« Un homme accidentel » de Philippe Besson

Dans ce roman, le narrateur, dont on ne connaîtra ni le prénom ni le nom, est inspecteur de police à Los Angeles. Trentenaire, il vit une existence rangée : marié à Laura, ils attendent leur premier enfant, évidement avec beaucoup d’impatience, dans l’amour et la bienveillance. Lors d’une garde de nuit tout à fait ordinaire, il est appelé sur les lieux d’un meurtre où on a retrouvé le corps d’un jeune prostitué, Billy Greenfield. L’enquête commence et elle le mettra sur le chemin d’une jeune star de cinéma, Jack Bell (note de moi-même: une personnalité que je comparerais tout le long de la lecture à James Dean, dans sa description, et en lien avec l’un des derniers roman de Besson). Ce nom dit vaguement quelque chose aux enquêteurs, plus souvent croisé dans les tabloïds que pour son palmarès. Ce qui les retient surtout est qu’il figure dans le carnet de la victime retrouvé sur son corps, où était noté un rendez-vous précédant son meurtre. Le premier interrogatoire débute et sans le préméditer, aura des conséquence sur le reste de l’existence du policier et du suspect principal.

9782264048516

Le narrateur revient sur cette histoire 1 an après les faits et la partage comme une confession. Il dévoile le déroulement des choses comme lors d’un interrogatoire, mais avec toute la peine qu’elles soulèvent encore en lui. Oui, cette rencontre aura été bouleversante pour lui.  C’est un peu comme au jeu du chat et de la souris que le policier dévoile cette période de sa vie, avec le lecteur.

A l’instant précis de notre rencontre, je veux dire: lorsqu’il a été là, devant moi, dans le matin du monde, avec sa beauté fracassante et ensommeillée, et son air de survivant, il ne s’est produit aucun déclic, je le jure. (p.65)

Cet homme est émouvant, et terriblement affecté par toute une série de choses : les conséquences de cette histoire sur son entourage, et surtout, la perte de l’être aimé. Car il s’agit bien d’amour, homosexuel, qui est au cœur de ce roman de Besson. Ces deux personnes vont tomber littéralement dans les bras l’une de l’autre. La température grimpe, au même niveau que l’est ce désir enfuit depuis toujours. Et surtout, ce qui saute aux yeux, c’est l’évidence de tomber sur la bonne personne, celle qui transforme à jamais l’autre. Rien n’était prémédité, c’est tombé sur eux à ce moment-là : c’est là que l’on peut voir tout le côté tragique et beau de la rencontre. Car les obstacles entre ces deux-là sont bien présents, celui de l’enquête avant tout, de la position de chacun d’eux, et puis dans le cadre de leur vie sociale, c’est évidement un événement qui doit être étouffé. Dès les premières phrases, le lecteur sait que l’issue de cette histoire d’amour est malheureuse.

Cette relation clandestine suscite de vives émotions auprès du lecteur. Elle émeut, avec ces sentiments si forts qui s’installent à une vitesse extraordinaire, autant qu’elle retourne, de par les détails de scènes intimes et passionnées. Philippe Besson joue la carte de la franchise et de l’authenticité en passant au-dessus des tabous. L’histoire se déroule au début des années 90, période où l’homosexualité n’est pas totalement rendue publique, ou du moins, beaucoup moins que de nos jours. Cette relation surprend surtout parce que ces deux hommes n’étaient jamais censés se rencontrer, et que chacun d’eux avait avant cela une vie plutôt cadrée. Et c’est ça qui est beau! Le destin, le hasard, qu’importe la façon dont on nomme cette opportunité, met ainsi sur une même route des êtres qui doivent se rencontrer.

Notre histoire échappait à la rationalité, au calcul. Elle n’était pas le produit d’une stratégie, le résultat d’une manœuvre. C’était une vérité posée là, indiscutable, irréductible. Une passion comme celle-là, incandescente, effrayante, était inconciliable avec la froideur, la détermination. Absolument incompatible avec une quelconque préméditation. (p.181)

Le roman ne se focalise donc pas sur l’enquête du meurtre de Billy Greenfield, « l’homme accidentel » qui remuera deux destins. Et une fois encore, Besson exprime les sentiments, quels qu’ils soient, d’une façon si naturelle et limpide. Tout est dit sans filtre, c’est osé, au risque de secouer. « L’homme accidentel » est prenant et se lit avec la même urgence à laquelle sont confrontés les personnages principaux. On en ressort retourné, ébranlé, le souffle court.

Philiie Besson, « Un homme accidentel », Editions Julliard, 2008 (10/18, 2009), 244 pages

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10 réflexions au sujet de « « Un homme accidentel » de Philippe Besson »

  1. anne7500

    J’ai lu trois ou quatre romans plus anciens, mais j’avoue avoir arrêté, j’ai l’impression qu’il n’arrête pas de publier, Philippe Besson, et il m’a l’air un peu arrogant, ça me freine. Mais… ton billet donne envie 😉

    Répondre
    1. Laeti Auteur de l’article

      C’est vrai qu’il a publié une belle série de romans! Je les lis au fur et à mesure, tous ne m’intéressent pas non plus. J’aime bien l’homme justement, calme, posé, humble (il en a l’air en tout cas) et surtout j’adoooore sa sensibilité!!

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  2. Virginie

    Je l’ai beaucoup aimé ! Pourtant, je suppose que la première fois en juin 2015, il n’avait pas dû tant me marquer puisque je l’ai relu en août cette année ! Mais Philippe Besson est un excellent auteur pour traduire les sentiments ;o)

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    1. Laeti Auteur de l’article

      Je pense comme toi que ce sont plus des images et scènes « choc » qui restent! L’histoire finalement est un peu banale, c’est la façon dont il la met en scène qui est merveilleuse!

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