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« Mauv@ise connexion » de Jo Witek

Il m’a fait le coup du prince super charmant, surper bluffant, et moi, j’y ai cru. J’ai plongé la tête la première dans cette belle romance rose bonbon. C’était si doux entre nous…

A 14 ans, Julie rêve de percer dans la mode, faire des shootings photos, poser devant l’objectif, ressembler à toutes ces jolies filles si sûres d’elles. Sa maman s’y oppose fermement et les disputes sont de plus en plus fréquentes entre elles d’eux. Un soir où une énième crise éclate, Julie s’enferme dans sa chambre et chercher à tout prix à en discuter avec quelqu’un : elle s’inscrit sur un nouveau chat sous un pseudonyme, Marilou, et ment sur son âge en se vieillissant de deux années. Elle commence immédiatement une conversation avec Laurent, un gars de 20 ans, photographe de mode à Paris. Julie y trouve une oreille attentive, un allié, mais aussi le moyen de se fondre sous d’autres apparences. Avec Marilou, elle est plus confiante, plus sexy, se maquille à sa guise,… Cette rencontre qui pouvait sembler banale au premier abord, va vite virer au cauchemar pour Julie.

Jo Witek y va très fort sur le sujet pour sensibiliser le jeune public fortement exposé aux dangers des rencontres virtuelles. Pour ce faire, elle utilise des arguments qui fonctionnent particulièrement bien dans ce cas : la jeune fille en opposition avec ses parents, qui se sent seule, un peu naïve. Julie est aussi très curieuse de l’amour et est impatiente de rencontrer LE garçon qui la fera chavirer. En bref, c’est une proie facile. La relation que l’auteure imagine entre Julie-Marilou et Laurent va très très vite. Les mots sont d’abord doux, bienveillants, puis plus séducteurs. En quelques mois, ces échanges passent du stade de harcèlement moral, à celui de harcèlement sexuel. Julie se referme sur elle-même, rejette sa meilleure amie Katia qui avait tiré la sonnette d’alarme, ses notes chutent. La jeune fille devient l’ombre d’elle-même, incapable de refuser les directives de Laurent, et dégoûtée de la tournure que cela prend. Le lecteur assiste à la montée en flèche de ce mal-être, prenant rapidement les contours d’une dépression.

« Un jour, je serai dans ses bras, un jour il m’épousera ». C’est ce que je me répétais en prenant des poses suggestives, outrageusement maquillée. Il ordonnait, j’obéissais. Il était le marionnettiste et moi la marionnette, retenue par tous ses fils, si soigneusement connectés à mon coeur. Marilou souriait derrière son loup et Julie, elle, faisait son possible pour ne pas flancher.

Les mots cognent, le style est percutant, l’auteure y va fort. C’est un tout petit livre à la force sous-estimée, qu’il est impossible de lâcher! Witek pousse cette relation à l’extrême, montre le pire de ce qui peut arriver sur la toile, pour choquer. Une lecture qui marque, quel que soit l’âge, et fait réfléchir. Absolument nécessaire pour le jeune public! Une excellente entrée en matière également pour poursuivre le débat par ailleurs.

Jo Witek, « Mauv@ise connexion », Talents Hauts Editions, 2012, 95 pages

« Que du bonheur! » de Rachel Corenblit

Angela Mailhat, presque 15 ans, est une ado sans chichis, bonne vivante, un léger surpoids, qu’elle n’arrange pas en ingurgitant régulièrement un nombre incalculable d’aliments (tout en le chronométrant s’il vous plaît!), sympa et doté d’un humour parfois sarcastique, juste exceptionnel! Son naturel et sa vivacité la rendent d’emblée extrêmement attachante! Elle nous raconte avec un an de recul, l’année scolaire qui vient de s’écouler et qui lui laisse un goût plus qu’amer : pendant ces 6 derniers mois, la poisse lui est littéralement tombée dessus! Cela commence avec une incroyable chute dès le premier jour d’école. Impossible de passer inaperçue lorsque les brancardiers viennent vous chercher au milieu de centaines d’étudiants! Une foie remise de cette énorme honte, Angela enchaîne les malheurs : elle se dispute avec sa meilleure amie Alice, son éternelle alliée. Pour quoi? Tout bêtement, pour un garçon! Ce sont bien des histoires d’ados! Ensuite, une nouvelle qui touche cette fois ses parents. Après 20 ans de mariage, ils décident de divorcer. Notre héroïne est alors obligée de subir les gardes alternées. Ça commence à faire beaucoup en terme de poisse! Évidement, le cercle vicieux est enclenché, ayant des répercussions sur les notes, le redoublement est évoqué… S’en est trop pour Angela! Heureusement, on finit toujours par sortir des mauvaises passes. Ouf!

Malgré cette année complètement pourrie, (franchement, qui aurait survécu à une telle année?!), notre ado ne perd en rien son humour ni son autodérision. Elle relate aux lecteurs ses tribulations, avec un regard plus qu’amusé sur ces situations rocambolesques. Son ton est naturel, évident.

Ce roman est un vent de fraîcheur et je ne me suis pas ennuyée une seconde! J’ai franchement rigolé, et ça ne m’arrive pas souvent (durant une lecture, cela va de soi 😉 ). La forme participe sans aucun doute à ce plaisir de lecture. Pareil qu’un journal intime, Angela explore son année noire au moyen de listes, de citations, de souvenirs et l’agrémente de quelques croquis, anecdotes et photos… pour un effet plus « réel » que j’ai beaucoup apprécié.

Le début du roman démarre très fort, tout s’enchaîne à une vitesse folle, et je craignais un moment « creux », parmi toutes ces mésaventures. Il n’en est rien! L’auteure manie avec habilité le rythme et l’enchaînement des faits.  Ce qui m’a également frappée : à quel point Rachel Corenblit arrive à retranscrire les émotions d’une ado, à se mettre dans la peau d’une ado de 15 ans! Je me suis évidemment revue dans quelque-unes de ces anecdotes, et ça m’a fait un bien fou.

Une lecture que je conseille : très drôle pour les ados qui se retrouveront parmi quelques scènes, et parfaite pour les adultes qui veulent se changer les idées et se replonger avec beaucoup d’humour dans leur jeunesse!

Un titre découvert grâce à Fanny, et beaucoup apprécié également de noukette ou encore de Jérôme.

Rachel Corenblit, « Que du bonheur! », Editions du Rouergue, Doado, 2016, 122 pages

« Lettres de l’intérieur » de John Marsden

Je crois que jamais je ne serais tombée sur ce roman jeunesse sans l’aide de ma complice Fanny. Comment en est-on arrivée à parler de cette correspondance entre deux jeunes filles, roman datant des années 90? C’est suite à notre lecture de « La folle rencontre de Flora et Max » et notre amour pour les correspondances que ce titre a été mis sur la table.

Bien qu’elle soit grande lectrice de magazine, Mandy n’a jamais ressenti la moindre envie de répondre à l’une des très nombreuses annonces laissées par ces mystérieuses inconnues. Et pourtant un jour, elle envoie une lettre à l’une d’elles. L’annonce n’a rien de spécial, elle n’a pas attiré particulièrement son attention, elle s’est juste décidée sur un coup de tête, histoire de voir… Tracey lui répond très rapidement. Une correspondance régulière commence ainsi entre Mandy et Tracey. Toutes les deux ont 16 ans, sont étudiantes et vivent en Australie, mais dans des coins éloignés. Les points communs entre ces deux-là sont par contre minimes. C’est certainement cette différence flagrante tant au niveau de leur personnalité, que de leur histoire, qui leur donne envie de poursuivre cet échange épistolaire. Les sujets sont propres à leur âge : elles parlent de leurs activités, de l’école, des garçons, de leurs passions…

Jusqu’au jour où les questions deviennent moins discrètes, où la proposition de se téléphoner, ou même de se rencontrer, est lancée. C’est Mandy qui est plutôt demandeuse, mais elle commence à se méfier face au manque de réactivité de la part de Tracey. Aurait-elle quelque chose à cacher? Et si finalement, après des dizaines de lettres envoyées, elle s’était fait une autre image de son interlocutrice?

Ce roman est très bien mené! Il joue sur plusieurs tableaux : alors que la première partie fait état des présentations d’usage et des journées banales des deux adolescentes, le livre laisse place dans un second temps à une ambiance beaucoup plus grave. Ce changement d’ambiance est particulièrement marqué par le ton employé par Tracey, qui se veut plus agressif. Je n’ai pas envie de dévoiler ce qu’il se passe car ça enlève tout effet de surprise. Ceci étant, c’est une véritable cassure qui s’opère. Il y un « avant » et un « après ». Après cela, la relation entre les deux filles va beaucoup évoluer et il devient impossible de lâcher ce bouquin. J’ai été déstabilisée par ce changement, dans le bon sens du terme. Les premiers courriers me semblaient légers, sympas, sans plus. Et c’est précisément cet élément déclencheur qui rend l’histoire beaucoup plus profonde.

Pour être tout à fait honnête, j’aurais vraiment voulu l’adorer ce roman. C’est un chouchou pour Fanny et j’étais très curieuse de le découvrir à mon tour. C’était plutôt bien parti, j’ai vite plongé dans cet échange de lettres. Mais la fin m’a beaucoup déçue. C’est sans doute parce que j’ai sollicité toute mon attention dans cette histoire, que le changement mentionné plus haut m’a tellement remuée, que j’attendais autre chose.

J’aurais pu imaginer mille scénarios, mais celui opté par l’auteur n’était pas du tout à la hauteur de mes attentes (avis tout à fait subjectif, évidement!). C’est cruel car l’ensemble du roman a réussi à me faire vibrer et frémir à la fois. C’est pour tous ces éléments réunis que « Lettres de l’intérieur » me restera malgré tout en mémoire pendant longtemps et je suis très heureuse de l’avoir lu. Merci Fanny 🙂

John Marsden, « Lettres de l’intérieur », traduit de l’australien par Valérie Dayre, Éditions L’école des Loisirs, collection Médium, 1998 (1ère édition : 1991), 182 pages

« Ma fugue chez moi » de Coline Pierré

Quel plaisir de retrouver la douceur qui émane de l’écriture de Coline Pierré et l’attachement qu’elle arrive à créer immédiatement avec ses jeunes personnages! Après « La folle rencontre de Flora et Max« , écrit avec Martin Page, qui était un coup de cœur, je me suis laissée embarquer dans cette aventure qui concerne Anouk.

A 14 ans, elle a beaucoup de mal à trouver sa place à la maison : elle partage sa vie avec son papa et sa jeune sœur de 2 ans sa cadette. Leur maman est partie à l’étranger pour son travail, et ne revient au domicile familial qu’exceptionnellement. Même ses coups de téléphone se font de plus en plus rares. Ajoutez à cette absence déjà difficile, un papa qui ne communique que très peu, et une sœur qui est à l’internat toute la semaine, et vous comprendrez facilement la solitude à laquelle fait face au quotidien notre Anouk. Qu’est-ce qui a fait déclencher cette envie de voir ailleurs si l’herbe est plus verte? Une guerre nouvellement déclarée avec son ex-meilleure amie et qui s’illustre au moyen des pires mesquineries.

Anouk décide alors de tout quitter, avec pour seul souvenir de son « ancienne » vie un sac à dos et quelques effets personnels. Mais après quelques heures passées dans le froid hivernal de son Alsace natale et voyant les difficultés à trouver un endroit où passer la nuit, elle décide de rentrer chez elle, penaude. Lui vient alors à l’idée de mettre en scène sa fugue… et de se cacher dans le grenier. Grâce aux quelques vivres glanées durant la journée, pendant que tout le monde vaque à ses occupations, Anouk y voit la fugue parfaite sans prendre trop de risque! Un bref mot laissé sur la table à l’attention de son père, et voilà qu’elle organise la cache idéale avec le confort minimum, dans la seule pièce que personne ne pensera à vérifier.

« Ma fugue chez moi », voilà un titre et une accroche particulièrement originaux! Nombreux sont les ados qui veulent quitter leurs parents, leur école, leurs amis, mais n’osent le faire par peur de se retrouver sans aucun moyen. Anouk, elle, trouve alors une alternative séduisante, qui allie confort et fuite de sa propre vie. Mais ce qu’elle n’avait absolument pas imaginé, est qu’elle allait devenir le témoin de sa propre absence, et assister aux conséquences sur les personnes aimées. Tristesse, angoisse, insomnie, son entourage est profondément sonné par sa disparition et remue ciel et terre pour tenter de la retrouver. Toutes ces scènes se jouant sous ses yeux!

Si les premiers jours sont jouissifs, au fil du temps, Anouk se retrouvera face à ses propres responsabilités, et aura le sentiment de s’être mise dans une impasse, tout seule.

Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus de préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. (p.25)

Avec ce nouveau titre, Coline Pierré aborde des thèmes importants pour les ados et leur donne matière à réfléchir sur la conséquence de certains de leurs actes. Tout m’a semblé très cohérent et je me suis vraiment laissé imprégner par cette atmosphère  secrète, presque intime, que renvoie le tout petit lieu aménagé par Anouk.

Je me sens comme Robinson Crusoé sur son île : heureuse d’être accaparée par ma survie. Je ne m’ennuie pas. Chaque geste devient une mission. Manger est un véritable défi. Prendre une douche est un challenge. Piquer de la nourriture et des objets sans me faire repérer est un parcours du combattant. Je suis un agent secret du quotidien. (p.35)

J’ai beaucoup aimé ce court roman, empreint d’une belle humanité et qui réchauffe le cœur!

Coline Pierré, « Ma fugue et moi », Editions du Rouergue, Doado, 2016, 116 pages

« Anka » de Guillaume Guéraud

« C’est juste l’histoire d’un rapprochement. Entre un adolescent vivant sans repères et une femme morte sans attaches. »

Qu’est-ce que c’est joliment écrit, en quatrième de couverture. Une phrase qui résume à elle seule le sujet de ce roman de Guillaume Guéraud.

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Anka, une jeune fille de 29 ans meurt dans un parc dans d’affreuses souffrances, et personne ne s’en rend compte. Elle part seule. Seule, comme elle l’a été durant ces dix années passées en France. Pourtant, elle venait y chercher du réconfort, un espoir. En Roumanie, il n’y avait pas d’avenir.

A partir de cette triste fin, l’auteur déroule sa vie, remonte les jours, semaines, mois, années, de cette solitude qu’était la vie d’Anka. Personne ne semble perturbé par cette disparition, sauf peut-être ceux qui profitaient d’elle, son ancien proprio, des gars pas commodes…

Et c’est à l’annonce de sa mort, qu’un jeune garçon, Marco, remuera les souvenirs et lourds secrets pour en savoir plus sur cette mystérieuse jeune fille. Quel est le lien avec Marco? Anka était en fait mariée à son père, Thomas Fontan. Ce sont les flics qui, en débarquant un jour à leur appartement, où Marco est seul à faire ses devoirs, qui lui annoncent le décès de sa mère… Sa mère? Sa mère est morte?! Une fois le choc passé et les révélations faites, quel impact ce mariage blanc ainsi avoué aura sur cette famille qui l’ignorait? Marco, en tout cas, en sera chamboulé!

Alors que mon sang bouillonnait. Alors que mes jointures craquaient. Alors que j’avais suffisamment de force pour faire pencher la terre à l’envers.

Mais rien ne tenait debout.

Et toujours ces étincelles dans ma tête. Ces crépitements. Cette urne et cette plaque.

Il fallait peut-être que je commence par mettre de l’ordre. (p.95)

On est très loin des giclées de sang, des yeux qui se révulsent, et des cadavres par terre, qui caractérisent l’univers de ce sacré personnage qu’est Guéraud! Quoi que, il y un peu de sang ici… ! Il nous raconte plutôt comment un décès, ma foi banal, va profondément toucher un jeune ado. A travers cet aveu de mariage blanc, on a l’impression que Marco se tiendra comme responsable de la vie misérable, et de la mort, d’Anka. Bien sûr, son papa est touché par cette perte, quoi que… Le reste de la famille, sa maman, sa soeur, n’en ont que faire. Au plus vite elle est enterrée, au plus vite on oublie cette histoire. Pour Marco, l’impact est autre. L’image de sa famille est ébranlée, le couple que forme ses parents est égratigné, et le visage de cette mystérieuse inconnue revient sans cesse le hanter…

Comment son père a pu faire un mariage blanc? Juste pour le fric? Ces questions laisseront place à une forme de violence et de haine qui s’installent dans sa cage thoracique. Cette boule grossira au fur et à mesure que Marco reviendra sur les pas d’Anka.

Guillaume Guéraud s’offre à nous dans une version plus psychologique et introspective. De quoi prouver à nouveau toute l’étendue de son talent!

Guillaume Guéraud, « Anka », Editions du Rouergue, Doado noir, 2012, 109 pages

« Plus tard je serai moi » de Martin Page

Comment réagir quand nos parents ont le sentiment de pouvoir choisir ce qu’on veut faire de notre vie, sans demander notre avis? Crise de la quarantaine? Stress soudain face à l’évolution de leur enfant?

Séléna est en tout cas confrontée du jour au lendemain à mille interrogations de la part de ses parents et à une turbulence de ce genre. Turbulence, ou devrait-on dire, raz-de-marée, qui va bouleverser le calme et l’harmonie qui régnaient jusqu’alors dans cette famille tranquille.

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C’est décidé, Séléna sera artiste! Décidé, enfin, elle n’est encore qu’au collège et n’a pas vraiment réfléchi à ce qu’elle voudrait faire plus tard. Mais ses chers parents, ont décidé que c’est la meilleure voie à suivre pour elle. Quelle chance pour elle, de ne pas être forcée à suivre des études supérieures, à imaginer un mode de vie plus bohémien, très loin du métro-boulot-dodo. Mais… ce n’est pas elle qui l’a choisi! Et même si l’idée paraît séduisante, Séléna veut avoir le libre de choix de prendre cette décision toute seule.

Seulement, ses parents ne s’arrêteront pas à cette simple discussion. Celle-ci a ouvert les portes à une véritable course au plus « offrant » : une palette d’aquarelle, un carnet, un appareil photo, un piano… jusqu’où vont-ils s’arrêter? Couper le chauffage peut-être? Arrêter de faire les courses? C’est bien connu, tous les artistes aujourd’hui sont passés par des phases difficiles durant leur enfance!

Après avoir lu « La folle rencontre de Flora et Max » écrit par Martin Page et Coline Pierré, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur l’œuvre de celui-ci.

Très clairement, le style est différent! On entre dans un univers plus loufoque et déjanté, alors que celui du roman écrit à quatre mains y était doux et sensible.

J’avoue avoir perdu pied à plusieurs reprises dans cette histoire de parents qui imposent leurs choix à leur enfant. Face à cette ascension de gestes et d’achats, je n’ai pas vraiment été convaincue. Je n’ai pas réussi à me situer entre le côté grotesque et ridicule du comportement des parents de Séléna, et entre la part limite surréaliste, extraordinaire, voire drôle, de la situation. C’est un roman sympa, avec un message intéressant, mais je n’ai pas été emportée par les événements. Séléna ne m’a pas spécialement conquise non plus. Alors que j’aurais aimé qu’elle tape du poing sur la table, qu’elle crie haut et fort qu’elle seule a les clefs de son destin entre les mains, elle m’a paru bien trop effacée.

Je ne regrette pas pour autant d’avoir choisi ce titre, soufflé par Folavril, et lirai volontiers autre chose de Martin Page (peut-être l’un de ses romans pour adultes). Mais l’attachement n’a pas pris avec celui-ci.

En tout cas, elle ne vivrait pas une vie qui ne serait pas la sienne, elle ne passerait pas à côté des choses qui comptent pour elle. Restait à savoir exactement ce qu’elles étaient, ces choses. (p.64)

Martin Page, « Plus tard je serai moi », Edition du Rouergue, Doado, 2013, 73 pages

« La folle rencontre de Flora et Max » de Martin Page et Coline Pierré

Je l’avais pas mal vu circuler en 2016 sur les blogs, ce roman. Et c’est fin de l’année, lors de ma période « jeunesse » où je me suis vraiment penchée sur son cas, sans attentes particulières.

On dirait que les vraies rencontres ne sont possibles que par accident. (p.81)

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Flora est incarcérée dans une prison pour mineurs parce qu’elle a tabassé une fille qui la harcelait depuis des mois. Un jour, elle a perdu son sang froid, elle ne le regrette pas. Mais la vie à la prison, il faut l’apprivoiser. De nature plutôt calme et réservée, Flora est malgré tout secouée par ce qu’elle a fait. Elle se sent jugée, notamment par ses parents. La jeune fille va alors trouver du réconfort dans les lettres de ce garçon prénommé Max, qui a décidé de lui écrire un beau matin, après avoir été attendri par son histoire. Ils sont dans la même école, et pourtant il ne se sont jamais rencontrés. C’est à travers cette correspondance qu’ils vont apprendre l’un de l’autre. Les mots de Max la touchent, lui parlent. Bien plus que la mince consolation que ses parents tentent de lui apporter. C’est sans doute parce que Max n’est pas un garçon comme les autres. Il est lui aussi enfermé, à sa manière.

Il a arrêté l’école et ne vit qu’à travers les murs de sa chambre. Il n’est plus possible pour lui d’entrer en contact avec qui que ce soit, si ce n’est ses parents. Et sortir… un effort surhumain qu’il ne peut surmonter pour le moment. Il a bâti un univers qui lui est propre, une carapace qui le protège.

A eux deux, ils vont trouver les mots qui rassurent, qui font tomber toutes ces étiquettes que le monde extérieur leur colle. A travers des anecdotes, des brèves du quotidien, ces petits gestes posés sans grande importance, ils vont commencer à voir leur vie autrement et trouver la force d’avancer chacun dans leur voie.

Ce petit texte est très doux. Il se lit d’une traite. J’ai été aspirée par ces mots lancés au hasard, sans aucun calcul. L’échange de courrier fonctionne particulièrement bien. On y retrouve un style propre à chacun, une sensibilité différente qui permet d’entrevoir de belles personnalités. Teinté d’ironie, d’humour décalé, cet échange dégage une force incroyable et une générosité sans pareille.

Les deux auteurs abordent à travers ce titre la différence, et l’extrême difficulté pour des ados de trouver leur place dans un moule qui ne leur ressemble pas. Un sujet qui peut parler à n’importe qui!

Tu m’aides à apprivoiser l’enfermement parce que avec tes mots je ne suis jamais seule. (p.75)

Martin Page et Coline Pierré, « La folle rencontre de Flora et Max », Editions L’école des loisirs, 2015, 200 pages

« Je mourrai pas gibier » de Guillaume Guéraud

Après l’excellent « Plus de morts que de vivants« , j’ai eu envie de renouer immédiatement avec l’univers noir de Guillaume Guéraud. Sur les bons conseils de Moka qui est une véritable fan, j’ai donc emprunté à la bibliothèque ce tout petit roman.

518ocpb18ml-_sx349_bo1204203200_Dans le patelin de Mortagne, deux camps sont depuis la nuit des temps les pires ennemis : ceux travaillant à la vigne, et ceux de la scierie dirigée par M. Lestrac. C’est simple, les travailleurs de chaque partie ne savent tout simplement pas se blairer! Une rivalité qui a toujours existé. Un seul point commun les lie : ils sont tous des chasseurs de coeur. D’où l’adage qui dirige chaque habitant de Mortagne « Je suis né chasseur! Je ne mourrai pas gibier« . La haine et le rapport de force font la loi et tant pis pour les plus faibles. Terence, surnommé le « pleu-pleu », n’entre pas dans cette grande famille, et vit en retrait de tout ce qui se passe au village. Il n’est pas « né gibier ».

Généralement, si les hommes d’une famille travaillent à la scierie, les enfants suivent le même chemin. C’est le cas chez Martial, dont le père et le frère suivent cette lignée. Mais pas lui! Rien que pour éviter son frère, avec qui il ne partage pas beaucoup d’affection, il a voulu devenir ébéniste. Mais après les premières moqueries, il s’est finalement lancé dans la mécanique, en suivant les cours dans l’école internat la plus éloignée de son village. Il ne retourne dans sa famille que le week-end, ce qui est plus que suffisant pour lui. Plus il est à l’écart de ces rapports humains durs et méchants, mieux il se porte. Quand il y pense, ce sont des sentiments proches du mépris et du dégoût qui se forment. C’est pour cela qu’il se sent bien plus proche d’une personne comme Terence.

Un week-end, un événement important s’annonce dans la famille de Martial : le mariage de son frère.

En seulement 76 pages, Guillaume Guéraud plante un décor, une atmosphère sombre, mystérieuse. Une tension palpable dès les premières lignes, une domination masculine légitimée par une dualité qui a toujours existé.  Le seul « vilain canard » qui n’entre pas de le moule est Martial. Et même si on ne sait pas grand chose de ce jeune homme, on l’apprécie juste pour la force qu’il témoigne de vouloir rester différent et de ne pas faire comme tout le monde. Mais au milieu d’une telle haine, de cette violence du quotidien, une personne comme Martial ne peut pas rester de marbre éternellement. A un moment, il faut agir, renverser cette situation. Les durs qui font la loi, il en a marre. Et alors, tout bascule.

Guillaume Guéraud présente à merveille le côté sombre de l’humain, mais aussi cette toute petite fragilité qui à un moment donné, donne le déclic pour tout renverser. L’univers de cet auteur est noir, glauque, mais il a le don de ne jamais tomber dans le « too much ». Tout paraît en équilibre.

C’est parce qu’il est court que ce roman est si percutant! Les pages se tournent à une vitesse folle et possèdent une force sous-estimée. Une tension se crée très habilement. C’est fort. Les scènes décrites dans les moindres détails sont extraordinaires et vous soulèvent l’estomac. Mais tout est si juste. Avec une pointe d’ironie, comme je l’aime. Noire, bien sûr!

Guillaume Guéraud, « Je ne mourrai pas gibier », Editions du Rouergue, DoAdo noir, 2006, 76 pages.

« Plus de morts que de vivants » de Guillaume Guéraud

Durant la période de Halloween, j’ai eu une envie de roman qui dérange, qui remue, qui secoue. L’excellente liste effrayante de Moka est tombée à pic (d’ailleurs j’y piocherai encore de bonnes idées!)! Et j’ai succombé à ce roman jeunesse de Guillaume Guéraud. J’ai été clairement servie! Ce livre est incroyable!

La plupart ne faisaient pas un bruit quand ils mouraient. Même pas le bruit d’un insecte qu’on écrase. Seuls ceux qui avaient peur hurlaient. Mais la plupart de ceux qui mouraient n’avais pas le temps d’avoir peur. Et quand la mort leur en laissait le temps, alors la force leur manquait pour manifester leur peur en hurlant. (p.123)

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La veille des vacances de carnaval, les étudiants du Collège Rosa Parks se rendent dans leurs classes respectives comme chaque jour. La grippe et la gastro ont vaguement cloué quelques-uns au lit, chose courant pour cette période de l’année. Les jeunes échangent dans les couloirs à propos de leurs projets durant les congés, entre autres, des séjours au ski, ou encore des journées glandouille « jeux vidéo ». Mais très vite ce matin-là, dès 8h30-9h, des choses inhabituelles se passent. Personne ne s’en rend vraiment compte, trop absorbé par les cours qui commencent. Une chute de cheveux, un nez qui saigne, des boutons rouges qui apparaissent sur le bras… Quelques minutes après ces symptômes, vient l’annonce des premières victimes. Et la multiplication des personnes malades dans l’enceinte scolaire… Infection alimentaire? Virus? Que se passe-t-il dans ce collège où chaque membre semble connaître ses dernières secondes d’existence? Les services de secours, et ensuite la santé publique, se penchent sur cet étrange cas et comprendront très vite que la situation prend une tournure des plus dramatiques.

Dans cet excellent roman, le lecteur n’a que peu de temps pour s’imprégner de l’atmosphère et s’imaginer le décor, puisque les morts tombent immédiatement. Le lecteur ne reprendra son souffle qu’une fois la lecture achevée. A peine remis des victimes isolées, qu’il sera abasourdi par ce qui apparaît vite comme une  véritable hécatombe! L’expression « tomber comme des mouches » prend réellement tout son sens avec les mots de Guéraud, qui n’épargne aucun détails (il va se gêner, tiens!). Des scènes dérangeantes, écœurantes, les amateurs de gore seront servis!

Ces multiples visions d’horreur, presque irréalistes, vous scotcheront en un instant. De fait, il s’agit d’une histoire complètement addictive! Est-ce un mauvais rêve? Je l’ai pensé une seconde. Mais pas Guillaume Guéraud, qui présente ici une faucheuse des plus terribles, qui attrape tout le monde sur son passage.

Tous assomés-déboussolés-bouleversés. Sous le choc. Ils n’avaient encore jamais vu la mort frapper aussi violemment. (p.70)

Inutile d’en dire plus sur le fond, c’est une histoire à découvrir au fil des pages, pour un effet de surprise maximal. Pour les petits coeurs, passez votre chemin. Quand on ouvre ce livre, on n’en sort pas indemne!

Un auteur que je vais clairement suivre!

Guillaume Guéraud, « Plus de morts que de vivants », Editions du Rouergue, Doado noir, 2015, 251 pages.

« Le complexe du papillon » d’Annelise Heurtier

Soudain, j’ai ressenti la furieuse envie d’être quelqu’un d’autre que moi. (p.41)

Devenir quelqu’un d’autre, changer de vie, être simplement différent-e… qui n’en a jamais rêvé, surtout à l’adolescence?

Annelise Heurtier décrit à merveille cette période charnière, celle où on se retrouve au milieu de ses propres doutes et de ses envies d’autre chose.

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Elle l’aborde dans son nouveau roman en mettant en scène une jeune fille de 14 ans prénommé Mathilde, qui, du jour au lendemain tombe dans le cercle vicieux de l’anorexie. En apparence bien dans sa tête et dans sa peau, elle se retrouve rapidement enfermée dans une dangereuse spirale qu’elle ne semble plus maîtriser. C’est face à la transformation physique d’une élève de sa classe, que Mathilde commence à douter d’elle-même et surtout de ce que lui renvoie son corps, plus musclé que filiforme. Sa drogue à elle, c’est la course à pieds et l’athlétisme qu’elle pratique depuis des années. D’habitude, elle se tient à l’écart de la presse people et des nouveaux diktats de la mode. Mais avec le changement de Cézanne, elle se met d’un coup à détester son corps et à vouloir atteindre la même assurance que sa copine de classe. Malgré la présence de sa meilleure amie, la pétillante Louison, Mathilde tombe rapidement dans la maladie et se renferme sur elle-même, elle qui  était si souriante et sociable.

Je me suis postée devant le miroir pour dire au revoir à cette fille qui me faisait face et que je n’aimais pas. (p.57)

Ce roman est efficace, direct. L’auteure rentre tout de suite dans le vif du sujet, ce qui permet d’accrocher immédiatement le lecteur. J’ai eu beaucoup de mal à le lâcher, voulant rester aux côtés de Mathilde dans cette dangereuse quête d’idéal. Elle est très attachante, ainsi que Louison, la petite fée de Mathilde.

Mais Annelise Heurtier ajoute une profondeur à ce récit en intégrant le deuil, avec la perte récente de la grand-mère de Mathilde. Elle associe ainsi les deux thèmes, pour présenter un mal-être plus général. Les passages sur sa grand-mère sont très émouvants. Je me suis beaucoup reconnue dans le personnage de Mathilde, sans doute l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pu lâcher ce roman! Et puis l’écriture est toujours aussi jolie…

Un roman que j’ai vraiment beaucoup aimé, que j’ai trouvé très juste.

Découvert une nouvelle fois grâce aux excellents conseils de Fanny des Pages versicolores. Son beau retour ici.

Annelise Heurtier, « Le complexe du papillon », Editions Casterman, 2016, 194 pages.