ce titre récent dont la présentation à l’époque me plaisait un peu plus.

9782221156933C’est l’histoire d’une famille de Kazakhes venue s’installer à Brul, en province de Liège, à la frontière allemande, après avoir pas mal déménagé : Jakob, Irène et leurs deux filles Olga et Vika. La cadette souffre depuis la naissance d’un souffle au coeur, raison pour laquelle ses parents ont jugé bon de venir vivre en Belgique, imaginant la prise en charge médicale de meilleure qualité. Recevant chaque année des avis d’expulsion, la famille Touzenbach s’est toujours fait très discrète et ne participe que rarement à la vie de ce petit village. Aux côtés de la petite Vika, Olga la vingtaine, évolue comme toutes les jeunes filles de son âge, marquant sur son passage toutes personnes qu’elle croise grâce à un physique plutôt avantageux. Et comme de fait, elle est de suite remarquée pour endosser le premier rôle féminin de la prochaine pièce de théâtre du Royal Sillon de Jalbour, ville voisine de Brul.

En parallèle, il s’agit d’un important challenge pour Werner, tout juste nommé aux commande du Royal Sillon, après avoir détrôné le richissime Arsène Choquier, en place depuis près de 20 ans. Sa pièce, c’est son nouveau « bébé » et il se donne pour défi d’en mettre plein la vue aux habitants du coin. Avec sa nouvelle recrue, il pense que le tour est joué!

Ce sont tous « De regrettables incidents », titre extrêmement évocateur, qui sont au cœur de ce théâtre qu’est la vie. Armel Job fait ressurgir les mensonges enfouis depuis bien longtemps et qui touchent les anciennes actrices du Royal Sillon. Il les fait exploser à l’occasion de la nouvelle pièce de théâtre, qui devient dès lors un objet de vengeance. Elle ne laissera personne indifférent, dans ce coin pourtant si calme qu’est Jalbour.

Dès le début de son roman, l’auteur passe constamment d’un personnage à l’autre, entamant une histoire, la laissant en suspens, pour passer à une autre et y revenir plus tard. Un style qui m’a quelque peu désarçonnée au départ, et puis je me suis prise au jeu. La grande force de ce roman est indéniablement la mise en scène de tous ces personnages, tous originaires de ce petit village, au quotidien plus que routinier, qui seront mêlés d’une façon ou d’une autre à Olga, et au Royal Sillon : Werner au rôle plus qu’essentiel, sa femme Marianne, Rachel ancienne étoile montante du Royal Sillon qui prend sous son aile la jeune et timide Olga, son mari Michel, la famille Choquier, sans oublier les Touzenbach, véritable pilier de toute cette affaire. On se prend au jeu de cette incroyable aventure rocambolesque que mène si bien Armel Job. Il garde la maîtrise de son texte et de ses personnages pour amener le lecteur vers des situations improbables. Avec comme trame de fond, un sujet beaucoup moins drôle, il arrive pourtant à divertir, à questionner, à jouer avec les nerfs de son lecteur.

Armel Job, « De regrettables incidents », Editions Robert Laffont, 2015, 285 pages.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina

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« Éviter les péages » de Jérôme Colin

Comme tous les ados, j’ai rêvé à un destin extraordinaire. Et comme tous les adultes, en grandissant, j’ai juste fait ce que la vie attendait de mois : aller tout droit, sans éviter les péages. p.17

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Le narrateur, dont on ne connait le prénom, est un chauffeur de taxi de 38 ans, avec le moral dans les chaussettes (et c’est peu le dire!). Il se trouve à un carrefour de sa vie où il hésite entre tout plaquer pour vivre pleinement le goût du risque – « éviter les péages », citation d’Alain Bashung et son « Osez Joséphine », dont j’aime beaucoup la métaphore – ou bien poursuivre son quotidien rangé, de mari et père de trois enfants, travaillant la nuit et sillonnant le centre de Bruxelles au gré des rencontres avec ses clients. Qu’est-ce qui a dérapé pour qu’il remette tout en cause? Pourquoi se pose-t-il ces questions à ce moment-là? Le lecteur le découvre notamment très peiné de la perte son papa, mort trois ans plus tôt d’un cancer. Perte de repères, de modèle, d’appui. Cela donne des moments très émouvants dans le livre, où le narrateur discute avec son papa, en plein milieu du cimetière, et dont les seules réponses sont évidement, le silence.

C’est la grande question des choix qui traverse ce roman. A l’aube de la quarantaine, cela semble tout à fait légitime de se demander si on peut encore plaire, de s’imaginer une deuxième vie avec une autre personne, de rêver d’aventure, de journées imprévisibles, où les surprises ont encore le pouvoir de nous émouvoir.

(…) Est-ce qu’il me reste des choses à faire sur cette terre?

Je ne le crois pas. J’ai déjà aimé fort. J’ai joui. J’ai eu trois enfants. J’ai voyagé un peu. J’ai rencontré des gens. Je connais déjà mes meilleurs amis. Qu’est-ce qu’il me reste à faire d’important? Rien, je crois. A trente-huit ans, l’essentiel a été fait. La partie est déjà finie! Et ça me rend dingue. p.79

Alors qu’un soir, il partage un verre avec son meilleur ami dans un bar, avant de prendre son service, notre homme a un coup de foudre pour Marie, une connaissance à son ami. Tout bascule. Il plonge alors les yeux fermés dans cette histoire passionnée durant un mois. Un mois, c’est court, mais tellement fort. Ils se découvrent déjà totalement amoureux l’un de l’autre. C’est donc très vite qu’il prend la décision d’interrompre cette aventure, avant d’atteindre le point de non-retour, et de prendre de la distance avec son épouse, pour réfléchir et faire le bilan de sa vie.

Cela faisait presque un an que ce roman m’attendait. Jérôme Colin n’est pas un inconnu en Belgique, même s’il s’agit de son premier roman : homme de radio sur la chaîne de service public francophone, il est également animateur sur la RTBF télé dans une émission intitulée « Hep taxi! » où il partageait le rôle de… chauffeur de taxi! et de journaliste, avec pour client à chaque tournage, une célébrité. Il me tardait de découvrir l’écrivain, métier qu’il lui tient particulièrement à cœur, en plus du passionné de musique rock et du journaliste, que je connaissais déjà. Dans les émissions qui ont suivi la parution de son bouquin, il revenait régulièrement sur le besoin de sortir les mots et d’extraire cette histoire de lui. Très vite, j’ai aperçu une incroyable ressemblance entre lui et son personnage. « Eviter les péages » a donc une grande part d’autobiographie, et je crois que je suis partie de ce constat dès le début de ma lecture. A mes yeux, c’est lui, Jérôme Colin, qui parle, qui ouvre son cœur à un nouveau public, qui décide de dévoiler un autre pan de sa personnalité, qui renverse l’image du gars jovial, bavard et dynamique qu’on a l’habitude d’entendre. Pour certains auteurs, écrire son histoire devient un exutoire, mais il peut s’agir aussi d’une véritable confidence offerte aux lecteurs.

C’est évidement un texte mélancolique, mais tellement réel et ancré dans un quotidien qui pourrait être le nôtre, homme ou femme. Tout quitter ou continuer ce chemin déjà balisé, au cours duquel les surprises diminuent, mais qui est confortable et surtout, où il ne nous manque de rien.

La musique, véritable moteur dans ce roman, sert de guide tout au long du questionnement du narrateur. Elle a toujours été essentielle à ses yeux, et elle continue de l’accompagner, quelque soient les obstacles à franchir et les décisions à prendre. Leonard Cohen, Alain Bashung, autant de grands noms qui résonnent en chacun de nous, et encore plus quand on s’imprègne de cette histoire.

Que c’est bon d’avoir mal quand le bourreau est une chanson douce. p.79

C’est un roman qui m’a beaucoup plu, pour son sujet, son traitement, où tout est toujours mitigé, sur la tangente, à l’instar du personnage qui ne sait jamais choisir. Ni jamais noir, ni trop lumineux. Il est sensible, tout comme le personnage principal, et vrai. Jérôme Colin, rencontré lors de la Foire du Livre de Bruxelles en début de cette année, a plusieurs fois confié qu’il avait trouvé une nouvelle voie, désormais devenue une drogue. Il s’est collé à l’écriture, et il ne peut plus s’en passer. C’est une histoire qui a un sens et un message qui peut servir à chacun de nous. Le seul regret pour moi est cette sensation d’inachevé, ressentie à plusieurs reprises. L’impression que l’auteur a amené plusieurs thèmes, qu’il n’a pas exploités jusqu’au bout. Plusieurs portes entrouvertes, vers lesquelles il n’a pas pu s’enfoncer. J’aurais aimé poursuivre sur ces thèmes, tellement j’ai apprécié son regard sur ceux-ci, à la fois personnel et universel. Ceci étant, je comprends mieux lorsqu’il annonce que d’autres livres suivront prochainement.

Un auteur à suivre, et un titre à lire pour celles et ceux qui aiment les questions existentielles, les rencontres fortuites qui donnent un sens à la vie, la musique rock des 70′-80′ et les ambiances moroses.

Jérôme Colin, « Eviter les péages », Éditions Allary, 2015, 197 pages.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina.

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« Les mots doux » de Carl Norac & Claude K. Dubois

Mon billet arrive à une heure tardive, mais ça me tenait sincèrement à cœur de parler de ce si joli livre pour enfants dans le cadre du mois belge, pour le rendez-vous « jeunesse ».

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Cet album est d’une douceur absolue, parfait pour les touts-petits lecteurs! J’ai flashé sur le titre à la Foire du Livre de Bruxelles de ce début d’année, et ai profité de la présence de l’illustratrice pour le faire dédicacer pour mon p’tit mec. C’est seulement plus tard que j’ai vu que les textes étaient signés Carl Norac, ce montois connu pour s’adresser au jeune public.

Ils sont là, je les sens gonfler sous mes joues.

« Les mots doux » ce sont ceux avec lesquels se réveille la petite Lola un matin et qui ont tant de mal à sortir. L’urgence du matin la pousse à l’école, les joues pleines de mots qui, au fil des heures, commencent à prendre beaucoup de place dans sa bouche…

Cette histoire paraît tellement d’actualité : l’enfant qui souhaite exprimer ses émotions, mais qui ne trouve pas le moment idéal pour en faire part à ses parents. Dans cette course contre la montre qu’est la vie, c’est en effet ma crainte de passer à côté de moments si précieux, qui s’offrent à nous seulement si on prend le temps de se poser quelques minutes. Un clin d’œil qui a donc trouvé écho en moi.

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Un sujet très intéressant, donc, qu’aborde Carl Norac, en toute simplicité, qui prend forme sous le trait de crayon si fin de Claude K. Dubois. Les deux artistes semblent être sur la même longueur d’onde et ça se ressent particulièrement à travers l’harmonie qui lie les mots et les dessins.

Une jolie histoire pleine de poésie et de bons sentiments, à lire et à relire à nos petits bouts!

Carl Norac (textes) et Claude K. Dubois (illustrations), « Les mots doux », Editions L’école des loisirs, collection Pastel, 2015.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina, pour le rendez-vous « jeunesse »

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« Comme un air de tendresse au bout des doigts » de Frédérique Dolphijn & Annabelle Guetatra

Aujourd’hui, point de classique sur le blog pour le « mois belge », mais plutôt ce roman paru chez Esperluète qui m’a suivie toute cette semaine, comme un joli compagnon de route, qui m’a apporté douceur, tendresse et poésie.

Le résumé évoque deux sœurs, qui s’éloignent, se retrouvent, se croisent, il ne m’en pas fallu plus pour acheter ce bouquin. Et puis, avec un titre aussi joli…!

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Je reviens tout d’abord sur le livre-objet. Quel bonheur à nouveau de tenir entre les mains un si beau papier, aux textes aérés, qui prennent leur espace entre les pages, accompagnés ici de dessins colorés. Je crois que le plaisir de l’ouvrir chaque jour était aussi associé à cette grande qualité qui fait partie des gros points forts des éditions Esperluète. C’est un objet à tenir précieusement, à manipuler avec précautions, et à garder près de soi.

IMG_1988Quant au roman… J’ai déjà lu un texte de Frédérique Dolphijn, intitulé Désir, qui était très poétique, mais c’est dans un autre univers qu’elle nous emmène ici, et dans une version beaucoup plus longue. J’y ai retrouvé évidement sa plume d’une douceur extrême, qui souffle les mots, pour ne pas trop perturber le calme que demande cette lecture. Deux soeurs, Cheyenne et Abeille, aussi proches que des siamoises durant leur enfance, qui déjà, se trouvent en marge du monde extérieur, et laissent aller leur imagination dans des mondes qu’elles se créent. Puis le temps fait son œuvre, et les deux sœurs, aujourd’hui adultes, vivent en parallèle des quotidiens routiniers, teintés de gris. Leurs journées sont présentées en alternance, leurs jobs et portraits se dessinent lentement, au fil des pages. Cela paraît assez flou pour le lecteur, l’auteure désire sans doute le garder dans un état d’apesanteur, comme le sont ses deux personnages. Une rupture s’est opérée, notamment avec le décès de leur maman. Mais le lien entre elles deux, sur lequel insiste Frédérique Dolphijn, est incassable, malgré les chemins différents qu’elles ont pris.

L’auteure nous invite à laisser exprimer nos sens, qui sont fortement présents et explorés tout au long du roman. Le toucher, l’ouïe, la vue. Ce livre est un souffle, fait tantôt de phrases courtes, parfois juste une succession de mots, tantôt d’échanges fantasmés. Quelques souvenirs de Cheyenne et d’Abeille petites, viennent marquer une coupure plus gaie, des clins d’oeil à leur grany, des sourires et beaucoup de complicité. Une naïveté enfantine qu’elles recherchent aujourd’hui. On aperçoit deux âmes en peine, à l’affût d’un rayon de soleil.

Teinté d’une mélancolie, ce roman très doux nous propose de parcourir un bout de vie avec Cheyenne et Abeille et à entrevoir avec elles un avenir plus lumineux, tout en gardant des cicatrices du passé.

Les splendides peintures d’Anabelle Guetatra apportent de la couleur à l’histoire, même si je n’ai pas tout le temps fait le parallèle avec le texte. Elles sont souvent suggérées, tout comme les phrases, et renforcent la sensualité que délie le livre.

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Frédérique Dolphijn (textes) et Annabelle Guetatra (illustrations), « Comme un air de tendresse au bout des doigts », Editions Esperluète, 2014,120 pages.

Une lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina

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« Des nouvelles de Mons » (Collectif)

Ce recueil édité chez l’excellente Luce Wilquin propose 10 histoires écrites par des auteurs belges, dont certains sont natifs du Hainaut, mettant en lumière la ville de Mons. Pour les français, il s’agit du chef-lieu de la province de Hainaut, située en Wallonie, à 1h de Bruxelles et de Lille, près de la frontière française à quelques kilomètres de Maubeuge. Cette ville a été fortement mise à l’honneur en 2015, en devenant « capitale européenne de la culture ».

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Ce sont de très jolies histoires qui nous sont présentées dans ce recueil, où les auteurs partagent un attachement sensible à cette ville. Ils évoquent chacun à leur tour, de façon différente, une atmosphère, une rencontre, une observation, au détour des rues montoises. Ce qu’ils témoignent est, je peux vous le certifier, assez fidèle à ce qu’on peut rencontrer dans la cité du Doudou. La Ducasse de Mons justement, plus familièrement appelée « le Doudou », n’a pas une place prépondérante, étonnamment, (car il s’agit de l’événement de l’année qu’attendent tous les montois!), mais elle laisse plutôt place au mythe de saint Georges et du dragon.

Il s’agit donc ici d’une invitation à se balader, à reconnaître des façades, à sourire aux personnes que l’on croise, à accepter le café d’un inconnu. Les atmosphères sont très présentes et c’est véritablement celles-ci qui m’ont séduite. Atmosphère de rue (à pavés évidemment!), de parcs, de lieux plus cachés qu’enferme le centre historique. Au gré des saisons, tantôt plus froides, tantôt lumineuses, sur le banc au beau milieu d’un espace vert, ou en terrasse sur la splendide Grand-Place, tous nous rappellent ce qui participe au charme de cette ville, entre modernité et architecture d’époque.

Les personnages qui se dessinent parmi ces courts textes sont assez diversifiés également, ce qui renforce le plaisir de l’évocation, le fait qu’elle se fasse à travers plusieurs voix. Elle est enfantine avec Nicolas Ancion et son très tendre « Georges et les dragons », féminine et sensuelle dans « A Mons un matin » avec Malika Madi et masculine dans « Le beffroi de mon jardin » de Rémi Bertrand. J’ai retrouvé la belle plume de Françoise Houdart, découvert celle de Toni Santocono, teintée d’humour. Daniel Charneux, qui a dirigé ce projet, y a également apposé sa plume.

Indéniablement, on est face à des textes de qualité, percutant dès les premiers mots, et dont la narration est incroyablement menée, avec parfois un effet de surprise à la fin qui accroît le bonheur de lecture.

Peut-être y ai-je été plus sensible, connaissant aussi bien cette ville où je travaille et vit? La superposition entre les mots, et les images réelles qui me venaient naturellement, est frappante!

Daniel Blampain, cité par Daniel Charneux dans sa préface, fait part de son « souhait de pérenniser la tradition du livre comme objet de cadeau ». Celui que je garde entre les mains en est un parfait exemple, merci Mina!

J’aurais bien voulu trouver une vraie légende, un bout de rêve, une histoire qui me fasse rêver. J’ai grandi, je me suis marié, j’ai évité de fumer des cigarettes mais je n’ai jamais retrouvé la magie de saint Georges et de mes combats imaginaires, casserole sur la tête, couvercle en guise de bouclier, quand j’attaquais les fauteuils du salon. (p.29 – « Georges et les dragons »).

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina, pour le rendez-vous autour de la nouvelle

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Collectif, « Des nouvelles de Mons », Editions Luce Wilquin, 2010, 95 pages.