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« Tant que mon coeur bat » de Madeline Roth

J’ai vite compris, grâce à son premier roman qui a eu l’effet d’une bombe sur moi, qu’avec Madeline Roth, on ne rigole pas. On joue encore moins avec les sentiments. Et pourtant, les personnages de l’auteure sont malheureux, très malheureux. L’univers n’a en rien changé avec cette seconde publication, que du contraire!

Elle était à mille lieues des histoires que vivaient les filles de son âge. Elle, elle vivait une histoire d’amour. Que dans cette histoire, il y ait des cris, des larmes, elle avait fini par se dire que c’était ça, une histoire d’amour. (p.29)

Deux histoires composent ce bouquin. J’ai du mal à dire qu’il s’agit de nouvelles, puisqu’elles sont toutes deux assez longues finalement. Et tant elles vont dans le détail de la souffrance, tant elles arrivent à nous immerger complètement dans le désarroi des deux figures principales.

Pour Esra, l’amour est fou, passionnel, érotique. Mais il est aussi manipulateur, jaloux et violent. Une rencontre faite par hasard dans un café-cinéma, un joli sourire et de belles paroles. Elle tombe raide amoureuse, jusqu’à s’oublier, s’enfermer à double tour. Dans cette première nouvelle très justement intitulée « Elle une marionnette« , d’autres personnages gravitent autour. Un ami, fidèle et amoureux qui lui veut du bien et qui fera tout pour la sortir de cette impasse. L’espoir est encore possible. Madeline Roth décrit dans cette histoire la personnalité très égocentrique et destructrice du pervers narcissique, qui vide de l’intérieur sa victime.

Peut-on en vouloir à Esra, de s’autodétruire pour un type détestable qui lui fait tourner la tête? Difficile de sortir d’un cercle vicieux. On est presque du ressort de la cure de désintoxication, même quand il s’agit d’amour.

Vous parler d’Esra? Combien d’heures vous avez devant vous? Combien de nuits? Esra, c’est du silence. En tout cas, les mots pour la dire, je ne les ai pas.

Vous connaissez des gens qui ont des tempêtes dans le ventre? (p.12)

Dans la seconde partie, l’auteure va encore un cran au-dessus des dérives de l’amour et nous montre sa part la plus terrible, la plus violente. C’est celle du viol. Laura en a été victime il y a quelques années, sans jamais avoir pu en parler. Dès les premières lignes, on apprend qu’elle n’a pas eu la force de poursuivre sa vie après une telle épreuve. Malgré son titre, « Et grandir maintenant« , cette seconde nouvelle n’évoque pas l’espoir mais plutôt une descente aux enfers. Remarquablement mené, avec des passages très durs mais sans jamais entrer dans le voyeurisme, ce court texte ne laisse pas indemne.

Il y a mon refus, mes larmes et mon silence. Je voudrais lui parler, dans chaque soupir, entre chaque baiser, je voudrais lui dire, laisser couler, laisser les mots les uns après les autres devenir une prière, un salut. (p.63)

Pour celles et ceux qui aiment se divertir avec une chouette histoire d’ados peuvent clairement passer leur tour avec les romans de Madeline Roth. Pour les autres qui apprécient s’aventurer dans la part noire de l’humain seront très certainement ébranlés par ces tristes épisodes de vie. Ce sont des textes percutants pour mettre aussi en garde sur les amours destructeurs qui pourrissent une jeunesse. Le style est très saccadé, les phrases sont coupées. Comme pour marquer une pause, reprendre son souffle. Ou bien pour accentuer l’effet de violence.

L’air de rien, l’auteure met quand même en exergue l’importance de s’entourer des bonnes personnes, pour pouvoir parler, communiquer, sur ce qu’on a sur le cœur. Un message qui s’adresse au jeune lectorat qui sera sans aucun doute sensible, marqué, par ces histoires. L’enjeu véritable est de les sensibiliser sur les premiers amours qui, parfois, font très mal.

Madeline Roth, « Tant que mon coeur bat », Éditions Thierry Magnier, 2016, 94 pages

« Les Demeurées » de Jeanne Benameur

Je préviens d’emblée les fans de Jeanne Benameur… ce billet ne vous plaira sans doute pas 🙂

Il s’agit pour moi d’une première incursion dans l’univers de l’auteure, un titre soufflé par Fanny et plébiscité par bon nombre. J’ai commencé ce tout court roman avec de bonnes intentions, vraiment, mais la sauce n’a malheureusement pas pris.

Dans un style poétique, flirtant avec la métaphore, Jeanne Benameur présente un duo mère-fille qui sort de l’ordinaire. La mère appelée La Varienne est un peu la recluse du village, à cause de son niveau très bas d’intelligence. Surnommée « l’abrutie » par tout le monde, elle vit seule avec sa fille Luce. Elles ont très peu de contact avec l’extérieur mais il ne leur manque de rien. La Varienne occupe ses journées à son ouvrage (un vieux terme dont l’utilisation m’a fait sourire) et nettoie de temps en temps chez une riche dame.

Lorsque est venu le moment pour Luce d’entrer à l’école, tous les repères que La Varienne avait méticuleusement posés, s’envolent. Sa toute petite fille, celle qu’elle surprotége, dont elle ne s’est jamais séparée, va devoir passer ses journées en dehors du cocon familial sans qu’elle n’ait aucune emprise là-dessus. Un véritable calvaire pour cette mère.

De son côté, Luce va devoir se mêler aux autres enfants. Mais le simple fait de s’ouvrir aux autres et d’avoir des contacts avec autrui représente un travail surhumain pour la petite. Elle qui est dotée de la parole, contrairement à sa maman, arrivera-t-elle à exprimer ce mal-être? Mademoiselle Solange, son institutrice, a bien compris que Luce n’était pas une fille comme les autres. Percer ce mystère se révèlera également périlleux pour elle.

L’écriture de Benameur dans ce roman est indéniablement empreint d’une belle poésie, avec un côté très symbolique des images et ambiance qu’elle nous propose. Mais avec un style comme celui-là, je me laisse rarement prendre par la main. La chose s’est révélée une fois encore, je suis restée à la surface de cette histoire, les mots pourtant si beaux ne m’ont pas embarquée. Pareil pour l’histoire qui finalement pose des questions intéressantes telles que : l’accès au savoir doit-il être une obligation? Passe-t-il nécessairement par le biais de l’école? L’enseignement est-il synonyme d’émancipation? De bonheur? Je n’ai pas bien compris les personnages, ni saisi leur profondeur. Cette relation exclusive mère-fille, où les mots sont superflus pour définir un sentiment si profond, m’a intriguée. Je l’ai trouvé jolie. Mais cela n’a pas suffit pour que je succombe au charme de ce titre.

Ce n’est que partie remise, et je retenterai ma chance avec un autre roman de Benameur, qui m’intrigue toujours autant!

Jeanne Benameur, « Les Demeurées », Éditions Gallimard, collection Folio, 2000, 81 pages

« Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson

Ce livre, comme je l’attendais… Reçu en février pour mon anniversaire par mon chéri, je ne l’ai ouvert que plusieurs mois plus tard en même temps que ma copine Fanny. On voulait le lire à deux, nous qui sommes fans de Philippe Besson. Vous pourrez lire son billet ici.

Je SAVAIS qu’il allait se passer quelque chose avec ce roman hautement autobiographique. J’étais déjà très émue par les interventions de l’auteur dans les médias qui étaient unanimes dès sa sortie.

Pour « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson a décidé non pas de nous offrir une énième fiction comme il l’a toujours fait, mais de nous dévoiler une histoire qui l’a presque construit, alors qu’il avait 17 ans. Une rencontre qui a sans aucun doute eu une incidence sur sa carrière, les choix qu’il a posés après ça, les événements qu’il a traversés. Partout et à n’importe quel moment, le nom de Thomas Andrieu a continué à être présent dans la tête de Philippe Besson. Ils ont 17 ans lorsqu’un amour indescriptible, pure à l’extrême, mais aussi très solitaire, et… interdit, les unit du jour au lendemain. On peut parler de coup de foudre, peut-être, mais c’est surtout une rencontre qui devait avoir lieu entre deux personnes qui nécessairement aller s’influence l’une l’autre. Il existe des personnes sur terre que l’on croise sur notre route, brièvement ou plus longuement, et qui deviennent un élément déclencheur pour le reste de notre vie.

Thomas Andrieu a eu cette phrase, dès leur première rencontre « Parce que tu partiras, et que nous resterons« , une phrase qui ne cesse de résonner en moi depuis cette lecture. Telle une préméditation, il savait dès le début que leur histoire ne durerait pas mais serait déterminante pour chacun d’eux.

Philippe Besson parle de passion amoureuse, car des sentiments, il y en avait. Du mystère qui a plané autour de leur relation, car elle était cachée de tous. Il parle aussi de construction, que ce soit pour Thomas ou pour lui-même. Le jeune garçon qu’il était à l’époque était à mille lieux des livres, et j’ai trouvé tout à fait passionnant de découvrir ses projets de l’époque, et la façon dont l’écriture s’est finalement imposée à lui quelques années plus tard.

Hormis cette bouleversante histoire d’amour, j’ai vraiment adoré en apprendre un peu plus sur l’homme qui se cache derrière l’auteur. Les anecdotes sur son enfance, l’univers dans lequel il a grandit, sa vie de famille, ses projets professionnels, mais aussi l’autodérision qu’il emploie lorsqu’il se revoit plus jeune. Philippe Besson me semble assez pudique, c’est donc un véritable cadeau qu’il offre à ses lecteurs et ses lectrices que de dévoiler une partie aussi intime de son passé. Lorsqu’on assiste à la naissance de l’auteur, grâce à cette folle envie de raconter, d’inventer des histoires, on ne peut que se dire que Besson était fait pour ça. Thomas, en tout cas, avait vu juste dès le départ. Thomas, ce garçon mystérieux qui se cache sous une solide carapace tellement il craint le regard des autres, et surtout de sa famille.

Le dénouement du roman est spectaculaire et m’a laissée bouche bée. Elle me laisse penser que ce livre devait être écrit, que cette histoire devait être dévoilée.

« Arrête avec tes mensonges », est un très grand roman. On le referme totalement déboussolé, retourné. Depuis j’ai beaucoup de mal à me plonger dans une autre histoire, tellement celle-ci reste en suspens dans mon esprit. Plusieurs fois, j’ai eu le sentiment que ce roman prenait des allures de fin, que dévoiler ces émouvants souvenirs bouclait la boucle de toute son œuvre. Car on se rend compte avec cette lecture qu’au sein de ses nombreux romans, Philippe Besson y a souvent laissé un indice, un détail, de son histoire. Ses autres titres y sont d’ailleurs cités et cela m’a d’autant plus donné envie de tous les lire.

J’espère qu’écrire ce billet, bien modeste par rapport à la grandeur de ce récit, me permettra de m’en libérer pour que je poursuive ma route en compagnie d’autres auteur-e-s.

Un incontournable!

Philippe Besson, « Arrête avec tes mensonges », Éditions Julliard, 2017, 195 pages

« Sauveur & Fils, saison 2 » de Marie-Aude Murail

Je pense que, hormis la saga « Millénium », c’est la première fois que je suis une série littéraire! Le deuxième tome des aventures du psy Sauveur et de son fils Lazare m’est « tombé » dessus juste après avoir terminé le premier. Une aubaine! me suis-je dit. Effectivement, une aubaine, si les rebondissements sont toujours au rendez-vous. Mais l’ennui peut aussi vite s’immiscer… Suspens suspens!

On retrouve dans ce second tome la majorité des personnages qui ont façonné le début de la saga : Sauveur et son entourage, mais aussi une partie de ses patients, Ella, Gabin, Blandine (la soeur de Margaux qui était très présente dans le T1), le couple de femmes Alexandra et Charlie… Quelques mois ont passé, les patients ont poursuivi leur thérapie, Lazare et Gabin sont plus que jamais heureux d’habiter sous le même toit, Madame Gustavia se porte à merveille… Cette saison 2 s’attarde plus particulièrement sur la relation naissante entre Louise et Sauveur et sur les aménagements à prévoir pour cette nouvelle famille recomposée. Avec les personnalités hors normes imaginées par Marie-Aude Murail, il semble périlleux de faire cohabiter tout le monde à la rue des Murlins. Lazare et Paul sont évidement enchantés, ils forment d’ailleurs un sacré clan avec Gabin qui s’est clairement installé chez son ancien thérapeute. La tâche est beaucoup plus ardue pour Louise. Il s’agit pour elle d’un véritable travail de reconstruction sentimentale, elle qui a encore beaucoup de mal à gérer son divorce avec Jérôme et les gardes alternées. Alors que le premier roman s’attachait à revenir sur le passé de Sauveur, le second est clairement centré sur  Louise.

En ce qui concerne les patients, c’est principalement Ella Kuypens, cette jeune fille qui vit un énorme chamboulement identitaire, qui est mise en avant. C’est sans doute le personnage auquel je suis le plus attachée! L’ado a pris en courage et s’affirme de plus en plus. Les moments de complicité partagés avec Sauveur lors de la thérapie sont extrêmement émouvants! Fort d’une belle réputation qui se propage comme une traînée de poudre, Sauveur reçoit de nombreuses autres demandes, comme celle de Samuel cet ado de 16 ans qui partage de gros soucis relationnels avec sa maman, ou encore Raja, une petite syrienne qui a fui son pays avec ses deux parents mais qui garde en tête les affreuses images de la guerre.

A nouveau, j’ai retrouvé ce mélange d’humour, de légèreté et de situations plus graves que j’avais tant aimé. Avec Sauveur, tout finit par s’arranger, il donne cette impression d’être sincèrement entre de bonnes mains. J’aime la façon dont il s’immisce dans la tête des gens pour voir ce qu’il se cache tout au fond, là où bien souvent ça fait mal. Marie-Aude Murail m’a beaucoup amusée avec les ados qu’elle met en scène, et leur vocabulaire bien à eux. Ça ne m’étonne absolument pas qu’elle arrive à toucher autant les jeunes lecteurs. De plus, elle exploite encore plus dans ce T2 que dans le premier, des thèmes actuels tels que le cyberharcèlement, l’alimentation, les jeux vidéo… Sa grande force avec Sauveur, c’est de faire clairement l’unanimité, auprès de tous les publics.

– Il y a seulement un facteur de risque un peu plus élevé chez ceux dont l’un des parents est diagnostiqué schizophrène, rectifia Sauveur.

– Donc, tant que je vois plus de hamsters que de ouistitis, y a pas de souci? (p.90)

 

Ils rirent. Blaguer est une façon de mettre à sa juste place quelque chose qui vous angoisse. Tous deux se serrèrent la main, les yeux dans les yeux.

– J’ai jamais envie de disparaître devant vous, lui dit-elle. (p.218)

La crainte de m’ennuyer en enchaînant les romans s’est très vite dissipée car j’ai été tout aussi immédiatement aspirée dans l’univers chaleureux et bienveillant qu’est cette grande famille des Saint-Yves. J’ai d’ailleurs préféré cette suite, pour la profondeur qu’ont pris les personnages déjà présents (je pense surtout à Ella, quel personnage!). Assister à la réaffirmation de Louise face à sa fille Alice qui prend de plus en plus le dessus, et à son ex-mari, m’a beaucoup touchée. Lazare est ainsi passé en second plan, sans que cela ne dérange.

C’est un roman qui donne la pêche, qui transmet du baume au cœur! Sauveur Saint-Yves est juste incroyable. Marie-Aude Murail a mis sur pied un homme qu’on a envie de rencontrer dans la « vraie vie ». Il possède une telle joie de vivre, qu’il arrive à transmettre au lecteur. Avec ses mots, ses petits moments philosophiques, le docteur Saint-Yves nous invite surtout à repenser nos petits problèmes du quotidien. A prendre la vie avec plus de couleurs, de sourires et de patience. C’est comme ça que j’ai terminé ce roman, avec un grand sourire et l’envie, bien sûr, de continuer cette incroyable aventure!

Marie-Aude Murail, « Sauveur & Fils, saison 2 », Éditions L’école des loisirs, 2016, 320 pages

« Là où les lumières se perdent » de David Joy

Ce roman, je l’avais repéré dès sa sortie, pour deux raisons principales : premier roman + éditions Sonatine. J’ai laissé passer un peu de temps avant de me rappeler ce titre avec le très beau billet de Marie-Claude qui l’a adoré. Je me suis donc plongée dans cette lecture avec beaucoup de plaisir et d’attentes.

En Caroline du Nord, dans un village des Appalaches, le nom de McNeely est connu de presque tous. Charlie est le roi de l’escroquerie mais a toujours su dissimuler ses coups grâce au garage qu’il a construit et qui tourne plutôt bien. Ajoutez à cela quelques liens « amicaux », garantis grâce à l’argent avec quelques personnes bien placées au sein de la police. Voilà pourquoi tout le monde sait ce que fait Charlie McNeely et pourquoi il ne s’est jamais fait coffrer. Mais pour son fils unique Jacob, ce nom est un lourd fardeau qui pèse de plus en plus sur ses épaules. Comment à 18 ans peut-il croire en un avenir meilleur que celui auquel le contraint son père, avec un tel héritage familial? Pour sa maman, ce n’est guère mieux. Il ne peut plus imaginer une conversation normale avec elle depuis qu’elle a anéanti sa santé physique et mentale à cause de la came.

3 ans plus tôt, Jacob a arrêté l’école car son père le réquisitionnait de plus en plus. Cette époque sonne aussi la fin de son histoire avec son seul amour et meilleure amie depuis l’enfance, la douce et brillante Maggie. Mais Jacob ne l’a pas oubliée… Peut-elle encore le sortir de cette vie qui semble prendre le même chemin que celui de Charlie?

Quel roman! J’ai été complètement absorbée du début à la fin, happée par Jacob, ce jeune gars qui veut se sortir de l’emprise d’un père violent, drogué, escroc et… meurtrier. C’est un personnage très fort! Minutieusement exploré à travers sa lutte intérieure pour se sortir du calvaire qu’est son quotidien. Et par ailleurs, on le sent régulièrement tiraillé entre le garçon que son père a façonné tout au long de son enfance, et le jeune adulte qui ne veut pas de cette vie-là, qui veut s’en sortir et avoir des projets. La frontière entre le bien et le mal, entre l’ombre et la lumière, est en déséquilibre perpétuel.

On a envie de croire à un avenir meilleur pour lui. Il en a déjà beaucoup trop vu pour son jeune âge. Plusieurs fois Jacob évoque la fin d’une vie normale, l’impossibilité de rêver, telle une soumission totale de ce que lui fait endurer son père. L’écœurement est souvent dit aussi, celui d’avoir le même sang qui coule dans les veines et d’être pourtant si différent.

Le plus incroyable dans ce roman, hormis le personnage de Jacob, est la déclinaison tout en poésie et en finesse autour du thème de la lumière, que propose David Joy. Il distille tout au long des pages cette présence lumineuse qui gravite autour des héros. C’est aussi bien la lumière qui guide, qui annonce la fin, qui offre le signe tant attendu, que celle qui éclaire l’âme des êtres humains. Avec ce thème, Joy plante une ambiance tout à fait particulière, tantôt calme et posée, tantôt violente. Plusieurs fois, j’ai repensé au merveilleux titre donné à ce roman, aux multiples interprétations qu’il offre et évoquées par l’auteur au fil des pages.

J’aimais me considérer de la même manière, croire que ma faiblesse n’était pas vraiment de la faiblesse mais plutôt une sorte de compassion naturelle, le genre d’humanité que mon père n’avait jamais possédée. (p.272)

David Joy fait preuve d’une maîtrise parfaite des faits. Tout coule naturellement, sans embûches et il arrive à faire sursauter son lecteur, le prendre par surprise. J’ai découvert un talent incroyable!Le talent de proposer une analyse très intime du quotidien de ce petit gars qu’est Jacob. Et puis le plus fou, c’est un roman auquel on ne peut s’empêcher de repenser une fois terminé. Repenser à cette fin, et à tout ce qui nous a amenés à celle-ci.

En cet instant, j’ai compris que ce qui était en train d’arriver était le genre de chose qui ne quittait jamais un homme, le genre de chose qui l’empêchait de rêver pour le restant de sa vie. (p.41)

L’un de ses auteurs dont on attend déjà avec impatience le second roman. Encore une perle dénichée par les éditions Sonatine qui ne m’ont jamais déçue. Du coup, je me tourne vers Marie-Claude pour avoir quelques-uns de ses conseils pour des auteurs et titres similaires 🙂

David Joy, « Là où les lumières se perdent » traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau, Éditions Sonatine, 2016, 297 pages

« A ma source gardée » de Madeline Roth

Cette couverture… dès que je l’ai aperçue sur le blog de noukette qui a couronné ce titre d’une de ses superbes pépites, j’ai été séduite. Par les couleurs surtout et ce titre « A ma source gardée », que je trouve si poétique, si beau. Il ne laisse aucunement deviner ce qui se cache à l’intérieur. Et sur la première page, Madeline Roth dévoile un hommage à l’une des chansons de Pierre Lapointe : je fonds déjà!

C’est un tout petit roman, quelques 59 pages seulement, mais il possède une puissance inattendue! Pour ce premier titre, Madeline Roth se démarque immédiatement en explorant la détresse d’une jeune fille au cœur brisé.

Jeanne passe chacune de ses vacances scolaires chez sa grand-mère, loin de tout, dans cette maison qu’elle apprécie particulièrement et qui lui fait du bien. Une bande d’amis, des jeunes de son âge, traînent dans le même village et très naturellement, elle se joint à eux. Lucas s’ajoute également au groupe. Ce garçon lui fait immédiatement de l’effet mais c’est d’abord une amitié qui se noue entre eux. Une histoire d’amis qui se transforme au bout de quelques mois en une passion, cachée. Ils n’en parlent pas aux autres, préférant garder leurs moments à deux, secrets. Bien que ça ajoute un peu de piment à cette relation, Jeanne en désire plus. Elle est déjà très amoureuse, et les moindres instants passés dans les bras de Lucas sont comptés. Mais lui, préfère rester discret. Les vacances passent et le retour à l’école est pour Jeanne une  véritable souffrance. Être loin de Lucas devient vite insupportable. Elle ne pense qu’à lui, ne veut que lui. L’été d’après, c’est décidé, elle veut lui parler. Et puis, elle a une nouvelle importante à lui annoncer, qui se fait pour le moment timidement sentir dans le bas de son ventre. Cet été-là, ce sera la claque et la découverte d’un amour inégal.

Dès les premiers mots, Madeline Roth ne laisse aucun répit à son lecteur. Jeanne est en colère, elle crie, elle pleure, elle en veut au monde entier. C’est un véritable cri de détresse, ce roman! Le style est absolument à la hauteur de ce chagrin qui transperce Jeanne. Le malheur de vivre un premier amour à sens unique.

Un tout petit livre qui m’a remuée mais aussi déstabilisée, face à l’incapacité à venir en aide à cette jeune fille. L’auteure retranscrit très justement toutes les émotions liées au grand amour, mais aussi à la déchirure. C’est un trou béant au creux de la poitrine. En 59 pages, Jeanne livre un monologue sans pause sur les 3 années qui viennent de s’écouler, et tout ce qu’elle a du traverser : de l’amour profond, passionnel, à l’attente, aux milles questions, jusqu’au mot de la fin. C’est rapide, une écriture forte qui n’épargne personne, et un style oral pour toucher profondément.

J’ai relu ce livre une deuxième fois, tellement j’ai tourné les pages (trop) rapidement la première fois. Tellement j’avais déjà envie de retourner dans les mots de cette auteure très prometteuse. Une pépite, évidement!

Madeline Roth, « A ma source gardée », Éditions Thierry Magnier, 2015, 59 pages

« A pas de loups » de Germano Zullo (texte) et un collectif d’illustrateurs

Alors?

Tout mauvais?

Ou tout gentil?

Je ferais pour ma part

fi des banalités,

car un loup

peut en cacher un autre.

On le connaît prédateur, sauvage, dangereux, prêt à dévorer n’importe quelle proie.

Il nous est souvent présenté aussi en héros, dans bon nombre de contes. Dans ce rôle, il est bien souvent l’ami des enfants (et de leurs parents).

Peut-il également endosser le rôle de doudou? D’animal aux poils soyeux sur lesquels se poser? Bien sûr!

On ne le remarque sans doute que lorsque l’on s’y intéresse de plus près, le loup est omniprésent dans la littérature, qu’elle soit enfantine ou pour adultes. Depuis que je multiple les albums pour mon fils, je me rends compte à quel point le loup y est présent. Et surtout, les si nombreux costumes qu’on peut lui donner.

Quand on me dit « loup », je pense immédiatement au sympathique animal de Mario Ramos, qui a eu l’occasion de le mettre plusieurs fois en scène dans ses très beaux albums pour petits. Ce loup-là, il me fait rire à chaque fois! Irrésistiblement prétentieux et si sûr de lui. « C’est moi le plus fort », « C’est moi le plus beau », nous dit-il! C’est lui mon préféré, en tout cas!

Dans ce splendide ouvrage, Germano Zullo nous questionne à travers un texte poétique sur la représentation que l’on se fait du loup. De jolies phrases égrainées au fil des pages, toujours accompagnées d’une illustration, qui exposent les multiples facettes de ce grand animal mystérieux. Les éditions « A pas de loups » ont choisi de mettre à l’honneur tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont donné vie au loup du bout de leurs doigts. Pas de moins de 42 illustrateurs et illustratrices sont mis-es en avant, pas mal de belges mais également du monde entier : Mario Ramos évidement, Emmanuelle Eeckhout, Carole Chaix, Elis Wilk, Audrey Calleja, Albertine…

Quelle diversité dans les illustrations choisies! Tantôt colorées, subtiles, douces, plus graves, ou sombres, elles nous prouvent que l’animal inspire énormément. On se rend vraiment compte à quel point il a été décliné.

Je me suis beaucoup amusée à reconnaître ces loups, parmi les lectures que j’ai effectuées. En général, elles m’ont toutes donné envie de m’attarder sur elles, de les observer, et même, de les garder auprès de moi.

Cet album est un bijou, tant pour le texte que pour le choix judicieux des dessins. Je suis désolée de ne pas avoir cet ouvrage à moi, puisque je l’ai seulement emprunté. C’est le genre d’objet que l’on a envie de parcourir régulièrement. Mais je pense remédier à ce « problème » très rapidement!

A mon sens, l’une des plus belles parutions des éditions « A pas de loups« !

Germano Zullo et un collectif d’illustrateurs, « A pas de loups », Éditions à pas de loups, 2014, 88 pages