Archives du mot-clé Rentrée littéraire 2013

« Plonger » de Christophe Ono-dit-Biot

Ce roman s’ouvre tout en émotion sur une naissance, celle du petit Hector, fruit d’un amour compliqué entre César et Paz. C’est son père qui s’adresse à lui, aujourd’hui âgé de 4 ans, et à qui il dédie son récit. A travers ses souvenirs, César souhaite lui dévoiler toute la vérité sur cette relation tumultueuse avec sa mère, les vagues par lesquelles ils sont passés durant tant d’années, ce qui la fait chavirer et sa dramatique fin. On apprend en effet dès le départ que Paz a été retrouvée morte, seule sur une plage, bien loin de Paris.

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Dans un style élégant et épuré, les émotions transmises sont à double tranchant et remuent. Christophe Ono-dit-Biot démontre d’emblée une maîtrise indiscutable de la langue française. L’auteur est journaliste et directeur adjoint de l’hebdomadaire Le Point, un des nombreux points communs qui le lie à son personnage principal.

L’histoire de César et de Paz commence sur un coup de foudre, non-réciproque. L’homme proche de la quarantaine succombe à la beauté et à la fougue de la jeune espagnole dès le premier regard, un soir, dans une épicerie parisienne. Après quelques recherches au sein de son organe de presse dénommé l’Entreprise, le journaliste retrouve sa belle inconnue à l’occasion du vernissage de quelques-unes de ses photos. Paz immortalise les plages, en mettant en évidence le genre humain dans sa souffrance, sa mélancolie, sa noirceur. Ce n’est pas du tout ce que comprend le chroniqueur qui, pour la toucher, rédigera un papier enthousiaste mais à l’opposé du message voulu. C’est à partir de ce malentendu que les deux ne se quitteront plus, mais qui vivront au rythme de nombreux débats et incompréhensions, mais aussi de grands moments de bonheur.

Après la passion du début viennent des réflexions plus profondes sur l’avenir, la possibilité de fonder un projet commun basé sur des envies similaires. C’est aussi la période où Paz est en pleine ascension professionnelle (l’article aux antipodes de ce qu’elle voulait transmettre, lui fera néanmoins un bon coup de pub).

FullSizeRender(3)C’est une histoire résolument moderne, très influencée par un monde tourmenté et en pleine révolution. D’un côté, César a déjà pas mal baroudé au cours de sa carrière. Il veut aujourd’hui se poser, fonder une famille, et rester dans cette Vieille Europe qui le sécurise. Ses propos, qui traduisent un repli sur soi et une peur liée à la crise économique, le terrorisme et la montée des pays émergents, sont terrifiants de vérité. Il m’a touchée, malgré un discours que j’ai trouvé parfois extrême et fermé. D’un autre côté, Paz est curieuse, est à la recherche de modernité et étouffe dans ce continent qui, selon elle, vit de par son passé. Des différences tranchantes qui finissent par consumer complètement leurs sentiments, le jour où Paz part, laissant César et leur petit Hector en France.

A l’heure actuelle, où l’on ne fait plus qu’effleurer les choses, où la course et la brièveté dominent, un amour est-il encore viable? Telle est la grande question de ce roman.

Je l’ai beaucoup aimé. J’y ai plongé, pour ne remonter à la surface que pour reprendre de l’air et réfléchir. La belle écriture de Christophe Ono-dit-Biot et l’art d’enchaîner les événements, en laissant partir les maux au fil des pages, m’ont emportée, de même que les superbes images me venant des voyages réalisés par le couple aux quatre coins de l’Europe.

Il ne s’agit pas seulement d’une histoire d’amour. L’art traverse le livre, ouvrant des débats sur l’inspiration de l’artiste, sa posture face au monde critique, mais aussi de nombreuses observations laissées par le narrateur au gré de ses visites dans les musées qu’il apprécie tant. Des analyses parfois un peu longues d’ailleurs à mon goût. C’est aussi un regard cynique, limite blasé, sur la classe mondaine parisienne, société de l’apparence et de l’hypocrisie.

Ce que je voulais lui dire, c’est que la vie était trop courte pour qu’on veuille encore en abréger les moments de douceur, qui étaient rares.

Ce que je voulais lui dire, c’est que j’avais une expérience suffisante de la chose pour qu’elle me fasse confiance : il n’y avait rien de doux pour nous ailleurs. » (P.122-123)

A chaque regret, à chaque pleur, à chaque interrogation, transmis dans ce texte pour Hector, c’est un grand cri à l’amour, avec un grand A cette fois-ci, qui explose : celui d’un père à son fils.

Ce grand roman se referme sur une dernière partie à couper le souffle, une plongée en eaux troubles, dans les profondeurs de Paz.

J’ai soudainement envie de lire son précédent roman, Birmane, pour retrouver tout d’abord son personnage, sosie-littéraire, César, et puis cette écriture qui m’a tant plu.

Christophe Ono-Dit-Biot, Plonger, Editions Gallimard, 2013, (Folio, 2015), 444 pages.

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« Pietra Viva » de Léonor de Récondo

photo1505, Michelangelo apprend le décès du jeune moine Andrea, qui le bouleverse au plus haut point. Il décide alors de quitter Rome, et de prendre un peu de distance par rapport à cette mauvaise nouvelle. Justement, le Pape Jules II vient de lui demander de confectionner son tombeau. Pour être certain de tomber sur la plus belle pierre, le sculpteur se rend donc à Carrare où il travaillera plusieurs mois durant avec les carriers, ce qui lui permettra de sélectionner le matériau parfait pour sa prochaine œuvre.

Léonor de Récondo propose avec une grande finesse et poésie un aperçu des journées et des réflexions de l’artiste, alors âgé d’une trentaine d’années, au lendemain du succès de  « David ».

Alors qu’à la base, les romans historiques ne sont pas tellement ma tasse de thé, « Pietra Viva » m’a bouleversée. Quelle beauté d’écriture! Quelle fine analyse de l’être humain et de ses « démons »! Car, même si ce roman aborde évidement l’art, le travail de création, la recherche d’idées, et que le décor de l’époque est bien planté, il propose surtout d’entrer dans l’esprit de Michelangelo et de comprendre ce qui le tourmente.

La beauté miraculeuse de la nature alentour lui signifie que tout est possible, qu’en créant, il devient maître de lui-même et de sa force. » p.78

Souvent en questionnement sur la vie et la mort, le sculpteur semble régulièrement touché par un état de mélancolie. La perte de personnes chères est le fil rouge du roman, insistant sur la tristesse qui l’abat. C’est d’ailleurs pour cela qu’il paraît à plusieurs reprises désagréable aux yeux des autres. Il préfère alors s’isoler dans sa chambre et vivre en toute quiétude ses rêves et ses visions.

A Carrare, il nouera néanmoins des affinités avec des personnes qui le guideront vers la sérénité tant espérée. J’ai particulièrement été touchée, émue, par ces liens d’amitié qui peuvent sauver une vie, un homme.

Introspective également, l’histoire aborde la difficulté pour l’artiste de se concentrer sur le moment présent, préférant se relater le passé ou se projeter dans l’avenir. Le présent semble l’effrayer. Sa seule échappatoire, qui vient à lui comme une force indomptable : créer, imaginer, inventer, sculpter, manier, modeler, la pierre pour en faire l’œuvre qui lui est apparue en tête, parfois la nuit même.

En refermant ce livre, il m’a fallu quelques secondes pour reprendre mon souffle. Ce n’est qu’après avoir pris quelques notes dans mon carnet de lectures que j’ai pu sortir de l’histoire. Un livre poignant, qui éveille nos sens. Une odeur, un toucher, une lumière, une émotion… difficile d’en ressortir indemne!

Un tout grand merci à Mina, autant touchée par ces mots, qui m’a offert cette découverte.

Léonor de Récondo, « Pietra Viva », Editions Sabine Wespieser, 2013, 228 pages.

 

melangedesgenres1Une nouvelle contribution pour le challenge de Miss Léo sur le « Mélange des genres« , catégorie « Roman historique« .

« La Lettre à Helga » de Bergsveinn Birgisson

J’étais plein d’amertume de me voir accuser sans avoir pu goûter à la douce et purifiante saveur du crime. » (p.21)

Publié en 2010 et traduit en français 3 ans plus tard, »La Lettre à Helga » a récolté une foule de louanges à la rentrée littéraire passée pour sa grande délicatesse.LaSolutionEsquimauAW

Alors qu’il vient de perdre sa femme Unnur, « morte en rêvant, une nuit où il n’y avait personne », après 5 années douloureuses de maladie, Bjarni Gíslason, un vieillard lui aussi au crépuscule de sa vie, se met à écrire une lettre à destination d’une autre femme. Celle-ci est adressée à Helga, qu’il a côtoyée il y a des années, elle aussi mariée à l’époque et mère de deux enfants, vivant tout à côté et souvent laissée par son mari en déplacement.

Dans cette lettre-confession, Bjarni revient sur leur rencontre, les rumeurs de liaison, leurs jeux de séduction et pour finir leur idylle qui fut brève et passionnée. Un amour impossible de par leurs situations respectives. Car même si Unnur sentait le vent tourner et l’assomait depuis lors de pleurs et de reproches, il n’a jamais cessé de ressentir pour elle une grande tendresse. Jusqu’au jour où les portes du véritable amour s’ouvrent sur une décision difficile à prendre, sur un choix au non-retour.

Tout au long de sa lettre, il évoque son passé avec bonheur et nostalgie, entrecoupé de quelques anecdotes et événements marquants. Le lecteur découvre pas à pas, le quotidien de Bjarni à la ferme, son travail de contrôleur cantonal fourrage, sa passion et son profond respect pour les animaux, son implication dans diverses associations et avec les habitants du village.

On ne peut que s’attendrir pour Bjarni. C’est un personnage terriblement humain, avec ses qualités et ses défauts, sensible, dévoué, fidèle à ses valeurs et à lui-même, qui se retrouve à un carrefour impossible : la vie à la ferme et la vie avec Helga à Reykjavik. Mais il peut paraître à d’autres moments, contradictoire. Si on lui reconnait, un jour, un dévouement total pour sa ferme, héritée de père en fils, plusieurs années plus tard, on le découvre prêt à tout plaquer pour suivre son amour. Je l’ai trouvé à chaque chapitre, face à une situation, en déséquilibre sur un fil, prêt à tomber à n’importe quel moment.

Outre le fait d’être une belle histoire sur un amour interdit, ce livre est un grand hommage à l’héritage et surtout à la vie modeste des travailleurs agricoles. La pression de la ville est là, avec l’argent, le confort et un travail moins fatiguant et plus stable, comme arguments de vente, mais qui ne font point ciller les fervents défenseurs de la vie tranquille à la campagne.

C’est un petit livre en taille, mais en quelques pages, il arrive à nous transporter dans un  tourbillon d’émotions, à nous faire voyager entre les reliefs islandais, et à nous tenir en haleine face à la détresse, la sensibilité et l’amour de Bjarni. Avec quelques vers tout à fait agréables venant appuyer la petite note poétique des mots doux de notre héros. Seul petit bémol pour moi: une trop grande succession, à mon goût, de noms islandais imprononçables!

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Les avis de Mina, Philisine, Blablamania, entre autres.

Bergsveinn Birgisson, « La Lettre à Helga », Editions Zulma, 2013 (1ère édition 2010), traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, 131 pages.

« La grâce des brigands » de Véronique Ovaldé

C’est sous le soleil 3870CA2E1173317DEDD4B19557CEA_h498_w598_m2de Santa Monica, au bord de la piscine de sa villa, que l’on rencontre Maria Christina Väätonen, auteure à succès. Mais un appel étrange trahit soudain ce paisible décor ensoleillé. C’est sa maman, avec qui elle n’entretient plus aucun contact depuis de nombreuses années, qui quémande de revenir sur-le-champ à Lapérouse, son village natal, pour une mystérieuse  raison. Déboussolée, alertée, mais curieuse, Maria Christina se met en route pour retrouver sa maison d’enfance, dans le grand Nord américain, qu’elle a quitté voilà près de 20 ans. Retourner dans ce village gris et froid où un événement traumatisant l’a, à jamais, scindée du reste de la famille, elle n’en avait aucunement l’intention, et pourtant…

Sur la route, les souvenirs de Maria Christina ressurgissent. Son parcours qui l’a menée vers son rêve ultime, celui d’écrire.  Ecrire pour exorciser une enfance séquestrée, une mère disjonctée, un père aimant mais trop effacé, et une soeur jalouse. On découvre son changement de vie une fois qu’elle a eu le courage de tout quitter. Ses premiers pas à Santa Monica, ses études, sa rencontre avec des personnages atypiques : Joanne sa coloc’ et amie de toujours ; Rafael Claramunt son mentor/amant,  auteur impotent, jaloux et sournois ; Judy Garland ou Oz de son vrai nom, le chauffeur de Claramunt qui aime les orchidées.

On assiste à la métamorphose de Maria Christina, troquant son image de jeune fille introvertie et hantée par les démons familiaux, pour celle d’une femme moderne, rebelle, indépendante, limite féministe. On ne peut que  se réjouir de la concrétisation de son rêve, lorsque sort son premier roman La Vilaine Soeur, mêlant sa propre histoire avec une pointe de fiction.

Qu’est-ce qui attend Maria Christina derrière la porte de la maison de son enfance ?

523ff6033570bed7db9cb39eEn ouvrant ce roman de Véronique Ovaldé, je suis entrée dans un univers que je ne connaissais pas encore, même si j’en avais déjà entendu longuement parler. Je suis entrée dans un univers folklorique et coloré. C’est simple, je ne me suis pas ennuyée une minute, tellement ce livre nous emmène dans des situations aussi incongrues qu’émouvantes. L’écriture de Véronique Ovaldé est un plaisir à lui seul, en dehors de l’histoire dans laquelle elle nous embarque. D’abord surprenante, elle ne laisse pas beaucoup de répit avec de longues phrases, l’absence de ponctuation et de paragraphes. Alors que j’aime marquer un temps d’arrêt, reprendre mon souffle, j’ai passé un moment hors du temps, rythmé par toutes ces aventures. J’aurais d’ailleurs aimé le lire de façon plus continue, sans toutes ces interruptions. Et puis c’est aussi des personnages fabuleux, aux noms limite surréalistes, qui ont chacun un rôle important dans l’histoire. D’ailleurs aucun n’est survolé, pouvant laisser croire qu’ils sont là « pour le décor ». Avec un personnage central fort, Maria Christina, dont les faiblesses émeuvent et la force de caractère illumine.

C’est aussi un roman sur le passé, où l’adage « On ne choisit pas sa famille » prend tout son sens. Sur le destin et l’espoir aussi. Un conte moderne, dans un esprit décalé, un humour sarcastique et une écriture revigorante. De quoi me donner très envie de poursuivre avec « Ce que je sais de Vera Candida »!!

Extraits :

Les deux filles partageaient la même chambre, le même désir d’échapper à Lapérouse, à l’hostilité ambiante et à l’archaïsme mennonite qui contaminait tout, elles partageaient également le même désarroi face à leur mère tout aussi archaïque que ses ennemis, les mennonites précités. Le reste du monde pour elles ressemblait à un rêve myope : au-delà des frontières de Lapérouse, tout semblait flou, soyeux et indéterminé. (P84)

N’oublions pas que Maria Christina avait été une petite fille qui, pour trouver le sommeil, mettait en scène son propre enterrement et se délectait de la détresse et des remords de ceux qu’elle laisserait derrière elle. Ce genre de petite fille, quand elle devient grande, se transforme en une personne d’une intranquillité encombrante. (P.105)

(…) Maria Christina avait simplement besoin de tomber amoureuse, de se donner corps et âme, elle se sentait dans une telle solitude, et ce depuis son enfance, malgré sa soeur, malgré Joanne, elle voulait s’approcher de Claramunt, rester dans sa présence, tout cela mêlé à une sorte d’élan mystique, elle voulait devenir sa familière, son animal familier, pouvoir se dire qu’elle entretenait une relation particulière avec lui, pouvoir se dire qu’il lui accordait une attention particulière, elle voulait grandir dans son ombre et son influence. (P.121)

Grand merci Phili pour ta patience et ce prêt que j’ai beaucoup apprécié!! Allez lire son analyse où elle épingle quelques clins d’oeil littéraires qui, pour ma part, m’ont carrément passé sous le nez!

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Les résultats des matchs de la rentrée littéraire PM

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L’annonce vient de tomber, le lauréat des matchs de la rentrée littéraire 2013 organisés par Price Minister est donc « Pietra Viva« , suivi de « La garçonnière« . J’avoue être étonnée de ces résultats, surtout lorsque je découvre la position de deux romans qui récoltent pas mal d’avis positifs depuis septembre « La grâce des brigands » et « La lettre à Helga« . Personnellement, je ne connais pas « Pietra Viva » et évidement, ce succès ne peut que me donner envie de le lire à mon tour bien que… les avis des blogueurs participants ne semblent pas tellement correspondre à mes goûts. J’aurais apprécié connaître les notes moyennes pour chaque titre!

Une nouvelle fois, la place donnée à « Lady Hunt » m’étonne aussi. Enfin, pas tout à fait puisque les critiques à son encontre sont extrêmement divergents et bien souvent mitigés. Mais cette avant-dernière position peut renforcer auprès de certains, le manque de motivation à lire ce roman, alors qu’il vaut le détour (mais cela reste mon avis, je fais partie de ceux qui l’ont apprécié!).

ResultatsLitteraire_PopulariteV2Ce que je trouve évocateur dans les résultats de cette année est l’écart entre le nombre de livres commandés par les blogueurs (en sachant que « Esprit d’hiver » et « Lady Hunt » ont été les plus demandés) et leur position.

Finalement, les titres les moins « attirants » de prime abord, puisqu’ils ont été distribués en moindre nombre, sont ceux qui ont le plus plu.

Tout cela me renvoie à une interrogation : finalement, ne se rue-t-on pas sur les titres les plus attendus et les plus présentés dans la presse, par sécurité peut-être, alors que d’autres titres, moins évoqués par ailleurs, plaisent d’avantage? C’est néanmoins l’occasion d’apprécier certains titres dont on parle un peu moins dans les médias et de leur donner justement leur chance à eux aussi, à côté des auteurs qui sont les rois de la rentrée littéraire tels qu’Amélie Nothomb.

Ceci étant, je suis heureuse d’avoir lu « Lady Hunt » dans le cadre de ces matchs et suis ravie d’y avoir participé cette année encore. Merci à Price Minister pour la bonne organisation et cette opportunité!

Et pour vous, les résultats vous semblent-ils cohérents? Je sais d’ores et déjà que ma copine Mina M est ravie de cette récompense 😉

Pour lire tous les résultats ainsi que les avis des blogueurs gagnants, c’est ici que ça se passe.

« Lady Hunt » d’Hélène Frappat

IMG_0257Envoûtant, énigmatique, original, parfois complexe mais assez captivant. Les qualificatifs qui me viennent pour « Lady Hunt » sont nombreux, c’est d’ailleurs sans doute en partie pour cela que les avis à son sujet sont si mitigés et différents. Certains lecteurs ont été franchement déçus, pour d’autres, la surprise est bien réelle.Ma lecture a été malheureusement hachée et je suis persuadée que j’aurais pu entrer davantage dans cet univers si particulier si elle avait été plus continue. Ceci dit, la découverte de cette auteure me réjouit. Tout d’abord pour sa très belle plume, douce et poétique. Ensuite, j’ai apprécié l’originalité de son histoire, même si elle m’a emmenée dans un univers dans lequel je n’ai pas habitude de m’aventurer en littérature. En effet, l’on peut s’attendre à un récit surnaturel, gothique lisait-on. Des liens avec Stephen King avaient même été avancés. Je l’ai trouvé beaucoup plus introspectif et psychologique que fantastique.

Laura Kern, jeune femme libre et solitaire, travaille dans une agence immobilière des beaux quartiers de Paris.  Le dénouement arrive assez vite dans la première partie du livre, avec la disparition étrange d’un petit garçon dans l’un des appartements qu’elle fait visiter, et les hallucinations qui la touchent. En plus de ces étrangetés, un rêve ne la quitte plus… Celui d’une maison vers laquelle Laura se sent intensément attirée.

« Depuis plusieurs mois, mes nuits sont troublées par l’irruption d’un rêve étrange. Une maison s’introduit dans mon sommeil, accapare mes rêves. » (p. 13).

« Bientôt les frontières auront disparu entre la maison et moi. Il n’y aura plus qu’une seule maison, une seule mer, un seul rêve, un seul monde. (…) Dans la chambre, l’odeur disparaît lentement. J’ai dans la bouche un goût salé de mer ou de larmes. » (p.112).

Mais c’est surtout sur ses souvenirs familiaux que se focalise le récit, sur la mort de son papa, victime de la maladie d’Huntington. C’est avec une grande sensibilité et  inquiétude que Laura se remémore la déchéance dont a été victime son père. Grande inquiétude car la maladie étant héréditaire, sa soeur ou elle-même en seraient à leur tour atteintes. Les nouvelles visions de Laura, son rêve si accaparant… seraient-ce les premiers signes de la maladie?

« On redoute toujours le moment où l’on ne pourra plus faire semblant, où l’on devra regarder en face ce qu’on savait déjà » (p.72).

« L’avenir m’est interdit; le passé est un paysage gelé dans le brouillard; le présent où je vis est déjà loin de moi. Est-ce cela « être malade du doute », comme l’écrit l’article sur Internet? » (p.133).

Le texte est rythmé par quelques vers de poésie d’enfance, de souvenirs mélancoliques, de comptines enfantines, de moments partagés avec son papa, qui sont, selon moi, prépondérants. Et en filigrane à cette épée de Damoclés nommée Huntington qui plane au-dessus de la tête de la jeune femme, les événements surnaturels qui lui arrivent, rendent ce texte plutôt captivant et curieux. Bien sûr, j’ai beaucoup apprécié les changements de paysages fort présents, passant de la Bretagne où elle a passé son enfance, à la France, en passant par Londres où vit sa sœur, et le Pays de Galle, terre natale de son père. Une ambiance différente à chaque page, une sensation brumeuse telle que la vit Laura, qui traverse l’imprimé, un attachement à son histoire et aux bouleversements qu’elle est en train de vivre.

« Derrière les murs bas en pierres entourant le cimetière, la lande jaune et violette descend jusqu’au sentier côtier de Pembrokeshire. Les racines noires des genêts et des bruyères s’accrochent aux pentes abruptes des falaises. » (p.244).

Au final, je partais sceptique avec cette lecture, et je la finis plutôt satisfaite, malgré une confusion réalité/rêve et quelques passages difficiles à m’imaginer pour mon esprit cartésien. J’ai en tout cas été embarquée. C’est pour toutes ces raisons que je donnerai la note intermédiaire de 13/20.

Galéa et Leiloona entre autres l’ont apprécié, mais à la lecture des commentaires, le débat est ouvert!

C’est dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire organisés par Price Minister que j’ai eu l’occasion de découvrir ce roman. Merci à eux pour cette opportunité!

Et elle s’inscrit également dans le challenge « Rentrée littéraire 2013 » de Herisson.

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« La nostalgie heureuse » d’Amélie Nothomb

Au moment de me coucher, je songe que comparée à ce premier jour, la suite du voyage au Japon sera une aimable plaisanterie. (p.63).

anAmélie Nothomb est appréciée entre autres pour son écriture pointue et originale, pour ses « bizarreries » occasionnelles, mais aussi pour l’interprétation qu’elle propose de son enfance passée au Japon (notamment dans « Stupeur et tremblements » et « Métaphysique des tubes »). Alors, après les derniers titres parus purement fictionnels, celle-ci nous revient avec un récit sur son pays de coeur. Un récit autobiographique et rempli d’émotions selon moi qui nous propose de parcourir avec l’auteure les quelques jours passés en mars et avril 2012 à Kobé et à Tokyo pour les besoins d’un documentaire enregistré par la télévision française. Entre parenthèses, un documentaire très bien ficelé nommé « Une vie entre deux eaux » qui ravira les fans de l’auteure belge!

Pour moi, l’auteure se dévoile réellement dans ce bouquin. Derrière le côté excentrique du personnage, j’ai découvert une femme authentique, terriblement sensible et simple. L’émotion prédomine parmi chaque ligne de ce roman. Cela faisait 20 ans qu’Amélie Nothomb n’était pas retournée au Japon, laissant derrière elle une enfance, mais aussi des personnes qui ont tellement compté pour elle. Avec le tournage de ce documentaire, elle va partir à la rencontre de son ancien fiancé Rinri, de sa nounou Nishio-san. Elle va retourner sur les pas de son école maternelle et dans les différents lieux où elle a laissé beaucoup de souvenirs. Et justement « La nostalgie heureuse », c’est cette capacité qu’ont les japonais, contrairement aux occidentaux, de se remémorer des événements non pas de façon triste et avec cette petite pointe de regrets, mais bien avec joie et optimisme. Finalement, ils ont raison! Se souvenir peut nous rendre nostalgique, mais la frontière avec l’état de tristesse est mince finalement. Pourquoi agir comme cela s’il s’agit de beaux souvenirs? Autant être heureux d’avoir vécu ces moments et se dire que l’avenir nous en concocte d’autres!

C’est donc un très beau voyage que nous offre Amélie Nothomb. Je l’ai dévoré. J’ai redécouvert la personne derrière la figure médiatique. Une personne sensible, touchante, fidèle et honnête. Le récit y est fluide, les mots coulent tout au long de son itinéraire de voyage, je n’a pas vu les pages passer à vrai dire! « La nostalgie heureuse » nous proposera de repenser les souvenirs, les vécus différemment. Un roman sincère et sans fioriture. L’un de mes préférés de l’auteure.

Camille l’a également apprécié, un joli billet à lire.

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