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« Le premier qui pleure a perdu » de Sherman Alexie

Vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve? On se fait tabasser. Au moins une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club des Coquard du Mois…

Voici encore une excellente découverte faite grâce à Fanny!

Alors que je traversais dernièrement un petit creux niveau lecture, après le bouleversant roman de Philippe Besson, « Le premier qui pleure a perdu » (pas top le titre, mais ne vous fiez pas aux apparences!) m’a permis de passer un très bon moment.

Cette voix, c’est celle de Junior, un jeune indien de 14 ans qui vit dans une réserve spokane. Au sein de cette communauté isolée mais soudée, chacun subit sa vie, comme s’il ne pouvait échapper aux coups durs qui leur tombent dessus depuis des générations. Junior explique avec un sens de l’humour absolument fabuleux ce qui compose son quotidien dans la réserve où la pauvreté, la violence et l’alcool dominent tout le reste. Heureusement, l’ado trouve du réconfort auprès de Rowdy son meilleur ami, pour qui les coups et les insultes sont les seuls moyens de communication, sa soeur récemment partie dans le Montana pour se marier mais qui lui écrit régulièrement des lettres, et surtout, sa grand-mère qui incarne la voix de la sagesse pour l’ensemble de la réserve.

Mais ce manque total de perspectives ne lui convient pas. Alors du jour au lendemain, Junior décide de changer de lycée et part à 35 km de la réserve s’inscrire dans un établissement de blancs. Quel choc pour son entourage qui se retrouve divisé entre des sentiments de fierté, de trahison et de jalousie! Dans la foulée, il perd son meilleur ami qui n’accepte pas que Junior aille se « mélanger » à une autre communauté.

Tant de questions cognent dans sa tête: sera-t-il accepté par les autres jeunes, mais également par le corps enseignant? Comment faire face au racisme encore très présent? Quelle réaction adopter face aux regards et comportements de rejet?

Si on laisse les gens entrer un peu dans sa vie, ils peuvent se révéler bougrement surprenants. (p.163)

Pour connaître la suite de l’histoire de cet ado pas comme les autres, je vous laisse le soin de vous plonger dans ce merveilleux titre qui vous réserve bien des surprises!

Il s’agit d’un roman aux belles valeurs humaines et réconfortantes, servi par une écriture qui peut paraître ordinaire mais qui touche profondément. Elle me donne envie de découvrir ses autres textes. Sherman Alexie nous donne envie de croire en l’humain, en ses capacités d’ouverture et d’entraide. Ce sont des valeurs qui semblent chères à son cœur, car mon petit doigt me dit que cette histoire doit avoir une grande part autobiographique.

J’ai adoré suivre le parcours de ce cher Arnold, un garçon à la personnalité atypique, et à la détermination surprenante. Il m’a totalement bluffée avec sa ferme volonté de se faire une place parmi la communauté de blancs, de montrer de quoi il est capable. C’est aussi un garçon au grand cœur qui émeut lorsqu’il parle de son meilleur ami qui ne veut plus de lui, ou bien de ses parents plongés dans l’alcoolisme depuis toujours mais qui l’encouragent dans ses choix. La famille y a une place privilégiée et le narrateur lui rend régulièrement hommage.

Les pages sont ponctuées de dessins qui illustrent certaines scènes parfois totalement jubilatoires. On repère déjà un talent certain chez le jeune homme qui dessine beaucoup pour s’exprimer. Autre vecteur qui lui permettra de s’affirmer, c’est le basket.

Je dois prouver  que je suis le plus fort de tous. Je dois prouver que je n’abandonnerai jamais. Que je ne renoncerai jamais à jouer à fond. Et je ne parle pas seulement du basket. Je ne renoncerai jamais à vivre cette vie à fond, vous voyez? Je ne me soumettrai jamais à personne. Jamais, jamais, jamais. (p.228)

Derrière l’humour et une bonne dose d’autodérision qui font la grande force de ce titre, quelques points plus sombres ne plombent certainement pas l’ambiance. Ils nous ramènent plutôt à la réalité. Une réalité que connaît encore beaucoup de communautés dans le monde, celle des destins compliqués qui se répètent de génération en génération et qui ne nécessite parfois qu’une main tendue pour en sortir.

Sherman Alexie, « Le premier qui pleure a perdu », traduit de l’anglais (américain) par Valérie Le Plouhinec, Éditions Albin Michel Collection Wiz, 2008, 281 pages

« Tant que mon coeur bat » de Madeline Roth

J’ai vite compris, grâce à son premier roman qui a eu l’effet d’une bombe sur moi, qu’avec Madeline Roth, on ne rigole pas. On joue encore moins avec les sentiments. Et pourtant, les personnages de l’auteure sont malheureux, très malheureux. L’univers n’a en rien changé avec cette seconde publication, que du contraire!

Elle était à mille lieues des histoires que vivaient les filles de son âge. Elle, elle vivait une histoire d’amour. Que dans cette histoire, il y ait des cris, des larmes, elle avait fini par se dire que c’était ça, une histoire d’amour. (p.29)

Deux histoires composent ce bouquin. J’ai du mal à dire qu’il s’agit de nouvelles, puisqu’elles sont toutes deux assez longues finalement. Et tant elles vont dans le détail de la souffrance, tant elles arrivent à nous immerger complètement dans le désarroi des deux figures principales.

Pour Esra, l’amour est fou, passionnel, érotique. Mais il est aussi manipulateur, jaloux et violent. Une rencontre faite par hasard dans un café-cinéma, un joli sourire et de belles paroles. Elle tombe raide amoureuse, jusqu’à s’oublier, s’enfermer à double tour. Dans cette première nouvelle très justement intitulée « Elle une marionnette« , d’autres personnages gravitent autour. Un ami, fidèle et amoureux qui lui veut du bien et qui fera tout pour la sortir de cette impasse. L’espoir est encore possible. Madeline Roth décrit dans cette histoire la personnalité très égocentrique et destructrice du pervers narcissique, qui vide de l’intérieur sa victime.

Peut-on en vouloir à Esra, de s’autodétruire pour un type détestable qui lui fait tourner la tête? Difficile de sortir d’un cercle vicieux. On est presque du ressort de la cure de désintoxication, même quand il s’agit d’amour.

Vous parler d’Esra? Combien d’heures vous avez devant vous? Combien de nuits? Esra, c’est du silence. En tout cas, les mots pour la dire, je ne les ai pas.

Vous connaissez des gens qui ont des tempêtes dans le ventre? (p.12)

Dans la seconde partie, l’auteure va encore un cran au-dessus des dérives de l’amour et nous montre sa part la plus terrible, la plus violente. C’est celle du viol. Laura en a été victime il y a quelques années, sans jamais avoir pu en parler. Dès les premières lignes, on apprend qu’elle n’a pas eu la force de poursuivre sa vie après une telle épreuve. Malgré son titre, « Et grandir maintenant« , cette seconde nouvelle n’évoque pas l’espoir mais plutôt une descente aux enfers. Remarquablement mené, avec des passages très durs mais sans jamais entrer dans le voyeurisme, ce court texte ne laisse pas indemne.

Il y a mon refus, mes larmes et mon silence. Je voudrais lui parler, dans chaque soupir, entre chaque baiser, je voudrais lui dire, laisser couler, laisser les mots les uns après les autres devenir une prière, un salut. (p.63)

Pour celles et ceux qui aiment se divertir avec une chouette histoire d’ados peuvent clairement passer leur tour avec les romans de Madeline Roth. Pour les autres qui apprécient s’aventurer dans la part noire de l’humain seront très certainement ébranlés par ces tristes épisodes de vie. Ce sont des textes percutants pour mettre aussi en garde sur les amours destructeurs qui pourrissent une jeunesse. Le style est très saccadé, les phrases sont coupées. Comme pour marquer une pause, reprendre son souffle. Ou bien pour accentuer l’effet de violence.

L’air de rien, l’auteure met quand même en exergue l’importance de s’entourer des bonnes personnes, pour pouvoir parler, communiquer, sur ce qu’on a sur le cœur. Un message qui s’adresse au jeune lectorat qui sera sans aucun doute sensible, marqué, par ces histoires. L’enjeu véritable est de les sensibiliser sur les premiers amours qui, parfois, font très mal.

Madeline Roth, « Tant que mon coeur bat », Éditions Thierry Magnier, 2016, 94 pages

« Sauveur & Fils, saison 2 » de Marie-Aude Murail

Je pense que, hormis la saga « Millénium », c’est la première fois que je suis une série littéraire! Le deuxième tome des aventures du psy Sauveur et de son fils Lazare m’est « tombé » dessus juste après avoir terminé le premier. Une aubaine! me suis-je dit. Effectivement, une aubaine, si les rebondissements sont toujours au rendez-vous. Mais l’ennui peut aussi vite s’immiscer… Suspens suspens!

On retrouve dans ce second tome la majorité des personnages qui ont façonné le début de la saga : Sauveur et son entourage, mais aussi une partie de ses patients, Ella, Gabin, Blandine (la soeur de Margaux qui était très présente dans le T1), le couple de femmes Alexandra et Charlie… Quelques mois ont passé, les patients ont poursuivi leur thérapie, Lazare et Gabin sont plus que jamais heureux d’habiter sous le même toit, Madame Gustavia se porte à merveille… Cette saison 2 s’attarde plus particulièrement sur la relation naissante entre Louise et Sauveur et sur les aménagements à prévoir pour cette nouvelle famille recomposée. Avec les personnalités hors normes imaginées par Marie-Aude Murail, il semble périlleux de faire cohabiter tout le monde à la rue des Murlins. Lazare et Paul sont évidement enchantés, ils forment d’ailleurs un sacré clan avec Gabin qui s’est clairement installé chez son ancien thérapeute. La tâche est beaucoup plus ardue pour Louise. Il s’agit pour elle d’un véritable travail de reconstruction sentimentale, elle qui a encore beaucoup de mal à gérer son divorce avec Jérôme et les gardes alternées. Alors que le premier roman s’attachait à revenir sur le passé de Sauveur, le second est clairement centré sur  Louise.

En ce qui concerne les patients, c’est principalement Ella Kuypens, cette jeune fille qui vit un énorme chamboulement identitaire, qui est mise en avant. C’est sans doute le personnage auquel je suis le plus attachée! L’ado a pris en courage et s’affirme de plus en plus. Les moments de complicité partagés avec Sauveur lors de la thérapie sont extrêmement émouvants! Fort d’une belle réputation qui se propage comme une traînée de poudre, Sauveur reçoit de nombreuses autres demandes, comme celle de Samuel cet ado de 16 ans qui partage de gros soucis relationnels avec sa maman, ou encore Raja, une petite syrienne qui a fui son pays avec ses deux parents mais qui garde en tête les affreuses images de la guerre.

A nouveau, j’ai retrouvé ce mélange d’humour, de légèreté et de situations plus graves que j’avais tant aimé. Avec Sauveur, tout finit par s’arranger, il donne cette impression d’être sincèrement entre de bonnes mains. J’aime la façon dont il s’immisce dans la tête des gens pour voir ce qu’il se cache tout au fond, là où bien souvent ça fait mal. Marie-Aude Murail m’a beaucoup amusée avec les ados qu’elle met en scène, et leur vocabulaire bien à eux. Ça ne m’étonne absolument pas qu’elle arrive à toucher autant les jeunes lecteurs. De plus, elle exploite encore plus dans ce T2 que dans le premier, des thèmes actuels tels que le cyberharcèlement, l’alimentation, les jeux vidéo… Sa grande force avec Sauveur, c’est de faire clairement l’unanimité, auprès de tous les publics.

– Il y a seulement un facteur de risque un peu plus élevé chez ceux dont l’un des parents est diagnostiqué schizophrène, rectifia Sauveur.

– Donc, tant que je vois plus de hamsters que de ouistitis, y a pas de souci? (p.90)

 

Ils rirent. Blaguer est une façon de mettre à sa juste place quelque chose qui vous angoisse. Tous deux se serrèrent la main, les yeux dans les yeux.

– J’ai jamais envie de disparaître devant vous, lui dit-elle. (p.218)

La crainte de m’ennuyer en enchaînant les romans s’est très vite dissipée car j’ai été tout aussi immédiatement aspirée dans l’univers chaleureux et bienveillant qu’est cette grande famille des Saint-Yves. J’ai d’ailleurs préféré cette suite, pour la profondeur qu’ont pris les personnages déjà présents (je pense surtout à Ella, quel personnage!). Assister à la réaffirmation de Louise face à sa fille Alice qui prend de plus en plus le dessus, et à son ex-mari, m’a beaucoup touchée. Lazare est ainsi passé en second plan, sans que cela ne dérange.

C’est un roman qui donne la pêche, qui transmet du baume au cœur! Sauveur Saint-Yves est juste incroyable. Marie-Aude Murail a mis sur pied un homme qu’on a envie de rencontrer dans la « vraie vie ». Il possède une telle joie de vivre, qu’il arrive à transmettre au lecteur. Avec ses mots, ses petits moments philosophiques, le docteur Saint-Yves nous invite surtout à repenser nos petits problèmes du quotidien. A prendre la vie avec plus de couleurs, de sourires et de patience. C’est comme ça que j’ai terminé ce roman, avec un grand sourire et l’envie, bien sûr, de continuer cette incroyable aventure!

Marie-Aude Murail, « Sauveur & Fils, saison 2 », Éditions L’école des loisirs, 2016, 320 pages

« A ma source gardée » de Madeline Roth

Cette couverture… dès que je l’ai aperçue sur le blog de noukette qui a couronné ce titre d’une de ses superbes pépites, j’ai été séduite. Par les couleurs surtout et ce titre « A ma source gardée », que je trouve si poétique, si beau. Il ne laisse aucunement deviner ce qui se cache à l’intérieur. Et sur la première page, Madeline Roth dévoile un hommage à l’une des chansons de Pierre Lapointe : je fonds déjà!

C’est un tout petit roman, quelques 59 pages seulement, mais il possède une puissance inattendue! Pour ce premier titre, Madeline Roth se démarque immédiatement en explorant la détresse d’une jeune fille au cœur brisé.

Jeanne passe chacune de ses vacances scolaires chez sa grand-mère, loin de tout, dans cette maison qu’elle apprécie particulièrement et qui lui fait du bien. Une bande d’amis, des jeunes de son âge, traînent dans le même village et très naturellement, elle se joint à eux. Lucas s’ajoute également au groupe. Ce garçon lui fait immédiatement de l’effet mais c’est d’abord une amitié qui se noue entre eux. Une histoire d’amis qui se transforme au bout de quelques mois en une passion, cachée. Ils n’en parlent pas aux autres, préférant garder leurs moments à deux, secrets. Bien que ça ajoute un peu de piment à cette relation, Jeanne en désire plus. Elle est déjà très amoureuse, et les moindres instants passés dans les bras de Lucas sont comptés. Mais lui, préfère rester discret. Les vacances passent et le retour à l’école est pour Jeanne une  véritable souffrance. Être loin de Lucas devient vite insupportable. Elle ne pense qu’à lui, ne veut que lui. L’été d’après, c’est décidé, elle veut lui parler. Et puis, elle a une nouvelle importante à lui annoncer, qui se fait pour le moment timidement sentir dans le bas de son ventre. Cet été-là, ce sera la claque et la découverte d’un amour inégal.

Dès les premiers mots, Madeline Roth ne laisse aucun répit à son lecteur. Jeanne est en colère, elle crie, elle pleure, elle en veut au monde entier. C’est un véritable cri de détresse, ce roman! Le style est absolument à la hauteur de ce chagrin qui transperce Jeanne. Le malheur de vivre un premier amour à sens unique.

Un tout petit livre qui m’a remuée mais aussi déstabilisée, face à l’incapacité à venir en aide à cette jeune fille. L’auteure retranscrit très justement toutes les émotions liées au grand amour, mais aussi à la déchirure. C’est un trou béant au creux de la poitrine. En 59 pages, Jeanne livre un monologue sans pause sur les 3 années qui viennent de s’écouler, et tout ce qu’elle a du traverser : de l’amour profond, passionnel, à l’attente, aux milles questions, jusqu’au mot de la fin. C’est rapide, une écriture forte qui n’épargne personne, et un style oral pour toucher profondément.

J’ai relu ce livre une deuxième fois, tellement j’ai tourné les pages (trop) rapidement la première fois. Tellement j’avais déjà envie de retourner dans les mots de cette auteure très prometteuse. Une pépite, évidement!

Madeline Roth, « A ma source gardée », Éditions Thierry Magnier, 2015, 59 pages

« Sauveur & Fils, saison 1 » de Marie-Aude Murail

Ahh je l’attendais ce roman! Très intéressée grâce aux conseils et billets d’amies-blogueuses et aussi, parce que je n’ai jamais lu de romans de Marie-Aude Murail! Eh oui, ça existe encore! Un vrai bonheur ce roman, que j’ai avalé en quelques jours!

Sans aucune prétention, Marie-Aude Murail nous invite dans la vie du psychologue clinicien Sauveur Saint-Yves. Un phénomène à lui tout seul ce docteur! Physique qui impose (1,90m, robuste, voix suave), une allure « à la cool », un façon naturelle, innée, d’entrer en contact avec les gens, ce psy ne passe pas inaperçu! Il n’y a rien de spectaculaire dans ce roman, on découvre au fil des 300 pages les discussions, les partages, les moments de vie qui sont en train de se produire dans le cabinet du Docteur Saint-Yves. Mais derrière les témoignages aux apparences banales, se cachent de véritables secrets profondément enfouis et qui ne demandent qu’à sortir. Sur un ton sympathique, gai, l’auteure arrive à aborder des thèmes graves et actuels.

La toute première scène résume à mon sens le reste du livre :

Sauveur ouvrit la porte de sa salle d’attente en douceur. Si les gens n’étaient pas prévenus, ils avaient un mouvement de surprise en l’apercevant.

– Madame Dutilleux?

Madame Dutilleux arrondit les yeux et Margaux baissa les siens.

– Nous avons rendez-vous. Je suis Sauveur Saint-Yves. C’est pas ici

Car Sauveur possède une véritable aura. Une aura qui se propage tout autour de lui, qui attrape les personnes qui passent les portes de son cabinet, et qui les transformera à jamais. Cette aura, c’est la confiance qu’il attise. La sympathie qu’il transmet, de par une posture posée, véritablement à l’écoute de l’autre. Voilà, c’est une personne résolument tournée vers l’autre. On peut dire qu’il a trouvé sa vocation!

Parmi ses patients, il y a Margaux, Cyrille, Gabin, Ella. Ils sont généralement jeunes et enfermés dans une solitude qui les meurtrit à cause d’un secret inavouable. De leur plein gré, ou par obligation, ils vont confier à Sauveur ce qui les tourmente. Des révélations parfois étonnantes, souvent émouvantes. Au fil des entretiens, ils entrouvrent leur carapace, grâce à la présence bienveillante de leur médecin. Sauveur ne fait pas les choses à moitié. A l’issue de ses journées très chargées, ils continuent à retourner dans tous les sens les confidences de ses patients, pour trouver un élément de réponse. Il se donne à 100%, malheureusement parfois au détriment de son fils Lazare âgé de 8 ans. Parallèlement à ces rendez-vous, de mystérieuses lettres de menace vont progressivement tourmenter le Docteur et feront ressurgir des secrets de son passé : sa vie aux Antilles, la mort de sa femme, la maman de Lazare…

Voilà pourquoi il est impossible de s’ennuyer avec ce roman entre les mains! Il est rempli de rebondissements d’une part avec les révélations distillées au fur et à mesure, et le mystère entourant la vie privée du personnage principal.

Bien qu’étiquetée « jeunesse », c’est une série (j’ai lu qu’il y aurait un 4ème volet!) qui parlera autant aux ados qu’aux adultes. Les jeunes lecteurs se retrouveront peut-être parmi les patients de Sauveur, tandis que les plus âgés trouveront un intérêt certain autour des sujets exploités. Marie-Aude Murail parle de scarification, d’anorexie, de phobie scolaire, mais aussi de la recherche autour de l’identité sexuelle, ou encore du divorce. Autour de ce duo – père et fils – antillais, l’auteure touche aussi au thème du racisme.

Une écriture gracieuse, sans fioritures, ce roman se déguste avec plaisir. Il replace l’humain au centre notre attention, en explorant ses failles, et toujours basé sur l’espoir. C’est aussi une belle ode à la différence et à l’affirmation de soi. Un roman à la douce mélodie antillaise qui fait du bien!

J’ai enchaîné avec le deuxième tome… Suspens, suspens, vais-je m’ennuyer, vais-je adorer? Suite au prochaine épisode! Et je ne révèlerai pas le lien avec le hamster, na 🙂

Marie-Aude Murail, « Sauveur & Fils saison 1 », Éditions L’école des loisirs, 2016, 329 pages

« Hugo de la nuit » de Bertrand Santini

Hélène et Romain vivent avec leur fils unique Hugo, âgé de 12 ans, au domaine de Monliard. Une somptueuse bâtisse perchée en haut d’un cimetière, qui fait bon nombre d’envieux. Et pour cause, une source de pétrole vient d’être observée, traversant leur domaine. Qui dit pétrole, dit argent et la famille devient de plus en plus victime d’actes de vandalisme. Ils savent que les villageois jaloux de leur situation et de leur maison sont nombreux. La seule lueur d’espoir qui anime encore Romain est cette découverte qu’il fait un soir d’été : le botaniste reconnaît la « Sipo Matadore« , une fleur très rare, ayant été exploitée il y a bien des années. Si cette présence se confirme, le domaine de Monliard sera classé en zone protégée et la famille pourra continuer à y vivre en toute tranquillité. Malheureusement, la nuit qui suit cette découverte fantastique tourne au drame, avec une affreuse agression touchant la petite famille.

Je ne peux en dire plus sur cette histoire, tant elle révèle des surprises et des mystères. Bertrand Santini, que je ne connaissais pas du tout, a écrit ce roman sous la forme d’un conte fantastique, à l’univers très original et aux multiples facettes. Plusieurs émotions surgissent à cette lecture, de la tristesse au début, beaucoup de sympathie pour tous les personnages haut en couleurs que l’auteur met en scène, de l’injustice également. On ne sait jamais vraiment ce qui est vrai, ce qui est faux. C’est extrêmement bien tourné! J’ai vraiment été absorbée par cette ambiance nocturne enveloppante et mystérieuse.

L’auteur joue aussi sur un humour particulier, noir, parfois dérangeant car il touche au sacré et à la mort. Certaines scènes sont néanmoins tordantes! La mise en scène est soignée, rendant l’histoire très visuelle. On arrive aisément, malgré la fantaisie, de s’immerger dans cet environnement si particulier.

C’est vraiment un roman qui me restera longtemps en mémoire, tellement il a joué avec mes émotions d’une part, et d’autre part, pour son originalité, son côté féérique, magique.

Pour appréhender certains romans, il faut être curieux et faire confiance aux lecteurs et lectrices qui nous ont précédés. C’est exactement ce qu’il se passe avec ce roman, et le résultat est très très plaisant! Et puis, je l’avoue, cette splendide couverture a joué aussi!

Bertrand Santini, « Hugo de la nuit », Éditions Grasset Jeunesse, 2016, 224 pages

« Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire » de Gilles Abier

Où se situe la frontière entre l’imaginaire et la réalité ? Est-ce qu’un jour, le premier peut s’immiscer dans le second? Et si on était le seul à s’en apercevoir?

Élias est un petit gars de 13 ans, mais il en paraît facilement 3-4 ans de moins. Avec son physique frêle et son teint blafard, on n’a qu’une envie : le surprotéger. Surtout sa maman, qui est tout le temps sur son dos, et s’inquiète pour un rien à son sujet. Mais Élias vit sa vie tranquille, entre l’école et ses deux meilleurs amis, Milo et Mathilde. Entre eux trois, c’est l’amitié, la vraie, qui règne. Ils sont solidaires, à l’écoute, aux petits soins l’un pour l’autre.

Depuis son plus jeune âge, Élias rêve jour et nuit, s’imagine atteindre tous les exploits du monde, s’invente des aventures extraordinaires. Pour en garder une trace, il les dessine dans un carnet qui ne le quitte jamais.

Un jour, tout à fait par hasard, Élias a le sentiment de pouvoir s’élever dans les airs, et se balader au-dessus des gens, à sa guise. Le lendemain, il remarque le début d’une transformation physique, les pieds, le nez, le visage, mais aussi, ressent des choses différentes : il est en train de devenir un corbeau. Mais lui seul s’aperçoit du changement, ça lui semble si réel pourtant… Quel mystère!

Mon cul, que c’est le café! C’est ce chat qui m’a effrayé. J’ai cru mourir sur place. Voilà pourquoi je refusais d’entrer dans la cuisine. C’est à cause de lui. De sa présence. Du danger qu’il représente. Élias, calme-toi! Ton imagination part en vrille. Non, ta crainte du chat n’a rien à voir avec les deux fois où tu as volé dans les airs. Quelle serait la relation, d’ailleurs? Arrête de psychoter. Tu n’es pas en train de devenir un oiseau!

J’ai dévoré ce roman qui me permet de découvrir tout le talent de Gilles Abier! A chaque chapitre, il arrive quelque chose à Élias, que ce soit une brèche avec un camarade de classe, un moment de complicité avec ses amis, les détails de sa transformation, … je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Sans en dévoiler une seule miette car cette histoire est surprenante, la fin m’a laissée stoïque et remet tout en perspective. C’est très finement mené, c’est intelligent, rigolo, mais on se rend bien compte aussi que ce qui arrive au jeune héros n’est pas « normal ». On a envie d’avoir le fin mot de cette histoire invraisemblable!

Hormis son côté doux-rêveur, j’ai adoré le grand sens de l’humour et la répartie d’Élias. Il possède une personnalité réellement attachante, on a envie de le serrer très fort dans nos bras.

Par ailleurs, j’ai trouvé la narration parfaite avec l’emploi du « je ». Gilles Abier est un grand conteur! Il manie le suspens et le déroulement des faits avec habilité et cohérence. J’ai vraiment été embarquée dans ce récit dès les premières pages,  je l’ai trouvé original avec un petit côté attendrissant grâce aux personnages.

Une belle petite claque qui me donne très envie de lire d’autres titres du même auteur! Que me conseilleriez-vous??

Gilles Abier, « Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire », Éditions La Joie de lire, Collection Encrage, 2016, 156 pages