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« Le Turquetto » de Metin Arditi

Voilà un livre qui me laisse plutôt dubitative : bien que la trame de fond – l’histoire d’un peintre aux multiples identités dans le Constantinople du milieu du XVIème, qui suit sa voie contre toute attente – m’ait enchantée, ainsi que la promesse d’un voyage entre la Turquie d’antan et Venise, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer et à véritablement y entrer.

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Ce roman historique présente un personnage pour le moins charismatique, Elie un jeune garçon né juif sur terre musulmane, à Constantinople. Dès son plus jeune âge, Elie se découvre une véritable passion pour la peinture, alors que sa famille peine à garder la tête hors de l’eau avec la vente d’esclaves dans le Grand Bazar de Constantinople. Dès lors, il se décide assez vite de s’expatrier à Venise, ville d’art, et s’intègre durant quarante ans dans cette vie italienne et chrétienne. Sa capacité d’observation et de discernement en ce qui concerne les sentiments humains lui valent de véritables chefs-d’œuvre, particulièrement appréciés dans le monde de l’Eglise. Elie, appelé désormais le Turquetto, fait ses preuves en travaillant à l’atelier de Titien pour ensuite devenir le prodige que tout le monde vénère. Son plus? Arriver à mettre en lumière l’être humain au naturel en mêlant des techniques artistiques délicates et maîtrisées et la religion.

Dans ce récit, j’ai apprécié le parfum, l’atmosphère chaude et bruyante du Bazar de Constantinople, avec la convivialité qui lie chaque vendeur, opposés au côté austère de l’Eglise chrétienne, le culte de l’apparence et de la richesse vénitienne. Grâce à des descriptions fidèles et détaillées, j’ai véritablement  voyagé entre ces lignes. Cependant, l’alternance des narrateurs (à chaque chapitre) et la multiplicité des personnages m’ont déroutée, jusqu’au point d’être complètement perdue à maintes reprises. En outre, j’ai trouvé le clin d’oeil aux tableaux du Turquetto trop peu présent, malgré ce que laissait présager le mot des éditeurs à la quatrième de couverture « Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature… ». Les rapports de pouvoir entre l’Eglise, et l’art sont très présents, démontrant qu’à cette époque, cette instance laissait peu de part à la liberté artistique et d’expression. Aussi, les différences de religions et les problèmes que cela comporte, il s’agit même de tensions majeures, sautent aux yeux comme une bête féroce qui font véritablement tomber des personnages emblématiques comme le Turquetto. Parce qu’il n’appartient pas à la même religion, soudain son oeuvre est proscrite et se retrouve jugée comme étant hérétique et blasphématoire, ignorant le bonheur et le débat qu’elle peut procurer au sein de la population, qui est là le rôle de chaque œuvre artistique.

Dernier élément que j’ai apprécié (finalement, je me rends compte avoir aimé les thématiques abordées par l’auteur et moins la forme qu’il a employée) est la relation unissant Elie et son père, ce qui, même après la mort de ce dernier , continuera de circuler au sein de son oeuvre et de ses pensées les plus intimes. Le Turquetto est finalement une personne attachante, vibrant uniquement pour sa passion de la peinture, pour laquelle il est indéniablement doué, sincère malgré ses doubles, voire triples identités, et honnête envers lui-même et ses origines.

Peut-être que je n’ai tout simplement pas lu au bon moment ce roman, peut-être que d’autres éléments ont fait que je n’ai pu me plonger dedans pour l’apprécier à sa juste valeur. A découvrir malgré tout pour ceux qui aiment l’art, la vie vénitienne au moment de la Renaissance, et la question des religions à cette époque.

Merci encore à Mathilde pour le prêt 😉

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