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Derniers coups de cœur « petits lecteurs » #2

On lit tellement d’albums à la maison que je n’arrive pas à vous en présenter, ne fut-ce qu’une partie! Depuis peu, j’en pioche même à la bibliothèque qui me sont uniquement destinés! Du coup, j’essaierai de temps en  temps de revenir sur ceux qui m’ont particulièrement marquée, ainsi qu’à mon « petit lecteur »!

Je vous parle aujourd’hui de deux livres à côté desquels je ne pouvais passer, et qui m’ont beaucoup touchée.

Celui-ci, je l’ai lu au même moment que la BD de Fabien Toulmé « Ce n’est pas toi que j’attendais« . Il a eu une résonance particulière, puisqu’il traite du même sujet : la naissance d’une enfant touché par un handicap. Que ce soit à travers les dessins délicats ou les textes particulièrement sensibles, Béatrice Gernot et Diana Toledano traduisent à la fois avec force et douceur, toutes les émotions par lesquelles passent une famille touchée par une telle nouvelle. Il y a l’étonnement, la tristesse, qui laissent place très vite à l’entraide, l’amour, la volonté de protéger le nouveau né. Dans cet album, la relation avec la grande sœur est mise en avant et touche en plein cœur. C’est d’ailleurs elle qui s’exprime. Encore petite mais déjà assez mature pour comprendre que son petit frère est différent, la jeune fille prend son nouveau rôle très à cœur et sera aux petits soins d’Édouard. Une bien jolie façon d’aborder la différence avec les enfants, avec ce livre qui reflète l’image de la famille unie et soudée, tout en pudeur.

J’ai découvert il y a peu Alice Jeunesse, une maison d’édition belge qui publie autant de jolis albums que de romans jeunesse très attrayants! J’ai fait une razzia à la dernière foire du livre de Bruxelles!

Béatrice Gernot (auteure) et Diana Toledano (illustratrice), « Une place pour Édouard », Éditions Alice Jeunesse, 2016, 32 pages

A partir de 3 ans (mais je dirais un peu plus quand même).

Et celui-ci, c’est grâce à Fanny que je l’ai découvert! J’ai littéralement flashé sur la couverture et le titre!

C’est l’histoire d’une rencontre amoureuse. Deux personnes qui s’attendent, jusqu’au prochain rendez-vous. Pour mieux faire passer le temps, ils s’écrivent. Ils partagent leur quotidien, leurs petits maux, les pensées qui les traversent. Ils s’expriment sur cet amour si beau qui les unit. La semaine se détaille ainsi sous la forme d’une magnifique poésie. C’est un livre qui se lit dans un souffle, on laisse traîner les mots, les yeux s’attardent sur ces splendides dessins et leurs plus infimes détails. La dernière page se fait désirer… Un livre qu’on ne veut pas lâcher!

Thomas Scotto (auteur) et Ingrid Monchy (illustratrice), « Rendez-vous n’importe où », Éditions Thierry Magnier, 2003, 24 pages

Indiqué également à partir de 3 ans

Très envie de découvrir le travail de Thomas Scotto, avec ses romans notamment!

Épisode précédent de « Mes derniers coups de coeur petits lecteurs« 

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh

Je ne sais vraiment plus ce qui m’a poussée vers cette BD que tout le monde connaît, #jedébarque, mais au moins, c’est l’occasion de refaire parler d’elle 🙂

Dans cet album, ce n’est pas le rouge mais le bleu qui est synonyme de l’Amour avec un grand A. La couleur d’une rencontre, la couleur de la révélation, la couleur de la vérité.

Un amour surprenant, qui prend naissance au fin fond des tripes de Clémentine. Juste un regard en pleine rue. Emma apparaît telle une hallucination, d’abord frappée par le bleu de ses cheveux. Mais elle est accompagnée… et Clémentine est hétéro, du moins le croyait-elle. On est au milieu des années 90, et l’homosexualité n’est pas encore tout à fait entrée dans les mœurs. Elle est même cachée voire prohibée aux yeux de beaucoup de personnes. Avec cette rencontre, Clémentine remet toute sa vie en question et plonge dans un profond mal-être. Ses sentiments se confondent, des milliers de questions lui martèlent la tête, et elle ne sait vers qui se confier. Qu’elle se sent petite face à Emma qui assume pleinement son identité sexuelle. Qui s’assume en tant que femme, qui défend ses valeurs et qui a une idée précise de ce qu’elle veut faire de sa vie. Un modèle pour la jeune Clémentine. Un lien très fort les unira d’abord amical. Des âmes sœurs, une relation platonique, Emma étant en couple depuis quelques années. Jusqu’au jour où, l’attirance prend le dessus. Entre elles deux, c’est intense, si facile et naturel. Ce n’est pas pour autant que le regard des autres a changé et Clémentine continue de se cacher. Elle a peur des représailles, et surtout peur de l’exclusion. Les deux jeunes femme arriveront-elles à se libérer des préjugés, des insultes et des barrières qui pèsent sur ce bel amour?

Les questions des ados sont banales aux yeux des autres. Mais quand on se sent seule à pieds joints dedans, comment savoir sur lequel danser?

Voilà encore une bande dessinée que j’ai adoré. L’histoire est happante et très émouvante, avec des personnages sensibles et profonds. Une histoire qui retourne le cœur, car cet amour-là, celui qui chamboule une vie, est précieux et rare. Évidement, il est aussi compliqué et il faut se battre pour le faire exister. Il a un coût, malheureusement. Une scission se marque passée la première moitié de l’album, lorsque la vérité éclate aux yeux des parents de Clémentine, qui mettent les deux filles hors de leur maison. Clémentine grandit d’un coup, et porte le poids de son choix sur ses menues épaules. Mais elle n’hésite pas et partira avec l’être aimé. Un césure marquée par un changement d’ambiance et de couleurs au niveau graphique, pour l’avant/l’après. Avant, le bleu est omniprésent, qui tranche avec le gris général des planches.

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J’ai été plus émue par l’histoire et le texte, que par les dessins à vrai dire. Les mots sont lourds de sens et poussent à la réflexion. Ceci étant, les personnages qui prennent vie sous le crayon que Julie Maroh portent une extrême sensibilité, qui va de pair avec le texte. C’est une BD qui mérite d’être transmise, échangée, et partagée pour son lourd sujet. J’ai été abasourdie et dégoûtée par les comportements de rejet qui touchent Clémentine, au moment où elle a le plus besoin de ses amis. Et pourtant, on est dans les années 90… J’ai dû relire plusieurs fois les dates, tellement j’étais surprise de ces agissements.

C’est donc un magnifique album qui traite de l’amour bien entendu, mais surtout de la recherche et de l’acceptation de soi. De la force qui nous pousse chacun et chacune à s’assumer, à croire en soi et en ses choix. Et à repousser le « moule » qui agit comme un aimant, sous prétexte que c’est la « normale » (de quoi, de qui?).

Julie Maroh m’a remuée avec ce premier titre très prometteur. J’ai hâte de la retrouver avec son nouvel album « Corps sonores » qui vient tout juste de sortir.

bd-de-la-semaine-saumon-e1420582997574Cette semaine, chez Noukette!

Julie Maroh, « Le bleu est une couleur chaude », Editions Glénat, 2010, 160 pages

« Le Garçon » de Marcus Malte

Ils ont été nombreux les billets, et les éloges, à propos de ce roman! Aussi, ce n’est pas le mien qui apportera quelque chose de nouveau. Tout ce que je peux partager, c’est à quel point j’ai aimé ce roman. A quel point il m’a hypnotisée durant ces jours, ces semaines de lecture. Et en plus, ce fut un plaisir partagé avec mon amie Fanny dont vous pouvez lire le billet ici. Un coup de cœur pour nous deux! Peut-il en être autrement avec un tel texte?

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On ne sait rien sur ce garçon. Ni son âge, ni son origine, ni où il habite. De fait, il ne parle pas. Rien, pas un mot, pas un son. Au début du livre, on est en 1908, c’est une scène renversante qui embarque immédiatement le lecteur : le garçon en train de porter sur son dos sa mère agonisante vers un lieu où elle se reposera pour l’éternité. Entre eux, une relation complexe, avec des mots à sens unique. Lorsqu’elle s’éteint, le garçon est livré à lui même. Il marche, des jours, des nuits, part à la conquête de quelque chose (un signe, une rencontre?). Cette première partie m’a fortement fait penser au dernier roman de Sylvie Germain « A la table des hommes ». A la différence que le roman de Marcus Malte se démarque largement, avis tout à fait personnel, pour la beauté et la puissance de son écriture. On sait d’emblée que le bout de chemin qu’on entreprend avec le garçon va nous bouleverser. Les détails, qui ont une grande place, si minutieusement éparpillés par l’auteur, des odeurs, des sons, des coups d’œil furtifs, m’ont embarquée : ce que lisais, je le voyais, je le ressentais.

Ce livre, qui nous présente quelques dizaines d’années de la vie du garçon, est une succession de rencontres qu’il fera et sur lesquelles il s’appuiera pour découvrir le monde dans lequel il vit, bien malgré lui. Évidemment le fait qu’il soit dépourvu de la parole lui permet d’avoir ses autres sens accentués. Mais ce manque lui offre autre chose : un regard un peu naïf mais extrêmement lucide sur ce qui nous entoure et nous détermine toutes et tous : un environnement, des relations, la hiérarchie entre les Hommes. Un ressenti intérieur qui est transmis avec beaucoup de poésie et qui touche énormément.

Les rencontres qu’il fait, ce sont des familles rassemblées au beau milieu d’une forêt et qui vivent reclus. C’est l’Ogre des Carpates qui en a tellement bavé et qui enseigne à son jeune protégé la philosophie de la vie. C’est Emma et son papa, rencontrés suite à un accident de la route. Et quelle rencontre… Emma est certainement le personnage le plus éblouissant et le plus incroyable de ce roman! Entre eux, c’est une complicité et des émotions folles qui les uniront durant des années. Grâce à elle, il est né une seconde fois : elle lui donne un nom, un statut, une maison. Elle lui enseignera aussi l’amour de l’art à travers la musique, le piano et la littérature.

Un soir, avant de s’endormir, et sans rire cette fois, elle se dit que la vie ne vaut que par l’amour et par l’art. (p.225)

Après vient l’horreur de la Grande Guerre 14-18 pour laquelle le garçon n’a d’autre choix que de se battre. Marcus Malte bascule dans les détails de l’horreur, mais toujours servis par une plume fabuleuse.

Ce roman, c’est un enchantement de la première à la dernière page, se situant entre la fable douce-amère et le roman d’apprentissage. Un texte passionnant et riche, qui nous force à nous interroger sur notre propre condition. Des émotions multiples qui donnent des papillons dans le ventre, ou plutôt qui tordent l’estomac.

Bien sûr, un tel personnage ne peut que devenir fantasme. Le garçon sans voix dont l’empreinte est, par ailleurs, si grande. Un grand roman qui se hisse dans le top de mes livres préférés.

Et des passages à lire et à relire…

« Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers. » (p. 99)

« La vie a au moins ceci de bien c’est qu’elle déborde quelquefois de son lit. » (p.159)

Marcus Malte, « Le Garçon », Editions Zulma, 2016, 544 pages

(Prix Femina 2016)