Trêve estivale

Je suis d’accord, peu de différence entre le dynamisme habituel de ce blog, et la pause, mais là au moins, j’ai une bonne excuse! Deuxième remarque : pourquoi maintenir le blog avec un tel rythme de publication? Parce que j’y tiens, tout simplement. Et même si ces derniers mois ont été franchement silencieux, dû à la fatigue, à la course au temps, au stress du quotidien, et à d’autres petits soucis, pour le moment, il n’est pas question de fermer « Mes bulles d’air ». Je tiens par là, à remercier du fond  du cœur toutes les personnes qui passent par ici aux moindres billets et y laissent un petit mot. Il ne s’agit pas de courir après les commentaires, mais c’est ce lien que je désire garder. Maintenir cette relation amicale virtuelle, qui me donne le sourire ou me rassure par moments plus compliqués. Et puis le plus important, après tout, c’est que la passion de la lecture et du partage soient toujours là. Sinon, effectivement, le blog n’a plus lieu d’être! Par ailleurs, je suis beaucoup plus active sur Instagram (lien dans la colonne de droite), donc n’hésitez pas à me faire un coucou si vous souhaitez suivre mes petites aventures.

Je disais donc que cette pause pour cause de vacances est à chaque fois un chouette prétexte pour relancer la « machine » dès la rentrée. Quelques billets sont préparés. Il y aura sans doute du changement au niveau des sujets, peut-être de nouvelles rubriques. Entre-autres, je partagerai beaucoup plus les albums jeunesse de mon petit lecteur, un univers qui me passionne de plus en plus.

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Pour partir, j’ai réussi à faire mon choix sur 4 titres (c’est raisonnable, hein!). Dernièrement, j’ai accroché à 100% aux éditions Sonatine, et retrouvé le bonheur de se plonger dans les thrillers. Pour celles qui me connaissent, elle savent que c’est le tout premier genre que j’affectionnais étant plus jeune. En avant-première, le prochain roman de Joyce Maynard (bonheur décuplé), Acquanera dans lequel je suis actuellement plongée et que j’aime beaucoup, et enfin le récit de Marc Lavoine, qui sera d’abord lu par l’Homme (qui ne lit qu’en vacances!). Point de romans légers dans la valise, mais cette sélection donne une idée de l’évolution récente de mes lectures et de mes envies du moment.

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Je vous souhaite de belles vacances, d’excellentes lectures, un bel été et on se retrouve plus tard!

A bientôt!

« Gaspard ne répond plus » d’Anne-Marie Revol

Je viens de refermer ce pavé de près de 500 pages, un premier roman envoyé par son auteure, fort sympathique. Je n’ai pas pour habitude d’accepter les services presse, mais il y avait ce petit quelque chose qui m’attirait chez son Gaspard. Je me suis alors dis « pourquoi pas! ».

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Gaspard de Ronsard se lance dans l’aventure « Un jour j’irai à Shanghai avec toi », émission de téléréalité (qui nous fera sans aucun doute penser à Pékin Express), qui l’envoie tout droit au Vietnam. Étrange initiative pour ce jeune professeur de français plutôt discret, voire réservé. Organisées en binôme, les équipes parcourent le pays au rythme des défis à relever et des nombreuses étapes à passer. Pour compléter ce profil déjà peu ordinaire, la production a choisi Cindy Lelièvre, blonde écervelé, pas sportive pour un sou, davantage préoccupée par sa manucure et son brushing, que par la compétition. Rien qu’avec ce duo de choc, Sparkle TV et Screen Production, la chaîne qui diffuse l’émission et le producteur, sont confiants pour l’audience!

En réalité, la motivation de Gaspard à participer à cette émission est loin d’être la quête au succès. En se rendant en Asie, il cherche à en savoir plus sur le décès de ses parents, Georges et Violette, tous deux ethnologues, disparus dans un accident d’avion alors qu’il n’était qu’un bébé. Mais alors que le binôme traverse des routes on ne peut plus scabreuses, le jeune homme tombe du pick-up qui le transportait, en pleine nuit, sans que l’équipe ne s’en aperçoive. Quand celle-ci décide de faire une pause, catastrophe! Plus de Gaspard! Salement amoché, les deux jambes cassées, le français est alors sauvé et hébergé par une communauté vivant dans ces terres encore préservées des nouvelles technologies, aux antipodes du monde contemporain. Il sera alors retenu en captivité par la chef de la tribu, une dénommée My Hiên, qui, justement, parle parfaitement le français, le temps de calmer les ardeurs du peuple qui souhaite passer à l’électricité et à la modernisation. Dans 2 mois, elle a une réunion qui fixera le sort de ce bout de territoire maintenu sauvage par elle seule. C’est ainsi que Gaspard organise des veillées en lisant les journaux intimes du compagnon décédé de My Hiên, un personnage haut en couleurs qu’on apprend à connaître tout au long de ses carnets, appelé Hubert.

Voilà un roman idéal pour l’été, léger, loufoque à souhait, qui vous fera passer un moment distrayant et amusant! Pour ma part, si le début m’a semblé prometteur, avec cette mise en situation rapide et efficace et un rythme dynamique, j’ai trouvé la suite de la lecture plutôt longue.

Le contexte m’a d’emblée plu, avec une présentation délurée du milieu de la téléréalité. Anne-Marie Revol sait de quoi elle parle puisqu’elle est journaliste à France 2. L’accident de Gaspard qui déjoue forcément tous les plans de la production, mettra l’équipe sans dessus dessous pour tenter de le retrouver. Il s’agira également d’envisager des plans B pour cacher dans un premier temps cette disparition, et minimiser la gravité de la situation dès que les premiers bruits courront. Il en va de la survie de la chaîne, et de sa direction, à fortiori! A vrai dire, je me suis plus amusée lors des ramdams occasionnés par cette disparition au sein de l’équipe télé que par la captivité de Gaspard.

D’autres personnes tout aussi atypiques, entreront en scène, comme la mère adoptive de Gaspard, Eulalie, Khoa ancien boucher, mi-sorcier, mi-médecin, et qui est aujourd’hui chargé de la santé du jeune homme, ou encore Hubert dont une grande partie du roman lui est consacrée avec la présentation de ses journaux intimes.

Le style est léger, les personnages sont attachants, il y a du dépaysement, une succession de situations incongrues qui ne peuvent que nous faire rire… Tout cela rend ce roman grandement appréciable, distrayant, et arrive à gommer les quelques petites invraisemblances. On se prend finalement rapidement au jeu! Ça fait du bien de pouvoir se plonger dans une histoire sans prise de tête, qui va nous faire passer un bon moment!

Merci à l’auteure pour cette découverte!

Quelques autres avis chez Delphine, Jostein, Livresse des mots.

Anne-Marie Revol, « Gaspard ne répond plus », Editions JC Lattès, 2016, 448 pages

« Une place au soleil » de Jean Leroy et Sylvain Diez

Pour mon petit garçon, j’essaie toujours de lui dégoter des albums liés à une période de l’année, une fête, une saison, un événement ou des émotions qu’il traverse. L’idée est de lui offrir des mots et des images qui l’accompagnent dans ce qu’il vit à ce moment-là, comme pour faire écho.

Mes choix se basent donc principalement par thèmes, et en ce moment, vous l’aurez compris, ses lectures sont remplies de soleil, de sable chaud et renvoient à la détente et au dépaysement. IMG_2235

Ce titre-ci, je pense qu’on a du le lire une cinquantaine de fois🙂 Je suis aussi fan que lui! Des couleurs, de l’esprit vraiment enfantin qui flotte parmi les pages, sans oublier la petite morale de l’histoire que j’apprécie beaucoup!

C’est l’histoire d’une souris qui tente de bronzer en toute quiétude sur sa serviette de plage, mais malheureusement, elle se retrouve trop souvent importunée par ses voisins (situations très souvent vécues, n’est-ce pas?!). Zones d’ombre, bruit, incivilités diverses… ce moment qui devait être pure détente se transforme en bras de fer avec les autres animaux venus eux aussi profiter du sable. Elle se retrouve alors sur une île déserte, toute seule… Le pied, se dit-elle! Pas tant que cela, finalement…

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La longueur du texte est idéale pour mon bonhomme de 3 ans! Il suit l’histoire, s’imprègne de l’atmosphère et du sens des messages. De mon côté, je suis fan des couleurs, des dessins et de cette petite souris râleuse, qui me fait drôlement penser à quelqu’un…

Un court album parfait pour la saison estivale, un clin d’œil drôle et sympa sur ces anecdotes de vacances qui nous font bien souvent sourire! Il aborde aussi, mine de rien, le vivre ensemble, la capacité à accepter l’autre, et à trouver un compromis pour que tout le monde s’y retrouve. Une très belle découverte!

« Une place au soleil », Jean Leroy et Sylvain Diez, Editions Kaléidoscope, 2014

« Un hiver à Paris » de Jean-Philippe Blondel

C’est ma première rencontre avec Jean-Philippe Blondel, fortement encouragée par Delphine dont c’est un des auteurs chouchous. Pourquoi le découvrir avec ce titre? Bien sûr, les avis étaient élogieux à sa sortie, et l’histoire me semblait également émouvante. Je peux confirmer que ce texte a eu l’effet d’une petite claque sur moi, d’une puissance sous-estimée, et qui pourtant ne laisse rien deviner derrière cette couverture plutôt mélancolique.

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Victor quitte sa province pour suivre les classes préparatoires littéraires dans une école très cotée à Paris. Il laisse derrière lui ses parents, avec qui il ne partage pas vraiment de complicité, encore moins avec son frère. C’est sans de réels regrets qu’il part donc vers l’inconnu. Dans cette école, c’est un tout autre univers qu’il l’accueille où l’individualisme est le moteur de chacun. Les étudiants se renferment dans les cours et les examens, le tout, dans une extrême concurrence. Quant aux professeurs, à croire qu’ils concourent pour celui qui sera le plus dur envers sa classe. « Marche ou crève » pourrait résumer cette ambiance désastreuse, voire violente, des hypokhâgnes et des khâgnes. Victor ne sort pas du lot, que du contraire. Il tente de se concentrer sur ses cours, mais les contacts humains lui manquent. C’est ainsi qu’il se rapproche de Mathieu, un autre étudiant qui semble lui aussi avoir du mal à trouver sa place parmi ce monde de requins. L’un et l’autre se trouvent quelques points communs, mais c’est la solitude qui les unit le plus. Ce début d’amitié n’aura été que de courte durée : un matin, une porte claque et des insultes fusent de la classe en face de celle de Victor. Ensuite, un bruit insupportable, qui résonnera pour toujours dans sa tête, et le néant. Mathieu a sauté par la fenêtre, après un conflit avec un professeur. Le suicide peut sembler si injuste, lorsqu’il est impossible de trouver ne fut-ce qu’une bribe de réponse à cet ultime geste. Ce jour aura l’effet d’un basculement dans la vie de Victor. Soudainement, les autres élèves s’adressent à lui, le pensant proche de la victime. Et une relation paraissant incongrue le liera au papa du défunt qui tente de récolter des impressions, de réunir les derniers moments de vie de son fils, pour essayer de comprendre l’inexplicable. A partir de ce jour, tout ce qui entoure Victor, tout ce que pense Victor, aura un autre goût. C’est son avenir qui prend un nouveau tournant.

Derrière des mots simples et une absence totale d’artifices, Blondel amène une histoire puissante, qui énerve et retourne le lecteur. C’est un monde qui m’était juste alors inconnu et que je ne soupçonnais pas, à vrai dire (d’ailleurs, j’ai appris ce qu’étaient les khâgnes et hypokhâgnes, qui n’existent pas en Belgique).

Face à l’ignorance, voire la méchanceté, des étudiants entre-eux, et envers Victor, il est difficile de rester de marbre. La façon dont l’auteur retranscrit cette ambiance détestable paraît si réaliste que ça en devient bouleversant. Le geste de Mathieu, évidement, est une preuve supplémentaire de ce mal-être, dont le choc réveillera finalement quelques consciences. Victor est un gamin bien mystérieux, et le restera aux yeux du lecteur, durant ses très nombreuses interrogations intérieures omniprésentes tout au long du roman. Le style colle parfaitement à l’apparence froide et instable du jeune garçon. Cette combinaison qui m’a semblé très juste m’a tenue en haleine tout au long de son parcours. Car finalement la moralité de cette histoire est, qu’à partir d’un terrible événement, un jeune adulte piochera dans toutes les rencontres qui s’offriront à lui les pistes pour avancer, se construire lui, et poser les bases de son avenir. Un souvenir qui restera à jamais gravé en lui et deviendra sa force pour avancer. Évidement, la question de l’autobiographie ou de l’auto-fiction se pose, lorsque l’on s’intéresse un peu au parcours de Jean-Philippe Blondel, et j’imagine très bien les raisons qui l’ont poussé à poser sur papier cette expérience du deuil qui pourrait servir à beaucoup de personnes, ainsi que la réalité des classes de prépas.

Il me fait penser, à plusieurs égards, à Philippe Besson, autre auteur de la mélancolie et de l’intime qui révèle aussi avec beaucoup d’émotions les forces cachées des êtres humains, lors de moments très pénibles qu’ils traversent. Un auteur avec lequel je n’ai pas fini, loin de là!

Jean-Philippe Blondel, « Un hiver à Paris », Editions Buchet-Chastel 2015 (Pocket, 2016), 192 pages.

« Refuges » d’Annelise Heurtier

Cet été-là, Mila et ses parents décident de retourner quelques semaines sur l’île de Lampedusa, où ils avaient l’habitude, il y a longtemps, de passer leurs vacances. Des retrouvailles qui rouvrent néanmoins une plaie encore fragile, malgré les années qui ont passé. Si Mila a accepté de suivre ses parents, c’est pour redécouvrir cette île qu’elle a tant aimé, et de se retrouver seule, de faire le point. Avoir 17 ans, cela suppose traverser des périodes plus anxieuses, faites de grands questionnements, qui semblent essentiels pour le reste de sa vie. Mais Mila a dû gérer cette épreuve qui l’a terriblement affectée, plus qu’elle ne le crois, justement. Dans cette maisonnette de vacances, on sent que la jeune fille suffoque très rapidement. Raison pour laquelle, elle ne tarde pas à trouver un vélo qui lui permettra de se balader chaque jour, à son rythme, et de retourner dans ces endroits qui lui évoquent encore de doux souvenirs. Assez renfermée, Mila est une ado qui se mêle difficilement aux autres jeunes qu’elle rencontre. Heureusement, elle tombera sur Paula, une jeune fille souriante, dynamique, ouverte. Malgré leurs caractères bien différents, une belle amitié naîtra, et permettra à Mila d’exorciser ses démons intérieurs.

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Lampedusa exerçait sur elle une sorte de pouvoir mystique, puissant.Bien au-delà des souvenirs qu’elle avait gardés. A quoi cela pouvait-il bien tenir? C’était idiot, mais il lui semblait que l’île avait le pouvoir de dissiper les tourments. (p.163)

En parallèle à cette histoire d’ados, à l’apparence banale, plusieurs voix s’élèvent. Si on a du mal à les situer au début de ces interventions, on comprend par la suite qu’il s’agit d’autres jeunes, vivant de l’autre côté de la Méditerranée en Erythrée, qui tentent de fuir un quotidien insoutenable. Une traversée qu’ils décident à chaque fois d’effectuer seuls, sans leur famille. Ces mots-là sont tranchants. Ils laissent s’échapper des images effrayantes.

Si Annelise Heurtier livre un récit classique de tourments adolescents avec Mila, elle cogne et remue en évoquant ces voyages glaçants. Des témoignages saisissants de courage, de jeunes qui connaissent les dangers de ce qui les attend, mais qui préfèrent prendre le risque plutôt que d’envisager un avenir sur leur terre natale. Cela ne peut que faire écho avec la malheureuse actualité que l’on connaît depuis plus d’un an. Faire parler ces jeunes, a, me semble-t-il un impact différent, révélateur d’une véritable tragédie humaine et politique. Grâce à l’auteure et à ce titre, les petits visages marqués, fatigués, et apeurés que l’on voit à la télévision, se personnifient. Le lecteur ne peut être que remué à la suite de cette lecture. Un roman à grande portée, à destination des ados comme des adultes, pour se rendre compte de ce que l’on a, comprendre en partie ce que vivent les autres populations qui ne se trouvent, finalement pas si loin de nous, et une façon intelligente de décrypter la question si délicate de l’immigration.

C’était la première fois que je vivais ce moment-là : l’instant où tu comprends que la mort te fixe, de ses orbites puantes et creuses. Patiente, elle attend juste de voir si tu vas trébucher. Tu peux compter sur elle, elle est là pour te rattraper. » (p.79)

Annelise Heurtier, « Refuges », Editions Casterman, 2015, 233 pages

« Les passants de Lisbonne » de Philippe Besson

C’est un gros coup de cœur que j’éprouve pour Philippe Besson depuis ma lecture de « Vivre vite » l’an passé. Quand j’ai appris qu’il sortait un nouveau roman, tout juste un an après ce dernier titre, je n’ai pas hésité une seule seconde à me le procurer!

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Dans « Les passants de Lisbonne », Besson force le destin de deux personnes en provoquant leur rencontre, totalement inattendue, dans un hôtel de la capitale portugaise. Cela ne ressemble pas tout à fait à des vacances, ces deux personnes ont décidé de partir, de fuir leur quotidien en France. De tenter de se ressourcer ailleurs, loin de ce qui les rattache à la réalité. Dans cet hôtel, Mathieu décide d’aborder Hélène, qu’il a déjà croisé plusieurs fois. Quelque chose en elle l’interpelle, est-ce sa maigreur? son visage fermé? sa solitude? Très vite, ce qui les lie leur saute aux yeux : la disparition de l’être aimé. Elle, vient tout récemment de perdre son mari dans d’affreuses circonstances. Elle a même assisté à sa disparition face à son écran de télévision : Vincent compte parmi les nombreuses victimes du tremblement de terre qui a touché San Francisco quelques mois auparavant. Quant à Mathieu, un fait qui peut paraître bien banal face à cette tragédie, mais qui le ronge profondément. La rupture après 5 années de vie commune, sans l’avoir vu venir. Tous deux vont partager au fil des pages cette douleur commune, ils vont parler de leurs disparus. Ceux sans qui leur vie n’a plus la même saveur, sans qui ils se sentent désormais des échoués, des passants. A bien des égards, les points communs se dessinent. Tout d’abord, le poids de cette solitude, le sentiment de ne plus avoir personne dans sa vie, la perte de repères, de buts. Mais chacun réagit néanmoins à sa façon dans ce deuil qu’ils doivent traverser. Hélène, qui semble si digne depuis la catastrophe naturelle, est assommée au fur et à mesure que les nouvelles tombent. Le décès n’est pas prononcé, aucun corps ne lui est restitué, aucune preuve de cette insoutenable absence. Sans ça, le deuil ne peut se faire. Elle vit donc dans une bulle parallèle à la vie réelle, qu’elle apparente à un coma. Mathieu, par contre, a décidé de s’ouvrir au monde de la nuit et des rencontres éphémères, mais qui ne remplacent aucunement le bonheur perdu.

Il y a des degrés dans la souffrance, mais pas de concurrence entre les souffrance. (p.62)

Philippe Besson soulève des questions bien difficiles autour du sujet tabou qu’est la mort. Il l’évoque ici à travers un tremblement de terre et un tsunami, en abordant la victime individuelle, en évitant de l’englober dans les bilans très (trop) généraux transmis par la presse. Cette disparition, c’est arrivé à Hélène, elle qui était en France et son mari aux Etats-Unis, et il présente le chemin qu’elle devra parcourir pour se reconstruire.

Il évoque le deuil de façon si limpide. Et le compare à une rupture amoureuse. Le thème commun de cette rencontre est la disparition de l’être aimé, qu’importent les circonstances. La douleur est identique, ainsi que l’issue pour ceux qui restent. La relation qui lie ainsi Mathieu et Hélène ne repose que là-dessus, mais il y a des rencontres du hasard qui apportent bien plus que tout ce que l’on peut trouver auprès de son entourage. Ces deux personnes parleront, s’ouvriront, laisseront échapper ce qui leur font si mal. Pour avancer.

C’est un roman magnifique. Pouvoir aborder ce sujet, sans que cela ne soit déprimant, est un tour de force. Philippe Besson décrit l’intime de façon sublime, en toute simplicité, tout en donnant du sens à toutes ces interrogations qui peuvent détruire une victime. J’ai été totalement emportée par ce tête à tête improbable, délicat, qui ne tient qu’à un fil, celui de la sincérité et du laissez-aller.

Philippe Besson, « Les passants de Lisbonne », Editions Julliart, 2016, 192 pages.

Ceux que j’ai oubliés!

Il fait un peu désert ici, vous ne trouvez pas?! Et pourtant, ce n’est pas l’inspiration qui me manque, plutôt le temps et l’énergie! Ne vous inquiétez pas, je ne vous oublie pas!

D’ailleurs, j’avais envie de revenir aujourd’hui sur des lectures faites il y a plusieurs mois. Je me demandais si cela était utile de revenir sur elles après autant de temps, mais même de façon brève et condensée, j’ai eu envie de les partager!

Amours / Léonor de Récondo (roman)

51z7+FQRg-LAu sein d’une maison bourgeoise en France, début du 20ème siècle, le couple Boisvaillant tente d’avoir un héritier pour perpétuer le nom. Mais la jeune épouse, Victoire, personnage énigmatique, mal dans sa peau, n’en peut plus des rapports infructueux avec son mari Anselme, un sentiment qui va jusqu’au dégoût. Un jour, la jeune bonne de la maison âgée de seulement 17 ans, Céleste, tombe enceinte, après de multiples viols par son maître. Pour éviter ce scandale qui ferait basculer l’image propre et nette de cette petite famille connue  de tous, et surtout, présenter enfin la progéniture du couple Boisvaillant que tout le monde attend, ceux-ci décideront de le garder et l’élever comme leur propre fils. Céleste peut quant à elle garder son emploi, et voir son bébé grandir auprès d’elle, malheureusement dans l’ombre.

C’est un roman écrit tout en finesse et en poésie, j’ai retrouvé la plume de Pietra Viva. Mais Amours me semble plus abouti (même si, contrairement à Pietra Viva, je n’en fais pas un coup de coeur, bizarrement). Léonor de Récondo explore une palette de sentiments extrêmement forts qui parcourent cette famille, oscillant entre la passion et la colère. L’arrivée de cet enfant va les bouleverser au plus haut point, là où le lecteur ne l’attend pas (s’il fait l’impasse sur la 4ème de couverture en tout cas – ce que je conseille évidement).  Que va-t-il arriver au couple de Boisvaillant qui chavirait déjà, après cette naissance? Comment Céleste arrivera-t-elle a vivre avec son bébé près d’elle, mais dont elle ne peut s’occuper? Il est question d’amour maternel, même s’il est très peu exploré à mon sens. C’est l’amour le plus pur, le plus passionné, unissant deux êtres dont les points communs sont à la hauteur de leurs dissemblances avec le reste de la société qui prime avec ce titre. Un joli cadre également, que l’auteure plante à merveille, comme dans son précédent roman. La confirmation d’une plume délicate, imprégnée de son autre passion qu’est la musique. Il m’a fait penser à « Un roman anglais » de Stéphanie Hochet, qui aborde fort bien aussi ces amours écorchés, avec un rythme qui surprend.

Léonor de Récondo, « Amour », Editions Sabine Wespieser, 2015 (Points, 2016), 276 pages.

Quand le diable sortit de la salle de bains / Sophie Divry (roman)

71ODixQHAVLIl s’agit sans aucun doute du roman le plus surprenant que j’aie pu lire! Sophie Divry avait déjà fait preuve d’un grand sens de l’humour dans « La cote 400 » mais c’est surtout la forme de son texte, au sens propre, qui lui vaut cette grande originalité. Le texte peut prendre la forme d’une croix, d’une flèche ou d’un… (je ne le mentionnerai pas ici!), c’est loufoque. Mais il s’agit évidement d’un exercice à double tranchant, le ridicule n’étant jamais bien loin. Je vous rassure, c’est maîtrisé et ça colle parfaitement au déroulement de l’histoire. Ceci étant, il n’est sans doute pas à la portée de tous, vu le style barré si particulier, mais en ce qui me concerne, j’ai passé un bon moment de lecture! Cette écriture décalée est par ailleurs à contre-courant du thème abordé puisque l’auteure dénonce les maux de notre société actuel à travers l’expérience de la narratrice, qui s’appelle… Sophie! Elle décide un jour de démissionner d’un job alimentaire pour se lancer dans l’écriture de son roman, mais les factures, le loyer, et le peu d’entrées d’argent la font vite déchanter. Cette réalité devenue ces dernières années malheureusement assez commune la conduit à devoir compter le moindre cent pour remplir le besoin le plus vital, se nourrir.

Un roman à double facette alliant gravité et drôlerie. Une critique moderne de notre société, que l’on explore en connaissance de cause à travers les aventures quotidiennes de la sympathique Sophie. Rafraîchissant, décalé, et émouvant.

Sophie Divry, « Quand le diable sortit de la salle de bains », Editions Notabilia, 2015, 320 pages.

Mauvais genre / Chloé Cruchaudet (BD)

81H53NPELgLCette BD avait été encensée il y a quelques temps par les blogueurs, trouvée à la bibliothèque. La curiosité m’a piquée au vif! Paul et Louise est un couple de jeunes mariés qui doit très vite se séparer afin de laisser Paul aller au front dès le début de la Première guerre mondiale. Mais totalement effrayé par tout ce qu’il voit autour de lui, le jeune homme décide de revenir auprès de sa belle et devient déserteur, ne voulant plus se battre pour sa patrie. Une solution leur semble inévitable pour éviter de vivre caché indéfiniment : le travestissement. Suzanne est née. Mais jusqu’où cette troisième identité grignotera la personnalité de Paul?

L’univers sombre de cette BD est justement maîtrisé, tant au niveau du dessin que du déroulement des faits. C’est en total accord avec la personnalité trouble de Paul. Le suspens est rondement bien mené, puisque la première page s’ouvre sur un procès où Louise est interrogée au sujet d’un meurtre. Le secret est bien gardé jusqu’à la fin. Par ailleurs, le lecteur ne peut être qu’interloqué par le comportement changeant du jeune homme, à l’encontre de sa femme tout d’abord, mais aussi vis à vis de lui-même et de son propre corps. Est-ce sa très courte intervention sur le champ de bataille qui l’a autant perturbé? J’ai passé un moment agréable à parcourir cette histoire, mais elle ne me laisse pas un souvenir impérissable.

Chloé Cruchaudet, « Mauvais genre », Editions Delcourt/Mirages, 2013, 160 pages