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« Les attachants » de Rachel Corenblit

C’était celle qui était en dernière position sur sa liste, mais c’est dans cette école qu’Emma a été envoyée. L’école des Acacias, située dans un quartier socialement moins aisé. Pas de bol, se dit-elle! Surtout que ses premières années en tant qu’enseignante n’ont pas été de tout repos.

Voilà que commence donc une nouvelle année scolaire. Nous allons la suivre de septembre à juin au gré de ses interrogations, de ses péripéties, de ses joies et des nombreux enjeux qui gravitent autour du métier d’enseignant. Il s’agit de l’histoire d’Emma (ou de Rachel Corenblit?) mais qui possède évidement une portée universelle.

Rachel Corenblit met le doigt, sans jamais entrer dans le pathos, sur le quotidien parfois terrible, de ces enfants qui vivent dans un environnement (très) modeste. Elle souligne l’insécurité de leur quotidien, l’ignorance de leurs parents, le manque d’amour qui est devenu si banal pour eux. Il en faut du courage, de nos jours, pour enseigner. Et l’auteure le démontre formidablement dans ce court roman. Il faut dire que le sujet, elle le maîtrise. Elle a elle-même enseigné pendant des années. Des témoignages comme ceux-là, elle doit en avoir à la pelle. Et c’est sans aucun doute tous ces souvenirs qui se sont ravivés lorsqu’elle a décidé d’écrire sur le sujet.

Écrire sur le métier d’enseignant n’est pas simple non plus. Il s’agit d’un métier tellement polyvalent, il faut s’armer de patience et de psychologie. Ne pas dépasser certaines limites, ne pas se montrer trop proche de ses élèves, laisser une juste distance aussi entre sa vie privée et tout ce qui se passe à l’école. Au final, Rachel Corenblit réussit à jongler avec tous ces éléments et dresse un portrait cohérent et juste de la jeune femme et enseignante débutante qu’est Emma. Sa vie privée est effleurée, son histoire avec Mathieu était à mon goût un peu limite, invraisemblable. Ce pan du roman aurait très bien pu être inexistant, ce n’est pas ça qui importe.

Si j’ai globalement aimé ce portrait, ainsi que le rythme et la structure du roman,  il m’a manqué quelque chose pour vraiment entrer dans la vie et dans la classe d’Emma. J’ai d’ailleurs eu plus d’affection pour son directeur Monsieur Aucalme. Placide, réfléchi, empathique mais pas trop, c’est un homme qui arrive à réguler Emma, parfois prise au dépourvu avec ses élèves.

« Les attachants » lance un message effrayant mais réel, politique aussi, avec la juste lueur d’espoir qui nous prouve que l’avenir du métier n’est pas encore en péril, et qu’il existe de bons enseignants motivés pour accompagner nos enfants dans la vie (et j’insiste sur le mot « accompagner » et non pas « éduquer »!).

Je suis déçue de ne pas avoir eu le coup de coeur de Fanny ou encore de Marie-Claude, mais ce roman m’a malgré tout fait vivre des émotions allant de la colère à un gros sentiment de révolte, en passant par la tristesse et le rire. Et c’est déjà très bien ! A lire, donc!

Rachel Corenblit, « Les attachants », Editions La brune au rouergue, 2017, 192 pages

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