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« Les optimistes meurent en premier » de Susin Nielsen

Perdre un membre de sa famille est insupportable. Mais quand on est une ado et qu’on se sent,  en plus, coupable de la disparition tragique de sa petite soeur, on peut être amené à se créer un monde où l’on se sentira davantage protégé. Pour Pétula, c’est simple : les optimistes ne sont pas assez vigilants et, au moment où leur attention baisse, BAM!, c’est là où le bât blesse! Sa théorie se tient, c’est un fait certain! Pétula fait un détour énorme juste pour éviter un chantier près de chez elle, elle évite au maximum les contacts avec les autres élèves de son lycée, elle ne touche à rien lorsqu’elle se trouve dans un lieu public, elle fait très attention à ce qu’elle mange. Le pire à ses yeux : les accidents domestique et souvent bêtes.

Et le joli petit chat en origami réalisé par Fanny et ses doigts de fée 🙂

Pour tenter de réduire ses angoisses, Pétula participe en effet à un atelier d’art-thérapie chaque semaine, avec d’autres jeunes qui connaissent eux aussi un profond mal-être. C’est là qu’elle rencontre Jacob Cohen, surnommé « l’Homme bionique », en raison de sa prothèse au bras, perdu lors d’un accident de la route. Derrière sa grande connaissance cinématographique, son charisme certain et sa générosité, le « petit nouveau » semble faire de son passé, un sacré mystère…

En commençant ce nouveau roman de l’incroyable Susin Nielsen, se dessine directement un portrait atypique, mystérieux, qu’on a très vite envie de creuser. C’est cette chère Pétula. Une grande fragilité, malgré l’image qu’elle veut renvoyer, frappe immédiatement. J’ai eu très envie de la protéger, d’emblée, et d’en savoir plus sur son histoire personnelle. Elle se sent absolument coupable du décès de sa petite soeur Maxine, et n’arrive pas à se le pardonner. Et même si ses parents ont tout fait pour recréer un climat serein au sein de leur famille, Pétula se rend bien compte qu’ils tentent aussi d’échapper à la réalité, à leur manière.

Tout comme dans « Le journal malgré lui de Henry K. Larsen« , Susin Nielsen aborde des sujets graves tels que le deuil, la culpabilité, la recherche de soi, sa relation avec le monde et les autres. Et à nouveau, elle amène ces sujets sur un ton agréable, avec un côté décalé et énormément d’humour qui nous permet de nous attacher immédiatement aux personnages. Elle ne joue pas du tout la carte du mélodrame ni de la lourdeur, même s’il y a cet événement très triste à la base du roman. Les personnages, justement, c’est vraiment ce qui fait la force de Susin Nielsen. Une belle bande d’ados, réunis par hasard lors des ateliers « ARTPSY », qui se feront petit à petit confiance, s’épauleront mutuellement, jusqu’à appréhender les démons qui les rongent et à entrevoir un avenir plus serein, plus lumineux. Et puis, il y a aussi le directeur de l’école de Pétula, ses parents qui sont des caractères bien trempés aussi…

Le fait d’avoir lu à intervalle assez rapproché « Le journal malgré lui… » et « Les optimistes… » m’a permise de comprendre assez vite les dénouements dans ce nouveau titre. Cela n’a rien enlevé au plaisir de me plonger dans cette aventure mais il y a eu l’effet de surprise en moins.

Un humour exceptionnel, une ambiance faite de bons sentiments, qui s’étend au-delà des pages, mais avec un vrai message d’espoir rempli d’humanité, font clairement le talent de Susin Nielsen. De même qu’une incroyable facilité de narration, qu’on traverse sans aucun ennui. On ne peut juste plus lâcher le roman une fois commencé.

C’est surtout ce travail de reconstruction qu’opère Pétula qui m’a le plus touchée, et Dieu sait le nombre de tuiles qui lui tombent dessus durant toute cette histoire! Je suis d’accord, il y a ce petit côté « happy ending », qui m’a un tout petit peu (vraiment un tout petit peu) ennuyée, mais au final, c’est un roman qui fait le plus grand bien. Je m’en rappellerai d’autant plus que je l’ai partagé avec mon amie Fanny (lien vers son billet ici) et qu’il m’a remonté le moral durant une semaine horrible pleine de microbes!

Marie-Claude a beaucoup aimé aussi! Encore merci à toi de m’avoir fait découvrir cette auteure, que je compte parmi mes préférées en jeunesse, depuis.

Merci aux éditions Hélium/Actes Sud de m’avoir envoyé ce nouveau roman!!

Susin Nielsen, « Les optimistes meurent en premier », traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, Editions Hélium, 2017, 192 pages

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« Le journal malgré lui de Henry K. Larsen » de Susin Nielsen

Vous le savez, quand on me dit qu’il faut que je découvre un-e auteur-e jeunesse, tous mes sens sont en alerte! C’est ainsi que par hasard, grâce à une photo publiée sur son instagram, Marie-Claude m’a glissé le nom de Susin Nielsen, qui est ni plus ni moins son auteure jeunesse préférée. Évidement, je lui ai fait confiance les yeux fermés!

Henry Larsen a connu il y a peu une grosse tragédie qui l’a touché, lui et sa famille. Une épreuve qui les ont poussés à quitter Port Salish pour Vancouver et à recommencer une nouvelle vie. Depuis ce douloureux événement, Henry voit Cecil, son psychologue, toutes les semaines. C’est lui-même qui lui a offert ce journal et lui a conseillé d’écrire ses pensées, le déroulement de ses journées, sa vie au collège, ses rêves, … tout ce qu’il n’arrive pas à exprimer oralement et qui doit sortir. Dans le nouvel appartement qu’il partage seul avec son papa, Henry va devoir trouver ses marques, mais aussi s’ouvrir aux nouvelles rencontres qui se mettent, tout naturellement sur son chemin. Dans leur immeuble, ils y croisent Karen Vargas, cette femme au maquillage bien trop vulgaire, M. Atapattu, leur sympathique voisin sri lankais qui passe ses journées soit devant les émissions de télé achat, soit à cuisiner du curry. Dans son nouveau bahut, Henry fera également des connaissances, notamment via le club de « Que le meilleur gagne » comme Farley ou Alberta.

Quel merveilleux roman jeunesse! Il réunit tous les ingrédients que je recherche et que j’apprécie dans le genre. Derrière la légèreté du quotidien de cet ado, se cache une terrible vérité, un événement qui continue de le hanter et qu’il doit apprendre à maîtriser. L’occasion donc pour l’auteure d’aborder des sujets comme la reconstruction, le deuil, mais aussi l’entraide et l’amitié.

Susin Nielsen livre un roman frais, à l’humour diablement efficace, un style fluide qui colle si bien à ce personnage Henry. Et puis ce petit héros est terriblement attachant. Il se livre à cœur ouvert et instantanément, laisse parler ses émotions qu’il n’arrive pas à exprimer autrement. Cela donne des pages parfois très fortes émotionnellement. J’avoue en avoir lu certaines vraiment à fleur de peau, chose qui ne m’arrive que très rarement.

Et puis la force de ce roman, c’est aussi cette panoplie de personnages qui gravitent autour de Henry et de son papa. Ils sont bourrés de qualités, totalement atypiques, généreux, aidants, et fidèles. Un hymne aux vraies belles rencontres qui vous remettent du baume au coeur et apparaissent comme essentielles à un moment de votre vie.

C’est un beau coup de coeur pour ce roman. Je l’ai parcouru avec le sourire et parfois le cœur serré. Avec l’envie d’encourager Henry et de l’aider à avancer. Un roman qui donne foi en l’humain et en l’amitié, tout en abordant un sujet d’actualité grave.

Ce titre a reçu le Governor General’s Literary Award, prestigieux prix canadien, et je le comprends aisément.

Susin Nielsen, « Le journal malgré lui de Henry K. Larsen », traduit de l’anglais (Canada) par Valérie le Plouhinec, Éditions Hélium, 2013 (édition originale : 2012), 239 pages

« Plein nord » de Willy Vlautin

Tomber, se relever, essayer de garder la tête haute, parfois sombrer, vivre… ou survivre? Voilà le quotidien d’Allison, la jeune fille de 22 ans qui est au centre de ce roman. Les trous noirs sont fréquents pour elle, ce moment où l’ensemble de son corps lâche et où ses yeux se voilent. Elle boit trop, elle le sait. Mais l’alcool lui permet d’accepter le caractère oppressant et dominateur de son petit ami, Jimmy. Et pourtant, elle pourrait avoir un peu plus confiance en elle, croire en un avenir meilleur. Mais elle n’y arrive pas. Elle se déteste, même. En proie également à de grosses crises de panique, Allison trouve le seul réconfort auprès de Paul Newman. Oui l’acteur américain! Elle s’imagine des discussions avec cet homme dont elle a vu chaque film, qui est le seul à pouvoir l’apaiser. Le trou se creuse encore un peu plus le jour où elle apprend qu’elle est enceinte. Mais c’est aussi ce qui va déclencher en elle la volonté de se sortir de cette vie à Las Vegas où une mort inéluctable l’attend.

Elle prend le bus, fait du stop, erre en pleine nuit pour trouver de l’aide et partir plus au nord, à Reno où elle ne connait rien ni personne. Là-bas, une nouvelle vie est possible, tout est à créer. Elle devient sa seule alliée. Arrivera-t-elle a se faire enfin confiance pour se (re)construire, ou succombera-t-elle définitivement à ses démons intérieurs?

Je me dis toujours que je vais me faire écraser par un bus, ou être assassinée. Que je vais attraper une maladie horrible ou bien finir mes jours en taule. Le plus dingue, c’est quand ces pensés me viennent, eh bien parfois, ça me rend heureuse. Je ne suis pas sûre qu’heureuse soit le mot juste. Soulagée, peut-être. (pp.188-189)

Deuxième tentative avec Willy Vlautin, dont j’avais laissé tomber « Motel life » (un peu à contrecœur malgré tout). La deuxième est la bonne! Quel roman! D’emblée, j’ai été hypnotisée par cette incroyable jeune fille qu’est Allison. Tant de fois j’ai eu envie de la secouer pour qu’elle se ressaisisse et fasse enfin ses propres choix!

Une première scène bluffante, entre elle et son petit ami dans les toilettes d’un casino (le top du romantisme!). Bien entendu il l’aime, il regrette ce comportement égoïste, violent et manipulateur, il veut quitter Vegas avec elle pour le grand nord. Personne n’y croit évidement! Sa seule chance de s’en sortir est de tout quitter, même sa maman et sa petite sœur Evelyn, qu’Allison aime beaucoup. J’ai eu énormément d’empathie pour cette fille, dont les crises de boisson et les moments les plus sombres me retournaient le cœur. Elle vaut bien mieux que ça! Car Allison est une bonne personne, généreuse, volontaire, courageuse, qui a des projets. Mais à Reno, tout semble possible. La toute petite étoile qui la suit, mettra sur sa voie quelques personnes qui sauront l’écouter et la guider.

La jeunesse mise en scène par Vlautin est malheureuse, perdue et écorchée par tous les sales coups que réserve parfois la vie. Mais persiste une petite lueur d’espoir qui ne tient à rien : une vision, une pensée, un sourire bienveillant, une petite annonce, un café. Chaque lecteur qui aura entre ses mains ce roman aura envie de saisir ce tout petit espoir pour Allison.

Voilà pourquoi j’ai adoré ce roman : pour tous ces sentiments contrastés, pour ces personnages secondaires incroyablement bienveillants, pour la langue simple et singulière à la fois de Willy Vlautin. Il arrive à créer une ambiance à part, mélancolique et saisissante, que j’ai beaucoup aimée. Le découpage de son roman en fonction des scènes ou plus souvent en fonction des lieux, joue aussi en sa faveur selon moi, car il met beaucoup plus de rythme dans la narration pourtant lente (contrairement à « Motel life », mais promis je le relirai!!).

Une nouvelle fan a vu le jour, mille mercis Marie-Claude!!!

Willy Vlautin, « Plein nord », traduit de l’anglais (États-Unis) par David Faukemberg, Éditions Albin Michel, collection Terre d’Amérique, 2010, 240 pages

« Marx et la poupée » de Maryam Madjidi

Attention, bijou!! Je suis tellement heureuse d’avoir laissé Delphine me convaincre avec ce titre!

Je pense n’avoir jamais lu d’histoire qui parle de façon aussi intime et ouverte de l’exil et du travail laborieux qu’est l’intégration dans un autre pays. Sur le sujet, je ne peux que faire le lien avec le très beau « J’ai longtemps eu peur de la nuit » de Yasmine Ghata. « Marx et la poupée » analyse encore plus profondément la longue et parfois douloureuse épreuve de refaire sa vie ailleurs, tout en essayant de faire le deuil de son pays d’origine quitté à contre-coeur.

Je comprends pourquoi Maryam Madjidi a été récompensée du Prix Goncourt du premier roman avec ce titre! Chacun de ses mots est à savourer! Le style est original, varié, utilisant plusieurs codes. lElle emploie un sens de l’humour discret frisant parfois avec l’ironie, et une telle poésie, pour nous dévoiler tout le chemin qu’elle a parcouru depuis ses 6 ans, pour se sentir enfin chez elle en France.

Elle n’est encore que dans le ventre de sa maman lorsque la révolution fait rage en Iran. Rêveurs et combattifs, ses parents tenteront de trouver leur place et de faire entendre leur voix, leur pensée. Mais au fur et à mesure que leurs amis se font soit tuer ou jeter en prison, ou encore torturer, ils prennent la décision de quitter le pays pour un autre où la liberté d’expression et la démocratie assureront une vie plus paisible à leur fille. Maryam a alors 6 ans lorsqu’elle arrive en France. Avec ses deux parents, ils passent les premières années sur le sol français dans un tout petit appartement miséreux. Très vite, elle fait son entrée à l’école. C’est avec ce passage obligé que commence la très longue période de transition et d’adaptation entre sa vie d’avant, celle de son enfance en Iran et désormais celle qu’elle doit recommencer en France.

Drôle d’image que cette mère et sa fille, immobiles au milieu de toute cette agitation, deux statues posées sur un banc, un peu pathétiques, chacune en proie à ses angoisses, s’excluant de la vie sociale qu’elles observent pourtant avec avidité. (p.99)

En alternant les époques, les narrations, ce récit peut paraître décousu. Car Maryam Madjidi offre un mélange de pensées, d’anecdotes et de bribes de son quotidien actuel. Pas vraiment un roman, il s’agit donc plus d’un ensemble de témoignages qu’elle nous livre, autour de thèmes bien précis.

La différence d’alimentation (et le fromage qui pue 🙂 ), de culture, la place de la femme dans la société, la jeune auteure explique en quoi son intégration a été périlleuse. Le thème le plus récurrent dans ce magnifique ouvrage, est l’amour de la langue. Comment passer d’une langue à l’autre, sans faire mourir celle qui a façonné son enfance et qui résonne encore avec tous les souvenirs qui lui sont liés? Son principe est le suivant : la langue façonne l’identité. Dès lors, à partir du moment où la jeune Maryam succombera au français, c’est l’iranienne qu’elle était qui disparaît. Cette double identité qui cohabite durant des années en elle, et qui finalement ne la lâchera jamais, est au centre de cet écrit.

(Au sujet du persan que le papa de Maryam veut continuer à parler à la maison)

(…)

– C’est notre langue, tu comprends, c’est tes racines.

– Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines. C’est votre langue, plus la mienne. (p.143)

J’ai trouvé ses mots d’une infinie délicatesse, teintée parfois de tristesse, lorsqu’elle parle de cette dualité. La petite fille qu’elle était en a souffert et je l’ai trouvé extrêmement courageuse lorsqu’elle fait face aux propos racistes, aux moqueries de ses camarades de classe. En toutes circonstances, la jeune Maryam garde la tête haute, s’enferme de temps en temps dans sa bulle, mais avance quoi qu’il arrive. Plus tard, durant ses années universitaires, ou au fil des rencontres qu’elle fera, les questions et sous-entendus relatifs à ses origines persisteront.

Elle évoque également avec beaucoup de délicatesse l’amour de sa famille, en particulier de son oncle Saman emprisonné durant des années, et de sa grand-mère qui continuera de l’accompagner, grâce à une forme de transmission de pensées. Elle garde en elle les saveurs, les couleurs, la poésie propres à l’Iran. Son identité repose finalement sur un savoureux et passionnant mariage entre l’orient et l’occident dont elle a tiré de chaque côté, les meilleurs enseignements.

« Marx et la poupée » sonne comme une libération. Y prédomine, l’amour de la poésie et de la langue en général à travers lesquelles les émotions sont aussi bien apaisées, que dédoublées.

Un bijou à découvrir et à partager! Maryam Madjidi m’a bluffée et beaucoup touchée. J’ai savouré chacune de ses paroles! Merci Delphine 🙂

Maryam Madjidi, « Marx et la poupée », Éditions Le nouvel Attila, collection Incipit, 2017, 208 pages

« Les règles d’usage » de Joyce Maynard

Presque 15 ans jour pour jour, Joyce Maynard revient sur la plus grosse tragédie perpétrée sur le territoire américain. Les attentats du 11 septembre, ce sont plus de 3.000 victimes, et un visage en particulier : celui de la maman de Wendy, l’héroïne de ce roman, seulement âgée de 13 ans. Son monde s’écroule, ainsi que celui de Josh son beau-père et de son petit frère Louie, 3 ans. Au fur et à mesure que les jours passent, l’évidence apparaît, qu’ils ne peuvent évidemment envisager. Le père biologique de Wendy, Garret, décide alors de la reprendre chez lui en Californie. Un père absent durant toutes ces années, et qui tout d’un coup s’empare d’un rôle qu’il a du mal à apprivoiser. S’ajoutent à cette douloureuse épreuve, les doutes et interrogations que traversent les adolescents, les métamorphoses corporelles, tout cela si justement décrit par l’auteure (inspirée par ses enfants ados, dit-elle en début de livre). Loin de tout, Wendy réapprendra les « règles d’usage », manger, étudier, dormir… vivre. La musique et la littérature sont vus ici comme des pansements, des guides qui lui permettront d’avancer. Deux arts parmi lesquels elle enfuit son esprit pour y piocher tout ce qui pourra lui servir à sa propre évolution. Nombre de références ponctuent ce parcours et qui participent à la richesse du roman.livre_galerie_311

New-York n’existait plus, ni cette montagne de gravats haute de deux kilomètres, ni les avis de recherches placardés dans le métro, ni même Josh penché sur les albums de photos, ni Louie scotché devant la télévision qui n’était même plus allumée, ni le poids qui lui pesait sur la poitrine à la seule pensée de sa mère. La musique occupait tout son esprit, et pas seulement son esprit, mais son corps. Tout le reste avant peut-être changé, mais pas la musique. (pp.446-447)

Pour cette rentrée 2016, Joyce Maynard signe un roman délicat, dont j’ai sous-estimé la puissance émotionnelle – ce qui est loin d’être sa faute, je ne suis pas fan des histoires d’ados. Ce qui fait, à mes yeux, la réussite de ce nouveau titre est qu’elle arrive à rendre cette histoire lumineuse et optimiste, sur fond de tragédie et de la perte immense qu’est le décès d’un parent. On assiste à la lente mais sérieuse reconstruction de Wendy, cette fillette qui vient non seulement de perdre sa maman et qui doit, en plus, composer avec ce papa qu’elle ne connaît pas, dans un environnement qui lui est également totalement étranger.

Fait de nombreux retours en arrière, constitués de souvenirs que Wendy se remémore de sa maman, mais aussi avec Josh et son petit frère Louie, ce roman parle aussi de ces paroles qu’on a un jour eues envers des êtres chers, qui resteront gravées à jamais parce qu’on n’aura plus de seconde chance pour les rattraper. Maynard évoque ainsi douloureusement les regrets d’une gamine envers sa maman disparue, tout ce qu’elles ne pourront pas vivre ensemble, dont le poids l’enferme dans une carapace difficilement pénétrable.

Seuls le temps, et les rencontres, lui permettront de s’ouvrir à nouveau à ce monde qui n’est finalement pas si sombre que le laisse entendre l’actualité.

La vie était beaucoup plus simple avant, hein? dit Amelia. Tout est devenu trop compliqué.

Elle a probablement été toujours compliquée, répliqua Wendy. On ne le savait pas, c’est tout. (p.399)

Wendy est très émouvante, ainsi que tous ces seconds personnages qui l’entourent et qui ne lui veulent que du bien. Elle est dotée d’une impressionnante maturité et se servira au fil des mois de toutes ces nouvelles situations qu’elle vit, et qui sont à l’opposée de sa vie à New-York, pour sortir encore plus grande et incroyablement forte de ce deuil. J’ai également beaucoup aimé le personnage de Carolyn, la belle-mère de Wendy, cette femme un peu « à part », qui aime les cactus comme ses enfants et lit les lignes de la main, qui cherche timidement à s’approcher de Wendy pour lui offrir la présence féminine si importante pour une adolescente.

Ce sont des personnages qu’on a du mal à quitter, tellement on se sent bien parmi eux. A eux tous, se crée une force, une énergie, qui permet à chacun d’avancer dans ses propres tourments.

Un merveilleux roman sur la résilience, l’amour – fraternel, familial, amical – et la beauté des rencontres. Du grand et émouvant Joyce Maynard! Il sort ce 1er septembre.

Après « L’homme de la montagne« , et « Long week-end« , « Les règles d’usage » est clairement mon préféré.

Merci aux éditions Philippe Rey de m’avoir permis de lire ce roman en avant-première!

Joyce Maynard, « Les règles d’usage », (traduit par Isabelle D. Philippe), Editions Philippe Rey, 2016 (édité aux Etats-unis en 2003), 472 pages.