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« Paul au parc » de Michel Rabagliati

Figurez-vous que j’ai terminé cette BD il y a 2 mois maintenant. Mais après avoir été complètement sous le charme du premier tome lu de la série de Michel Rabagliati « Paul à Québec« , je constate qu’à nouveau, les émotions ressenties avec celui-ci sont toujours bien présentes…

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Toujours autobiographique semble-t-il, ce numéro présente un Paul plus jeune, aux portes de l’adolescence. Cette période où on commence à se demander ce qu’on va faire de sa vie, les premiers choix qui se posent, où les orientations scolaires/professionnelles se discutent en famille, et les amours frappent à la porte… A 12 ans, Paul vit dans un appartement avec ses parents et sa soeur… et sa grand-mère! qui habite de l’autre côté du couloir. Les anecdotes à ce sujet traversent l’album, nous faisant cadeau de beaux moments de rigolade. La famille garde une place importante dans cet album, mais je dirais que Michel Rabaglioti s’est davantage penché sur les questionnements intérieurs de Paul, ainsi que sur les amitiés, et son entrée chez les scouts. D’abord hésitant et timide, le jeune garçon y trouvera un refuge aux querelles familiales (avec la grand-mère, vous me suivez) et un nouveau cocon où il aura l’impression d’être plus libre. Libre dans ses choix et sa façon d’être. Ce nouveau clan, c’est la liberté de jouer des jeux de rôles, de chanter au beau milieu d’un bois, de passer une nuit à la belle étoile, de parler politique, aussi. De s’imaginer, dans un environnement beaucoup plus calme, un avenir qui lui correspond et qu’on n’aura pas choisi pour lui. On découvre ainsi ses premières affinités avec le dessin et la bande dessinée, notamment.

Paul est, en somme, un garçon ordinaire, sensible et curieux. Il aime faire des rencontres et partager avec ses amis. On ne peut que développer de bons sentiments envers lui!

On le découvre ici plus hésitant, car il se cherche, et ne trouve pas forcément de réconfort chez lui. Du coup, il prend cette opportunité de rejoindre les scouts comme une nouvelle aventure, qui lui ouvrira peut-être d’autres portes, ou, à tout le moins, le guidera vers ce qui semble être le meilleur pour lui.

Toujours beaucoup d’émotions dans cet album, et des retournements complètement inattendus (comme ce fut le cas dans « Paul à Québec »). Il a manqué ce gros encrage familial, qui prenait toute la place dans « Paul à Québec », mais on retrouve ici des thèmes qui nous parlent tout autant, comme l’amitié, les loisirs, les rencontres décisives. L’auteur place à nouveau un mot sur la situation politique du Québec, à l’époque des grosses manifestations du parti indépendantiste. Mais ce qui fait bien entendu le charme de cette série, c’est la beauté de la langue, l’accent que l’on entend à travers les bulles, et des expressions que l’on tente de traduire.

Une bande dessinée-chouchou, désormais!

Michel Rabagliati, « Paul au parc », Editions La Pastèque, 2011, 160 pages

« Chercher Sam » de Sophie Bienvenu

Dernière lecture pour « Québec en novembre », une lecture qui clôture en beauté ce voyage dans le grand nord que j’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir!

J’ai eu l’opportunité de rencontrer Sophie Bienvenu lors de la foire du Livre de Bruxelles en février de cette année, et de partager un brin de causette avec une fille très soucieuse de faire découvrir la culture de son pays (d’adoption, puisque la demoiselle est née… en Belgique!).

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Trame plutôt sombre pour ce court roman où on est plongé dans le quotidien de Mathieu, un jeune homme qui vit dans la rue. Il est accompagné de sa plus fidèle amie, sa chienne Sam. L’auteure a pourtant évité de se focaliser sur la dure loi de la rue, de la misère et des mauvais coups qu’on y rencontre chaque jour. Toute l’histoire est centrée sur Mathieu, qu’on apprend à connaître au fil des pages, en faisant des bonds entre passé et présent. Très rapidement dans le roman, un événement fera basculer notre personnage dans la peur, la tristesse et la perte de repères. C’est la disparition de son chien. 5 minutes ont suffit pour qu’il la perde de vue et qu’elle s’en aille. Et à ce moment-là, son monde s’écroule, ce véritable compagnon de vie est tout ce qui lui reste pour tenir debout. Mathieu s’enfouit alors dans ses souvenirs, et le lecteur apprend au fur et à mesure des images qui lui reviennent comment est-il arrivé à cette situation. Car c’est bien là toute la question que se pose le lecteur. Comment un jeune homme débrouillard, issu d’une famille ordinaire, sans problèmes particuliers, rythmé par l’envie d’avancer, vit aujourd’hui dans la rue?

Sam, c’était le barrage pour empêcher les souvenirs qui pouvaient me noyer de passer, pis elle est plus là. » (p.126)

S’il est aussi facile de décrire cette première partie, c’est que Sophie Bienvenu a réussi à mobiliser très judicieusement une palette de mots pour décrire les sentiments les plus profonds et les plus intimes de Mathieu. La violence de cette disparition et le mal au creux de son ventre qui ne le quittera plus, m’a également poursuivie tout au long du livre. C’est rudement bien joué de la part de l’auteure! Je n’ai pas envie d’en dévoiler davantage car les surprises sont nombreuses et les aveux, violents, glaçants.

Aussi, il m’a rarement été permis de rencontrer un personnage masculin aussi tendre et émouvant. Il s’agit d’une personne vraie, fidèle, qu’on a envie d’aider. L’empathie se crée, tout naturellement.

Malgré le sujet, je n’ai donc pas trouvé ce roman plombant, que du contraire. Il porte en lui l’espoir. Les rencontres qui se glissent par hasard sur son chemin donnent cet espoir d’avancer et d’un jour trouver une voie plus optimiste. On n’en sort pas indemne, et les pages défilent à toute allure. Cette envie d’en savoir plus est accentuée par le style oral typique québécois que j’ai, une nouvelle fois, adoré. Une vraie belle découverte, inattendue, je l’avoue, que je n’oublierai pas de si tôt.

Sophie Bienvenu, « Chercher Sam », Editions Le Cheval d’août, 2014, 170 pages.

Ma dernière participation à « Québec en novembre » chez Karine et Yueyin!

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« Le mur mitoyen » de Catherine Leroux

Les ruptures sont au centre de ce roman de Catherine Leroux. Rupture en pleine ascension politique, rupture au sein du couple, de la famille, rupture identitaire. Les personnages sont malmenés et passent par une période particulièrement pénible de leur existence. 3 vies sont, dans « Le mur mitoyen », exposées soit à la souffrance, soit à un événement bouleversant qui remet en cause des piliers, des éléments fondamentaux qui ont construit ces vies.

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On y trouve Madeleine, jeune veuve qui parle seule, attristée par les retours improvisés et si irréguliers de son fils unique Edouard qui préfère fuir la maison familiale pour des aventures en pleine nature et sans contraintes. Ensuite, il y a Marie et Ariel, qui forment un couple soudé et terriblement amoureux, propulsés sous le feu des projecteurs lorsque ce dernier devient le premier ministre canadien. Enfin, Carmen et Simon, frère et sœur complices, vont une dernière fois questionner leur mère mourante sur l’identité de leur père. Une réponse qui tarde depuis si longtemps.

En filigrane, deux fillettes en Géorgie, dont la promenade vers l’épicerie du village viendra entrecouper ces scènes principales, comme pour marquer une pause. Des voix qui résonneront à travers toutes les pages.

Malgré ce thème central de la rupture, « Le mur mitoyen » est pour moi un roman lumineux, qui trouve un véritable élan à travers le thème de la résilience et de la reconstruction.

Cela avait été particulièrement mis en avant dans les autres billets à propos de ce roman : Catherine Leroux s’amuse à brouiller les pistes, avec intelligence et adresse, pour ensuite les reconstituer en entremêlant chaque histoire. Malgré le fait que je m’attendais à plus de retournements, plus de liens, l’auteure m’a ravie en faisant preuve d’une maîtrise incontestable qui emmène le lecteur à tâtons dans des zones d’ombre, ne laissant aucune place à l’ennui! La chute est à la hauteur des espérances, et met fin à ce voyage mystérieux. Des chemins que j’aurais bien aimé continuer à sillonner pour profiter davantage d’effets de surprise.

C’est aussi la découverte d’une magnifique plume, poétique, douce, et violence à la fois.

La surprise décrite plus haute fait parfois place à l’incompréhension (en tout cas pour ma part), heureusement réduite tout à la fin du bouquin grâce à une note de l’auteure. Celle-ci livre en effet quelques clefs pour mieux saisir ces identités, ces cas et lieux parmi lesquels elle a puisé son inspiration. Un cadeau au lecteur qui m’a semblé honnête. La boucle est bouclée.

Des histoires qui retournent et ne s’oublient pas.

Je dois cette lecture marquante à Anne, merci! Retrouvez d’ailleurs son avis, tout aussi enthousiaste!

Catherine Leroux, « Le mur mitoyen », Editions Alto, 2013, 338 pages.

Une nouvelle participation à « Québec en novembre » chez Karine et Yueyin

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« J’écris parce que je chante mal » de Daniel H. Rondeau

Quelle excellente idée de la part de Quadrature d’éditer ce recueil de nouvelles d’un auteur québécois, en Belgique. Composées, pour la plupart, de clins d’oeil d’un quotidien ordinaire, pour ne pas dire banal, ces nouvelles ne m’ont pas toutes touchée. Mais j’en garde un souvenir assez marquant, plusieurs mois après ma lecture.

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Le style, surtout, est à relever : sans fioriture, allant droit à l’essentiel. Daniel H. Rondeau parle de ce qui fait la vie de tout un chacun, avec ses joies, ses détresses, son lot de mauvaises nouvelles, et aussi ses petits riens qui illuminent une journée. Il touche, sans langue de bois. Il fait l’éloge de personnes que l’on pourrait croiser à tous coins de rue. Certains revenant à plusieurs reprises, comme si l’auteur lui-même n’arrivait à s’en éloigner.

Des thèmes de prédilection dans ce recueil – le couple, les ruptures, les rencontres du hasard, l’amitié – qui parlent à tous.

De l’amour, je ne connaissais que de rares et fugaces papillons. Le lendemain de mes rencontres, en me glissant hors des draps je respirais, indifférent, les réminiscences de la femme de la veille. Ces aventures ont rapidement pris l’habitude de se terminer avec Alexandre, autour d’un verre de scotch. (p.13 – Le roi se meurt).

Comme quoi, le bonheur peut vous filer sous le nez quand on s’attend à ce qu’il soit bien sapé même les samedis matin. (p. 31 – Aubaines)

Un recueil qui m’a paru irrégulier de par son trop grand nombre d’histoires, certaines ne dépassant pas le paragraphe ou la page. J’aime le court, mais dans ce cas, je n’ai pas pu être transportée. Ce qui n’enlève rien à la qualité de ce recueil, d’autres textes m’ont éblouie et me laisseront une empreinte. Ma préférée étant cet échange entre deux amis sur la définition du bonheur, un remarquable exercice tant sur le fond que sur la forme, le tout tenant sur une seule page (comme quoi!). Des mots à savourer.

Des anecdotes teintées de mélancolie et de sourires, voilà comment je pourrais résumer ce beau recueil de nouvelles, à picorer à tout moment, quand bon nous semble.

Une lecture partagée avec mon amie Mina!

Recueil reçu en service presse de l’éditeur.

Daniel H. Rondeau, « J’écris parce que je chante mal », Editions Quadrature (Editions Septentrion – Hamac, 2010), 2015, 135 pages.

Une nouvelle participation à « Québec en novembre » chez Karine et Yueyin

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« La mort de Mignonne et autres histoires » de Marie Hélène Poitras

« La mort de Mignonne et autres histoires » est un recueil particulier, un univers qui dérange, parfois, et qui marque, assurément.

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On entre dans ce monde, d’abord en poésie et en délicatesse avec la nouvelle-phare « La mort de Mignonne ». L’histoire d’un cheval qui déambule dans une ville, pour aller mourir seul, au milieu du monde humain. Impossible de passer à côté de la passion de Marie Hélène Poitras pour l’équitation, car c’est un sujet qui reviendra dans quelques autres histoires. Les personnages qu’elle met en scène dans le milieu équestre partagent un réel attachement pour leur animal, qui est souvent vu comme une bouée de sauvetage, l’élément qui leur permet d’avancer dans un monde d’adultes qui leur ressemble moins. Un amour pour les bêtes, où l’envie de les protéger surplomb leurs propres problèmes et difficultés. Cet attachement est émouvant, notamment dans « Nan sans Réal », où la jeune héroïne de cette nouvelle, déclare :

« M’offrir un cheval, c’était m’injecter une drogue dure dans le corps, me verser une cuillère d’héroïne dans le sang. […] Offrir un cheval à une adolescente, c’était ouvrir la porte à toutes sortes d’errances et ma mère voyait l’évidence : ce cheval était une bête splendide, magnétique. A partir de ce jour-là, je me détachai de ma mère et passai plus d’heures sur le dos de mon pur-sang que debout sur le sol à hauteur d’homme. » (p.172-173)

Par la suite, le style se corse, se durcit, évolue à la faveur de personnages plus ébranlés, qui se cherchent. Parmi ces histoires, le lecteur devient régulièrement témoin d’une naïveté perdue, d’une vérité qui éclate, et qui ne fait pas toujours que du bien. C’est le cas de « La beauté de Gemma », l’histoire d’une jeune fille qui fait une entrée subite dans le milieu du mannequinat, sans avoir été préparée à la méchanceté ni à la jalousie des autres.

« Comme une renarde à trois pattes », fait partie de mes préférées, où il est, une nouvelle fois, question de confidences et de lourds secrets. Un décor joliment planté, au fond des bois, où j’ai été imprégnée de l’ambiance et des odeurs liées à cette nature sauvage et fraîche.

Un intéressant clin d’œil à propos de la quête d’inspiration des écrivains et sur la frontière mince entre réalité et fiction, dans deux nouvelles qui se rejoignent « Lettre aux habitants de Rivière-bleu » et « La maison ».

On y retrouve une « langue » à part, des expressions typiques et bon nombre d’anglicismes qui m’ont fait voyager et m’ont beaucoup amusée : « Jean murmurait des choses très douces dans le cornet de l’oreille de Jeanne […] » (p.80) ; « Il était à peine 20h lorsque le premier invité, un nerd joufflu déjà soûl mort et portant une ceinture de Superman, était arrivé au party. » (p.56) ; « Tu avais acheté du mush au pusher de l’école […] » (p.57).

Même si j’ai un peu plus apprécié Marie Hélène Poitras dans sa fragilité, l’originalité de son écriture m’a déconcertée . Et en littérature, j’aime de temps en temps être bousculée!

Marie Hélène Poitras, « La mort de Mignonne et autres histoires », Editions Triptyque, (1ère édition : 2002), 2007, 187 pages.

Une nouvelle participation à « Québec en novembre » chez Karine et Yueyin

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« Paul à Québec » de Michel Rabagliati

Avant toute chose, il faut savoir que je ne suis pas du tout albums ni BD et il y avait bien longtemps que je n’en avais lus! Et pour démarrer ce mois québécois que j’attends avec impatience depuis quelques  temps, « Paul à Québec » m’a semblé comme une évidence! Je n’avais lu que très peu d’avis à son sujet, mais suffisamment pour comprendre qu’il y avait un réel enthousiasme autour de cette série. Quelle chance lorsque je l’ai trouvé à la bibliothèque!FullSizeRender(3)

Il ne m’a fallu qu’une courte journée pour parcourir cette BD aux douces couleurs automnales, qui m’a offert une agréable sensation de chaleur, directement liée au cocon familial, présente tout au long de la lecture. Il est en effet question de la famille, l’auteur lui rend justement un superbe hommage. Un hommage à travers toutes des petites anecdotes du quotidien, dont il est impossible qu’aucune ne raisonne parmi ses propres souvenirs. Ce sont scènes déjà vécues, en tribu, ou des mots qui nous ont forcément traversés à un moment ou à un autre de notre vie.

FullSizeRender(5)Cela commence avec le voyage de Paul, de sa femme Lucie, et de leur fille Rose, pour le Québec, où ils rendent régulièrement visite aux parents de Lucie, vivant dans la campagne pour une retraite paisible. Généralement, ils s’y retrouvent avec les deux autres sœurs de Lucie, leurs maris et leurs enfants respectifs, pour former une joyeuse tribu soudée, très animée et bourrée de sympathie. Les souvenirs sont heureux et ces moments, immortalisés dans la tête de Paul.

De retour dans leur banlieue, la vie routinière se poursuit pour Paul et sa famille, avec quelques clins d’œil franchement amusants, sur les tracas du boulot (et les difficultés à avoir un matériel à jour!!), les petites pannes anodines mais très ennuyantes, les nouveaux projets et notamment un déménagement. Quand tombe la nouvelle : le papa de Lucie, ce patriarche à l’attitude si bienveillante et au regard fier envers sa progéniture, est gravement malade. Le reste dFullSizeRender(4)e l’album se poursuit sur les derniers mois du beau-père de Paul, et sur la façon dont tous on fait face à cette pénible épreuve et l’ont soutenu vers ses derniers jours.

Michel Rabagliati met en images et en mots cette étape où tout se met en place pour offrir une fin de vie digne à l’être cher, avec beaucoup de respect. J’en ai été terriblement touchée. L’humour reste, car la vie continue malgré tout pour les membres de la famille de Lucie. Il en ressort une grande tendresse et une sensation de bien-être, malgré le sujet. Face à la douleur, on décide de l’exprimer soit par des pleurs, soit par l’humour, ou l’entraide. La scène de complicité entre les trois soeurs, sorties fumer un joint pour décompresser est exceptionnelle!

Je croyais vivre un bout de chemin aux côtés de Paul, c’est finalement le nom de Roland Beaulieu qui reste, et pour un bon moment.

En marge de ce sujet, si sobrement exploré, j’ai été servie en expressions et dialectes typiques dont j’ai savouré les moindres mots. Une immersion dans une culture et un pays qui m’a permis de déconnecter du reste.

Une grande surprise, et une sensation de sérénité qui me poursuit encore.

Michel Rabagliati, « Paul à Québec », Editions la Pastèque, 2009, 187 pages

Première participation à « Québec en novembre » organisé par Karine et Yueyin

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Lili l’a également lu dans le cadre du mois québécois!

« Il pleuvait des oiseaux » de Jocelyne Saucier

Dans les années 90, une photographe se lance dans le projet d’aller à la rencontre des survivants des terribles feux qui se sont abattus sur Matheson en 1916. Un survivant en particulier la trouble, un jeune homme qui revient régulièrement dans les propos recueillis. Ted Boychuck est le point de départ de cette histoire. Il la conduira en pleine forêt canadienne où sont abrités depuis quelques années des octogénaires qui y ont trouvé repli, pour un retour à la vie sauvage, calme et sans contraintes. Ted Boychuck y a vécu jusqu’il y a quelques jours, la mort vient de l’emporter. Ses compagnons, Charlie et Tom, partagent alors avec leur invitée des moments de la vie de leur copain, mais aussi des anecdotes personnelles, et leurs motivations à fuir la civilisation pour ce petit coin de plénitude, leur ermitage. Deux autres personnes entrent en jeu, Steve et Bruno, venant compléter ce récit qui invite le lecteur dans les profondes verdures de l’Ontario et les secrets des Grands Feux.

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J’ai beaucoup aimé le mystère développé par Jocelyne Saucier pour introduire son histoire et ses personnages par chapitre, chacun précédé de l’intervention d’un narrateur extérieur qui parcourt les faits.

L’histoire est celle de trois vieillards qui ont choisi de disparaître en forêt. Trois épris de liberté.

– La liberté, c’est de choisir sa vie.

– Et sa mort. (p.11)

Les éléments sur la vie de Boychuck  se dévoilent au compte-goutte, ainsi que les différentes personnalités. Et quelles personnalités! Après avoir fait connaissance avec les deux vieillards qui ne troqueraient la tranquillité de leurs cabanes pour rien au monde, l’arrivée de deux femmes viendra tout chambouler : la photographe venant enquêter sur les Grands Feux et une toute petite dame si timide et fragile, rebaptisée Marie-Desneiges.

Hormis ce suspense latent qui induit une envie pressante de découvrir la vérité, ce sont les personnages, fragiles et attachants qui m’ont le plus marquée. Ces âmes brutes en apparence tiennent leur méfiance à l’encontre d’autrui d’un passé triste et sombre. Mais sous cette carapace pourtant solide se cache un être qui souhaite juste terminer sa vie en toute quiétude. Les liens qui s’unissent entre eux sont magiques. Ils leur permettront à tous de trouver un nouvel espoir, une lueur pour profiter encore des beaux jours qui leur reste.

Comme il était attendrissant d’assister au rapprochement timide entre deux êtres ébranlés par la vie passée, lorsque le bourru Charlie tombe sous le charme de la toute fragile Marie-Desneiges. Plus rien d’autre ne compte!

« Il pleuvait des oiseaux » a quelque chose de sauvage et de terriblement humain à la fois. L’environnement, le décor décrits par Jocelyne Saucier m’ont donné l’effet d’une bouffée d’oxygène.

C’est un roman qui fait voyager, qui donne envie à son lecteur de tout quitter pour un quotidien plus apaisant en pleine nature, et surtout qui trouve sa richesse auprès de personnages attendrissants. Où il est question de la mort, mais aussi d’espoir.

Jocelyne Saucier, « Il pleuvait des oiseaux », Editions XYZ, 2011 (Denoël, 2013 et Folio, 2014), 217 pages.