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« L’intérêt de l’enfant » de Ian McEwan

Je n’avais pas spécialement prévu de lire ce roman, que j’ai vu par-ci par-là et qui me tentait plutôt bien. Il est venu à moi, en apparaissant sur l’étagère « nouveautés » de la bibliothèque! Et… c’est un coup de cœur!

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Ian McEwan nous plonge dans un monde d’apparence froide et plutôt fait d’hommes, le milieu juridique. Le personnage central, Fiona Maye, est, à l’aube de la soixantaine, magistrate spécialisée dans les affaires familiales. Une vocation pour cette dame qui a consacré sa vie à cette carrière. Elle est aujourd’hui extrêmement respectée et reconnue pour son professionnalisme et pour la qualité de ses décisions, rendues après avoir profondément exploré chaque hypothèse des affaires en cours et faisant valoir, sans exception, le seul intérêt de l’enfant. Il s’agit de mettre en avant des arguments liés à son bien-être actuel, tout en songeant à son avenir.

A côté de ça, il y a malheureusement des dommages collatéraux, au sein de son couple, notamment. Le roman s’ouvre sur des révélations peu supportables, de la part de son mari. Un soir, il explique en effet à sa femme qu’il souhaite s’abandonner dans une liaison avec une tentatrice, pour combler un manque qui s’est renforcé depuis quelques temps. Il lui reproche de ne plus être là, avec lui, et de n’en avoir que pour son travail. A cette époque, Fiona a du rendre des verdicts compliqués, pour des affaires particulièrement médiatisées ou délicates. Des affaires qui l’ont possédée, jour et nuit. Et voilà que le fil très délicat qui la tenait encore à sa vie privée est en train de se casser.

Et ce n’est pas le cas qui se présente à ce moment-là qui changera la donne : un ado de 17 ans, atteint d’une leucémie, doit absolument recevoir une transfusion sanguine. Une pratique rejetée par sa religion qu’est le judaïsme. En extrême urgence, la Lady est face à un nouveau dilemme : sauver la vie de cet enfant, ou bien respecter sa volonté à travers sa croyance? Fidèle à elle-même, Fiona va étudier toutes les hypothèses et les arguments avancés par les différentes parties. Un tête-à-tête avec ce jeune homme lui semble incontournable…

Cette rencontre est le tournant du roman qui va bouleverser chacun de nos personnages. Pour le lecteur, il s’agit d’un moment suspendu, durant lequel il boit chaque parole. Le suspens quant au verdict est là, mais il continuera de poursuivre les protagonistes – et le lecteur – tout le reste de l’histoire.

Ian McEwan nous livre, à mon sens, un texte totalement hypnotisant, avec des moments d’une puissance émotionnelle extrême. Le lecteur découvre des personnages d’une intelligence remarquable, qui retournent le cœur, et se retrouve lui aussi face à ce dilemme implacable. J’ai adoré découvrir par la suite les failles de Fiona Maye, sous une apparence forte et presque insensible. Je ne sais pas si c’est cette affaire, ou la demande de son mari, qui va la faire pivoter à ce point, ces deux événements me semblent indéniablement liés, mais quoi qu’il en soit, elle va se retrouver à un tournant important de sa carrière et de sa vie de femme. Elle trouve par ailleurs refuge dans la musique, omniprésente dans ce roman, qui ajoute à l’élégance déjà très présente du style, une  touche encore plus noble.

Un roman qui m’a bouleversée moi aussi avec des passages lus en déconnexion totale avec la vie réelle. L’auteur a exploité avec brio un cadre qui n’est pas facilement accessible, à priori. Il a réussi à vulgariser un vocabulaire très spécifique pour permettre à ses lecteurs d’entrer sans aucune embûche dans le milieu juridique et d’en comprendre le fonctionnement. Difficile de parler de tout ce qui m’a marquée dans ce roman, j’y ai vraiment été très sensible, comme Mior et Clara. J’en fait une pépite chez Galéa, la première de la saison!

Une rencontre surprise, en plus, qui m’invite bien sûr à lire d’autres titres de cet auteur, mais non sans une certaine attente suite à cette première lecture-coup de coeur. Quel titre me conseilleriez-vous?

Quelques extraits :

« Il allait l’abandonner et son monde continuerait de tourner. » (p.20)

« Elle prenait conscience que la qualité qui le distinguait était son innocence, une innocence pleine de fraîcheur et d’enthousiasme, une franchise enfantine qui devait tenir à l’univers clos de la secte. » (p.122)

« Elle devait garder à l’esprit que le monde n’était jamais identique à la vision angoissée qu’elle en avait. « (p.189)

Ian McEwan, « L’intérêt de l’enfant », Gallimard, 2015, 229 pages

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« L’île des oubliés » de Victoria Hislop

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Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d’olive. L’île n’était pas loin et, quand l’embarcation approcha de l’imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd’hui encore, une force d’attraction. » p.15

Spinalonga a été la terre d’exil de nombreux lépreux, entre 1903 et 1957. Cette île-forteresse, située juste en face du village de Plaka sur la côte crétoise, n’a pas seulement accueilli ces personnes rejetées par la société et condamnées à mort. Elle s’est transformée au fil des années en un lieu de renaissance, d’espoir et offert un éclat nouveau à leur existence devenue si terne depuis que la sentence les a abattus de plein fouet.

Lors d’un voyage en Crète début des années 2000, la jeune Alexis décide de faire un détour par Plaka, et est immédiatement attirée, fascinée par cette île mystérieuse. Plaka, c’est là où Sophia, sa maman, a passé son enfance jusqu’à ses 18 ans. Elle s’est ensuite mariée et a décidé de suivre son mari en Angleterre, où elle a eu fermement l’intention de tourner une page de sa vie. Mais très étrangement, celle-ci a toujours refusé d’évoquer sa vie d’avant. Que ce soit sur sa famille, ses parents, ses amis, Sophia reste muette, l’air vague et triste. Face à ce silence pesant, Alexis part donc seule à la recherche de son histoire et de celle de ses ancêtres, n’en pouvant plus des mystères de sa mère. Qu’est-il arrivé à ses aïeules? Pourquoi et de quoi sa mère a-t-elle si honte? D’où lui vient ce repli dès que l’on évoque son passé?

Portée par le récit, sur place, d’une amie d’enfance de la famille, Alexis ira de révélations en surprises accablantes, apprenant tout d’une lignée de destins ébranlés par de grands malheurs, et de quelques joies aussi.

Je me retrouve face à un sacré dilemme: comment vous parler d’un livre qui m’a tant animée, sans en dire de trop. L’histoire, fictive sur fond véridique, est un tourbillon d’événements qui s’enchaînent sans aucun temps mort ni lassitude pour le lecteur. Victoria Hislop m’a envoûtée, de la première à la dernière page.

Deux éléments en particulier sont en cause. Tout d’abord, l’empreinte historique de l’histoire. Je suis restée suspendue au sort de ces malheureuses personnes qui, du jour au lendemain, doivent quitter parents, amis, famille, pour passer le reste de leurs jours en exil, et surtout vivre dans l’incertitude de l’évolution de la maladie. Après quelques recherches, je découvre ainsi que l’île a réellement existé, ainsi que les faits évoqués. Elle est aujourd’hui devenue un lieu touristique, tel que mentionné dans le bouquin. A l’issue de cette lecture, et au-delà de la sensation d’avoir vécu une incroyable aventure, j’ai appris quelque chose (et surtout incroyable de se dire que les faits ne remontent pas à si longtemps!!).

Deuxièmement, la saga familiale aux lourds secrets, que le lecteur découvre au fur et à mesure, a été pour moi passionnante. Elle met le doigt sur les différentes facettes de l’humain: l’égoïsme aveuglant, la manipulation, le rejet de l’autre et la médisance, mais aussi, la bonté, la solidarité, l’entraide. Et l’Amour. L’intrigue finement menée du début à la fin, distille les révélations au compte-goutte et apporte régulièrement une surprise inattendue. Grâce à cela, je suis passée – vais-je l’avouer- pratiquement du rire aux larmes.

Ajoutez à cela de jolies descriptions des paysages crétois, des ambiances festives et familiales de traditions culturelles, et la présence de personnages forts. Et vous comprendrez qu’il s’agit pour moi d’un réel coup de cœur, qui continue à me poursuivre.

Pour un premier roman, Victoria Hislop démontre incroyablement bien son talent de conteuse. Très étonnée de savoir que la dame est anglaise, tellement elle semble connaître les coutumes grecques et crétoises.

Victoria Hislop, « L’île des oubliés », Editions Les Escales (2012), Le Livre de Poche, 2013, 520 pages.

PS: ce roman m’a permis de retrouver le plaisir de se plonger tête baissée dans une longue histoire, qu’on suit sur plusieurs semaines, alors que j’optais depuis une bonne année pour des plus courts romans.

Lîle de Spinalonga, telle que l'ont laissée les derniers habitants avant de rejoindre leurs terres natales, à la disparition de la lèpre.

Lîle de Spinalonga, telle que l’ont laissée les derniers habitants avant de rejoindre leurs terres natales, à la disparition de la lèpre. Source photo : http://www.holidays2crete.com

La Reine des lectrice de Alan Bennet

Lire ou régner. Apparement, il faut choisir. Car lorsque la Reine d’Angleterre se découvre subitement une folle envie de lecture, c’est tout le palais qui se retrouve sans dessus-dessous. Mais qu’arrive-t-il à Elizabeth? Pourquoi cette soudaine passion pour les livres? Passer d’auteurs contemporains, à la littérature classique anglophone ou internationale, la Reine les dévore. Plongée dans ces mondes parallèles, elle en oublie ses fonctions de première anglaise. Sa vision des choses, de la vie, des personnes qui l’entourent, en est également modifiée. La littérature lui ouvre les yeux sur toutes ces années qui sont désormais derrière elle, et envisage dorénavant l’avenir différement.

C’est un roman léger, comique. Le vocabulaire pointilleusement choisi reflète bien l’image tout aussi rigide qu’extravertie de l’Angleterre. En outre, l’auteur présente une image différente de la Reine d’Angletterre, presque enfantile, prise dans un ouragan de bouquins et ne relayant plus qu’au second plan ses hautes fonctions. Et par ailleurs, non comprise par ses employés. Aux antipodes donc du personnage austère et perfectionniste tel que décrit dans les médias. Si bien qu’on s’attache à elle. Il n’y a pas de grand supens, mais il se lit avec plaisir. Un moment de détente agréable.

L’histoire pose également la question sur l’importance des livres dans nos vies. Une fois « accros » sommes-nous coupés du monde extérieur? La lecture est-elle perçue comme l’élément déclencheur d’un repli sur soi-même, d’un isolement? A mon sens, c’est certainement le cas lorsque l’entourage ne comprend pas l’intérêt que peut avoir autrui à lire. Lire au point de s’enfermer dans ces mondes imaginaires? A chacun de mettre les barrières et de trouver les compromis nécessaires pour combiner vie réelle et vie littéraire. On reviendra sur ce sujet plus qu’intéressant prochainement 😉

Pour celles et ceux qui l’ont lu, avez-vous aimé ce bouquin?