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« Le Russe aime les bouleaux » d’Olga Grjasnowa

9782365690584

Mascha est une jeune fille brillante, qui poursuit remarquablement des études d’interprète pour un jour, peut-être, avoir la chance de fouler le sol des Nations Unies. Son caractère bien trempé, elle le doit à son parcours qui ne fut pas des plus faciles. Azerbaïdjanaise et juive, elle fuit Bakou avec ses parents en 1996 pour s’installer en Allemagne, alors qu’une autre partie de sa famille s’en est allée en Israël. De son enfance, elle gardera de sombres souvenirs gravés à jamais. Désormais dotée de la nationalité allemande, Mascha semble bien intégrée. Mais la demoiselle reste malgré tout confrontée régulièrement à des réactions racistes et blessantes. Tout comme son cercle d’amis, tous issus de la multiculturalité. Lorsque son petit ami Elischa meurt subitement, le monde qu’elle était en train de construire s’écroule. Elle accepte alors un job à Tel-Aviv, bien en-dessous de ses compétences, pour oublier et tenter de retrouver goût à la vie.

Même si je n’ai pas été particulièrement séduite par l’écriture d’Olga Grjasnowa, que je trouvais par moment sans émotion, presque froide, il s’agit d’un beau roman sur l’intégration. En réalité, c’est le personnage de Mascha qui ne m’a pas spécialement inspiré d’empathie. Son histoire m’a néanmoins beaucoup intéressée, et j’ai suivi son parcours avec avidité. La seconde partie du livre m’a davantage émue, traitant du deuil et du tourbillon d’émotions par lequel passe malheureusement l’héroïne, à la mort de son petit ami. Ces dernières ont été retranscrites avec humilité et justesse. C’est mélancolique, sombre, parfois brutal mais tellement  réaliste. Quant à la troisième partie, relative à son arrivée en Israël, j’y ai trouvé un voyage vers une reconstruction personnelle, de l’ambition et l’envie d’aller de l’avant.

Mascha a le don des rencontres, c’est un autre élément à soulever de ce premier roman. Chaque personnage venant s’immiscer dans cette bribe de vie tentera de sauver la jeune fille, témoignant une formidable promesse d’amitié et d’entraide. Elle reste malgré tout une personne complexe, ambigüe (notamment au niveau de sa stabilité sexuelle), et mystérieuse.

Les draps avaient encore un peu son odeur, je portais ses affaires pour dormir. Ce n’était qu’au matin que je commençais à le chercher dans le lit et que je me souvenais. » (p.120)

Le rapprochement entre le parcours de l’auteure, remarquablement plébiscitée lors de la publication de son roman, et celui de son personnage principal est inévitable. Cette histoire de résilience m’a paru, en ce sens, particulièrement intéressante. De même que l’accent mis sur l’importance de trouver son lieu de vie, sa patrie, son identité, sa maison. Se sentir bien dans son pays, c’est se sentir bien dans sa tête.

Merci à Anne pour ce partage de lecture, trouvé très rapidement à la bibliothèque, pour mon plus grand bonheur! Un autre billet qui retranscrit justement cette ambiance à part.

Olga Grjasnowa, « Le Russe aime les bouleaux », traduit de l’allemand par Pierre Deshusses, Editions Les Escales, 2014, 314 pages.

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