Derniers coups de coeur « petits lecteurs » #5

Bon bin voilà, mon dernier billet du genre date de novembre 2017! Alors que les livres défilent à une vitesse folle à la maison. Je vous présente aujourd’hui deux lectures récentes qu’on a beaucoup aimées, mon p’tit loup et moi.

« C’est l’histoire d’un ours », de Dominique Demers (textes) et Geneviève Després (illustrations) (Dominique et compagnie)

C’est l’histoire d’un ours tout triste, capturé afin de rejoindre un zoo. Les visiteurs ne sont pas contents car l’ours en cage n’interagit pas et reste blotti dans son coin. Jusqu’au jour où Lou, un petit garçon, lui glisse un livre entre les barreaux. L’animal feuillète les pages et c’est l’émerveillement. Il y découvre un monde à mille lieux de l’endroit où il est prisonnier, qui lui permet de rêver à une autre vie. Le pouvoir des mots et des images agit sur l’ours qui désormais, reste le museau collé aux pages des bouquins que Lou continue à lui envoyer.

Un très joli album doux et poétique sur le pouvoir des livres et de l’imaginaire qu’ils développent chez les lecteurs. Des voyages où tout est permis, et surtout, qui permettent de sortir parfois d’une réalité bien tristounette. Mention spéciale pour les dessins et les couleurs qui sont absolument magnifiques, empreints d’une grande délicatesse.

« Qui quoi qui » d’Olivier Tallec (Actes Sud junior)

On a beaucoup vu passer cette série des « Qui quoi qui » sur les blogs, c’est d’ailleurs là que je l’ai repérée. « Qui a mangé toute la confiture », « Qui est amoureux », « Qui n’ose pas danser », l’enfant est invité à désigner l’auteur du fait, de distinguer les différences parfois bien subtiles entre les petits personnages qui sont super drôles. On a beaucoup rigolé en se prenant à ce jeu, qu’on a fait et refait plusieurs fois à la suite.

Cette série nous change des histoires contées : le petit lecteur participe directement et permet une chouette interaction avec le parent. Les figures de ce livre sont attachantes et drôles, elles sont parfois prises dans des situations embarrassantes, et ça, ça plaît forcément aux petits! Je pense qu’il existe un coffret avec plusieurs albums d’Olivier Tallec… si vous avez des infos, je suis preneuse car c’est le genre d’albums qu’on a envie d’avoir chez soi pour pouvoir y revenir quand on a envie d’une bonne partie de plaisir!

Nos précédents coups de coeur « jeunesse », c’est ici

 

« De synthèse » de Karoline Georges

Le monde virtuel, celui des images, a toujours fasciné la narratrice de cette histoire. Le contexte familial, particulièrement difficile, y est pour quelque chose : père alcoolique et violent, mère à côté de ses pompes qui fume à longueur de journée sans un mot à sa fenêtre. Cette jeune fille au début du livre passe donc ses journées et ses nuits, soit devant la télévision, soit dans les livres. Dans un état proche de l’hypnose, elle imagine une autre vie, un monde complètement différent où elle serait enfin heureuse avec sa maman. Elle se plonge dans le monde de l’imaginaire pour oublier son quotidien.

Les années défilent. Suite à un événement bouleversant, elle décide enfin de quitter le domicile familial et commence une carrière dans le mannequinat à Paris. Son visage fermé, qui ne transmet aucune émotion et se plie aux exigences du métier, est sa marque de fabrique. Et c’est un succès!

Elle nourrit en parallèle ce rêve qu’elle a depuis toute petite : celui de fixer pour l’éternité son image. La photo? La peinture? Elle cherche les moyens d’exaucer son vœu le plus cher. Elle finit par l’atteindre, au travers d’un avatar. Ce travail de façonnage, de création, qui est le résultat de toutes les images qu’elle chérit depuis son enfance, est colossal. Entre-temps, elle est revenue au Québec mais n’entretient que des contacts très limités avec ses parents. Son avatar, c’est une seconde naissance, ou une renaissance.

Et puis, sa maman tombe gravement malade… L’héroïne, désormais adulte, doit se faire violence pour sortir de son appartement qu’elle ne quitte jamais.

Karoline Georges m’a totalement transportée avec ce roman! J’ai trouvé d’emblée le ton terriblement accrocheur. Et puis, j’ai développé une réelle fascination à mon tour pour la narratrice qui présente un profil très particulier. Mystérieuse, mal dans sa peau à cause du contexte familial difficile, elle a toutefois une personnalité forte. Elle sait ce qu’elle veut. Qu’importe ce qu’on dit, d’ailleurs il n’y a dans ce texte pratiquement aucune trace du monde extérieur, de personnes qui gravitent autour d’elle. Elle reste seule dans sa bulle, c’est l’unique endroit où elle se sent en sécurité. Dans son appartement, et dans ce monde virtuel où elle tente de créer une seconde vie.

Le sujet se veut moderne et différent de ce qu’on a l’habitude de lire. L’auteure nous interroge sur notre rapport au corps, à la beauté éternelle. Dans ce roman où se côtoient sans cesse le monde virtuel à la vie réelle, Karoline Georges remet finalement en perspective notre utilisation des nouvelles technologies : peuvent-elle remplacer le contact réel, peuvent-elles palier à l’absence? Un sujet traité avec une certaine force dans l’écriture et une froideur propre à la narratrice principale, qui mont totalement hypnotisée.

Mais l’émotion est aussi au rendez-vous puisqu’elle y mêle une histoire familiale triste, notamment avec l’hospitalisation de la maman. Notre héroïne fait tomber le masque pour présenter au lecteur un visage beaucoup humain qui laisse enfin sortir ses émotions.

Grâce à ce titre, je sors clairement de mes sentiers battus. Il y a une petite pointe de sciences-fiction mais cela ne m’a aucunement dérangée, au contraire, je l’ai trouvé osé.

Comment ai-je découvert ce titre venu tout droit du Québec? Grâce aux conseils avisés de Maud des éditions du Québec, rencontrée  lors de la Foire du Livre de Bruxelles. Elle a elle-même beaucoup aimé cette lecture et a trouvé les bons mots pour me convaincre de l’acheter.

Je suis certaine que ce texte va me poursuivre, et j’aimerais beaucoup rester imprégnée un petit temps encore de cette ambiance que j’ai tant appréciée. A un doigt du coup de cœur, vraiment!

Lire ici un très chouette entretien de l’auteure sur ce nouveau titre.

Karoline Georges, « De synthèse », Editions Alto, 2017, 207 pages

 

Bilan lectures – Février 2018

Un bilan un peu maigre à nouveau pour ce mois de février, mais en parallèle, j’ai bien avancé dans la constitution de mes piles et dans la priorisation de mes futures lectures.

Tour d’horizon…

Les romans

Commencé en janvier, je l’ai enfin terminé en février : « Dans la forêt » de Jean Heagland, un titre qu’on a énormément vu en 2017 sur les blogs. Je l’ai trouvé lent, mais c’est cette même ambiance qui a réussi à me captiver jusqu’au bout. Et puis, c’est aussi une merveilleuse histoire de soeurs.

Il y a aussi eu du belge en février! Le premier roman de Sébastien Ministru « Apprendre à lire« , reçu pour mon anniversaire début du mois, m’a enchantée et beaucoup émue. L’écriture sobre et aux apparences plutôt froides, a été un pur délice. A découvrir absolument!

Les bandes dessinées

La découverte d’une série IN-CON-TOUR-NA-BLE dans le domaine de la BD : celle des Vieux fourneaux.

J’ai rigolé, j’ai passé un bon moment, j’ai eu la pêche, en lisant les 2 premiers tomes. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lue, je vous la conseille vraiment. C’est frais et drôle. Ces petits vieux sont très attachants. Au programme en mars  : les tomes 3 et 4.

PAL et projets

Si durant le mois de janvier, ma PAL urgente n’a pas changé d’un iota, il en a été tout autrement en février! Mais j’ai une bonne excuse:  le rendez-vous incontournable de la Foire du Livre de Bruxelles! J’ai fait le plein en littérature québécoise, il y a aussi eu du belge, des prêts de la part de Marie-Claude, des échanges avec Fanny. 3 autres titres ont rejoint mes étagères, en dehors de cet événement : « La tristesse des éléphants« , « Banquises » et « Tijuana Straits« .

Que du bon!!!

Quant aux projets à venir, ils sont nombreux et plutôt de bonne augure : épinglons d’emblée la 5ème édition du Mois Belge, organisé par ma compatriote Anne. Je dédierai un article spécifique à ce sujet, avec présentation de ma PAL belge. Il n’y aura que des titres issus de ma bibliothèque, ce qui me remplit de fierté 🙂

Au mois de mai, Marie-Claude et Electra se lancent dans l’organisation de leur premier mois thématique. C’est la nouvelle qui sera mise à l’honneur! Un format que j’apprécie particulièrement, et ce ne sont pas les titres qui manquent chez moi. Hop, une petite liste déjà effectuée. Objectif à nouveau : faire sortir des livres de ma PAL!

Du coup, l’un dans l’autre, beaucoup de nouveaux livres sont arrivés chez moi, mais beaucoup vont sortir aussi!

Merci pour vos commentaires laissés sur mon premier billet-bilan. Même si je n’ai pour le moment pas énormément de titres à présenter, cet exercice de faire le point autant sur sa PAL et que sur ses lectures et projets, me plaît beaucoup.

« Apprendre à lire » de Sébastien Ministru

Aussitôt reçu en cadeau, aussitôt lu!

Je connais l’homme de radio, le journaliste, le chroniqueur littéraire… en ouvrant « Apprendre à lire », je m’apprêtais à découvrir une nouvelle casquette de Sébastien Ministru, celle d’écrivain.

Pour ce premier roman, il a opté pour l’intime.

Antoine, la soixantaine, est directeur de presse. L’image du patron antipathique et froid lui colle à la peau, même en dehors du boulot. Mais derrière cet homme limite méprisant se cache une blessure d’enfance : la mort de sa maman alors qu’il était tout jeune. Après cette épreuve douloureuse et réellement choquante, Antoine a continué à vivre sous le même toit que son père, mais plus aucun échange ne passait entre eux.

Après avoir fait de longues années sans se parler, l’homme se rend aujourd’hui une fois par semaine chez son père de 80 ans avec qlequel les contacts restent froids mais cordiaux. Du coup, Antoine est très surpris le jour où son père lui fait part d’une demande improbable, qui lui vient de loin : lui apprendre à lire et à écrire. Originaire de Sardaigne, le père d’Antoine a eu une enfance pas facile avec un père dur, pas compréhensif du tout,  qui l’a envoyé s’occuper de les moutons plutôt qu’à l’école. Difficile d’imaginer que ce manque d’instruction a été vécu comme un réel handicap pour ce vieux qui, tout au long de sa vie, n’a jamais laissé transparaitre aucune émotion pas même envers son fils unique. Après avoir avalé le morceau, Antoine essaie donc tant bien que mal à enseigner la lecture à son « vieux ». Il y voit surtout l’opportunité de se rapprocher et de mettre à plat ce qui le tourmente depuis toutes ces années. Mais après avoir essuyé nombre de remarques déplacées et désobligeantes de la part de son élève, Antoine décide d’engager une personne qui endossera ce rôle bien mieux que lui. Il se tourne vers un escort prénommé Ron, récemment rencontré lors d’une brève partie de jambes en l’air que notre narrateur pratique régulièrement.

Avec ce récit, Sébastien Ministru explore un univers différent, plus grave,  de ce qu’il a l’habitude de produire. La voix de son narrateur se veut sobre, singulière. Il porte un regard cynique qui frôle la moquerie, sur les gens et les situations qui l’entourent. Rien de surprenant donc que ce soixantenaire n’ait pas beaucoup d’amis. Seul Alex partage sa vie depuis 30 ans. A eux deux ils forment un couple soudé, mais ce n’est pas grâce au sexe qu’ils ont décidé de proscrire de leur relation (d’où les rencontres avec les escorts).

Cette voix particulière d’un homme qu’on ne peut pas trouver sympathique vous attrape malgré tout et ne vous lâche plus. Ses mots sont chargés d’une grande émotion qui dit les regrets, les peurs et les douleurs. Ce roman aborde la terrible relation entre un père et son fils, relation qui n’en est pas vraiment une car l’amour qui les unit est presque inexistant. Le défi qui se cache derrière la timide demande du patriarche est donc l’occasion rêvée pour faire sortir plus de 30 ans de non-dits.

J’ai aimé l’histoire, mais ce qui m’a le plus séduite est incontestablement cette écriture unique, lourde de sens mais offerte dans une grande retenue. Je suis d’autant plus admirative de ce premier roman que Sébastien Ministru nous a livrés l’avoir écrit sans réfléchir au style, en se laissant aller, en faisant sortir cette histoire largement inspirée de son vécu. Le journaliste et désormais romancier belge fait une nouvelle fois preuve de toute l’étendue de son talent, servi par une plume extraordinaire qu’on lui connaissait déjà à travers ses chroniques. A la différence qu’ici, elle est d’une pudeur extrêmement touchante.

Sébastien Ministru, « Apprendre à lire », Editions Grasset collection Le Courage, 2018, 160 pages

Foire du Livre de Bruxelles 2018

Me voici avec les photos de la journée de samedi que j’ai donc passée à Tour & Taxis à Bruxelles aux côtés de mon amoureux, vachement sceptique sur ce qui l’attendait (je vous passe les grnon – gnnn – pfiouu – rhooo).

Cette année, et je ne sais pour quelle raison en particulier, j’ai trouvé que le temps a filé à une allure incontrôlable. Je n’ai pas eu le temps de flâner de stand en stand, comme les précédentes éditions. Malgré cela, je suis passée en tout premier sur le stand des  éditions jeunesse et belges A pas de loups que j’apprécie énormément. L’occasion de rencontre Françoise Rogier, et de faire dédicacer son dernier album « Rose cochon« . J’ai eu affaire à une dame souriante, aimable, qui prend le temps de parler de ses loups et ses cochons, qui sont toujours au centre de ses productions. Un joli dessin et un petit mot sympa qui ont ravi mon fiston, lui qui adore les titres de cette artiste belge.

A 14h précises, j’attendais fébrilement mon chouchou, mon adoré, Philippe Besson pour faire dédicacer le merveilleux « Arrête avec tes mensonges ». C’est là que m’a rejoint mon amie et comparse Fanny des Pages versicolores, elle aussi très fan de l’auteur. Elle avait un petit présent sous le bras pour moi : le dernier roman d’Annelise Heurtier, dédicacé jeudi ❤ Ce moment a été un véritable enchantement. J’ai découvert un homme accessible, sympa, qui aime discuter avec ses fans, qui prend le temps avec chacun d’eux.. au final, qui prend beaucoup de plaisir à les rencontrer. J’ai eu droit à ma photo pour immortaliser ce doux et beau moment qui faisait déjà la grande réussite de ma journée.

Petit détour par la table de grandes dames de la jeunesse pour un joli cadeau : Jeanne Ashbé et Kitty Crowther.

Un autre rendez-vous m’attendait peu de temps après, c’était une conférence sur le Prix Fintro, qui récompense un premier roman polar et belge. Les lauréats de la première édition, et Michel Dufranne, chroniqueur littéraire, ont surtout parlé des différentes étapes pour présenter son premier roman.

Après cette « pause », on s’est rendu avec Fanny et toujours l’amoureux (qui finalement, prenais un peu plus son pied!) sur le stand de Québec édition où nous attendait la grande et charmante Maud, la libraire de Marie-claude (Hop sous la couette). Après avoir échangé paquet et petits cadeaux pour notre amie, nous avons parlé littérature, romans québécois, de Marie-Claude (oui oui 🙂 ). Maud est une passionnée, une fille qu’on a écouterait pendant des heures tellement elle connaît son job et aime partager sa passion. Sous le bras, je suis sortie de là avec 3 romans québécois, des petites perles conseillées par notre hôte montréalaise. J’ai également papoté avec Billy Robinson, avec qui j’avais déjà eu des échanges sur Instagram. Ce sont des personnes chaleureuses, passionnées, qui aiment parlent de leur pays (euh, province?!). Je suis ravie d’apprendre que certaines éditions québécoises, entre autre La Peuplade, seront diffusées en Europe!

Fanny était déjà sur le départ – mais enfin, c’est quoi cette journée que je ne vois pas passer!?! – on ralentit un peu la cadence avec mon homme, et on se dirige vers le dernier rendez-vous de la journée. C’est Jérôme Colin, homme de radio et écrivain belge, qui sort son deuxième roman « Le champ de bataille« , qui clôture cette après-midi de folie.

Ce que je retiens de cette journée : trop trop de monde – un aller-retour express à Québéc qui va se poursuivre en lectures dans les mois à venir – un beau et doux moment avec Philippe Besson – des retrouvailles avec Fanny, Amandine, Anne – un joli cadeau pour mon petit loulou avec une chouette dédicace – un carte bancaire qui a (un peu) brûlé – une pile qui rejoint une grande pile à la maison.

Les achats du jour

Les prêts/cadeaux/échanges

Le mot de la fin, je le dois à mon homme qui a tellement apprécié les rencontres avec les auteurs et nos amis québécois, compte se mettre à la lecture dès le lendemain! Oui, le même qui était si sceptique le samedi matin! C’est ça la magie des livres 🙂

Rendez-vous l’année prochaine pour fêter les 50 ans de la Foire du Livre de Bruxelles!

« Dans la forêt » de Jean Hegland

Que ferions-nous si tout ce qui alimente notre société actuelle se coupait? Plus d’électricité, ni d’essence. Plus de moyens de communication, les magasins se vident affreusement vite. Les gens quittent les villages en espérant trouver de l’aide dans les grosses villes. C’est ce qu’a imaginé Jean Hegland dans ce roman publié aux USA pour la première fois en 1996. Autour de ce phénomène, qui n’est pas vraiment post-apocalyptique, mais plutôt un événement soudain qui touche d’un coup la population, l’auteure imagine cette famille : Nell et Eva, deux soeurs de 18 et 17 ans, et leurs parents, vivant dans une forêt à des dizaines de kilomètres de Redwood. Cette maison, c’était un coup de coeur de Robert, le papa. Il y fonda sa famille, et tous étaient très heureux de cette vie à l’écart. Les parents étaient fiers de laisser leurs deux filles s’instruire librement, et passer leurs temps dans un environnement naturel qu’elles aiment tant. D’ailleurs, cette éducation alternative fait plutôt ses preuves, Nell et Eva sont particulièrement brillantes, déterminées et très ambitieuses. Alors que l’aînée envisage d’entrer à Harvard, sa cadette s’entraîne sans relâche pour rejoindre la troupe de ballet de Boston.

A la disparition de leurs deux parents, les sœurs se retrouveront très éprouvées, livrées à elles-mêmes dans ce milieu sauvage mais qu’elles ne quitteraient pour rien au monde. Leur quotidien, parfois répétitif, est livré dans une langue poétique et envoûtante.

Ce roman, outre une immersion totale dans la nature si belle et dangereuse à la fois, est avant tout une superbe histoire de sœurs. Jean Hegland dresse deux portraits assez différents mais complémentaires. Leur détermination et leur courage sont des armes redoutables face à cette nouvelle vie qui apparaît. La plus âgée des deux, qui est aussi la narratrice de ce récit, Nell, confie dans un carnet ses doutes, ses peurs, mais aussi ce qui la pousse à avancer. Son amour inconditionnel pour sa soeur Eva est confié avec beaucoup de justesse, sans fioriture, et énormément d’admiration.

Je l’aimais tant – ma douce, douce soeur -, j’aimais en elle tout ce que j’avais jamais aimé, j’aimais tout ce que je savais d’elle et tout ce que je savais ne pouvoir jamais atteindre, j’aimais cette danseuse, cette femme belle sous mes mains, cette soeur avec qui j’avais autrefois peuplé une forêt, cette soeur avec qui j’avais souffert de tant de choses, cette soeur que je pourrais jamais quitter ni pour l’amour ni dans la mort. (p.202)

C’est vrai que leurs journées se ressemblent, c’est tout à fait compréhensif. Que ferions-nous à leur place? La même chose qu’elles : chercher des vivres, trouver de quoi se chauffer, se projeter dans les mois à venir en fonction des saisons, pour préparer de quoi combler les besoins primaires. A cet égard, Jean Hegland ouvre un débat, nous questionne, nous plonge dans un monde à mille lieux de la société actuelle, mais qui pourrait néanmoins se présenter un jour, tout d’un coup. J’ai vraiment été immergée dans l’espace confiné qu’est leur maison isolée du monde extérieur. C’est lent, mais le suspens dû à la situation rend ce livre difficile à lâcher. Excellent « nature writing« , il est autant émouvant que mystérieux.

Qu’est-ce qui fait qu’un roman nous touche plus qu’un autre ? A la façon dont il nous poursuit, plusieurs semaines, mois, après sa lecture. Aux questions qu’ils soulèvent, aux traces qu’ils laissent dans notre mémoire. Sans être un coup de coeur, « Dans la forêt » fera, je pense, partie de ceux-là.

Ce roman est un des chouchous des membres du Picabo River Club, un groupe (fermé) sur facebook qui met en lumière la littérature nord-américaine et géré par Léa Mainguet. L’occasion pour moi de vous en parler car il y règne une très bonne ambiance et de véritables pépites y sont partagées chaque jour!

Jean Hegland, « Dans la forêt », traduit par Josette Chicheportiche, Editions Gallmeister, 2017 (1ère édition : 1996), 304 pages

« Les vieux fourneaux » de Lupano & Cauuet

Vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité!

Antoine, Pierrot et Emile sont 3 amis septuagénaires de très longue date, qui continuent à partager de folles aventures à travers les 4 tomes « Les vieux fourneaux ». Chacun à leur tour, ils se retrouvent au coeur d’une aventure rocambolesque, dans laquelle sont évidemment embarqués les autres complices. A ce trio s’ajoute une quatrième figure emblématique, qui est loin d’avoir sa langue dans sa poche. C’est sans doute pour cela qu’elle s’entend aussi bien avec les « petits vieux ». Il s’agit de Sophie, la petite-fille d’Antoine. C’est certainement le personnage le plus lumineux de cette série. Elle est l’électron libre, la touche féminine. Révoltée sur pas mal de choses et particulièrement sur l’ancienne génération, elle reste malgré tout attachée aux 3 amis et les accompagne dans leurs déboires.

Dans le tome 1 intitulé « Ceux qui restent« , on assiste aux funéraires de Lucette, la tendre épouse d’Antoine. Pas super marrant comme lancement de série, mais cet album prend des allures de véritable road-movie lorsque le « jeune » veuf se rend fissa en Toscane pour élucider un mystère qui rôde autour du testament de Lucette. La révélation qui clôture ce premier tome nous renvoie directement au suivant.

Dans « Bonnie and Pierrot« ,  on y parle une nouvelle fois d’ancienne histoire d’amour. Pierrot reçoit un beau matin une lettre accompagnée d’une somme d’argent étourdissante. L’auteure de ce courrier est signé par une ancienne amante, celle qui a véritablement compté, avec qui Pierrot le révolutionnaire a fait les 400 coups. Le hic c’est qu’elle est censée être décédée depuis des années. Voilà une nouvelle affaire à éclaircir!

C’est une série qui « ne mange pas de pain » mais qui vous donne la banane. C’est très drôle, les personnages sont attachants. Les dénouements sont prévisibles, mais ce n’est pas ça le principal. Le principal, c’est qu’une fois commencé, on ne peut lâcher ces albums. C’est qu’on vit en même temps que les héros, leurs aventures sordides. Et que ça fait franchement du bien!

Wilfrid Lupano (scénario) et Paul Cauuet (dessins), « Les vieux fourneaux », 2014, Editions Dargaud

Rendez-vous chez Stephie pour les amoureux des BD!

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« Les attachants » de Rachel Corenblit

C’était celle qui était en dernière position sur sa liste, mais c’est dans cette école qu’Emma a été envoyée. L’école des Acacias, située dans un quartier socialement moins aisé. Pas de bol, se dit-elle! Surtout que ses premières années en tant qu’enseignante n’ont pas été de tout repos.

Voilà que commence donc une nouvelle année scolaire. Nous allons la suivre de septembre à juin au gré de ses interrogations, de ses péripéties, de ses joies et des nombreux enjeux qui gravitent autour du métier d’enseignant. Il s’agit de l’histoire d’Emma (ou de Rachel Corenblit?) mais qui possède évidement une portée universelle.

Rachel Corenblit met le doigt, sans jamais entrer dans le pathos, sur le quotidien parfois terrible, de ces enfants qui vivent dans un environnement (très) modeste. Elle souligne l’insécurité de leur quotidien, l’ignorance de leurs parents, le manque d’amour qui est devenu si banal pour eux. Il en faut du courage, de nos jours, pour enseigner. Et l’auteure le démontre formidablement dans ce court roman. Il faut dire que le sujet, elle le maîtrise. Elle a elle-même enseigné pendant des années. Des témoignages comme ceux-là, elle doit en avoir à la pelle. Et c’est sans aucun doute tous ces souvenirs qui se sont ravivés lorsqu’elle a décidé d’écrire sur le sujet.

Écrire sur le métier d’enseignant n’est pas simple non plus. Il s’agit d’un métier tellement polyvalent, il faut s’armer de patience et de psychologie. Ne pas dépasser certaines limites, ne pas se montrer trop proche de ses élèves, laisser une juste distance aussi entre sa vie privée et tout ce qui se passe à l’école. Au final, Rachel Corenblit réussit à jongler avec tous ces éléments et dresse un portrait cohérent et juste de la jeune femme et enseignante débutante qu’est Emma. Sa vie privée est effleurée, son histoire avec Mathieu était à mon goût un peu limite, invraisemblable. Ce pan du roman aurait très bien pu être inexistant, ce n’est pas ça qui importe.

Si j’ai globalement aimé ce portrait, ainsi que le rythme et la structure du roman,  il m’a manqué quelque chose pour vraiment entrer dans la vie et dans la classe d’Emma. J’ai d’ailleurs eu plus d’affection pour son directeur Monsieur Aucalme. Placide, réfléchi, empathique mais pas trop, c’est un homme qui arrive à réguler Emma, parfois prise au dépourvu avec ses élèves.

« Les attachants » lance un message effrayant mais réel, politique aussi, avec la juste lueur d’espoir qui nous prouve que l’avenir du métier n’est pas encore en péril, et qu’il existe de bons enseignants motivés pour accompagner nos enfants dans la vie (et j’insiste sur le mot « accompagner » et non pas « éduquer »!).

Je suis déçue de ne pas avoir eu le coup de coeur de Fanny ou encore de Marie-Claude, mais ce roman m’a malgré tout fait vivre des émotions allant de la colère à un gros sentiment de révolte, en passant par la tristesse et le rire. Et c’est déjà très bien ! A lire, donc!

Rachel Corenblit, « Les attachants », Editions La brune au rouergue, 2017, 192 pages

« La différence invisible » de Julie Dachez & Mademoiselle Caroline

On l’a beaucoup vu passer cette bande dessinée, sur les blogs. Voilà que je la découvre à mon tour.

Marguerite ne sait pas encore qu’elle est atteinte du syndrome d’Asperger. On la découvre dans différents environnements : à son travail, chez elle, avec son copain, dans ses différentes relations sociales. Mais son malaise saute aux yeux. Le bruit, les conversations, le contact physique avec autrui, les échanges, on découvre que tous ces éléments la perturbent énormément. Que ce n’est presque pas viable pour elle. Elle est peut-être simplement timide, ou même introvertie, imagine-t-on. Car Marguerite ignore, jusqu’à une certaine rencontre, qu’une pathologie, un nom, se cache derrière toutes ces émotions dérangeantes. Le quotidien devient de plus en plus insoutenable. C’est sans compter la pression de son entourage à adopter une comportement normal, de faire les choses que tout le monde fait. Mais voilà donc, après avoir passé des examens dans un institut spécialisé, Marguerite apprend qu’elle est atteinte du syndrome d’Asperger. Ce jour est une véritable délivrance. Enfin, elle a la preuve que son état est NOR-MAL, que d’autres personnes ressentent les mêmes choses qu’elle, et surtout, qu’il existe des solutions et des professionnels pour l’aider à vivre le plus sereinement possible avec cette particularité.

Cette bande dessinée, c’est l’histoire d’une reconversion. Alors que Marguerite nous apparaît comme une fille renfermée, peu communicative, mélancolique, des ailes semblent lui pousser une fois que les résultats de son bilan sont tombés. A partir de ce jour, elle découvrira une tonne d’informations sur sa spécificité, fera des rencontres déterminantes, et adoptera les mesures adéquates pour vivre comme tout le monde et se sentir bien dans sa peau. Cela passe également par un gros tri dans son entourage, qui se montre bourré de préjugés et complètement hermétique à cette différence, tellement elle est « invisible » finalement.

Bien que j’aie eu un peu de mal avec le style graphique de cet album, j’ai trouvé néanmoins qu’il faisait bien passer les émotions de Marguerite, et spécifiquement, toute cette pollution sociale qui l’entoure et la touche au plus haut point. Nous-mêmes, ne pouvons nous rendre compte à quel point les échanges humains sont handicapants pour une partie de la société. Il m’a donc fallu un petit moment d’adaptation par rapport au dessins, qui se limite au noir, blanc et rouge. J’ai par contre été davantage séduite par la narration. Il y a peu de dialogues, le lecteur est invité à se concentrer sur ces dessins qui sont déjà lourds de sens, sans apport textuel supplémentaire. Julie Dachez a opté pour une narration extérieure, pour expliquer le quotidien de Marguerite. En réalité, cette jeune femme explique sa propre histoire, et les étapes qui l’ont menée à la publication de ce livre.

Cette bande dessinée est vraiment un beau projet car elle informe beaucoup, et sensibilise les lecteurs à l’autisme et à la cause des personnes qui, de façon générale, ne rentrent pas dans le moule traditionnel de la société. C’est fort bien renseigné et très intéressant, même pour les personnes qui n’ont pas une sensibilité particulière pour le sujet. On apprend notamment que peu de personnes font les tests d’Asperger, surtout les femmes, qui se font davantage violence en « faisant semblant » d’avoir un comportement normal avec les autres.

Il offre aussi un message d’espoir et de courage. Les pages à la moitié de l’album sont d’ailleurs beaucoup plus lumineuses. Cette particularité donne des ailes à Marguerite et l’orientera vers des choix qui lui correspondent et parmi lesquels elle s’épanouira beaucoup plus qu’avant (le lancement d’un blog, la publication de cette BD, mais aussi la reprise d’études en psychologie sociale).

J’ai pris du plaisir à tourner ces pages, qui nous apprend beaucoup de choses sur le sujet. Une bibliographie à la fin de l’ouvrage permet d’approfondir ses connaissances. Après cette lecture, je suis allée sur le blog de Julie Dachez, et ai visionné quelques-unes de ses vidéos où elle parle également de féminisme, de la question du genre, … de façon légère et très agréable à écouter.

Une belle découverte!

Julie Dachez (texte) et Mademoiselle Caroline (dessins), La différence invisible, Editions Delcourt/Mirages, 2016, 196 pages

 

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Le rendez-vous des fans de BD cette semaine, c’est une nouvelle fois chez Moka 🙂

Bilan lectures – Janvier 2018

Dans la perspective de mieux cerner mon portrait de lectrice, de garder une trace plus précise de mes lectures et de mieux m’organiser, me vint l’idée en 2018 d’établir un bilan mensuel de mes lectures. A l’instar de ceux de Marie-Claude ou de Sonia, qui ne sont pas très longs et particulièrement clairs, ils me permettraient, je l’espère, de mieux orienter mes choix et d’éviter le stress lié au sentiment de dispersement que je ressens régulièrement. Vous verrez, mes bilans sont très courts vu que je n’ai pas un rythme de lecture soutenu mais ce sera l’occasion par exemple d’y noter quelques projets ainsi qu’un petit focus sur ma PAL que je souhaite diminuer. Je ne sais pas encore si je le publierai mensuellement ou bien trimestriellement. Je verrai au fur et à mesure!

En janvier, j’ai lu 3 romans et 4 BD/romans graphiques. Il y a eu pas mal de microbes à la maison et j’ai eu beaucoup de migraines. Raisons pour lesquelles je n’ai pas eu spécialement l’envie ni la motivation de lire.

La jolie découverte du mois

 

 

 

 

 

Ceux que j’ai aimés mais…

 

 

 

Les bandes dessinées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAL et projets

Je n’ai fait aucun achat en ce mois de janvier. Des petits nouveaux ont quand même fait leur apparition chez moi, grâce à la générosité de Marie-Claude! Je les ai laissés bien en évidence pour les découvrir au plus vite.

Sinon, toutes mes lectures de janvier sont des emprunts de la bibliothèque… que je m’étais promis de diminuer, voire d’arrêter en 2018 pour me concentrer sur mes livres à moi! On peut dire que de ce côté-là, c’est raté! Pour février, c’est sûr et certain, je pioche dans ma PAL. D’ailleurs, j’ai déjà quelques petites idées… Affaire à suivre!

Un projet me fait également les yeux doux, c’est celui proposé par Electra, de découvrir la culture indienne à travers la littérature. Quelques titres trônent sur mes étagères, qui pourraient absolument entrer dans ce défi. Je cogite, donc.

Soyez indulgent-e-s pour ce premier bilan! Il évoluera très certainement et je l’ai fait en extrême vitesse vu que je suis… déjà en retard 🙂 Par contre, n’hésitez pas à me dire ce que vous aimez dans les bilans, pourquoi ils sont importants pour vous, ce qu’ils vous apportent, etc… Le sujet m’intéresse!