Surprise!

Trêve de cachoterie… vous avez été nombreux/ses à m’interroger sur mes absences répétées, tout d’abord sur ce blog, mais aussi sur les vôtres. Je ne peux vous le cacher plus longtemps, encore moins à certaines privilégiées 😉 Notre famille va s’agrandir dès cet hiver! C’est une excellente nouvelle qui nous ravit, évidemment, mais cela va engendrer pas mal de chamboulements dans notre quotidien, comme pour chaque naissance. Hormis cet heureux événement, je ne ressentais plus le même engouement depuis plusieurs mois à alimenter mon blog. Mon rythme de lecture a d’ailleurs fortement diminué, dû à la fatigue et aux maux des premiers mois de grossesse. L’envie n’y était plus forcément non plus, préférant préparer d’autres choses. Et puis une fois une lecture terminée, je peinais beaucoup à trouver les mots à mettre sur mon ressenti. En outre, écrire une chronique de « qualité », avec photos, citations, et ressenti complet, ne me disais plus trop. L’un dans l’autre est donc venu le moment de fermer délicatement (mais peut-être pas éternellement), les portes de « Mes bulles d’air », ce blog qui m’a tant apporté au niveau humain mais aussi de découvertes littéraires (durant 8 ans si mes souvenirs sont bons).

Ceci étant dit!!!! Je ne quitte pas définitivement le paysage des blogs littéraires! De très belles relations se sont créées et puis la passion autour de la littérature est toujours bien présente! Je reste aujourd’hui, et resterai aussi active que possible à l’arrivée de bébé, sur instagram, un réseau social que j’ai appris à maîtriser au fil des mois et que j’apprécie de plus en plus. C’est là que je parlerai de mes lectures, de mes piles à lire, lectures en cours, et un peu de ma vie. J’ai également relancé mon profil babelio, pour garder une trace plus durable de mes lectures. Je suis également membre du Picabo River Book Club sur facebook avec mon profil privé où je suis assez active aussi. Je vous invite donc à me suivre via ces canaux, je serai en tout cas ravie de vous y retrouver :

Instagram : laeti_bulles

Babelio : https://www.babelio.com/monprofil.php?id_user=435323

Encore une fois, je tiens vraiment à garder ce lien qui nous unit et qui s’est formé au fil du temps. Je laisse ce blog non sans un pincement au coeur, mais aussi avec un certain soulagement de ne plus ressentir ce « stress » de devoir l’alimenter à tout prix ou de donner signe de vie.

Merci, merci, merci, de votre bienveillance à chacune de vos interventions ici. Vous avez toujours été fidèles malgré mon rythme relativement faible. Merci de vos conseils, qui m’ont permis de découvrir de véritables perles. De votre gentillesse, et tout et tout… J’espère vraiment vous retrouver sur mes autres comptes 😉

A très bientôt, donc!

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« Histoires nordiques » de Lucie Lachapelle

Ce recueil fortement conseillé par Anne il y a quelques années, trônait sur mon étagère depuis bien trop longtemps! Le mois de la nouvelle organisé par Marie-Claude et Electra était le moment idéal pour enfin le découvrir!L’auteure a mis beaucoup d’elle-même dans ce recueil : on découvre en effet qu’elle voue une affinité particulière pour les inuits et les grandes étendues naturelles et froides du Nord où vit ce peuple autochtone. Elle a enseigné au Nunavik, et continue d’avoir beaucoup d’admiration pour eux et leur façon de vivre.

C’est ce qu’elle relate à merveille, avec énormément de respect et d’amour, au travers de toutes ces histoires. Ces nouvelles, c’est avant tout la rencontre de l’autre, de l’admiration pour la différence, la découverte d’autres valeurs et d’un autre mode de vie.

Ce regard empli d’humanité est proposé à travers une personne centrale, qu’on suit au fil de chaque histoire. Louise, une blanche venue du sud, qui s’est installée dans ce village inuit pour enseigner. On sent une vraie admiration de sa part pour le peuple qu’elle découvre au jour le jour. Plus que cela, elle veut vraiment s’y fondre, apprendre leurs coutumes et habitudes (c’est pas gagné pour la nourriture!), et se prend aussi au jeu de la langue. D’autres personnages s’ajoutent au fur et à mesure, et ne nous quittent plus. Annie, son amie inuite a la famille nombreuse qui aime partager avec Louise les petits secrets de son quotidien; il y aussi Tamusi, le coup de coeur de la jeune Blanche ; la « dame-sorcière » qui guéri les maux des gens de façon naturelle et surprenante, …

Chacune des nouvelles dévoile un pan de ce microcosme où Louise s’installe quelques années. Elle parle de ses doutes, de ses peurs, mais aussi des découvertes surprenantes qu’elle fait, et surtout d’une admiration et d’une complicité incroyable pour cette civilisation. Les années faisant, on sent malgré tout que les difficultés de s’intégrer totalement deviennent pénibles pour Louise. Elle épingle ainsi les terribles vérités qui entourent les femmes, ou encore les jeunes qui se suicident bien trop tôt. Le poids des traditions se fait sentir, et poussent finalement la jeune femme à ne pas envisager une installation définitive. Le texte se fait donc plus nuancé au fil des chapitres, ce qui n’est pas plus mal.

Par ailleurs, la langue de Lucie Lachapelle est superbe, délicate, totalement en adéquation avec les images, les émotions qu’elle nous veut nous faire partager. Par-ci par-là, elle sème des mots en Inuktitut, pour qu’on s’imprègne au plus près de cet univers. Un lexique est repris en dernière page.

Mon côté (trop) terre à terre m’empêche, bien souvent, de voyager au fil des lectures que je traverse, je n’arrive pas à m’imprégner suffisamment des mots. Ici, tout était différent. J’ai voyagé, j’ai vécu les péripéties de Louise, je me suis située dans ce village, j’ai senti le froid glacial, j’ai admiré ces superbes paysages décrits.

C’est la première fois que je lis un recueil de nouvelles qui se suivent et où on garde les personnages. J’ai adoré ce procédé, car même si les épisodes sont courts, on reste aux côtés des héros avec qui des liens peuvent se tisser.

Un beau coup de coeur pour ce recueil, pour l’auteure, pour ce dépaysement!

PS: si vous avez des conseils lectures sur les Inuits ou d’autres peuples autochtones, je suis preneuse, car j’ai vraiment adoré cette rencontre!

Lucie Lachapelle, « Histoires nordiques », Editions XYZ, 2013, 160 pages

Une lecture inscrite au challenge « Mai en nouvelles » organisé par Marie-Claude et Electra

« Adrienne ne m’a pas écrit » de Michelle Fourez

Ils se sont rencontrés il y a quelques années lors d’un concert de piano que donnait Friedrich à Berne. Avec Adrienne, ils se sont rencontrés cette unique fois, et se sont par la suite écrit durant 3 ans. Au fil de la correspondance, les liens se sont tissés, les confidences se sont fait nombreuses. Notamment, sur leur parcours, leur mariage, leur vie de famille. Ils ont en commun plusieurs tragédies, dont le décès de son fils pour Friedrich. Adrienne a quant à elle perdu son mari d’une crise cardiaque foudroyante. Profondément touchés par ces deux drames, ils se réconfortent à travers les mots et la douce mélodie qui s’échappe des courriels. Leur passion commune pour la musique classique est un véritable socle à leur relation.

Alors que Friedrich prépare un nouveau concert pour Bruxelles, la ville où habite Adrienne, il espère une nouvelle rencontre après 3 ans de correspondance. Au lieu de cela, la femme prend la fuite et part se ressourcer à Boulogne-sur-mer. Les mots échangés et les nombreuses questions relatives à cette étrange relation aux sentiments naissants, se font de plus en plus pesants. Doit-elle continuer ? Doit-elle le rencontrer? Doit-elle laisser exprimer ce nouvel amour?

Ce roman est très court et se lit à une vitesse folle mais l’histoire entre ces deux-là est d’une intensité folle! Beaucoup de sentiments traversent leurs échanges. On comprend que c’est loin d’être dans leurs habitudes de se mettre à nu, et pourtant tout cela semble si naturel lorsqu’ils s’écrivent. J’ai ressenti beaucoup plus de tendresse pour Adrienne, cette femme d’âge mûr qui est seule depuis le décès de son mari et de départ de son fils pour Boston. Elle jouit de cette liberté nouvelle et retrouvée, et se complait dans sa solitude. Ce petit voyage au bord de la mer est un échappatoire, mais aussi l’occasion de faire le point sur sa vie et ses envies futures.

A contrario, on sent Friedrich plus égocentrique, partageant énormément sur son métier, ses voyages, la pression des concerts… Il n’est pas non plus des plus tendres, sur papier, envers son épouse Lisbeth, pour qui il ressent un réel désamour. Mais lorsqu’il s’adresse à Adrienne, particulièrement durant le silence de celle-ci, on ressent un profond attachement qui dépasse amplement l’amitié ou l’amour platonique des courriers.

On se prend donc très facilement à ce petit jeu complice qui connait un basculement au départ d’Adrienne. La plume de Michelle Fourez est d’une telle douceur. Et c’est très joliment écrit. Une petite parenthèse délicate qui fait du bien!

C’est un coup de coeur pour Anne.

De la même auteure, j’avais beaucoup aimé Une famille.

Michelle Fourez, « Adrienne ne m’a pas écrit », Editions Luce Wilquin, 2015, 96 pages

Une lecture inscrite au rendez-vous féminin du mois belge organisé par Anne, et ma dernière lecture de ce challenge!

 

« Le Dragon déchaîné » d’Effel

A quelque jours de la Ducasse de Mons, l’ambiance torride et bon enfant prend doucement place. Les premières notes de l’hymne local, le « Doudou », s’élèvent au détour des rues à pavés. Les montois qui attendent cet événement depuis un an sont impatients de démarrer ces Prévisualiser les modifications (s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)nouvelles festivités, bien connues dans la région. Pour la petite info, la Ducasse de Mons est un événement qui mêle le folklore festif au protocole religieux, qui fut reconnue patrimoine immatérielle de l’Unesco en 2005. C’est LE rendez-vous incontournable, avec comme apogée le combat dit Lumeçon qui se déroule le dimanche de la Trinité. Saint Georges se livre à une lutte sans merci durant pratiquement 45 minutes avec le Dragon venu menacer la cité. L’opposition entre le Bien et le Mal, pour la survie de la ville et de ses habitants.

Mais un fait bien plus dramatique vient tout juste de frapper le cercle très fermé de la réalisation du combat : Saint Georges, ou plutôt celui qui l’incarne, Gabriel Degand, vient d’être retrouvé mort. On apprend rapidement grâce à l’autopsie qu’il s’agit d’un meurtre. Tout le petit monde qui entoure le Combat est choqué, mais aussi très inquiet pour le déroulement de cette nouvelle édition.

Arthur Rémy, journaliste local à « La Voix de Mons » est mis sur l’affaire. Il a pour mission de s’immiscer dans l’équipe de réalisation du Lumeçon, avec l’aide précieuse de son vieil ami Didier Renuart, commissaire à la police locale. L’objectif, savoir qui est l’auteur de ce drame, un certain Dragon déchaîné, et surtout, déjouer l’autre coup qu’il prépare pour le jour J, celui du Combat.

Au fil des interviews et du temps passé dans cette drôle de « famille », l’enquête suit doucement son cours. Arthur et son acolyte découvrent, de l’intérieur, l’organisation si minutieuse de cette fête populaire. Ils restent en éveil pour déceler la moindre piste qui pourrait compromettre la menace, très sérieuse, du Dragon déchaîné.

Je ne vais pas vous le cacher plus longtemps, je connais bien l’auteur de ce premier roman belge! Et commencer son livre fut un énorme plaisir car j’y ai retrouvé sa plume soignée, son humour subtil, ses clins d’œil à un environnement qui m’est familier. Mais tout n’était pas forcément joué!

J’ai directement plongé dans cette enquête qui se passe en plein cœur de l’organisation du Lumeçon grâce à un style particulièrement prenant. Même si l’auteur se doit de rappeler les moments clefs du folklore montois, dans un esprit de bienveillance pour les lecteurs qui ne le connaissent pas, cela ne m’a pas dérangée car l’enquête journalistique et policière surplombe cet aspect plus descriptif. J’ai particulièrement apprécié le duo Rémy/Renuart qui est complémentaire et attachant. Le rythme est haletant : on alterne entre les rencontres du journaliste, et le déroulement des ultimes jours qui précèdent le fameux dimanche où le Dragon Déchaîné a prévu une nouvelle fois d’attaquer. Effel mêle folklore, ambiance, ce petit grain de folie propre à la Ducasse de Mons, et les éléments policiers. Tout cela forme un tout agréable à lire et addictif. On a envie de savoir qui se cache derrière ce Dragon Déchaîné!

C’est une immersion totale dans un folklore unique, tout à fait accessible aux non-montois. Suivre l’enquête dans cette atmosphère festive est un parti pris original, et réussi pour ma part. Par ailleurs, l’auteur fait preuve d’une grande connaissance de la Ducasse, tant sur le plan historique que religieux. On sent toute la passion qui l’anime autour du sujet! Il le transmet en tout cas à ses lecteurs.

Un très chouette premier roman, particulièrement maîtrisé. Il faut dire, l’auteur a mis 4 ans pour l’écrire! Je vous invite chaudement à vous plonger à votre tour dans cette ambiance et à vous laisser embarquer au fil des pensées d’Arthur Rémy!

Le « Dragon Déchaîné » fut finaliste du Prix Fintro, un prix belge qui récompense les premiers romans polar. 2017 était la première édition et la suivante est d’ores et déjà prévue.

Effel, « Le Dragon déchaîné », 180° éditions, 2017, 300 pages

Une lecture inscrite au rendez-vous « Mauvais genre » du mois belge organisé par Anne

« Le champ de bataille » de Jérôme Colin

Lorsque les enfants grandissent et entrent dans l’adolescence, c’est toute la famille qui se retrouve remuée. Les couches, les câlins, les découvertes, cèdent leur place aux cris, à l’insolence, aux conflits. Tout au long de ce roman, le narrateur, papa désemparé de 40 ans, raconte comment sa famille a basculé au fur et à mesure des nombreuses crises de son fils de 15 ans. Il explique parfois avec violence les nombreuses confrontations avec Paul, qu’il a beaucoup de mal à voir grandir. Paul est dur dans ses propos, n’a aucun respect pour son père, se moque de sa mère, fuit toute forme d’autorité, et son comportement s’en fait particulièrement ressentir à l’école où il risque gros.

Jérôme Colin décrit avec une certaine gravité ces conflits parents-ados, mais aussi la distance qui se creuse entre un homme et son épouse. La crise de la quarantaine? Il y a peut-être de ça, mais ce couple s’est finalement réfugié dans le silence, l’indifférence. Lui, se cache dans le cabinet de toilettes pour réfléchir, rêver, imaginer une autre vie. Elle, passe ses soirées dans leur fameux divan (quelle symbolique ce divan!) concentrée sur ses puzzles. Les journées passent et les mots se font de plus en plus rares.

Un véritable champ de bataille, voilà comme le nomme le narrateur. Ce chamboulement dans une vie de parent et de mari, qu’on n’arrive pas à contrôler. On assiste à la perte d’êtres chers, sans pouvoir intervenir.

Voilà plusieurs semaines que j’ai terminé ce livre, et j’en garde un souvenir très fort encore. C’est une histoire qui vous suit, qui vous fait réfléchir. Même si ce titre m’a remuée ou choquée à plusieurs moments, j’ai été plusieurs fois irritée par plusieurs choses. Tout d’abord, par la violence avec laquelle Paul s’adresse à ses parents, et le mutisme derrière lequel se cache son père. Il passe son temps à imaginer les paroles qu’il devrait lâcher, mais ne le fait pas. Le côté mystérieux et taiseux de sa femme Léa, m’a quelque peu ennuyée aussi. Pourquoi le narrateur est-il le seul à se préoccuper de la survie de leur couple? Toute la question de la quarantaine vécue par la femme est soulevé. Enfin, j’ai trouvé au texte quelques longueurs et répétitions. Le personnage central passe finalement son temps à espérer, à préparer des coups pour tenter de sauver sa famille, et le récit peut sembler stagner.

Ceci dit, l’ensemble est captivant, il prend aux tripes. Il marquera indéniablement les lecteurs qui se reconnaîtront sans doute dans certaines scènes. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est que l’auteur développe chez le lecteur de nombreuses émotions fortes : la colère, la tristesse, … Puis, à la différence de son premier roman « Eviter les péages« , Jérôme Colin fait intervenir ici plusieurs personnages. Le style et l’ambiance générale de ce second roman sont sensiblement identiques  » Eviter les péages », on reste à peu près sur les mêmes sujets, mais « Le champ de bataille » est indéniablement plus percutant, plus profond et plus évocateur.

Un des sujets-phares également est l’enseignement. La façon dont le système actuel enferme nos enfants dans des cases, et isole ceux qui ne correspondent pas à la norme. Les « éléments perturbateurs », on s’en débarrasse au lieu de les aider, de chercher à comprendre ce signal d’alerte. C’est un sujet qui tient profondément à cœur l’auteur puisqu’il a réalisé plusieurs interviews dernièrement, qui ont créé un véritable buzz sur les réseaux sociaux.

Ce que j’ai le plus apprécié au final, c’est que cette histoire sonne vrai, c’est en ce sens, qu’elle est effrayante. La famille est l’un de mes thèmes préférés en littérature, et Jérôme Colin en parle, certes avec mélancolie, mais surtout avec cette vérité qui éclate au visage de ses lecteurs. Pour son troisième roman, je l’attendrais par contre dans un autre registre, même si celui exploité depuis le début de sa carrière d’écrivain, lui va comme un gant.

Jérôme Colin, « Le champ de bataille », Editions Allary, 2018, 240 pages

Une lecture dans le cadre du mois belge organisé par Anne

« Jesse le héros » de Lawrence Millman

Jesse n’est pas un enfant comme les autres. Nous sommes en 1968. Totalement obnubilé par la guerre au Vietnam dont il aime par dessus tout regarder les pires scènes à la télévision, il adopte parfois un comportement franchement vicieux. Son grand frère Jeff est justement au Vietnam, et Jesse voue une vraie admiration pour ce dernier. Il l’imagine massacrer à longueur de journées des milliers de bridés, prendre du plaisir à les torturer… Mais quand Jeff revient à la maison, le discours qu’il a de la guerre n’a rien à voir avec ce que s’était imaginé son jeune frère. Lorsque son père et son frère décident enfin de l’envoyer à Concord, un établissement spécialisé, parce que le comportement de Jesse les inquiète de plus en plus, l’enfant décide de prendre la fuite pour vivre sa propre aventure au Vietnam. Qu’il imagine rejoindre à pied, bien sûr. Est-ce la peur d’aller à Concord? Le sentiment de trahison de la part de son papa qui veut l’envoyer à Concord? Ou bien est-ce sa personnalité, encore plus malsaine, qui ressort véritablement? En tout cas pendant cette expédition, l’état de Jesse va considérablement empirer.

J’ai reçu ce roman des éditions Sonatine grâce au Picabo River Book Club dont je suis membre depuis quelques temps, le spitch me plaisait bien. Il s’agit d’un roman publié aux Etats-Unis en 1982, que Sonatine a décidé de sortir en France. Un chef d’œuvre du genre, lit-on sur la 4ème de couverture, et un peu partout sur la blogo.

J’ai été assez accrochée au début de l’histoire, la personnalité de Jesse m’intriguait pas mal. Ceci dit, j’attendais un réel bouleversement au retour de Jeff et… je n’ai rien ressenti de tel. La façon dont Jesse le décrit en début de roman brosse le portrait d’un homme qui aime se battre, qui s’investit pour défendre sa patrie, qui n’a peur de rien. C’est une vraie désolation lorsqu’il revient puisque ce qu’il a vécu au Vietnam se réduit pratiquement à néant. C’est vrai que finalement, ça éveille en Jesse un déclic qui le pousse à vivre cette guerre atroce qu’il s’est imaginé depuis des mois. Il nourrit une haine pour les bridés au fond de lui, qu’il doit assouvir. Mais derrière cette personnalité faite de colère, de violence, de perversité, mais aussi de grande naïveté, j’ai eu beaucoup de mal à saisir le véritable visage de Jesse. Est-il vraiment attardé ou joue-t-il un rôle? Son discours est, d’une part, complètement incohérent. Il ne semble pas bien comprendre ce qui se passe autour de lui, la tristesse de son papa, l’impatience de son frère, leur inquiétude aussi face à ce garçon qu’ils ne comprennent pas et qui a une attitude de plus en plus dérangeante. Et d’autre part il semble très bien savoir ce qu’il fait. J’ai été un peu déçue par la suite des événements, l’enchaînement et le rythme ne m’ont pas satisfaite, malheureusement. J’admets cependant que Jesse est certainement le personnage le plus intriguant que j’ai pu rencontrer pour le moment dans la littérature américaine. L’auteur le travaille minutieusement au fil des pages. Il y a malgré tout des éléments qui m’ont semblé quelque peu invraisemblables. Je suis certainement passée à côté de quelque chose de très bien. C’est pourquoi je serai ravie de lire vos avis afin de pouvoir comparer.

Lawrence Millman, « Jesse le héros », traduit par Claro, Editions Sonatine, 2018 (1ère édition aux USA : 1982), 208 pages

Merci à Léa Mainguet et aux éditions Sonatine pour ce livre.

 

« Rose cochon » de Clémence Sabbagh et Françoise Rogier

Avec cet album, j’avais envie de vous présenter le magnifique travail d’illustratrice de Françoise Rogier. Son créneau, c’est le loup. A mes yeux, son loup fait partie de ceux les plus réussis dans la littérature jeunesse. Il est précis, toujours en rouge et noir, il a un petit côté sympa tout en gardant son visage de prédateur. Mais le talent de Françoise Rogier ne se traduit pas uniquement à travers son loup. J’adore tout ce qu’elle fait! Je trouve son style assez épuré, j’aime les couleurs qu’elle choisi. On sent aussi à travers ses titres une vraie passion pour les contes. Bref, je suis fan!

Je vous présente son dernier album sorti aux éditions A pas de loups, maison d’édition belge que j’apprécie beaucoup également. Le texte de ce titre est de Clémence Sabbagh, qui est française.

Pour son anniversaire Héloïse souhaite avoir un animal de compagnie. Très naturellement, son choix se porte pour un cochon! Rien que la déco de sa chambre traduit sa passion pour l’animal rose. Mais au fur et à mesure qu’elle en parle à ses amis, ils la dissuadent d’un tel choix : un cochon, ça grogne, ça sent mauvais, c’est gros… Ses camarades n’ont peut-être pas tort, Héloïse doit donc opter pour un autre animal!

En passant en revue les potentiels animaux de compagnie, on se balade au fil des contes classiques.

Cet album est un coup de cœur et le lit et le relit très régulièrement à la maison. A chaque fois qu’on l’ouvre, je découvre des éléments nouveaux dans les superbes dessins de Françoise Rogier. Je pourrai rester à les contempler pendant un bout de temps. Le scénario est aussi très sympa, il parle aux enfants qui peuvent facilement s’identifier à Héloïse.

J’ai eu le chance de rencontrer Françoise Rogier à la Foire du Livre de Bruxelles en février dernier et elle m’a confié ne pas avoir du tout rencontré Clémence Sabbagh pour cet album. Une symbiose s’est produite assez vite, à travers le mail et cela donne ce très beau résultat. A ce qu’elle m’a confié… une nouvelle collaboration devrait voir le jour!

Clémence Sabbagh (textes) et Françoise Rogier (dessins), « Rose cochon », Éditions A pas de loups, 2017, 40 pages

Une lecture inscrite au rendez-vous jeunesse dans le cadre du mois belge organisé par Anne