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« La maladroite » d’Alexandre Seurat

On en avait tellement parlé, qu’il semblait être LE titre de la rentrée littéraire de septembre 2015. Et quand vient son tour de le découvrir, on a l’impression de tout savoir déjà. Avec « La maladroite », j’ai eu cette crainte. Finalement, j’étais partie dans une autre direction, et le traitement proposé par Alexandre Seurat, de ce dramatique fait divers m’a bluffée, moi aussi. Parler de la violence faite aux enfants est on ne peut plus délicat. Où est la frontière entre ce que l’on peut dire, et ce qu’il faut taire, ou plutôt suggérer?

FullSizeRender(3)Ce jeune auteur a, pour moi, admirablement réussi à jongler entre ce dilemme. Sans trop en dire, en ne dévoilant jamais totalement l’horreur, il indique subtilement à son lecteur les preuves d’un quotidien désastreux d’une fillette de 8 ans, sujette de maltraitance par ses parents. Il a choisi de flotter autour de Diana, de faire parler son environnement. Les seules personnes qui se sont rendues compte de ce qui se passait. En commençant par sa grand-mère et sa tante, qui relatent les premiers mois du bébé, la personnalité de la maman, le contexte particulier de cette naissance. Tout était déjà mal parti… Il y a alors les soupçons, les premières décisions, les appels à l’aide. Et quand arrive le déménagement, le premier d’une longue série, c’est déjà une porte qui se referme. Il passe alors au milieu scolaire, où tout s’accélère. Des tentatives qui continuent malgré tout à rester sans réponse. Il en faut plus, toujours plus. Alexandre Seurat met particulièrement le doigt sur les failles d’un système, d’un cadre beaucoup trop rigide pour ce genre de situation.

Même cheminement tout au long de ce court texte, l’auteur évoque les témoignages de ces personnes qui ont voulu faire bouger les choses, qui se sont impliquées au plus profond d’elles-mêmes pour prouver qu’il fallait intervenir, instituteurs, directrices d’école, services sociaux, gendarmes. Mais les parents de Diana ont cette façade polie et courtoise, qui laisse planer le doute, et une petite fille qui, à tout jamais, défendra ses bourreaux. Il y a bien entendu ce changement physique, anormal, ce rire totalement disproportionné, qui résonne dans la tête du lecteur, qui me donnaient particulièrement le haut-le-cœur. Et une simplicité maîtrisée, car les faits à eux seuls suffisent pour comprendre, sans devoir en rajouter une couche.

« La maladroite » est une lecture marquante, pour son sujet, et rappelle l’audace dont l’auteur a fait preuve pour ressortir cette atroce histoire, qui s’est réellement passée en 2009. Il fallait oser le faire, le mettre sur papier, et le faire lire. Les lecteurs s’en souviendront très longtemps, car les mots marquent, plus que les faits d’actualité relayés au journal télévisé. Une tentative nécessaire et réussie en ce qui concerne Alexandre Seurat, qui m’a glacé le sang. J’attends de le découvrir dans un autre registre.

Alexandre Seurat, « La maladroite », Editions du Rouergue, 2015, 121 pages.