« La condition pavillonnaire » de Sophie Divry

C’est grâce à ce petit bijou d’émotions que je me décide enfin à relancer le blog. L’envie de partager ce titre avec vous.

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Troisième rencontre avec cette auteure que je qualifie de moderne et d’impertinente. Son écriture a quelque chose de novateur, très féminin, ironique voire sarcastique et tellement empreint de vérité. Elle soulève les grands maux de notre société, l’individualisme, la solitude, l’égoïsme, la course qu’est aujourd’hui la vie, mais tout cela avec un regard amusant qui nous fait prendre avec plus de légèreté les petits côtés sombres de nos existences.

Dans ce roman, qui est son troisième, Sophie Divry retrace toute la vie de M-A, depuis son enfance qui fut heureuse et au quotidien tellement insouciant, jusqu’à son dernier souffle, qui clôture superbement ce livre, la larme à l’oeil.

On y fait la connaissance de ces deux parents aimants, soucieux de leur fille, et qui ont tout fait pour lui offrir ce qu’ils n’ont pu bénéficier eux-mêmes. La période où se situe cette vie est particulièrement intéressante, évoluant des années 60 à aujourd’hui (la génération de mes parents, en somme). Quelle merveilleuse période, quand on y pense! Bien loin des nouvelles technologiques, de la sur-consommation engendrée par l’implantation massive des supermarchés. Ces grands changements sociétaux, M-A les traverse, non sans quelques interrogations et craintes, et Sophie Divry nous les fait redécouvrir au fil du temps qui passe, presque avec amusement. Tout semble si léger!

L’enfance, l’adolescence, les études, le départ pour une grande ville où M-A étudiera l’économie, les flirts et ensuite le sentiment d’avoir trouvé le « bon ». Tout s’accélère ensuite, l’emménagement, l’achat d’une maison, le premier job décroché, les enfants, 1, puis 2 et plus tard, le troisième. Les rachats et restructurations, les licenciements, la retraite et le sentiment d’être vide. Mais aussi l’arrivée des petits-enfants, et la santé qui diminue.

Ce roman, c’est l’histoire du temps qui passe. Il n’y a rien d’autres, juste la vie de cette femme qui défile sous nos yeux, et que l’on découvre avec curiosité, des sourires et une pointe de tristesse, accompagnée de regrets. Car notre M-A a tout pour être heureuse, mais ne le sera jamais totalement. François, son mari, est aimant, compréhensif, cherchera toujours à la satisfaire. Mais M-A rêve de mille choses. C’est une femme très contradictoire, influençable et peu sûre d’elle. Une insatiable aussi. Même si sa vie n’a été qu’une succession de bonheurs, il lui manquera toujours ce « petit quelque chose » qui l’enferme dans une forme de dépression constante. La maternité est très joliment décrite, avec ses merveilleux côtés, mais aussi toutes les émotions contradictoires qu’une maman subit chaque jour.

L’existence de M-A, je l’ai suivie, hypnotisée, malgré quelques longueurs au milieu du récit, sans cesse à cheval entre la compassion et l’énervement. Elle devient malgré tout une femme que l’on a envie de prendre dans ses bras pour la rassurer quand elle en a le plus besoin, de la conseiller lorsqu’un doute s’empare de ses nuits, de la secouer lorsqu’elle est sur le point de tout fiche en l’air. Le parti pris dans le choix de la narration qui est à la deuxième personne du singulier permet d’entrer directement dans la vie de M-A, mais de garder une distance face à ce spectacle qui se déroule sous nos yeux. En ce sens, c’est un procédé original, mais qui ne plaît pas à tout le monde. C’est justement cette créativité que j’apprécie chez l’auteure.

C’est vrai que c’est un roman qui file le bourdon, parce que la vie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. On finit par perdre nos parents, des amitiés, des amours interdites, un job. C’est pour cela que j’ai trouvé cette histoire si authentique. Elle est incroyablement maîtrisée, par la plume d’une femme qui n’enjolive pas la réalité, à quoi bon?! Divry brasse des thèmes avec une certaine pudeur comme, outre la maternité, le passage à la ménopause,  la famille, qui est vue ici comme une véritable bouffée d’oxygène, mais aussi comme le début de l’emprisonnement.

Mais en aucun cas, cette figure féminine généralise la condition de la femme – épouse, travailleuse et mère – d’après moi, et contrairement à la façon dont ce livre a pu, à l’époque être présenté. Je me suis retrouvée dans certains passages, mais pas du tout dans d’autres. J’ai eu notamment du mal à comprendre comment M-A pouvait être dans l’ennui constant, tout en ayant un job, des enfants, et une maison à gérer (car à cette époque-là, et dans ce cas précis, son mari ne participe que très peu aux tâches ménagères et ne s’occupe pas des enfants). Dès lors, c’est une lecture qui peut diviser.

Ce que laisse plutôt Sophie Divry à la fin de cette « condition pavillonnaire », à mes yeux, c’est l’importance de tous ces petits instants de bonheur simple, parmi lesquels on puise notre force pour avancer. Que le bonheur ne s’achète pas, et que ce sont eux qui définissent notre existence et nous permettent de nous réveiller en se disant « J’ai encore un beau chemin à parcourir, alors ne tardons pas et allons en profiter! ».

Un livre qui m’a remuée, et que je vous conseille vivement!

Sophie Divry, « La condition pavillonnaire », Editions J’ai lu, 2015, 320 pages.

Sur ses précédents romans : La cote 400Quand le diable sortit de la salle de bain

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11 réflexions au sujet de « « La condition pavillonnaire » de Sophie Divry »

    1. Laeti Auteur de l’article

      J’avoue que la vision proposée de « maman » est pour moi bien trop blasée, mais c’est lié à la personnalité générale de M-A. Du coup, je ne m’y suis pas tellement retrouvée. Beaucoup plus par contre lors de son adolescence, ses études, et ses premières années de couple avec François son futur mari! C’est un roman qui va me rester!

      Répondre
      1. Marie-Claude

        Magnifique billet. C’est vrai, je l’ai beaucoup, mais vraiment beaucoup aimé. Un coup de coeur qui m’a fortement remuée.
        Je me demande d’ailleurs ce que j’attends (un peu de temps?) pour lire ses autres romans.

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