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« Que du bonheur! » de Rachel Corenblit

Angela Mailhat, presque 15 ans, est une ado sans chichis, bonne vivante, un léger surpoids, qu’elle n’arrange pas en ingurgitant régulièrement un nombre incalculable d’aliments (tout en le chronométrant s’il vous plaît!), sympa et doté d’un humour parfois sarcastique, juste exceptionnel! Son naturel et sa vivacité la rendent d’emblée extrêmement attachante! Elle nous raconte avec un an de recul, l’année scolaire qui vient de s’écouler et qui lui laisse un goût plus qu’amer : pendant ces 6 derniers mois, la poisse lui est littéralement tombée dessus! Cela commence avec une incroyable chute dès le premier jour d’école. Impossible de passer inaperçue lorsque les brancardiers viennent vous chercher au milieu de centaines d’étudiants! Une foie remise de cette énorme honte, Angela enchaîne les malheurs : elle se dispute avec sa meilleure amie Alice, son éternelle alliée. Pour quoi? Tout bêtement, pour un garçon! Ce sont bien des histoires d’ados! Ensuite, une nouvelle qui touche cette fois ses parents. Après 20 ans de mariage, ils décident de divorcer. Notre héroïne est alors obligée de subir les gardes alternées. Ça commence à faire beaucoup en terme de poisse! Évidement, le cercle vicieux est enclenché, ayant des répercussions sur les notes, le redoublement est évoqué… S’en est trop pour Angela! Heureusement, on finit toujours par sortir des mauvaises passes. Ouf!

Malgré cette année complètement pourrie, (franchement, qui aurait survécu à une telle année?!), notre ado ne perd en rien son humour ni son autodérision. Elle relate aux lecteurs ses tribulations, avec un regard plus qu’amusé sur ces situations rocambolesques. Son ton est naturel, évident.

Ce roman est un vent de fraîcheur et je ne me suis pas ennuyée une seconde! J’ai franchement rigolé, et ça ne m’arrive pas souvent (durant une lecture, cela va de soi 😉 ). La forme participe sans aucun doute à ce plaisir de lecture. Pareil qu’un journal intime, Angela explore son année noire au moyen de listes, de citations, de souvenirs et l’agrémente de quelques croquis, anecdotes et photos… pour un effet plus « réel » que j’ai beaucoup apprécié.

Le début du roman démarre très fort, tout s’enchaîne à une vitesse folle, et je craignais un moment « creux », parmi toutes ces mésaventures. Il n’en est rien! L’auteure manie avec habilité le rythme et l’enchaînement des faits.  Ce qui m’a également frappée : à quel point Rachel Corenblit arrive à retranscrire les émotions d’une ado, à se mettre dans la peau d’une ado de 15 ans! Je me suis évidemment revue dans quelque-unes de ces anecdotes, et ça m’a fait un bien fou.

Une lecture que je conseille : très drôle pour les ados qui se retrouveront parmi quelques scènes, et parfaite pour les adultes qui veulent se changer les idées et se replonger avec beaucoup d’humour dans leur jeunesse!

Un titre découvert grâce à Fanny, et beaucoup apprécié également de noukette ou encore de Jérôme.

Rachel Corenblit, « Que du bonheur! », Editions du Rouergue, Doado, 2016, 122 pages

« Ma fugue chez moi » de Coline Pierré

Quel plaisir de retrouver la douceur qui émane de l’écriture de Coline Pierré et l’attachement qu’elle arrive à créer immédiatement avec ses jeunes personnages! Après « La folle rencontre de Flora et Max« , écrit avec Martin Page, qui était un coup de cœur, je me suis laissée embarquer dans cette aventure qui concerne Anouk.

A 14 ans, elle a beaucoup de mal à trouver sa place à la maison : elle partage sa vie avec son papa et sa jeune sœur de 2 ans sa cadette. Leur maman est partie à l’étranger pour son travail, et ne revient au domicile familial qu’exceptionnellement. Même ses coups de téléphone se font de plus en plus rares. Ajoutez à cette absence déjà difficile, un papa qui ne communique que très peu, et une sœur qui est à l’internat toute la semaine, et vous comprendrez facilement la solitude à laquelle fait face au quotidien notre Anouk. Qu’est-ce qui a fait déclencher cette envie de voir ailleurs si l’herbe est plus verte? Une guerre nouvellement déclarée avec son ex-meilleure amie et qui s’illustre au moyen des pires mesquineries.

Anouk décide alors de tout quitter, avec pour seul souvenir de son « ancienne » vie un sac à dos et quelques effets personnels. Mais après quelques heures passées dans le froid hivernal de son Alsace natale et voyant les difficultés à trouver un endroit où passer la nuit, elle décide de rentrer chez elle, penaude. Lui vient alors à l’idée de mettre en scène sa fugue… et de se cacher dans le grenier. Grâce aux quelques vivres glanées durant la journée, pendant que tout le monde vaque à ses occupations, Anouk y voit la fugue parfaite sans prendre trop de risque! Un bref mot laissé sur la table à l’attention de son père, et voilà qu’elle organise la cache idéale avec le confort minimum, dans la seule pièce que personne ne pensera à vérifier.

« Ma fugue chez moi », voilà un titre et une accroche particulièrement originaux! Nombreux sont les ados qui veulent quitter leurs parents, leur école, leurs amis, mais n’osent le faire par peur de se retrouver sans aucun moyen. Anouk, elle, trouve alors une alternative séduisante, qui allie confort et fuite de sa propre vie. Mais ce qu’elle n’avait absolument pas imaginé, est qu’elle allait devenir le témoin de sa propre absence, et assister aux conséquences sur les personnes aimées. Tristesse, angoisse, insomnie, son entourage est profondément sonné par sa disparition et remue ciel et terre pour tenter de la retrouver. Toutes ces scènes se jouant sous ses yeux!

Si les premiers jours sont jouissifs, au fil du temps, Anouk se retrouvera face à ses propres responsabilités, et aura le sentiment de s’être mise dans une impasse, tout seule.

Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus de préoccuper de rien. Pour ne pas avoir à affronter les raisons et les conséquences de son départ. (p.25)

Avec ce nouveau titre, Coline Pierré aborde des thèmes importants pour les ados et leur donne matière à réfléchir sur la conséquence de certains de leurs actes. Tout m’a semblé très cohérent et je me suis vraiment laissé imprégner par cette atmosphère  secrète, presque intime, que renvoie le tout petit lieu aménagé par Anouk.

Je me sens comme Robinson Crusoé sur son île : heureuse d’être accaparée par ma survie. Je ne m’ennuie pas. Chaque geste devient une mission. Manger est un véritable défi. Prendre une douche est un challenge. Piquer de la nourriture et des objets sans me faire repérer est un parcours du combattant. Je suis un agent secret du quotidien. (p.35)

J’ai beaucoup aimé ce court roman, empreint d’une belle humanité et qui réchauffe le cœur!

Coline Pierré, « Ma fugue et moi », Editions du Rouergue, Doado, 2016, 116 pages

« Le complexe du papillon » d’Annelise Heurtier

Soudain, j’ai ressenti la furieuse envie d’être quelqu’un d’autre que moi. (p.41)

Devenir quelqu’un d’autre, changer de vie, être simplement différent-e… qui n’en a jamais rêvé, surtout à l’adolescence?

Annelise Heurtier décrit à merveille cette période charnière, celle où on se retrouve au milieu de ses propres doutes et de ses envies d’autre chose.

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Elle l’aborde dans son nouveau roman en mettant en scène une jeune fille de 14 ans prénommé Mathilde, qui, du jour au lendemain tombe dans le cercle vicieux de l’anorexie. En apparence bien dans sa tête et dans sa peau, elle se retrouve rapidement enfermée dans une dangereuse spirale qu’elle ne semble plus maîtriser. C’est face à la transformation physique d’une élève de sa classe, que Mathilde commence à douter d’elle-même et surtout de ce que lui renvoie son corps, plus musclé que filiforme. Sa drogue à elle, c’est la course à pieds et l’athlétisme qu’elle pratique depuis des années. D’habitude, elle se tient à l’écart de la presse people et des nouveaux diktats de la mode. Mais avec le changement de Cézanne, elle se met d’un coup à détester son corps et à vouloir atteindre la même assurance que sa copine de classe. Malgré la présence de sa meilleure amie, la pétillante Louison, Mathilde tombe rapidement dans la maladie et se renferme sur elle-même, elle qui  était si souriante et sociable.

Je me suis postée devant le miroir pour dire au revoir à cette fille qui me faisait face et que je n’aimais pas. (p.57)

Ce roman est efficace, direct. L’auteure rentre tout de suite dans le vif du sujet, ce qui permet d’accrocher immédiatement le lecteur. J’ai eu beaucoup de mal à le lâcher, voulant rester aux côtés de Mathilde dans cette dangereuse quête d’idéal. Elle est très attachante, ainsi que Louison, la petite fée de Mathilde.

Mais Annelise Heurtier ajoute une profondeur à ce récit en intégrant le deuil, avec la perte récente de la grand-mère de Mathilde. Elle associe ainsi les deux thèmes, pour présenter un mal-être plus général. Les passages sur sa grand-mère sont très émouvants. Je me suis beaucoup reconnue dans le personnage de Mathilde, sans doute l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pu lâcher ce roman! Et puis l’écriture est toujours aussi jolie…

Un roman que j’ai vraiment beaucoup aimé, que j’ai trouvé très juste.

Découvert une nouvelle fois grâce aux excellents conseils de Fanny des Pages versicolores. Son beau retour ici.

Annelise Heurtier, « Le complexe du papillon », Editions Casterman, 2016, 194 pages.