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« Les Demeurées » de Jeanne Benameur

Je préviens d’emblée les fans de Jeanne Benameur… ce billet ne vous plaira sans doute pas 🙂

Il s’agit pour moi d’une première incursion dans l’univers de l’auteure, un titre soufflé par Fanny et plébiscité par bon nombre. J’ai commencé ce tout court roman avec de bonnes intentions, vraiment, mais la sauce n’a malheureusement pas pris.

Dans un style poétique, flirtant avec la métaphore, Jeanne Benameur présente un duo mère-fille qui sort de l’ordinaire. La mère appelée La Varienne est un peu la recluse du village, à cause de son niveau très bas d’intelligence. Surnommée « l’abrutie » par tout le monde, elle vit seule avec sa fille Luce. Elles ont très peu de contact avec l’extérieur mais il ne leur manque de rien. La Varienne occupe ses journées à son ouvrage (un vieux terme dont l’utilisation m’a fait sourire) et nettoie de temps en temps chez une riche dame.

Lorsque est venu le moment pour Luce d’entrer à l’école, tous les repères que La Varienne avait méticuleusement posés, s’envolent. Sa toute petite fille, celle qu’elle surprotége, dont elle ne s’est jamais séparée, va devoir passer ses journées en dehors du cocon familial sans qu’elle n’ait aucune emprise là-dessus. Un véritable calvaire pour cette mère.

De son côté, Luce va devoir se mêler aux autres enfants. Mais le simple fait de s’ouvrir aux autres et d’avoir des contacts avec autrui représente un travail surhumain pour la petite. Elle qui est dotée de la parole, contrairement à sa maman, arrivera-t-elle à exprimer ce mal-être? Mademoiselle Solange, son institutrice, a bien compris que Luce n’était pas une fille comme les autres. Percer ce mystère se révèlera également périlleux pour elle.

L’écriture de Benameur dans ce roman est indéniablement empreint d’une belle poésie, avec un côté très symbolique des images et ambiance qu’elle nous propose. Mais avec un style comme celui-là, je me laisse rarement prendre par la main. La chose s’est révélée une fois encore, je suis restée à la surface de cette histoire, les mots pourtant si beaux ne m’ont pas embarquée. Pareil pour l’histoire qui finalement pose des questions intéressantes telles que : l’accès au savoir doit-il être une obligation? Passe-t-il nécessairement par le biais de l’école? L’enseignement est-il synonyme d’émancipation? De bonheur? Je n’ai pas bien compris les personnages, ni saisi leur profondeur. Cette relation exclusive mère-fille, où les mots sont superflus pour définir un sentiment si profond, m’a intriguée. Je l’ai trouvé jolie. Mais cela n’a pas suffit pour que je succombe au charme de ce titre.

Ce n’est que partie remise, et je retenterai ma chance avec un autre roman de Benameur, qui m’intrigue toujours autant!

Jeanne Benameur, « Les Demeurées », Éditions Gallimard, collection Folio, 2000, 81 pages