« Grosse colère » de Mireille d’Allancé

« Grosse colère » est apparemment LA référence pour aborder cette émotion avec son enfant. A une période où nous traversions une vague de cris, de « NON » et de colères, c’est le titre que m’a présenté la bibliothécaire. J’en ai emprunté plusieurs, aux styles différents, tantôt basé sur le texte et le message, tantôt avec des images plus présentes. Et c’est vers ce livre-ci que s’est tourné mon petit garçon (rappel, qui a 3 ans). Je ne sais vraiment pour quelles raisons, il a immédiatement accroché. Je crois qu’il a été surpris par la grosse « bête » rouge qui s’échappe de la bouche de Robert, métaphore de sa propre colère. IMG_2443

Après une journée visiblement pénible, le petit garçon prénommé Robert râle sur le repas du soir qu’il refuse de manger, met des saletés partout dans la maison avec ses baskets poisseuses, et ne veut pas écouter son papa. Envoyé dans sa chambre pour se calmer, il externalise sa colère en crachant une « Chose » rouge qui retourne toutes ses affaires : son lit, ses jouets, sa bibliothèque. C’est un véritable ouragan! Au fur et à mesure de ce carnage, Robert range ses affaires et fait la morale à la « Chose » qui commence doucement à rétrécir. Elle finit dans une boîte que le garçonnet range dans un coin de sa chambre. Envolée la « bébête », en même temps que son énervement. J’ai trouvé cette fin, symboliquement, représentative et bien imagée.

Le coup de crayon est particulier, assez vif, comme si le dessinateur avait gribouillé en quelques secondes. C’est sans doute pour coller au sentiment d’empressement, d’impatience qui y est abordé. Symboliser la colère à travers une grosse bête rouge, mais à la bouille finalement peu effrayante, a permis d’attirer l’attention de mon garçon, voire de le fasciner. Le fait, ensuite, de l’enfermer dans une petite boîte, donne à l’enfant une vision extérieure de sa propre colère, et une solution pour s’en débarrasser.

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Il s’agit d’un outil intéressant, un point de départ, pour parler des premiers tourments que ressentent les enfants. Il permet de mettre des mots sur un état qu’ils découvrent, et ils se voient à travers Robert.

Je crois qu’on a dû lire ce titre une bonne soixantaine de fois, souvent plusieurs fois d’affilée. Je suis ravie de ce livre! Pour le moment, c’est le seul qui nous aide à aborder ce sujet et à attirer l’attention de mon p’tit mec sur ses propres sautes d’humeur.

Mireille d’Allancé, « Grosse colère », Editions L’Ecole des Loisirs, 2001.

« Un homme accidentel » de Philippe Besson

Dans ce roman, le narrateur, dont on ne connaîtra ni le prénom ni le nom, est inspecteur de police à Los Angeles. Trentenaire, il vit une existence rangée : marié à Laura, ils attendent leur premier enfant, évidement avec beaucoup d’impatience, dans l’amour et la bienveillance. Lors d’une garde de nuit tout à fait ordinaire, il est appelé sur les lieux d’un meurtre où on a retrouvé le corps d’un jeune prostitué, Billy Greenfield. L’enquête commence et elle le mettra sur le chemin d’une jeune star de cinéma, Jack Bell (note de moi-même: une personnalité que je comparerais tout le long de la lecture à James Dean, dans sa description, et en lien avec l’un des derniers roman de Besson). Ce nom dit vaguement quelque chose aux enquêteurs, plus souvent croisé dans les tabloïds que pour son palmarès. Ce qui les retient surtout est qu’il figure dans le carnet de la victime retrouvé sur son corps, où était noté un rendez-vous précédant son meurtre. Le premier interrogatoire débute et sans le préméditer, aura des conséquence sur le reste de l’existence du policier et du suspect principal.

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Le narrateur revient sur cette histoire 1 an après les faits et la partage comme une confession. Il dévoile le déroulement des choses comme lors d’un interrogatoire, mais avec toute la peine qu’elles soulèvent encore en lui. Oui, cette rencontre aura été bouleversante pour lui.  C’est un peu comme au jeu du chat et de la souris que le policier dévoile cette période de sa vie, avec le lecteur.

A l’instant précis de notre rencontre, je veux dire: lorsqu’il a été là, devant moi, dans le matin du monde, avec sa beauté fracassante et ensommeillée, et son air de survivant, il ne s’est produit aucun déclic, je le jure. (p.65)

Cet homme est émouvant, et terriblement affecté par toute une série de choses : les conséquences de cette histoire sur son entourage, et surtout, la perte de l’être aimé. Car il s’agit bien d’amour, homosexuel, qui est au cœur de ce roman de Besson. Ces deux personnes vont tomber littéralement dans les bras l’une de l’autre. La température grimpe, au même niveau que l’est ce désir enfuit depuis toujours. Et surtout, ce qui saute aux yeux, c’est l’évidence de tomber sur la bonne personne, celle qui transforme à jamais l’autre. Rien n’était prémédité, c’est tombé sur eux à ce moment-là : c’est là que l’on peut voir tout le côté tragique et beau de la rencontre. Car les obstacles entre ces deux-là sont bien présents, celui de l’enquête avant tout, de la position de chacun d’eux, et puis dans le cadre de leur vie sociale, c’est évidement un événement qui doit être étouffé. Dès les premières phrases, le lecteur sait que l’issue de cette histoire d’amour est malheureuse.

Cette relation clandestine suscite de vives émotions auprès du lecteur. Elle émeut, avec ces sentiments si forts qui s’installent à une vitesse extraordinaire, autant qu’elle retourne, de par les détails de scènes intimes et passionnées. Philippe Besson joue la carte de la franchise et de l’authenticité en passant au-dessus des tabous. L’histoire se déroule au début des années 90, période où l’homosexualité n’est pas totalement rendue publique, ou du moins, beaucoup moins que de nos jours. Cette relation surprend surtout parce que ces deux hommes n’étaient jamais censés se rencontrer, et que chacun d’eux avait avant cela une vie plutôt cadrée. Et c’est ça qui est beau! Le destin, le hasard, qu’importe la façon dont on nomme cette opportunité, met ainsi sur une même route des êtres qui doivent se rencontrer.

Notre histoire échappait à la rationalité, au calcul. Elle n’était pas le produit d’une stratégie, le résultat d’une manœuvre. C’était une vérité posée là, indiscutable, irréductible. Une passion comme celle-là, incandescente, effrayante, était inconciliable avec la froideur, la détermination. Absolument incompatible avec une quelconque préméditation. (p.181)

Le roman ne se focalise donc pas sur l’enquête du meurtre de Billy Greenfield, « l’homme accidentel » qui remuera deux destins. Et une fois encore, Besson exprime les sentiments, quels qu’ils soient, d’une façon si naturelle et limpide. Tout est dit sans filtre, c’est osé, au risque de secouer. « L’homme accidentel » est prenant et se lit avec la même urgence à laquelle sont confrontés les personnages principaux. On en ressort retourné, ébranlé, le souffle court.

Philiie Besson, « Un homme accidentel », Editions Julliard, 2008 (10/18, 2009), 244 pages

« Acquanera » de Valentina d’Urbano

Il y a des livres qui viennent à vous, naturellement, au détour d’un rayon à la bibliothèque. On se laisse guider par son instinct et on se lance, sans savoir vers où on va. Je me suis laissé aller avec ce titre, dont je n’avais jamais entendu parler ni dans la presse ni sur les blogs. Et quelle charmante surprise!

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Fortuna revient dans son village natal Roccachiara, un patelin situé dans les montagnes au nord de l’Italie, souvent humide et sombre, jouxtant un lac bien mystérieux. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’elle décide de revoir sa mère Onda, une femme aigrie, voire méchante, qui souffre depuis toujours de ses fantômes intérieurs. Une vie qu’elle a quittée voilà déjà 10 ans. Fortuna est issue d’une famille modeste, uniquement constituée de femmes, et qui ont toujours été considérées comme des êtres dont il fallait se méfier, dotées d’étranges pouvoirs. Une réputation qui leur colle à la peau génération après génération, instaurant une peur démesurée auprès des habitants de Roccachiara. Un élément en particulier pousse la jeune femme à remettre les pieds là-bas : la découverte d’un squelette, qui pourrait bien être celui de son ancienne meilleure amie, Luce.

4 générations de femmes, Clara (l’arrière grand-mère), Elisa (la grand-mère), Onda (la mère) et Fortuna (le personnages principal) se succèdent dans ce roman, où leur quotidien est déployé dans une langue aux allures aussi bien poétique que tranchante. Dans cet univers froid et sombre qu’elle plante à merveille, Valentina d’Urbano crée des identités féminines très fortes certes, mais en marge d’une société qui ne veut pas les accepter à cause de leurs différences.

Je freine d’habitude des quatre fers face aux histoires mystiques, mais j’avoue que l’ambiance de « Acquanera » m’a littéralement envoûtée! On se prend très vite à ces destins brisés de femmes à qui on ne laisse aucune chance, pour des particularités qu’elles finissent par subir et regretter. Seule Fortuna tentera de casser cette malheureuse réputation en essayant de vivre une vie normale de petite fille, en allant à l’école et en essayant de faire des copines. C’est ainsi qu’elle se rapprochera de Luce, une fille tout aussi bizarre, qui préfère passer son temps libre parmi les tombes dont s’occupe son père, le croque-mort du village. Il s’agit donc également d’une belle histoire d’amitié, dans une dimension passionnelle et étouffante.

Ces personnages féminins sont pour moi une grande réussite! Elles arrivent à prendre tout l’espace du livre et à envelopper le lecteur dans leur quotidien peu ordinaire. Sans avoir développé une réelle empathie envers elles, certaines étant purement et simplement repoussantes, je me suis cependant accrochée à ce qu’elles vivent en espérant même, pour certaines encore une fois, un avenir plus lumineux.

C’est un roman qui se lit vite, grâce notamment à la maîtrise du suspens dont fait preuve l’auteure. Il me marquera longtemps pour son atmosphère hypnotisante, parfois malsaine.

Une excellente surprise en ce qui me concerne, qui me donne envie de lire le premier roman de cette jeune auteure, « Le bruit de tes pas » publié en 2013.

Valentina d’Urbano, « Acquanera », (traduit par Nathalie Bauer), Editions Philippe Rey, 2015, 352 pages.

« Un peu perdu » de Chris Haughton

Voici une lecture très plaisante de cet été avec mon petit lecteur : cet album cartonné, au format pratique et mignon, et aux illustrations pétillantes! L’histoire n’a vraiment rien d’original, mais intéresse malgré tout les petits, avec des personnages-animaux sympathiques.

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Du haut de sa branche où il se repose avec sa maman, bébé hibou tombe et atterrit dans le bois juste à côté. Les animaux de la forêt se mettent à la recherche de maman hibou, venant à l’aide du petit perdu. Ce qui était comique en lisant cette très courte aventure, c’est que mon garçon imitait les animaux qui tentaient de se représenter la maman hibou!

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Graphiquement, je trouve cet album superbe! Il y a beaucoup de couleurs, sans pour autant que cela soit agressif ou trop coloré justement. C’est subtil et agréablement équilibré. La qualité du bouquin est aussi remarquable.

Ce livre est pour moi à destination d’un tout jeune public, à partir de 18 mois – 2 ans, mais cela n’a pas empêché au mien de beaucoup l’apprécier!

Depuis, d’autres albums sont passés entre nos mains, provenant de l’éditeur Thierry Magnier, qui nous plaisent à chaque fois autant. Et pour le moment, nous sommes en plein dans « Chut! On a un plan », toujours de Chris Haughton, où l’on retrouve avec grand plaisir le même humour et ses illustrations flamboyantes! J’en reparle très vite.

Chris Haughton, « Un peu perdu », Editions Thierry Magnier, 2011.

« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

Je reviens aujourd’hui sur ma première lecture d’une publication Sonatine, qui fut une révélation! Non pas tellement le roman, même si je l’ai beaucoup apprécié, mais bien cette maison d’édition spécialiste des thrillers psychologiques. Cela faisait bien longtemps que j’avais goûté à ce genre littéraire, et j’avoue que ce roman m’a clairement permis de retrouver des sensations oubliées, l’énervement, l’addiction, la curiosité, la surprise… Depuis, je reste très attentive aux sorties de cette édition, et aux titres que je peux emprunter à la bibliothèque (par chance, ils sont nombreux!).

La famille Lee se réveille un matin, comme chaque matin, avec la routine qui s’installe rapidement pour les 5 membres qui la compose. Seule Lydia n’est pas encore descendue. Très vite, sa maman Marylin se rend compte qu’elle n’est pas à la maison. La panique s’installe. Lydia, une adolescente de 16 ans ne reviendra pas… Elle est retrouvée le lendemain au fond du lac juste à côté de son domicile, là où elle avait l’habitude, avec son frère et sa soeur, de passer du bon temps. C’est un véritable cauchemar qui s’empare des Lee, le coup de massue. Qu’a-t-il pu arriver à cette jeune fille, calme, réservée, sans problèmes apparents. Est-ce un assassinat? Un suicide? Y a-t-il eu des témoins? Pendant que la police mène l’enquête en toute discrétion, ses proches tentent de comprendre, de déceler le moindre indice en se remémorant les derniers jours de leur fille/sœur. Mais il est aussi essentiel que chacun commence à faire son deuil, de retrouver sa place au sein de cette tribu aujourd’hui accablée par la tristesse et surtout, par les interrogations.

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Pour ce premier roman, Celeste Ng fait preuve d’une remarquable maîtrise. C’est ce qui m’a le plus marquée dans cette passionnante lecture. Attention toutefois, il convient de préciser qu’il ne s’agit pas d’une enquête policière ni d’un polar, comme je l’avais compris avant d’entamer la lecture. Il s’agit davantage d’un portrait de famille où les pensées les plus intimes de chacun de ses membres sont passées en revue, analysées, décortiquées, et qui reviennent à la surface avec ce drame. Au fil des pages, ils révèlent leurs regrets, posent timidement des mots sur un mal-être qui sans le savoir s’est immiscé au plus profond d’eux-mêmes.

Il y a d’abord la question de l’immigration et du rejet des autres, extraordinairement dit par l’auteure. James Lee est en effet chinois, mais né aux Etats-Unis. Jamais il n’aura réussi à trouver sa place dans cette société des années 50′ où la différence est encore bannie. Il en sera de même pour ses enfants, même si tout est supposé avoir évolué. Les rires, les mesquineries, l’isolement dû à une couleur de peau différente, sont trop puissants pour d’aussi petites épaules. Il y a également la maman, Marylin, qui rêvait de devenir médecin, et sera forcée de mettre de côté son ambition à l’arrivée du premier bébé. Des blessures pour tous deux, qui restent à vif. Ensuite Hannah, qui, du haut de sa posture de cadette, n’est pas réellement écoutée et qui souffre en silence. Et enfin Nathan, l’aîné, tellement méfiant, de Jack, ce garçon qui s’est rapproché de sa sœur ces derniers mois, qui tente de faire sa propre enquête.

Ce mot essentiel : demain. Chaque jour, Lydia le chérissait. Demain je t’emmènerai au musée voir les os des dinosaures. Demain on apprendra des choses sur les autres. Demain on étudiera la Lune. Chaque soir une petite promesse arrachée à sa mère : qu’elle serait là le lendemain matin.

Et en échange, Lydia tenait sa propre promesse : elle faisait tout ce que sa mère demandait. (pp. 143-144)

Roman psychologique, donc, très lent, fait de feedback, de réflexions sur ce qui a cloché, un jour. Une parole, un cadeau, sans que l’on ne s’en rende compte, mais qui a pu heurter.

On est face à des personnages travaillés, qui ouvrent leur cœur au lecteur. Des voix ébranlées, qui passent des larmes aux cris de colère. Elles poursuivent, marquent. J’ai refermé ce roman ébahie par tant de justesse, et très touchée tellement il sonne vrai. Addictif, émouvant, une construction sans fausse note, où tout a son importance. Une belle découverte pour moi!

Celeste Ng, « Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » (traduit par Fabrice Pointeau), Editions Sonatine, 2016, 288 pages

Moi après mois #1 : Août 2016

Encore quelques jours loin de tout / Nice I love you / Retour au Gesú / Slimane, bande-son de notre été / Paname, Paname, on arrive / Des kilomètres plus tard / Bienvenue dans le nooord / – 15 degrés au compteur / Apprendre un départ proche / Rester à trois / Garder ce cocon / Mais le plaisir de revoir la famille / Se dire qu’on resterait bien là-bas / Un projet qui refait surface / Et si ? / Du shopping à Lille / La pluie et l’automne avant l’heure / Un grand secret dévoilé / ça fait du bien! / Fêter ses 3 ans / Des moments gravés à jamais / Soleil et canicule / Retrouver le bureau / La routine, mais pas encore de trop / Les bonnes résolutions en tête / Envie de rangement / Envie de changement / Gros tri en vue / Débarquement sur Pinterest / Oh my God! / Idées déco et plein d’autres choses / Retrouver l’amour de la cuisine / Nouvelles recettes végés / Séries addict! / Scandal / La trêve (made in Belgium) / Mr. Robot / 35 degrés en Belgique, je répète, 35 degrés en Belgique!!! / De jolis souvenirs de lectures / L’envie de revenir sur le blog / Découverte du « Bullet Journal » / C’est pas mal! / Mais pas pour moi / Trouver une nouvelle organisation / Des listes, en veux-tu en voilà / Les premiers mots du la rentrée littéraire / Au secours ! / Qu’est-ce qu’il grandit mon p’tit gars / Ne pas s’éloigner de notre carapace / Se préparer à la rentrée / Une nouvelle année / De nouveaux projets / Waw 6 billets écrits! / Pourvu que ça dure / Le « moi après mois », pourquoi pas moi?!

Super concept de Moka

Bonne rentrée à tout le monde !

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« Les règles d’usage » de Joyce Maynard

Presque 15 ans jour pour jour, Joyce Maynard revient sur la plus grosse tragédie perpétrée sur le territoire américain. Les attentats du 11 septembre, ce sont plus de 3.000 victimes, et un visage en particulier : celui de la maman de Wendy, l’héroïne de ce roman, seulement âgée de 13 ans. Son monde s’écroule, ainsi que celui de Josh son beau-père et de son petit frère Louie, 3 ans. Au fur et à mesure que les jours passent, l’évidence apparaît, qu’ils ne peuvent évidemment envisager. Le père biologique de Wendy, Garret, décide alors de la reprendre chez lui en Californie. Un père absent durant toutes ces années, et qui tout d’un coup s’empare d’un rôle qu’il a du mal à apprivoiser. S’ajoutent à cette douloureuse épreuve, les doutes et interrogations que traversent les adolescents, les métamorphoses corporelles, tout cela si justement décrit par l’auteure (inspirée par ses enfants ados, dit-elle en début de livre). Loin de tout, Wendy réapprendra les « règles d’usage », manger, étudier, dormir… vivre. La musique et la littérature sont vus ici comme des pansements, des guides qui lui permettront d’avancer. Deux arts parmi lesquels elle enfuit son esprit pour y piocher tout ce qui pourra lui servir à sa propre évolution. Nombre de références ponctuent ce parcours et qui participent à la richesse du roman.livre_galerie_311

New-York n’existait plus, ni cette montagne de gravats haute de deux kilomètres, ni les avis de recherches placardés dans le métro, ni même Josh penché sur les albums de photos, ni Louie scotché devant la télévision qui n’était même plus allumée, ni le poids qui lui pesait sur la poitrine à la seule pensée de sa mère. La musique occupait tout son esprit, et pas seulement son esprit, mais son corps. Tout le reste avant peut-être changé, mais pas la musique. (pp.446-447)

Pour cette rentrée 2016, Joyce Maynard signe un roman délicat, dont j’ai sous-estimé la puissance émotionnelle – ce qui est loin d’être sa faute, je ne suis pas fan des histoires d’ados. Ce qui fait, à mes yeux, la réussite de ce nouveau titre est qu’elle arrive à rendre cette histoire lumineuse et optimiste, sur fond de tragédie et de la perte immense qu’est le décès d’un parent. On assiste à la lente mais sérieuse reconstruction de Wendy, cette fillette qui vient non seulement de perdre sa maman et qui doit, en plus, composer avec ce papa qu’elle ne connaît pas, dans un environnement qui lui est également totalement étranger.

Fait de nombreux retours en arrière, constitués de souvenirs que Wendy se remémore de sa maman, mais aussi avec Josh et son petit frère Louie, ce roman parle aussi de ces paroles qu’on a un jour eues envers des êtres chers, qui resteront gravées à jamais parce qu’on n’aura plus de seconde chance pour les rattraper. Maynard évoque ainsi douloureusement les regrets d’une gamine envers sa maman disparue, tout ce qu’elles ne pourront pas vivre ensemble, dont le poids l’enferme dans une carapace difficilement pénétrable.

Seuls le temps, et les rencontres, lui permettront de s’ouvrir à nouveau à ce monde qui n’est finalement pas si sombre que le laisse entendre l’actualité.

La vie était beaucoup plus simple avant, hein? dit Amelia. Tout est devenu trop compliqué.

Elle a probablement été toujours compliquée, répliqua Wendy. On ne le savait pas, c’est tout. (p.399)

Wendy est très émouvante, ainsi que tous ces seconds personnages qui l’entourent et qui ne lui veulent que du bien. Elle est dotée d’une impressionnante maturité et se servira au fil des mois de toutes ces nouvelles situations qu’elle vit, et qui sont à l’opposée de sa vie à New-York, pour sortir encore plus grande et incroyablement forte de ce deuil. J’ai également beaucoup aimé le personnage de Carolyn, la belle-mère de Wendy, cette femme un peu « à part », qui aime les cactus comme ses enfants et lit les lignes de la main, qui cherche timidement à s’approcher de Wendy pour lui offrir la présence féminine si importante pour une adolescente.

Ce sont des personnages qu’on a du mal à quitter, tellement on se sent bien parmi eux. A eux tous, se crée une force, une énergie, qui permet à chacun d’avancer dans ses propres tourments.

Un merveilleux roman sur la résilience, l’amour – fraternel, familial, amical – et la beauté des rencontres. Du grand et émouvant Joyce Maynard! Il sort ce 1er septembre.

Après « L’homme de la montagne« , et « Long week-end« , « Les règles d’usage » est clairement mon préféré.

Merci aux éditions Philippe Rey de m’avoir permis de lire ce roman en avant-première!

Joyce Maynard, « Les règles d’usage », (traduit par Isabelle D. Philippe), Editions Philippe Rey, 2016 (édité aux Etats-unis en 2003), 472 pages.