Archives pour la catégorie Littérature belge

« Désir » de Frédérique Dolphijn & Loren Capelli

Le challenge proposé par Mina nous invitant à découvrir les éditions Esperluète tend tout doucement à sa fin. Je me suis donc tournée vers les titres mis de côté sur ma bibliothèque qui deviennent une sorte de parenthèse aux autres lectures. Souvent, il s’agit de textes courts, majoritairement illustrés, qui permettent de respirer, ou tout simplement de se changer les idées.

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Ce fut le cas de ce petit livre au doux titre de « Désir » qui évoque une montée enivrante de tous les sens intimes d’une femme, à destination de l’être aimé. Les sensations sont soufflées, joliment partagées par Frédérique Dolphijn, avec de la douceur et de la poésie.

Ni une nouvelle, ni un poème, ce texte, je l’ai plutôt envisagé comme un témoignage, une confession, tout à fait personnel sur un état de bien-être, d’ivresse même, que seule la rencontre entre deux amoureux transits peut contenir.

Texte imagé par la puissance des mots, mais aussi par les illustrations offertes par Loren Capelli, collant à l’atmosphère de l’écrit. Un montée en puissance, une chute impeccable, faisant la réussite de ce texte. Une très belle découverte!

L’avis de Mina, pour le même challenge.

Elle le sent. Elle ne sait pas qu’il est si proche d’elle. La grammaire de ce rendez-vous s’apprend au fur et à mesure et vit dans cette atmosphère étirée.

Frédérique Dolphijn (texte) et Loren Capelli (illustrations), « Désir », Editions Esperluète, collection Cahiers, 2006.

« Les fausses innocences » d’Armel Job

Qu’est-ce donc que cet entêtement de la nature humaine à piétiner ce qui s’offre pour courir après ce qui se refuse? (p.166)

Armel Job est un écrivain francophone belge dont j’apprécie la sérénité qui se dégage de ses propos. D’après les avis déjà lus sur ses écrits, il semble à chaque fois s’attacher à une partie géographique de la Belgique, à proposer des personnages charismatiques, et à poser de vraies intrigues. Cet auteur a été particulièrement lu durant le dernier mois belge, rendant mon envie de le lire encore plus vive! Je l’ai donc découvert avec « Les fausses innocences »!FullSizeRender

L’histoire se déroule dans les cantons de l’est de la Belgique, qu’on appelle aujourd’hui la communauté germanophone. Comme tous les samedis, le bourgmestre de Niederfeld se rend au bordel à la frontière allemande pour son petit plaisir hebdomadaire, lorsque, au retour, il croise sur sa route (en pleine tempête, drache nationale, plein de feuilles partout, sol hyper glissant…), le docteur du village. Ce dernier lui apprend qu’il est sur le point de tout plaquer et de quitter sa femme, Mathilda. Mais ce qu’il ignore, c’est que Robert, le maire, a toujours été fou amoureux d’elle. Il l’oblige donc à rebrousser chemin et à ne plus jamais envisager de faire une chose pareille. Le lendemain, la douce Mathilda se rend à la maison communale pour informer Robert du décès de son mari. Que s’est-il passé durant cette nuit apocalyptique?

Le mystère autour de la mort du docteur Stembert planera au-dessus des 213 pages de ce roman chargé de rebondissements, de surprises, de fausses pistes et de révélations croustillantes.

Le bon point de ce roman : avoir situé son intrigue dans cette partie du pays, qu’on oublie. Entre l’éternelle querelle flamands-wallons, il n’y a plus de place pour les germanophones! J’ai aimé m’y promener, ressentir la grande proximité entre les habitants, propre aux villages où tout le monde se connaît, et où il est évidemment bien difficile de tenir un secret!

Par ailleurs, Armel Job met là en scène un personnage exceptionnel, ce bon Robert Müller, bourgmestre bien malgré lui! Ce vieux jeune homme m’a beaucoup fait rire, collé aux baskets de sa maman, lui demandant presque l’autorisation de minuit. Amoureux transit, il entrevoit la possibilité, avec la mort de Stembert, de récupérer sa promise, après tant d’années à rêver d’un avenir commun. A lui de tirer sur les bonnes ficelles!

Il y a dans ce roman une partie « enquête » qu’on mène bien volontiers avec Robert, en croisant la route de personnages tout aussi originaux comme Joseph, Wanda, ou sa maman, mais il y a surtout un ton, une musique, un humour, une ambiance vieillotte, qui m’ont séduite. L’intrigue se déroule petit à petit, entrecoupée de retours dans le passé pour mieux comprendre ce qui a forgé ces personnalités atypiques, tout en captant l’attention du lecteur jusqu’à la fin car… les apparences sont souvent bien trompeuses!

Armel Job, « Les fausses innocences », Editions Robert Laffont, 2005, 213 pages.

Titre aperçu chez Anne, un auteur qu’elle donne envie d’aimer. Pour ma part, c’est bien parti!

« Ma mère à l’Ouest » d’Eva Kavian

FullSizeRender(1)Samantha Betty (du prénom de sa maman) n’aurait peut-être jamais dû venir au monde. Mais elle est bien là, et sa maman est déficiente mentale. Comment faire ses premiers pas dans la vie, dans une schéma familial éloigné de la norme? Eva Kavian répond par l’amour, la tendresse et la bienveillance. L’amour maternel est universel, va bien au-delà de la différence. Le bonheur d’un enfant tient à si peu de choses, finalement : c’est la présence d’une maman qui prime. Ce bonheur, fille et mère, le vivaient dans une relation fusionnelle, jusqu’au jour où Sam rentre à l’école.

Quand elle est arrachée, à 6 ans, au confort que sa maman réussissait adorablement et de façon attentive et consciencieuse à lui offrir, elle se pose beaucoup de questions. Elle a compris que sa maman n’était pas comme les autres, mais il ne lui manquait de rien…

« Ma mère à l’Ouest » est l’histoire d’une petite fille, passant de famille en famille, car le destin n’est décidément pas de son côté, et qui arrive malgré tout à se construire. Elle le fait sans le concours des adultes qui sont vus, dans ce texte, comme des êtres bien trop compliqués, noyés dans une vie moderne qui déborde. Elle croise la route de parents d’accueil qui, sur le coup, sont absolument disposés à l’aimer, mais un simple petit détail vient à chaque fois tout chambouler.

Elle s’accroche, la courageuse Samantha, persuadée au fond d’elle qu’un jour, elle trouvera sa maman idéale. Dans ses rêves, ce n’est pas la mère parfaite, c’est surtout celle qui lui donnera l’amour, le soutien, l’accompagnement et l’encadrement qu’ont besoin toutes les filles de son âge. C’est surtout l’histoire d’une construction personnelle forgée par une curiosité et une envie débordantes de tout découvrir.

Dans ce titre, l’auteure choisit d’alterner le parcours de Samantha, vu d’un regard extérieur, ses multiples déménagements, le travail réalisé en internat avec le SPJ (Service de Protection de la Jeunesse), avec le présent où un événement la bouscule particulièrement : à 16 ans, elle est enceinte, et complètement perdue. Comment élever son propre enfant sur base d’un parcours aussi chaotique? Et c’est avec ses mots, qu’elle tente d’y voir plus clair. Un changement de narration intéressant que j’ai particulièrement apprécié.

Ma mère est déficiente mentale, pas question que je mette au monde un enfant déficient mental. Je veux arrêter cette chaîne, je refuse d’être coincée entre deux assistés. Je brise la malédiction. C’en est fini de cette filiation d’abandonnées, rejetées, placées, déplacées. Je veux être dans la norme. Autonome. » (p.52)

C’est beau, tendre, très bien documenté. Une jolie ode à l’espoir et un hommage à cette maman imparfaite mais qui a tout pour rendre heureux son enfant. Il s’agit d’un roman classé « ados » mais qui éveille également les adultes sur leur responsabilité en tant que parents et encadrants. Le sujet est maîtrisé, sans préjugés et un joli style ne plombe aucunement ce parcours loin d’être simple. Une très belle découverte qui, une nouvelle fois, me donne envie de lire d’autres titres d’Eva Kavian. Une idée piochée chez Anne qui l’avait présenté lors du dernier Mois belge.

Eva Kavian, « Ma mère à l’Ouest », Editions Mijade, 2012, 142 pages.

« Zebraska » d’Isabelle Bary

Je tiens d’emblée à préciser que je n’avais aucune connaissance sur les particularités ou le quotidien des enfants précoces avant de lire ce roman, et que c’est justement le sujet qui m’a donné envie de me plonger dans « Zebraska ».

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Pour nous faire découvrir cet univers extra-ordinaire, l’auteure nous invite en 2050 chez Martin Leroy, 15 ans, un ado HP à la personnalité amusante, vivace et curieuse. Sa spécificité, Marty la vit assez bien. Il a appris très tôt à canaliser ses émotions, doit parfois rappeler à son cerveau de fonctionner moins vite – un pêle-mêle d’idées rapides et confuses remarquablement retranscrit! – et surtout à se concentrer sur une chose à la fois. Mais dans l’ensemble, le jeune homme prétend à une vie « normale » d’ado de son âge. Un jour, son père lui apporte un cadeau de sa Mamiléa, partie vivre en Afrique : un livre. Quel drôle d’objet, à l’ère des tablettes 3D! Évidemment, il était loin de s’imaginer la portée de cette surprise poussiéreuse et ancestrale.

La grande question qui traverse et qui fait ce roman est l’héritage et la transmission : faut-il tout dire à ses enfants, et surtout, comment le dire? Pour cela, Isabelle Bary use d’une construction originale et ingénieuse où elle imagine Mamiléa offrir un livre, le roman de sa vie, à son petit-fils Martin, pour lui dévoiler le passé difficile, ou à tout le moins, atypique, de son père. Le verdict tombe alors qu’il n’a que 4 ans, Thomas est haut potentiel, chose qu’ignorait Martin. C’est dès lors une tout autre image de son père qui se déroule sous ses yeux, qui l’amènera surtout à une nouvelle compréhension du monde qui l’entoure, de lui-même et de l’avenir. Une réelle « libération ». La modestie est ce qui fait la force de l’auteure dans l’évocation des ressentis et du comportement de ce petit « zèbre », qu’elle distille tout au long des pages avec une grande délicatesse.

Mais ce texte, c’est aussi le cri de détresse d’une jeune maman qui ne peut suffisamment répondre aux alertes de cet enfant qui « ne sait comment s’y prendre avec la vie ». Léa emporte avec elle le lecteur dans un état de désespoir absolu, d’isolement et d’incompréhension, en partageant avec lui des moments très forts, parfois sombres, de sa relation fusionnelle avec Thomas. Des passages qui prennent aux tripes, contrebalancés par un style en apparence léger, avec une pointe d’humour et d’autodérision. Dans ce cheminement qui prendra plusieurs années, la sérénité est la quête absolue pour cette famille. Léa cherche les réponses pour son fils, et surtout sur elle-même et son rôle de maman.

Ce qui est intéressant dans cette réflexion est d’avoir choisi de planter son histoire en 2050 et de présenter avec le recul des années et de l’expérience, la situation de 2010. Isabelle Bary suppose alors des failles au niveau de l’accompagnement des enfants HP, beaucoup mieux encadrés, soutenus et aidés dans ce futur imaginé.

Indéniablement personnel, très émouvant, amenant une réflexion solide et ambitieuse, « Zebraska » est un roman aux mille couleurs, aux mille facettes. Autour d’un sujet principal, l’auteure en a fait un texte riche, interroge son lecteur sur l’essence de la vie. En bonus, elle fait cadeau de quelques phrases-bijoux sur le pouvoir de la lecture, du dessin et de l’écriture. C’est un livre à savourer, à réfléchir et à offrir.

Extraits :

« La vie aussi pouvait se lire comme une histoire drôle. Il fallait juste accepter de perdre le sens du temps, de mettre sa conscience en perspective. » (p.86)

« Tu vas déguster, m’avait dit le pédiatre. Jusqu’à ce qu’il sorte de l’adolescence, tu vas déguster. Voilà, j’étais prévenue. Je ne tiendrais pas. Le pire était sa souffrance, le pire c’était mon impuissance, le pire c’était la virulence sans cesse décuplée de ses crises, le pire c’était la peur de ne pas en sortir. » (p.93)

J’ai partagé cette lecture avec Mina qui a lu un autre roman d’Isabelle Bary, « Baruffa« , présentant quelques concordances avec celui-ci, malgré l’histoire éloignée. On s’est chacune tentée avec le titre de l’autre, succombant évidemment toutes deux à la profondeur des écrits de l’auteure belge.

Isabelle Bary, « Zebraska », Editions Luce Wilquin, 2014, 218 pages.

« L’eau du bain » de Dominique Loreau & Loustal

L-EAU-DU-BAIN-1Avec ce recueil de nouvelles, Dominique Loreau nous invite dans un monde étrange, aux situations invraisemblables, où les banalités sont mêlées au loufoque. Les 11 histoires sont caractérisées par un revirement de situation incroyable et déstabilisant. J’ai eu le sentiment, plusieurs fois, d’être laissée sur le carreau, décontenancée par une chute, excellente, mais inattendue.

Parmi ces histoires, souvent racontées à la première personne, un vieil homme est enfermé tout entier dans un aquarium, un couple se perd en plein désert et rencontre des vendeurs d’enfants, une femme tombe nez à nez avec un inconnu dans son propre lit, un bébé est absorbé par l’eau du bain…

Le style est agréable et fluide, m’embarquant bien volontiers dans ces scènes abracadabrantes. L’auteure manie l’humour à différents degrés, amer, noir, malsain. D’autres nouvelles, celles que j’ai préférées, sont plus douces, comme celle qui ouvre ce petit livre, intitulée « Les choses en face » : une dame est coincée avec un homme lors d’une réception et essaie de s’en défaire par tous les moyens. Un brin moqueur, une scène qu’on a tous vécu, terminée le sourire aux lèvres.

C’est donc ces ambiances particulières et étranges que je retiendrai du titre, davantage mises en valeur, à mon sens, que les personnages ou le fond des histoires.

Il s’agit du premier recueil de nouvelles de Dominique Loreau, dont elle a déjà su cerner avec talent le maniement de la chute, de la concision, tout en faisant voyager son lecteur. Il me tarde de lire son roman « L’ombre dans le miroir », également paru aux éditions Esperluète.

« L’eau du bain » offre du dépaysement et une coupure idéale avec d’autres lectures en cours. Les textes sont merveilleusement accompagnés d’illustrations sobres et précises, que j’ai beaucoup appréciées. Elles apportent la touche concrète à ces atmosphères plus floues.

« Je me laisse emporter par une vague d’ivresse qui finit par me submerger et m’effrayer. Je vole si haut que j’en ai soudain le vertige. Comment redescendre? En mangeant. Mais il devient impossible d’avaler tout ce que j’engouffre en parlant. Je commence à étouffer sous le regard souriant d’un petit homme chauve qui m’écoute passionnément sans s’apercevoir de mon inconfort. » (p.10 – Les choses en face)

Une contribution au challenge de Mina « A la découverte des éditions Esperluète« .

Dominique Loreau (nouvelles) & Loustal (dessins), « L’eau du bain », Editions Esperluète, 2004, 72 pages.

« Nos mères » d’Antoine Wauters

Rencontré l’année passée lors de la Foire du Livre de Bruxelles, Antoine Wauters y a remporté le prix Première avec « Nos mères », une histoire qui secoue, réveille, mais aussi empreint d’humanité et d’espoir. C’était l’occasion de le sortir de ma bibliothèque pour clôturer le Mois belge.

Le petit Jean vit avec sa maman et son grand-père dans une maison au bord des montagnes, dans un pays du Proche-Orient que j’imagine être la Syrie. Cette famille amputée par la mort du père, tressaille au quotidien et tente de survivre à cette guerre qui n’en finit plus. Car si elle se concentre encore pour le moment dans la capitale, le risque de fusillades est bien présent à chaque coin de rue. Une situation malsaine qui pèse beaucoup sur le moral de la maman, qui a non seulement perdu son mari, doit s’occuper de son père dont la santé se dégrade de jour en jour et continue de protéger son garçon en lui promettant une vie meilleure. Elle trouve la solution, malgré le terrible déchirement qu’il provoquera, en l’envoyant dans un centre d’adoption où une famille décidera très vite de l’accueillir en Europe.

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Antoine Wauters a décidé de découper ce roman en trois parties  : les deux premières présentant deux périodes dans la vie de Jean, qui fait le pont entre la Syrie et l’Europe, et une troisième qui concerne sa maman d’adoption sur laquelle je reviens après.

Les mots sont forts pour dénoncer un environnement dangereux, étouffant, qui n’envisage pas de lendemains meilleurs. Que du contraire, à mesure que l’on avance dans le texte, on ressent la menace s’approcher et le fil prêt à casser à n’importe quel moment. Une explosion toute proche également au sein de cette petite famille coincée entre quatre murs et qui attend. Le confinement de Jean dans le grenier et le repos forcé du grand-père au rez-de-chaussée sont des ambiances moroses judicieusement rendues par un style désorganisé et brut, qui donne à deviner ce qu’il est en train de se passer. Le décor ne se dévoile qu’au fil des pages. Ce sont des paragraphes qui surgissent de partout, des phrases courtes, répétitives, un cheminement parfois compliqué, pour mieux se rendre compte, par ailleurs, de l’imaginaire développé par Jean : plusieurs voix s’élèvent en lui, il évoque « ses mères », pourtant seule, s’invente une amie prénommée Luc. L’état mental de la maman va crescendo aussi, dont j’ai ressenti le désespoir grâce, toujours, à la force utilisée par l’auteur tant dans le style que dans les mots. C’est tranchant.

Elles crient.

Leur enfant.

Elles osent poster leur corps sur la terrasse grise de la maison jaune.

Mon enfant, mon amour.

Elles osent crier.

Ma brebis, ma poule d’eau, mon amour.

Elles ont, sur la terrasse, des larmes fraîches sous leurs pieds nus. » (p.12)

Ensuite vient la seconde partie, plus lumineuse, où Jean avance pas à pas dans cette nouvelle vie européenne. Rien n’est évident puisqu’il doit non seulement retrouver ses repères dans cet environnement plus matérialiste, mais surtout se laisser aller avec sa mère d’adoption, Sophie. La relation qui se tisse très timidement entre ces deux êtres blessés par un passé encombrant, est témoignée avec plus de poésie cette fois-ci et une grande tendresse du côté des deux personnages. Si Jean doit accepter de laisser derrière lui une enfance meurtrie et une maman qui a tout sacrifié pour son bonheur, Sophie est également poursuivie par de vieux démons sur lesquels nous revenons dans la troisième partie. La boucle est bouclée, et chacun doit fermer ces portes pour écrire une nouvelle page de leur histoire.

Ce roman est un tourbillon d’émotions, qui touche au coeur. Très riche au niveau des thèmes abordés, comme la cruauté de la guerre, l’adoption, les relations familiales, la reconstruction personnelle, « Nos mères » ébranle. La plume d’Antoine Wauters est coupante en début de texte, et poétique ensuite. J’ai aimé ce changement de style, qui a permis de faire surgir les émotions liées à ces deux périodes de vie diamétralement opposées. C’est surtout la seconde partie qui m’a intéressée, où l’on devient le témoin de l’évolution de Jean. Il a su malgré tout trouver ses marques en se nouant notamment plusieurs amitiés qui l’ont guidé vers une destinée qui semblait claire dès le départ. L’amour des mots, encore une fois, pour s’échapper d’une réalité et se reconstruire avec l’aide d’un entourage aimant bien que maladroit. J’ai beaucoup aimé les personnages, principaux et secondaires. Chacun à son niveau apporte sa pierre à l’édifice pour participer à la construction de cette famille nouvelle.

Un premier roman intense, vivifiant et un hommage très humble à toutes nos mères…

Antoine Wauters, « Nos mères », Editions Verdier, 2013, 144 pages.

Dernière lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina!

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« Les blondes à forte poitrine » d’Isabelle Baldacchino

Je vous faisais part en novembre dernier du bonheur d’avoir goûté au premier recueil de nouvelles d’Isabelle Baldacchino, Le manège des amertumes, et de mon envie pressante de continuer dans cet univers particulier. Plusieurs mois plus tard, comme pressenti lors de la rédaction de ce billet, c’est surtout le ton qui me reste, le style amer et sombre, avec, ceci étant, une petite pointe d’émotion qui a su me toucher à pratiquement chaque nouvelle. C’est donc avec une grande impatience que j’ai attendu son nouveau recueil, tout juste reçu pour ce Mois belge, il y a 1 semaine. Ce deuxième titre devait avoir la pression car ce n’est pas une admiratrice, qu’il devait arriver à convaincre, mais bien deux! En effet, c’est une Mina tout aussi enthousiaste qui m’a accompagnée durant cette lecture.

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Isabelle Baldacchino l’a intitulé « Les blondes à forte poitrine », un titre interpellant, qui fait sourire, laissant déjà entrevoir un univers différent (plus humoristique?) que son prédécesseur. La comparaison entre les deux lectures, inévitable mais que j’aurais sans doute dû éviter, s’arrêtera vite car j’ai compris très tôt que l’auteure a décidé de jouer dans un autre registre.

Dès les premières nouvelles comme « Coprolalie« (un mot que je ne connaissais d’ailleurs pas!), et cela se répètera dans pas mal d’histoires comme « Petite conne » et « Indigne« , le ton est vif, cru, grossier même. L’auteure a continué d’employer une narration à la première personne pour la majorité de ses textes, comme dans son premier recueil,  appuyé donc par ce style direct. Bien entendu, cela va de pair avec les personnages imaginés : ils sont pour la plupart blessés, désemparés, ou au contraire, en colère. Ils crient leur solitude, l’indifférence ou l’injustice dont ils sont victimes.

J’aime les plates, les planches, les plus très fraîches. Les poilues, les tachées, les fanées. Je les prends par trois, une grosse, une maigre, une avariée.

J’aime les femmes laides. (J’aime – p.28)

Dans tous les cas, ils ont un message à faire passer. J’aime ces histoires qui sont loin d’être lisses. Mais je l’avoue, pour moi, c’était à l’excès. Un juste équilibre entre les deux m’aurait davantage sied. D’autres m’ont mise mal à l’aise de par le sujet ou l’ambiance abordés, comme Au suivant.

Néanmoins, certains textes ont réussi à me toucher. Ils ne sont pas particulièrement tendres pour autant, mais ils dévoilent de façon plus délicate la face cachée de ces personnes en détresse ou isolées. C’est le cas avec « Rauque mon chou« , où une dame passe systématiquement un soir par semaine accoudée à un bar à observer le monde qui l’entoure; la soeur aînée qui garde en elle beaucoup de rancoeur et qui risque de tout faire éclater lors d’une énième « Réunion de famille« , ou encore cette femme bien dans sa peau mais trop « Ronde » par rapport à ce que nous dicte la société.

Il y a eu de l’amusement aussi, de l’ironie. Dans « Courbe de Bézier« , la plus longue (12 pages), la vie d’un fonctionnaire maniaque se retrouve complètement retournée à cause… d’une chaise Ikéa, déposée chaque matin devant sa porte de maison. Le grain de sable qui chamboule l’engrenage d’une vie (trop) rangée.

Ce recueil, j’ai vite compris qu’Isabelle Baldacchino avait eu envie de le saupoudrer d’une part de sa vie. Les clins d’oeil sur la région du Borinage sont récurrents, bien connue pour ses anciennes mines de charbonnage (auxquelles elle rend hommage dans « Marcasse« , un texte sombre mais touchant sur le quotidien dangereux aux lendemains compromis d’un minier) ou sa population plus précarisée (« On the road again« ). Évidemment, elles ont eu un écho particulier en moi, qui partage les mêmes origines, et des sourires que me valait la dérision employée par l’auteure.

« Les blondes à forte poitrine » se détache clairement de son prédécesseur, notamment pour le ton plus cru et la brièveté des textes (les histoires me paraissant parfois survolées). Malgré mon sentiment mitigé, une affinité particulière me lie à l’univers d’Isabelle Baldacchino que je retrouve nul part ailleurs.

L’avis de mon amie Mina, également déstabilisée, mais avec qui j’ai adoré échanger en temps réel nos impressions!

Isabelle Baldacchino, « Les blondes à forte poitrine », Editions Quadrature, 2015, 115 pages.

Service presse reçu de l’éditeur.

Lecture dans le cadre du Mois belge d’Anne et Mina.

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