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« Refuges » d’Annelise Heurtier

Cet été-là, Mila et ses parents décident de retourner quelques semaines sur l’île de Lampedusa, où ils avaient l’habitude, il y a longtemps, de passer leurs vacances. Des retrouvailles qui rouvrent néanmoins une plaie encore fragile, malgré les années qui ont passé. Si Mila a accepté de suivre ses parents, c’est pour redécouvrir cette île qu’elle a tant aimé, et de se retrouver seule, de faire le point. Avoir 17 ans, cela suppose traverser des périodes plus anxieuses, faites de grands questionnements, qui semblent essentiels pour le reste de sa vie. Mais Mila a dû gérer cette épreuve qui l’a terriblement affectée, plus qu’elle ne le crois, justement. Dans cette maisonnette de vacances, on sent que la jeune fille suffoque très rapidement. Raison pour laquelle, elle ne tarde pas à trouver un vélo qui lui permettra de se balader chaque jour, à son rythme, et de retourner dans ces endroits qui lui évoquent encore de doux souvenirs. Assez renfermée, Mila est une ado qui se mêle difficilement aux autres jeunes qu’elle rencontre. Heureusement, elle tombera sur Paula, une jeune fille souriante, dynamique, ouverte. Malgré leurs caractères bien différents, une belle amitié naîtra, et permettra à Mila d’exorciser ses démons intérieurs.

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Lampedusa exerçait sur elle une sorte de pouvoir mystique, puissant.Bien au-delà des souvenirs qu’elle avait gardés. A quoi cela pouvait-il bien tenir? C’était idiot, mais il lui semblait que l’île avait le pouvoir de dissiper les tourments. (p.163)

En parallèle à cette histoire d’ados, à l’apparence banale, plusieurs voix s’élèvent. Si on a du mal à les situer au début de ces interventions, on comprend par la suite qu’il s’agit d’autres jeunes, vivant de l’autre côté de la Méditerranée en Erythrée, qui tentent de fuir un quotidien insoutenable. Une traversée qu’ils décident à chaque fois d’effectuer seuls, sans leur famille. Ces mots-là sont tranchants. Ils laissent s’échapper des images effrayantes.

Si Annelise Heurtier livre un récit classique de tourments adolescents avec Mila, elle cogne et remue en évoquant ces voyages glaçants. Des témoignages saisissants de courage, de jeunes qui connaissent les dangers de ce qui les attend, mais qui préfèrent prendre le risque plutôt que d’envisager un avenir sur leur terre natale. Cela ne peut que faire écho avec la malheureuse actualité que l’on connaît depuis plus d’un an. Faire parler ces jeunes, a, me semble-t-il un impact différent, révélateur d’une véritable tragédie humaine et politique. Grâce à l’auteure et à ce titre, les petits visages marqués, fatigués, et apeurés que l’on voit à la télévision, se personnifient. Le lecteur ne peut être que remué à la suite de cette lecture. Un roman à grande portée, à destination des ados comme des adultes, pour se rendre compte de ce que l’on a, comprendre en partie ce que vivent les autres populations qui ne se trouvent, finalement pas si loin de nous, et une façon intelligente de décrypter la question si délicate de l’immigration.

C’était la première fois que je vivais ce moment-là : l’instant où tu comprends que la mort te fixe, de ses orbites puantes et creuses. Patiente, elle attend juste de voir si tu vas trébucher. Tu peux compter sur elle, elle est là pour te rattraper. » (p.79)

Annelise Heurtier, « Refuges », Editions Casterman, 2015, 233 pages