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« Les optimistes meurent en premier » de Susin Nielsen

Perdre un membre de sa famille est insupportable. Mais quand on est une ado et qu’on se sent,  en plus, coupable de la disparition tragique de sa petite soeur, on peut être amené à se créer un monde où l’on se sentira davantage protégé. Pour Pétula, c’est simple : les optimistes ne sont pas assez vigilants et, au moment où leur attention baisse, BAM!, c’est là où le bât blesse! Sa théorie se tient, c’est un fait certain! Pétula fait un détour énorme juste pour éviter un chantier près de chez elle, elle évite au maximum les contacts avec les autres élèves de son lycée, elle ne touche à rien lorsqu’elle se trouve dans un lieu public, elle fait très attention à ce qu’elle mange. Le pire à ses yeux : les accidents domestique et souvent bêtes.

Et le joli petit chat en origami réalisé par Fanny et ses doigts de fée 🙂

Pour tenter de réduire ses angoisses, Pétula participe en effet à un atelier d’art-thérapie chaque semaine, avec d’autres jeunes qui connaissent eux aussi un profond mal-être. C’est là qu’elle rencontre Jacob Cohen, surnommé « l’Homme bionique », en raison de sa prothèse au bras, perdu lors d’un accident de la route. Derrière sa grande connaissance cinématographique, son charisme certain et sa générosité, le « petit nouveau » semble faire de son passé, un sacré mystère…

En commençant ce nouveau roman de l’incroyable Susin Nielsen, se dessine directement un portrait atypique, mystérieux, qu’on a très vite envie de creuser. C’est cette chère Pétula. Une grande fragilité, malgré l’image qu’elle veut renvoyer, frappe immédiatement. J’ai eu très envie de la protéger, d’emblée, et d’en savoir plus sur son histoire personnelle. Elle se sent absolument coupable du décès de sa petite soeur Maxine, et n’arrive pas à se le pardonner. Et même si ses parents ont tout fait pour recréer un climat serein au sein de leur famille, Pétula se rend bien compte qu’ils tentent aussi d’échapper à la réalité, à leur manière.

Tout comme dans « Le journal malgré lui de Henry K. Larsen« , Susin Nielsen aborde des sujets graves tels que le deuil, la culpabilité, la recherche de soi, sa relation avec le monde et les autres. Et à nouveau, elle amène ces sujets sur un ton agréable, avec un côté décalé et énormément d’humour qui nous permet de nous attacher immédiatement aux personnages. Elle ne joue pas du tout la carte du mélodrame ni de la lourdeur, même s’il y a cet événement très triste à la base du roman. Les personnages, justement, c’est vraiment ce qui fait la force de Susin Nielsen. Une belle bande d’ados, réunis par hasard lors des ateliers « ARTPSY », qui se feront petit à petit confiance, s’épauleront mutuellement, jusqu’à appréhender les démons qui les rongent et à entrevoir un avenir plus serein, plus lumineux. Et puis, il y a aussi le directeur de l’école de Pétula, ses parents qui sont des caractères bien trempés aussi…

Le fait d’avoir lu à intervalle assez rapproché « Le journal malgré lui… » et « Les optimistes… » m’a permise de comprendre assez vite les dénouements dans ce nouveau titre. Cela n’a rien enlevé au plaisir de me plonger dans cette aventure mais il y a eu l’effet de surprise en moins.

Un humour exceptionnel, une ambiance faite de bons sentiments, qui s’étend au-delà des pages, mais avec un vrai message d’espoir rempli d’humanité, font clairement le talent de Susin Nielsen. De même qu’une incroyable facilité de narration, qu’on traverse sans aucun ennui. On ne peut juste plus lâcher le roman une fois commencé.

C’est surtout ce travail de reconstruction qu’opère Pétula qui m’a le plus touchée, et Dieu sait le nombre de tuiles qui lui tombent dessus durant toute cette histoire! Je suis d’accord, il y a ce petit côté « happy ending », qui m’a un tout petit peu (vraiment un tout petit peu) ennuyée, mais au final, c’est un roman qui fait le plus grand bien. Je m’en rappellerai d’autant plus que je l’ai partagé avec mon amie Fanny (lien vers son billet ici) et qu’il m’a remonté le moral durant une semaine horrible pleine de microbes!

Marie-Claude a beaucoup aimé aussi! Encore merci à toi de m’avoir fait découvrir cette auteure, que je compte parmi mes préférées en jeunesse, depuis.

Merci aux éditions Hélium/Actes Sud de m’avoir envoyé ce nouveau roman!!

Susin Nielsen, « Les optimistes meurent en premier », traduit de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, Editions Hélium, 2017, 192 pages

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« Dans la forêt de Hokkaido » de Eric Pessan

Ce roman assez récent, je l’ai aperçu chez Noukette et Jérôme, qui en avaient fait une pépite. Il me tentait beaucoup pour son histoire qui semblait mystérieuse, un peu surnaturelle. Et puis c’était l’occasion de découvrir pour la première fois l’univers d’Eric Pessan, un auteur connu et apprécié en littérature jeunesse.

A 15 ans, Julie est une jeune fille sérieuse, bonne élève, vivant dans une famille soudée et aimante. Sa particularité? Elle possède un don qu’elle a eu du mal, dans un premier temps, à apprivoiser, mais qui lui permet aujourd’hui de bien mieux comprendre les humains. Elle ressent au plus profond d’elle-même les émotions des gens. Assez déstabilisant donc, il fait néanmoins d’elle, une personne très empathique. Un jour, elle se réveille totalement en sursaut, prise d’une fièvre soudaine, vraiment perturbée du rêve qu’elle vient de faire. Celui d’un petit garçon laissé à l’abandon par sa famille à l’orée d’une forêt. Julie a ressenti d’emblée la peur de l’enfant, la tristesse de l’abandon, la désorientation, et puis ensuite le besoin ultime de trouver de l’eau et des vivres. Les jours passent et la fièvre de Julie est tenace, elle se sent de plus en plus affaiblie… Elle pense alors à faire une recherche sur Internet et découvre ainsi la vérité : son rêve est en réalité un fait qui est réellement en train de se produire au Japon, où un petit garçon est recherché depuis plusieurs jours dans la forêt de Hokkaido.

Quel est le sens de son rêve? Julie a t-elle un lien avec ce jeune garçon perdu? Une chose est certaine : elle est la seule à le pouvoir de le sortir de là, mais comment intervenir et se faire comprendre?

C’est une histoire, basée sur un fait divers qui s’est réellement produit, qui soulève pas mal de questions sur la télépathie, les rêves prémonitoires, les messages que les rêves nous délivrent.

A travers son personnage de Julie qui ressent fortement les émotions d’autrui, l’auteur aborde les limites de l’empathie. Julie, tout comme son papa, ont cette volonté de vouloir aider tout le monde, d’être fortement attristés du sort des autres, quitte à mettre leur propre personne de côté. C’est salutaire, bien sûr, mais ce roman raconte finalement l’incapacité que l’on a, à sauver tout le monde.

Hormis ces sujets fort intéressants, j’ai beaucoup apprécié le suspens de cette histoire, que l’auteur arrive à lâcher au fur et à mesure de façon très juste, de sorte à vraiment accrocher son lecteur, tout en lui offrant des clefs de compréhension régulièrement. Et puis, le risque avec une telle histoire sur les rêves, est de tomber sur un dénouement trop irréaliste. Il n’en est rien ici, tout se tient, tout est cohérent. Eric Pessan plante une ambiance très réussie, mystérieuse, basée sur les bruits de la nature. L’occasion de titiller nos sens, et de continuer à pas feutrés la lecture.

Après cette lecture, on en vient nous-mêmes à nous interroger sur la portée de nos rêves et de croire qu’ils peuvent finalement nous guider, nous orienter.

Eric Pessan, « Dans la forêt de Hokkaido », Editions L’école des loisirs, collection Médium, 2017,144 pages

« Sauveur & Fils, saison 3 » de Marie-Aude Murail

J’ai eu le bonheur de poursuivre les aventures du charismatique psychologue antillais Sauveur Saint-Yves durant mes vacances! Alors que j’ai lu les précédents tomes plus tôt dans l’année, je dois bien avouer que j’ai trouvé ce moment idéal pour se laisser bercer par le quotidien mouvementé mais si passionnant de cet homme. Je l’aurais d’ailleurs commencé avec un petit pincement au cœur si je n’avais pas eu la confirmation qu’un 4ème tome était en préparation!

Dans la saison précédente, Marie-Aude Murail nous avait laissés avec quelques interrogations et un certain suspens : la douce Louise qui  entamait une relation avec notre psy préféré, avait du mal à trouver ses marques avec son amoureux fort préoccupé par son travail, mais aussi parmi cette nouvelle famille en reconstruction ; on apprenait que Gabin s’était procuré des tickets pour le concert du Bataclan du 13 novembre à Paris ; Ella Kuypens, qui commençait tout juste à assumer son identité non-liée à un genre, était victime de cyberharcèlement suite à une photo prise par un élève frustré… C’est donc très enthousiaste que je me suis plongée dans cette suite.

Je l’ai adorée ! Principalement parce qu’on y découvre un Sauveur en panique, désorienté, lui qui semblait auparavant tout gérer, tant sa vie professionnelle que son côté privé atypique. J’ai apprécié voir ce personnage vaciller, face aux demandes de plus en plus envahissantes de ses patients, face à cette difficulté également à marquer la limite boulot/maison, et face à Louise avec qui il a beaucoup de mal à communiquer et à montrer ses émotions.

De nouveaux patients ont rejoint son cabinet mais je dois avouer que dans ce tome-ci, ils sont plutôt passés au second plan et n’apportaient pas grand chose au piment général. L’histoire entre Samuel et son papa, pianiste renommé, tout justement retrouvé à la fin de la précédente saison, a pris par contre de l’ampleur et m’a émue. Alice, la belle-fille de Sauveur qui ne cesse s’opposer aux adultes, est également mise en avant.

Tout petite déception pour la suite réservée à Ella (ma chouchoute, rappelez-vous) dont l’histoire ne prend pas un envol incroyable et qui fait même un peu du surplace. Par contre, Marie-Aude Murail transmet des recommandations importantes via ce personnage sur la violence des réseaux sociaux.

L’auteure se met de plus en plus à la page, que ce soit au niveau du vocabulaire des jeunes, de leurs préoccupations, de leurs nouvelles habitudes de vie, et de leurs loisirs. On comprend aisément que c’est pour mieux leur parler, les toucher. Mais au risque de me répéter, c’est une série vraiment très plaisante pour les adultes aussi qui s’attachent, d’une autre façon, aux personnages et aux aventures de toute cette tribu.

J’ai trouvé ce troisième tome plus touchant et plus rythmé que les autres. Les événements s’enchaînent plus rapidement et les rebondissements sont nombreux. Loin de sonner comme une conclusion, il laisse la porte ouverte sur tout un tas d’autres histoires à imaginer, ou à perfectionner. Puisque, comme le démontre de façon admirable Marie-Aude Murail avec cette saga, la nature humaine est aussi complexe que passionnante.Le bonus laissé à la fin avec quelques conseils cinéma et lecture sur les sujets exploités par l’auteure invite le lecteur à nourrir sa curiosité.

Un grand bonheur de lecture!

Marie-Aude Murail, « Sauveur & Fils, saison 3 », Éditions L’école des Loisirs, 2017, 320 pages

PS: alors que depuis quelques jours la blogo est clairement à l’heure de la rentrée littéraire, je me retrouve définitivement toujours plus à contre-courant :p

Mes autres avis :

Sauveur & Fils, saison 1

Sauveur & Fils, saison 2

« Le premier qui pleure a perdu » de Sherman Alexie

Vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve? On se fait tabasser. Au moins une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club des Coquard du Mois…

Voici encore une excellente découverte faite grâce à Fanny!

Alors que je traversais dernièrement un petit creux niveau lecture, après le bouleversant roman de Philippe Besson, « Le premier qui pleure a perdu » (pas top le titre, mais ne vous fiez pas aux apparences!) m’a permis de passer un très bon moment.

Cette voix, c’est celle de Junior, un jeune indien de 14 ans qui vit dans une réserve spokane. Au sein de cette communauté isolée mais soudée, chacun subit sa vie, comme s’il ne pouvait échapper aux coups durs qui leur tombent dessus depuis des générations. Junior explique avec un sens de l’humour absolument fabuleux ce qui compose son quotidien dans la réserve où la pauvreté, la violence et l’alcool dominent tout le reste. Heureusement, l’ado trouve du réconfort auprès de Rowdy son meilleur ami, pour qui les coups et les insultes sont les seuls moyens de communication, sa soeur récemment partie dans le Montana pour se marier mais qui lui écrit régulièrement des lettres, et surtout, sa grand-mère qui incarne la voix de la sagesse pour l’ensemble de la réserve.

Mais ce manque total de perspectives ne lui convient pas. Alors du jour au lendemain, Junior décide de changer de lycée et part à 35 km de la réserve s’inscrire dans un établissement de blancs. Quel choc pour son entourage qui se retrouve divisé entre des sentiments de fierté, de trahison et de jalousie! Dans la foulée, il perd son meilleur ami qui n’accepte pas que Junior aille se « mélanger » à une autre communauté.

Tant de questions cognent dans sa tête: sera-t-il accepté par les autres jeunes, mais également par le corps enseignant? Comment faire face au racisme encore très présent? Quelle réaction adopter face aux regards et comportements de rejet?

Si on laisse les gens entrer un peu dans sa vie, ils peuvent se révéler bougrement surprenants. (p.163)

Pour connaître la suite de l’histoire de cet ado pas comme les autres, je vous laisse le soin de vous plonger dans ce merveilleux titre qui vous réserve bien des surprises!

Il s’agit d’un roman aux belles valeurs humaines et réconfortantes, servi par une écriture qui peut paraître ordinaire mais qui touche profondément. Elle me donne envie de découvrir ses autres textes. Sherman Alexie nous donne envie de croire en l’humain, en ses capacités d’ouverture et d’entraide. Ce sont des valeurs qui semblent chères à son cœur, car mon petit doigt me dit que cette histoire doit avoir une grande part autobiographique.

J’ai adoré suivre le parcours de ce cher Arnold, un garçon à la personnalité atypique, et à la détermination surprenante. Il m’a totalement bluffée avec sa ferme volonté de se faire une place parmi la communauté de blancs, de montrer de quoi il est capable. C’est aussi un garçon au grand cœur qui émeut lorsqu’il parle de son meilleur ami qui ne veut plus de lui, ou bien de ses parents plongés dans l’alcoolisme depuis toujours mais qui l’encouragent dans ses choix. La famille y a une place privilégiée et le narrateur lui rend régulièrement hommage.

Les pages sont ponctuées de dessins qui illustrent certaines scènes parfois totalement jubilatoires. On repère déjà un talent certain chez le jeune homme qui dessine beaucoup pour s’exprimer. Autre vecteur qui lui permettra de s’affirmer, c’est le basket.

Je dois prouver  que je suis le plus fort de tous. Je dois prouver que je n’abandonnerai jamais. Que je ne renoncerai jamais à jouer à fond. Et je ne parle pas seulement du basket. Je ne renoncerai jamais à vivre cette vie à fond, vous voyez? Je ne me soumettrai jamais à personne. Jamais, jamais, jamais. (p.228)

Derrière l’humour et une bonne dose d’autodérision qui font la grande force de ce titre, quelques points plus sombres ne plombent certainement pas l’ambiance. Ils nous ramènent plutôt à la réalité. Une réalité que connaît encore beaucoup de communautés dans le monde, celle des destins compliqués qui se répètent de génération en génération et qui ne nécessite parfois qu’une main tendue pour en sortir.

Sherman Alexie, « Le premier qui pleure a perdu », traduit de l’anglais (américain) par Valérie Le Plouhinec, Éditions Albin Michel Collection Wiz, 2008, 281 pages

« Tant que mon coeur bat » de Madeline Roth

J’ai vite compris, grâce à son premier roman qui a eu l’effet d’une bombe sur moi, qu’avec Madeline Roth, on ne rigole pas. On joue encore moins avec les sentiments. Et pourtant, les personnages de l’auteure sont malheureux, très malheureux. L’univers n’a en rien changé avec cette seconde publication, que du contraire!

Elle était à mille lieues des histoires que vivaient les filles de son âge. Elle, elle vivait une histoire d’amour. Que dans cette histoire, il y ait des cris, des larmes, elle avait fini par se dire que c’était ça, une histoire d’amour. (p.29)

Deux histoires composent ce bouquin. J’ai du mal à dire qu’il s’agit de nouvelles, puisqu’elles sont toutes deux assez longues finalement. Et tant elles vont dans le détail de la souffrance, tant elles arrivent à nous immerger complètement dans le désarroi des deux figures principales.

Pour Esra, l’amour est fou, passionnel, érotique. Mais il est aussi manipulateur, jaloux et violent. Une rencontre faite par hasard dans un café-cinéma, un joli sourire et de belles paroles. Elle tombe raide amoureuse, jusqu’à s’oublier, s’enfermer à double tour. Dans cette première nouvelle très justement intitulée « Elle une marionnette« , d’autres personnages gravitent autour. Un ami, fidèle et amoureux qui lui veut du bien et qui fera tout pour la sortir de cette impasse. L’espoir est encore possible. Madeline Roth décrit dans cette histoire la personnalité très égocentrique et destructrice du pervers narcissique, qui vide de l’intérieur sa victime.

Peut-on en vouloir à Esra, de s’autodétruire pour un type détestable qui lui fait tourner la tête? Difficile de sortir d’un cercle vicieux. On est presque du ressort de la cure de désintoxication, même quand il s’agit d’amour.

Vous parler d’Esra? Combien d’heures vous avez devant vous? Combien de nuits? Esra, c’est du silence. En tout cas, les mots pour la dire, je ne les ai pas.

Vous connaissez des gens qui ont des tempêtes dans le ventre? (p.12)

Dans la seconde partie, l’auteure va encore un cran au-dessus des dérives de l’amour et nous montre sa part la plus terrible, la plus violente. C’est celle du viol. Laura en a été victime il y a quelques années, sans jamais avoir pu en parler. Dès les premières lignes, on apprend qu’elle n’a pas eu la force de poursuivre sa vie après une telle épreuve. Malgré son titre, « Et grandir maintenant« , cette seconde nouvelle n’évoque pas l’espoir mais plutôt une descente aux enfers. Remarquablement mené, avec des passages très durs mais sans jamais entrer dans le voyeurisme, ce court texte ne laisse pas indemne.

Il y a mon refus, mes larmes et mon silence. Je voudrais lui parler, dans chaque soupir, entre chaque baiser, je voudrais lui dire, laisser couler, laisser les mots les uns après les autres devenir une prière, un salut. (p.63)

Pour celles et ceux qui aiment se divertir avec une chouette histoire d’ados peuvent clairement passer leur tour avec les romans de Madeline Roth. Pour les autres qui apprécient s’aventurer dans la part noire de l’humain seront très certainement ébranlés par ces tristes épisodes de vie. Ce sont des textes percutants pour mettre aussi en garde sur les amours destructeurs qui pourrissent une jeunesse. Le style est très saccadé, les phrases sont coupées. Comme pour marquer une pause, reprendre son souffle. Ou bien pour accentuer l’effet de violence.

L’air de rien, l’auteure met quand même en exergue l’importance de s’entourer des bonnes personnes, pour pouvoir parler, communiquer, sur ce qu’on a sur le cœur. Un message qui s’adresse au jeune lectorat qui sera sans aucun doute sensible, marqué, par ces histoires. L’enjeu véritable est de les sensibiliser sur les premiers amours qui, parfois, font très mal.

Madeline Roth, « Tant que mon coeur bat », Éditions Thierry Magnier, 2016, 94 pages

« Sauveur & Fils, saison 2 » de Marie-Aude Murail

Je pense que, hormis la saga « Millénium », c’est la première fois que je suis une série littéraire! Le deuxième tome des aventures du psy Sauveur et de son fils Lazare m’est « tombé » dessus juste après avoir terminé le premier. Une aubaine! me suis-je dit. Effectivement, une aubaine, si les rebondissements sont toujours au rendez-vous. Mais l’ennui peut aussi vite s’immiscer… Suspens suspens!

On retrouve dans ce second tome la majorité des personnages qui ont façonné le début de la saga : Sauveur et son entourage, mais aussi une partie de ses patients, Ella, Gabin, Blandine (la soeur de Margaux qui était très présente dans le T1), le couple de femmes Alexandra et Charlie… Quelques mois ont passé, les patients ont poursuivi leur thérapie, Lazare et Gabin sont plus que jamais heureux d’habiter sous le même toit, Madame Gustavia se porte à merveille… Cette saison 2 s’attarde plus particulièrement sur la relation naissante entre Louise et Sauveur et sur les aménagements à prévoir pour cette nouvelle famille recomposée. Avec les personnalités hors normes imaginées par Marie-Aude Murail, il semble périlleux de faire cohabiter tout le monde à la rue des Murlins. Lazare et Paul sont évidement enchantés, ils forment d’ailleurs un sacré clan avec Gabin qui s’est clairement installé chez son ancien thérapeute. La tâche est beaucoup plus ardue pour Louise. Il s’agit pour elle d’un véritable travail de reconstruction sentimentale, elle qui a encore beaucoup de mal à gérer son divorce avec Jérôme et les gardes alternées. Alors que le premier roman s’attachait à revenir sur le passé de Sauveur, le second est clairement centré sur  Louise.

En ce qui concerne les patients, c’est principalement Ella Kuypens, cette jeune fille qui vit un énorme chamboulement identitaire, qui est mise en avant. C’est sans doute le personnage auquel je suis le plus attachée! L’ado a pris en courage et s’affirme de plus en plus. Les moments de complicité partagés avec Sauveur lors de la thérapie sont extrêmement émouvants! Fort d’une belle réputation qui se propage comme une traînée de poudre, Sauveur reçoit de nombreuses autres demandes, comme celle de Samuel cet ado de 16 ans qui partage de gros soucis relationnels avec sa maman, ou encore Raja, une petite syrienne qui a fui son pays avec ses deux parents mais qui garde en tête les affreuses images de la guerre.

A nouveau, j’ai retrouvé ce mélange d’humour, de légèreté et de situations plus graves que j’avais tant aimé. Avec Sauveur, tout finit par s’arranger, il donne cette impression d’être sincèrement entre de bonnes mains. J’aime la façon dont il s’immisce dans la tête des gens pour voir ce qu’il se cache tout au fond, là où bien souvent ça fait mal. Marie-Aude Murail m’a beaucoup amusée avec les ados qu’elle met en scène, et leur vocabulaire bien à eux. Ça ne m’étonne absolument pas qu’elle arrive à toucher autant les jeunes lecteurs. De plus, elle exploite encore plus dans ce T2 que dans le premier, des thèmes actuels tels que le cyberharcèlement, l’alimentation, les jeux vidéo… Sa grande force avec Sauveur, c’est de faire clairement l’unanimité, auprès de tous les publics.

– Il y a seulement un facteur de risque un peu plus élevé chez ceux dont l’un des parents est diagnostiqué schizophrène, rectifia Sauveur.

– Donc, tant que je vois plus de hamsters que de ouistitis, y a pas de souci? (p.90)

 

Ils rirent. Blaguer est une façon de mettre à sa juste place quelque chose qui vous angoisse. Tous deux se serrèrent la main, les yeux dans les yeux.

– J’ai jamais envie de disparaître devant vous, lui dit-elle. (p.218)

La crainte de m’ennuyer en enchaînant les romans s’est très vite dissipée car j’ai été tout aussi immédiatement aspirée dans l’univers chaleureux et bienveillant qu’est cette grande famille des Saint-Yves. J’ai d’ailleurs préféré cette suite, pour la profondeur qu’ont pris les personnages déjà présents (je pense surtout à Ella, quel personnage!). Assister à la réaffirmation de Louise face à sa fille Alice qui prend de plus en plus le dessus, et à son ex-mari, m’a beaucoup touchée. Lazare est ainsi passé en second plan, sans que cela ne dérange.

C’est un roman qui donne la pêche, qui transmet du baume au cœur! Sauveur Saint-Yves est juste incroyable. Marie-Aude Murail a mis sur pied un homme qu’on a envie de rencontrer dans la « vraie vie ». Il possède une telle joie de vivre, qu’il arrive à transmettre au lecteur. Avec ses mots, ses petits moments philosophiques, le docteur Saint-Yves nous invite surtout à repenser nos petits problèmes du quotidien. A prendre la vie avec plus de couleurs, de sourires et de patience. C’est comme ça que j’ai terminé ce roman, avec un grand sourire et l’envie, bien sûr, de continuer cette incroyable aventure!

Marie-Aude Murail, « Sauveur & Fils, saison 2 », Éditions L’école des loisirs, 2016, 320 pages

« A ma source gardée » de Madeline Roth

Cette couverture… dès que je l’ai aperçue sur le blog de noukette qui a couronné ce titre d’une de ses superbes pépites, j’ai été séduite. Par les couleurs surtout et ce titre « A ma source gardée », que je trouve si poétique, si beau. Il ne laisse aucunement deviner ce qui se cache à l’intérieur. Et sur la première page, Madeline Roth dévoile un hommage à l’une des chansons de Pierre Lapointe : je fonds déjà!

C’est un tout petit roman, quelques 59 pages seulement, mais il possède une puissance inattendue! Pour ce premier titre, Madeline Roth se démarque immédiatement en explorant la détresse d’une jeune fille au cœur brisé.

Jeanne passe chacune de ses vacances scolaires chez sa grand-mère, loin de tout, dans cette maison qu’elle apprécie particulièrement et qui lui fait du bien. Une bande d’amis, des jeunes de son âge, traînent dans le même village et très naturellement, elle se joint à eux. Lucas s’ajoute également au groupe. Ce garçon lui fait immédiatement de l’effet mais c’est d’abord une amitié qui se noue entre eux. Une histoire d’amis qui se transforme au bout de quelques mois en une passion, cachée. Ils n’en parlent pas aux autres, préférant garder leurs moments à deux, secrets. Bien que ça ajoute un peu de piment à cette relation, Jeanne en désire plus. Elle est déjà très amoureuse, et les moindres instants passés dans les bras de Lucas sont comptés. Mais lui, préfère rester discret. Les vacances passent et le retour à l’école est pour Jeanne une  véritable souffrance. Être loin de Lucas devient vite insupportable. Elle ne pense qu’à lui, ne veut que lui. L’été d’après, c’est décidé, elle veut lui parler. Et puis, elle a une nouvelle importante à lui annoncer, qui se fait pour le moment timidement sentir dans le bas de son ventre. Cet été-là, ce sera la claque et la découverte d’un amour inégal.

Dès les premiers mots, Madeline Roth ne laisse aucun répit à son lecteur. Jeanne est en colère, elle crie, elle pleure, elle en veut au monde entier. C’est un véritable cri de détresse, ce roman! Le style est absolument à la hauteur de ce chagrin qui transperce Jeanne. Le malheur de vivre un premier amour à sens unique.

Un tout petit livre qui m’a remuée mais aussi déstabilisée, face à l’incapacité à venir en aide à cette jeune fille. L’auteure retranscrit très justement toutes les émotions liées au grand amour, mais aussi à la déchirure. C’est un trou béant au creux de la poitrine. En 59 pages, Jeanne livre un monologue sans pause sur les 3 années qui viennent de s’écouler, et tout ce qu’elle a du traverser : de l’amour profond, passionnel, à l’attente, aux milles questions, jusqu’au mot de la fin. C’est rapide, une écriture forte qui n’épargne personne, et un style oral pour toucher profondément.

J’ai relu ce livre une deuxième fois, tellement j’ai tourné les pages (trop) rapidement la première fois. Tellement j’avais déjà envie de retourner dans les mots de cette auteure très prometteuse. Une pépite, évidement!

Madeline Roth, « A ma source gardée », Éditions Thierry Magnier, 2015, 59 pages